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Gouvernement

Mons, le 26 août 2024

 

1. Des parcours thématiques, balisés chronologiquement

Dans la préface à la Nouvelle histoire politique de la Belgique contemporaine, publiée voici presque vingt ans, les quatre directeurs de cette belle initiative, les professeurs Michel Dumoulin, Vincent Dujardin, Emmanuel Gérard et Mark Van den Wijngaert, avaient rappelé la double difficulté d’un tel travail : d’une part, le recul du savant individuel tétanisé par la comparaison avec l’œuvre monumentale d’Henri Pirenne (1862-1935), de l’autre, la difficulté de former une équipe de chercheurs qui puisse épouser la complexité de ce que recouvre l’histoire d’un tel État. De 2005 à 2009, ces quatre historiens en mobilisèrent toutefois d’autres et, ensemble, relevèrent le défi avec un réel succès. Ils renoncèrent toutefois à leur première intention de proposer des parcours thématiques couvrant l’ensemble de la période, pour s’en tenir à un parcours chronologique traditionnel, sauf pour ce qui concerne l’histoire coloniale [1].

Devant son auditoire, le professeur en charge de l’Histoire de la Belgique contemporaine à l’Université de Mons ne peut avoir ces hésitations. Certes, les générations de collègues historiennes et historiens sont bien là, avec leurs productions dans lesquelles il peut puiser : non seulement les travaux de synthèse récents ou plus lointains, mais aussi les textes d’une histoire qui s’écrit sans cesse, dans les livres, les articles, sur l’internet. Quant aux parcours thématiques, il ne peut plus y renoncer. D’abord, parce qu’il sait depuis le début de ses enseignements à l’Athénée de Liège, fin des années 1970, que c’est la meilleure manière d’intéresser et d’impliquer les étudiantes et étudiants sans jamais d’ailleurs renoncer aux cadres chronologiques [2] ; ensuite parce qu’il s’agit de la meilleure manière d’ouvrir un débat scientifique qui réalise une synergie effective entre enseignement et recherche [3] ; enfin, parce que cela correspond à une conception de l’histoire explicative du présent et donc d’une discipline réellement opérationnelle et utile.

 

2. La traversée de trois siècles en quatorze problématiques

Ainsi, dans la deuxième édition de cette Histoire de la Belgique contemporaine, Société et institutions, 1790-2020 [4], je problématise les questions traitées tout en leur conservant leur caractère diachronique. Les chapitres traversent trois siècles, prennent en compte les grandes évolutions et étudient les crises majeures de notre histoire lointaine ou récente, les révolutions politiques et sociales, les guerres, mais aussi les transitions climatiques et énergétiques ou encore la pandémie de Covid-19.

En début de chacun des quatorze chapitres de cet ouvrage, un enjeu est formulé permettant la mise en perspective et l’actualisation du questionnement

  1. La Révolution industrielle (1770-1847) : comment les différentes dimensions de la société (économique, culturelle, technologique, sociale, démographique, politique, juridique, institutionnelle, etc.) peuvent-elles évoluer pour passer d’un paradigme sociétal ancien à un modèle nouveau ? La compréhension de cette mutation peut être éclairante pour regarder et mesurer les transformations actuelles des sociétés industrielles vers des sociétés post-industrielles : numériques, décarbonées, etc.
  2. La Révolution belge (1789-1839) : comment le pouvoir qui se met en place à Bruxelles en septembre 1830, va prendre – ou pas – en considération les aspirations linguistiques, culturelles, économiques et sociales des populations de ce qui devient la Belgique ?
  3. Le Mouvement social (1848-1979) : comment les acteurs sociaux des XIXe et XXe siècles vont s’organiser pour répondre aux défis nouveaux que la Révolution industrielle et l’extension du capitalisme imposent à la société et aux institutions ?
  4. La question nationale (1838-1914) : comment et pourquoi, dans un contexte de suffrage censitaire et d’affirmation de l’existence d’un État belge où prédomine la langue française, des mouvements flamand puis wallon, porteurs d’identités régionales voire nationales, vont rapidement émerger au point de concurrencer et de remettre en cause la jeune nation belge ?
  5. L’évolution des partis politiques de 1846 à 1894 : comment, dans une Belgique catholique censitaire, libérale et bourgeoise, vont s’organiser les partis politiques pour donner vie au régime parlementaire et tenter d’y laïciser l’État ?
  6. Colonisation et décolonisation du Congo (1885-1965) : pourquoi la Belgique s’est-elle engagée dans l’aventure coloniale européenne en Afrique au XIXe siècle ? Comment a-t-elle géré cette situation ? Et ensuite, fait face au processus de décolonisation encouragé par les Nations unies puis finalement revendiqué par les populations elles-mêmes ?
  7. La Grande Guerre (1914-1918) : comment la démocratisation et l’industrialisation, qui modifient la société à la fin du XIXe et au début du XXe siècle, ont-elles transformé la manière de mener une guerre au point de faire de 1914-1918 une rupture majeure de la civilisation, partout en Europe et donc aussi en Belgique ?
  8. La démocratisation des institutions (1919-2024) : comment, dans un État libéral et censitaire, le droit de suffrage s’est-il progressivement élargi pour constituer une démocratie moderne ? La démocratie s’est-elle étendue sans cesse, de manière linéaire, comme le croyait le philosophe français Alexis de Tocqueville (1805-1859) en 1835 ou s’inscrit-elle dans une évolution discontinue ?
  9. L’accroissement de l’interdépendance (1919-2020) : comment la Belgique, d’abord confinée dans une stricte neutralité internationale va-t-elle s’adapter à l’interdépendance croissante des nations et établir des liens privilégiés avec ses voisins européens et atlantiques ?
  10. La Seconde Guerre mondiale et l’Affaire royale (1938-1950) : comment une Belgique, déjà fragilisée par des tensions intérieures et de profondes dissensions politiques va-t-elle faire face aux formidables coups de boutoir qui vont la frapper de 1938 à 1950 ? Comment la société et les institutions de la Belgique vont supporter et réagir à un embrasement idéologique et militaire mondial, sans précédent par sa violence ? Quelles vont être, enfin, les conséquences des deux politiques qui cohabiteront pendant cette période de troubles et de grandes misères ?
  11. La (con)fédéralisation (1919-2020) : comment, en prenant en compte la question nationale, et chronologiquement à la suite de cet enjeu, étudié de 1815 à 1914 dans cet ouvrage, Flamands, Wallons, Bruxellois, puis Belges germanophones (OstBelgien) ont tenté de transformer l’État belge pour qu’il réponde à leurs aspirations et besoins réciproques ?
  12. La contestation de la modernité (1945-2024) : comment la Belgique va se reconstruire sur les plans moral, idéologique et politique au sortir de la Seconde Guerre mondiale ?
  13. L’avènement politique et social des femmes (1880-2020) : comment les femmes vont-elles progressivement s’émanciper du système social dans lequel les institutions belges les ont enfermées au XIXe siècle ?
  14. Le profond malaise citoyen (1970-2020) : comment les citoyens belges des différentes régions ont-ils progressivement pris leur distance avec les institutions représentatives de l’État, particulièrement avec les mondes politiques et judiciaires ?

3. Une porte vers d’autres savoirs

Étudiant toutes ces problématiques, qui font constamment l’objet d’interactions, je veux redire ma conviction de l’importance pour la société de notre métier d’historien. Cette conviction se renforce par la nécessité de faire face à plusieurs formes de délitement de la pensée par un laisser-aller quasi généralisé du référencement et un manque de rigueur certain dans l’heuristique, y compris la critique des sources. C’est un phénomène qu’historiens américains, mais aussi français [5] ont bien perçu et auquel notre société n’échappe pas non plus : le fact-checkingcollecte d’éléments factuels et objectifs pour vérifier la véracité des faits ou l’exactitude des chiffres présentés [6] – auquel procèdent certaines institutions et agences de presse, est parfois accablant pour les producteurs de discours, y compris parfois à vocation scientifique.

Il m’a été donné l’occasion de le rappeler en octobre 2021 lors du lancement du réseau EUNICE rassemblant les universités de Brandenburg, Cantabria, Catania, Lille – Hauts de France, Poznań, Vaasa et Mons [7]. J’y insistais notamment sur le fait que former nos étudiants à la rigueur, à la précision et à la critique, c’est assurément contribuer à en faire, au-delà de chercheurs de qualités, des intellectuels conscients, à l’esprit courageux, c’est-à-dire aptes à se saisir des contenus les plus difficiles ou les plus farfelus, s’en délivrer, et ne communiquer que sur l’exact et le certain.

Cela nous demande, comme l’affirmait Raymond Aron, des vertus élémentaires de discipline, de consentement à l’autorité, de compétence technique, mais aussi de courage intellectuel [8]. D’autant qu’il s’agissait, au moment où l’historien l’écrivait, de tenter de sauver les valeurs auxquelles notre civilisation était attachée. C’était en 1939…

Questionnante, l’approche historique de l‘Histoire de la Belgique contemporaine, Société et institutions (1790-2020) se veut particulièrement ouverte sur le monde. Bien que l’État belge, sa société, ses institutions constituent les objets centraux de l’ouvrage, des questions comme l’interdépendance, la critique de la modernité, l’avènement politique et social des femmes, le malaise citoyen, prennent largement en compte les interactions avec l’extérieur des frontières nationales ou fédérales, voire européennes.

Transdiscipilinaire, cette histoire a comme finalité la compréhension du monde présent en faisant appel aux disciplines mobilisables : le droit, la philosophie, la sociologie, la science politique, l’économie, etc. Une attention particulière est portée à la définition et à la compréhension des concepts.

D’abord fondé sur l’expérience d’un enseignement destiné à de futurs juristes, économistes, sociologues et politologues, cet ouvrage est destiné à permettre à chacune et chacun de comprendre la Belgique d’aujourd’hui, ses enjeux et ambitions. En même temps, ce livre constitue également un ouvrage de référence précieux pour le professeur de l’enseignement secondaire qui y trouvera matière pour préparer ses cours. Mais surtout, il se veut une porte vers d’autres savoirs, en ramenant le lecteur constamment à la réalité, grâce aux nombreux extraits de documents qu’il comprend, ainsi que par une bibliographie organisée par chapitre.

 

Philippe Destatte

@PhD2050

 

[1] Michel DUMOULIN, Vincent DUJARDIN, Emmanuel GERARD et Mark VAN DEN WIJNGAERT, Préface, Nouvelle Histoire de Belgique, vol. 1, 1830-1905, p. XII-XIV, Bruxelles, Complexe, 2005.

[2] Ma dette est grande à cet égard vis-à-vis de l’historienne Francine Faîte-Nagels (1936-2023), mais aussi de l’inspecteur René Van Santbergen (1920-2001) qui m’avaient en juin 1980 incité à présenter à l’Université de Liège la première leçon d’agrégation en histoire dans le mode enseignement rénové. Pari osé à l’époque, mais moins risqué qu’annoncé puisque sanctionné d’une grande distinction.

[3] Première introduction à de nouvelles approches pédagogiques : 1. Le principe du débat scientifique dans un enseignement, un choix didactique qui réalise une synergie effective entre enseignement et recherche, Cellule de Pédagogie universitaire et de Qualité de l’Université de Mons, 30 octobre 2012.

[4] Philippe DESTATTE, Histoire de la Belgique contemporaine, Société et institutions, 1790-2020, coll. de l’École de Droit UMONS-ULB, Bruxelles, Larcier, 2024, 442 p. https://www.larcier-intersentia.com/fr/histoire-belgique-contemporaine-9782807947436.html

[5] Kevin M. KRUSE & Julian E. ZELIZER ed., Myth America, Historians take on the biggest legends and lies about our past, New York, Basic Books, 2022. – Alya AGLAN, Laurent JOLY, André LOEZ, Gérard NOIRIEL ea, Zemmour contre l’histoire, Paris, Gallimard, 2022.

[6] Fact-checking, Bruxelles, Centre de Crise national : https://centredecrise.be/fr/fact-checking

[7] Ph. DESTATTE, « Opinions which are partial have the effect of vitiating the rectitude of judgement », Heuristics and criticism of sources in science, University of Mons, 21 October 2021. https://phd2050.org/2021/10/26/heuristics/

[8] Raymond ARON, Communication devant la Société française de philosophie, 17 juin 1939, dans R. ARON, Croire en la démocratie, 1933-1944, p. 102, Paris, Arthème-Fayard – Pluriel, 2017.

Paris, 4 juillet 2024

Législatives 2024 : « Nous, historiennes et historiens, ne nous résignons pas à une nouvelle défaite, celle des valeurs qui, depuis 1789, fondent le pacte politique français »

Cette Tribune est publiée dans Le Monde du 1er juillet 2024.

Photo Digikhmer – Dreamstime

Pour la première fois depuis la Seconde Guerre mondiale, l’extrême droite est aux portes du pouvoir en France. Historiennes et historiens, venant d’horizons politiques différents, attachés aux valeurs démocratiques et à l’Etat de droit, nous ne pouvons garder le silence face à cette perspective effrayante à laquelle nous pouvons encore résister.

Malgré le changement de façade, le Rassemblement national [RN] reste bien l’héritier du Front national, fondé en 1972 par des nostalgiques de Vichy et de l’Algérie française. Il en a repris le programme, les obsessions et le personnel. Il s’inscrit ainsi dans l’histoire de l’extrême droite française, façonnée par le nationalisme xénophobe et raciste, par l’antisémitisme, la violence et le mépris à l’égard de la démocratie parlementaire. Ne soyons pas dupes des prudences rhétoriques et tactiques grâce auxquelles le RN prépare sa prise du pouvoir. Ce parti ne représente pas la droite conservatrice ou nationale, mais la plus grande des menaces pour la République et la démocratie.

La « préférence nationale », rebaptisée « priorité nationale », reste le cœur idéologique de son projet. Elle est contraire aux valeurs républicaines d’égalité et de fraternité et sa mise en œuvre obligerait à modifer notre Constitution. Si le RN l’emporte et applique le programme qu’il annonce, la
suppression du droit du sol introduira une rupture profonde dans notre conception républicaine de la nationalité puisque des personnes nées en France, qui y vivent depuis toujours, ne seront pas Françaises, et leurs enfants ne le seront pas davantage.

De même, l’exclusion des binationaux de certaines fonctions publiques aboutira à une discrimination intolérable entre plusieurs catégories de Français. Notre communauté nationale ne sera plus fondée sur l’adhésion politique à un destin commun, sur le « plébiscite de tous les jours » qu’évoquait Ernest Renan, mais sur une conception ethnique de la France.

Au-delà, le programme du RN comporte une surenchère de mesures sécuritaires et liberticides. Inutile de recourir à un passé lointain pour prendre conscience de la menace. Partout, lorsque l’extrême droite arrive au pouvoir par les urnes, elle s’empresse de mettre au pas la justice, les médias, l’éducation et la recherche. Les gouvernements que Marine Le Pen et Jordan Bardella admirent ouvertement, comme celui de Viktor Orban en Hongrie, nous donnent une idée de leur projet : un populisme autoritaire, où les contre-pouvoirs sont affaiblis, les oppositions muselées, et la liberté de la presse restreinte.

 

Profonde inquiétude

Il n’existe pas de démocratie sans un espace public libre et dynamique, sans une information de qualité, indépendante du pouvoir politique comme des puissances financières. La privatisation de l’audiovisuel public, qui figure dans le programme du RN, aboutirait à détruire un pan essentiel de
notre vie publique. Imagine-t-on Vincent Bolloré, soutien objectif de l’extrême droite, absorber demain France Culture, France Inter et France 2 dans son empire médiatique, comme il l’a fait avec Le Journal du dimanche, Europe 1 ou Hachette, avec les conséquences que l’on connaît ?

Attachés à la pratique scientifique de l’histoire, nous ne pouvons qu’être profondément inquiets devant les instrumentalisations du passé qui se profilent et les attaques à venir contre la liberté de la recherche. Le programme éducatif du RN, entièrement tourné vers le retour à une histoire nationale, et même nationaliste, nostalgique et édiante, est aux antipodes des exigences de la recherche historique, fondée sur la méthode critique, l’esprit de nuance et la coopération internationale.

Enfin, le RN n’a jamais caché sa fascination à l’égard de Vladimir Poutine allant jusqu’à s’afficher ostensiblement à ses côtés, au Kremlin, en 2017. Au moment même où le président russe présente un danger mortel pour l’Europe et ne cesse d’armer son hostilité virulente aux sociétés démocratiques occidentales, pouvons-nous permettre l’arrivée au pouvoir d’un parti qu’il a financé et adoubé ? Comment peut-on envisager d’affaiblir ainsi l’Europe au moment où celle-ci a tant besoin, au contraire, d’armer son unité et sa détermination ?

La France ne doit pas tourner le dos à son histoire. Jusqu’à ce jour, l’extrême droite n’est arrivée au pouvoir que dans la tourmente d’une défaite militaire et d’une occupation étrangère, en 1940. Nous ne nous résignons pas à une nouvelle défaite, celle des valeurs qui, depuis 1789, fondent le pacte politique français et la solidarité nationale.

Cette élection n’est pas une élection ordinaire. Il s’agit de défendre la démocratie et la République contre leurs ennemis, d’être au rendez-vous de notre histoire. Au premier tour, nous n’avons pas voté pour les mêmes candidats, ni pour les mêmes partis. Dimanche prochain, nous appelons à voter dans chaque circonscription pour battre le candidat ou la candidate du RN.

Parmi les premiers signataires : Joëlle Alazard, présidente de l’Association des professeurs d’histoire-géographie ; Stéphane Audoin-Rouzeau, directeur d’études à l’Ecole des hautes études en sciences sociales (EHESS) ; Patrick Boucheron, professeur au Collège de France ; Raphaëlle Branche, professeure à l’université Paris Nanterre ; Arlette Farge, directrice de recherche au CNRS ; Jean-Noël Jeanneney, président du Conseil scientifique des Rendez-vous de l’histoire de Blois ; Laurent Joly, directeur de recherche au CNRS ; Audrey Kichelewski, maîtresse de conférences à l’université de Strasbourg ; Vincent Lemire, professeur à l’université Gustave-Eiffel ; Antoine Lilti, professeur au Collège de France ; Gérard Noiriel, directeur d’études à l’EHESS ; Pierre Nora, membre de l’Académie française ; Mona Ozouf, directrice de recherche émérite à l’EHESS ; Michelle Perrot, professeure émérite d’histoire contemporaine à l’université Paris-Diderot ; Jacques Revel, ancien président de l’EHESS ; Pierre Rosanvallon, professeur honoraire au Collège de France ; Anne Simonin, directrice de recherche au CNRS ; Lucette Valensi, directrice d’études émérite à l’EHESS ; Annette Wieviorka, directrice de recherche honoraire au CNRS ; Michel Winock, professeur émérite à Sciences Po, Claire Zalc, directrice de recherche au CNRS.

Liste des 1000 premiers signataires (suit en-dessous la liste des signataires suivant·e·s)

ABDELAZIZ Khalil. Professeur certifié d’histoire-géographie

ABÉCASSIS Frédéric. Maître de conférences en histoire contemporaine (ENS de Lyon, LARHRA)

ACKER Antoine. Professeur d’histoire (Université de Genève)

ADANE Virginie. Maîtresse de conférences en histoire moderne

ADANKPO-LABADIE Olivia. Maître de conférences en histoire médiévale

ADJEMIAN Boris. Directeur de la bibliothèque Nubar, chercheur associé (CRH)

ALAZARD Florence. Maîtresse de conférences en histoire (Université de Tours)

ALAZARD Joelle. Professeure en CPGE, présidente de l’APHG.

ALBERT Anaïs. Maîtresse de conférences (Université Paris Cité)

AMALVI Christian. Professeur émérite d’histoire contemporaine (Université Paul-Valéry Montpellier)

AMAR Marianne. Chercheuse associée à l’ISP (IC Migrations)

AMBROISE-RENDU Anne-Claude. Professeure des universités (UVSQ)

AMÉRICI Laurence. Maîtresse de conférences en histoire contemporaine (Aix-Marseille Université)

ANDREAU Jean. Directeur d’études émérite (EHESS)

ANDRETTA Elisa. Directrice de recherche en histoire moderne (CNRS-LARHRA)

ANDRIANOPOULOS Christos. Docteur en histoire (CRH/EHESS)

ANDRISSEN Noël. Doctorant en histoire sociale des mondes du travail (Paris Nanterre)

ANDRO-UEDA Makiko. MCF en études japonaises

ANGOTTI Claire. Maîtresse de conférence en Histoire médiévale (Université de Reims Champagne-Ardennes)

ANHEIM Etienne. Directeur d’études (EHESS/CRH)

ANTÓNIO DE ALMEIDA Mendes. MCF (Nantes Université)

APRILE Sylvie. Professeure d’histoire contemporaine (Paris Nanterre)

ARAUJO Christophe. Docteur en histoire et maître de conférences en civilisation portugaise (Université Paris Nanterre).

ARCHAMBAULT-KÜCH Marie-Laure. ATER en histoire contemporaine (PSL-ENS)

ARTIÈRES Philippe. Historien

ASTRUC Clément. Historien

ATTAL Frédéric. Professeur d’histoire contemporaine (Université Polytechnique Hauts-de-France)

ATTALI Michaël. Professeur d’histoire (Université Rennes 2)

AUBIN David. Professeur d’histoire des sciences (Sorbonne Université)

AUDEBRAND Justine. Docteure et ATER en histoire médiévale (Université de Poitiers)

AUDOIN-ROUZEAU Stéphane. Directeur d’études (EHESS)

AUGUSTYNOWICZ Rémy. Agrégé d’histoire

AZEDINE ER-REGUIEG Mohamed. (Université Paris 8)

AZOULAY Vincent. Directeur d’études (EHESS)

BACHELET Pierre-Emmanuel. Maître de conférences (ENS de Lyon)

BACIOCCHI Stéphane. Ingénieur de recherche (EHESS)

BADEL Laurence. Professeure (Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne)

BALOUZAT-LOUBET Christelle. Maître de conférences en histoire médiévale (Université de Lorraine)

BANCEL Nicolas. Historien, professeur ordinaire (Université de Lausanne)

BARAT Claire. Maîtresse de conférences en histoire ancienne (Université Polytechnique Hauts-de-France)

BARD Christine. Professeure des universités en histoire contemporaine, membre senior (IUF)

BARDY Yannick. Maître de conférences (Université de Lille)

BARILLÉ Claire. MCF en histoire contemporaine (Université de Lille)

BARLES Sabine, Professeure des Universités

BARRAGAN Marie-Isabelle. Doctorante chargée d’enseignement

BARRE Louis. Postdoctorante

BARRERA Caroline. Maîtresse de conférences en histoire contemporaine (INU Champollion)

BARRETO Joana. Maîtresse de conférences en histoire de l’art moderne (Université Lumière Lyon 2)

BARREYRE Nicolas. Maître de conférences (EHESS)

BARRIÈRE Jean-Paul. Professeur d’histoire contemporaine (Université de Franche-Comté)

BARTHÉLÉMY Pascale. Historienne (ENS de Lyon)

BARZMAN John. Professeur émérite d’histoire contemporaine (Université Le Havre Normandie/IDEES UMR 6266 CNRS)

BASTOEN Julien. Maître de conférences en histoire et cultures architecturales (ENSA Paris-Belleville)

BAT Jean-Pierre. Archiviste paléographe, chargé de cours (PSL Université)

BAUDRY Robinson. MCF

BEAUPRÉ Nicolas. Professeur en histoire contemporaine (ENSSIB)

BECHINI Thibault. Membre scientifique (École française de Rome)

BECK Corinne. Professeure émérite d’histoire et d’archéologie médiévales (Université de Valenciennes)

BECK Patrice. Professeur honoraire en histoire médiévale (Université de Lille)

BECKA Léo. Doctorant en histoire contemporaine

BECKER Annette. Professeure émérite (Paris Nanterre)

BECKER Audrey. Professeure d’histoire romaine (Université de Franche-Comté)

BEGHIN Cécile. Historienne (Université de Cergy)

BEHTMONT Rémy. Professeur d’histoire et civilisation britanniques (Université Paris 8)

BÉLIGAND Nadine. MCF en histoire moderne (Université Lumière-Lyon 2)

BELLAVITIS Anna. Professeure d’histoire moderne (Université de Rouen Normandie)

BEN OTHMANE Houssam. Enseignant du second degré en histoire-géographie

BÉNÉVENT Christine. Professeur (École nationale des chartes)

BERDAH Jean-Bernard. Maître de conférences HDR (Université Toulouse 2 Jean-Jaurès)

BERGERON Andrée. Maîtresse de conférences en histoire des sciences (Museum national d’histoire naturelle)

BÉRIOU Nicole. (Académie des Inscriptions et Belles-Lettres)

BERNARD Amaury. Docteur en histoire contemporaine

BERNARD Mathias. Professeur d’histoire contemporaine (Université Clermont Auvergne)

BERNARDI Philippe. Directeur de recherches (CNRS)

BERNAT Chrystel. MCF en histoire moderne

BERNINI Julie. Maître de conférences en histoire ancienne (Université de Lille)

BERTINET Arnaud. Historien du patrimoine, MCF (Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne)

BERTRAND Romain. Directeur de recherche (CERI, Sciences Po-CNRS)

BESSON Florian. Médiéviste 

BEUCHER Benoît. Maître de conférences en histoire de l’Afrique contemporaine (Université Paris Cité)

BIDAUT Guillaume. Doctorant en histoire (Paris 1 Panthéon Sorbonne)

BIGG Charlotte. Historienne (CNRS)

BIHL Laurent. MCF (Paris 1 Panthéon-Sorbonne)

BILLARD Hugo. Professeur d’histoire-géographie et géopolitique en CPGE

BLAIS Hélène. Professeure d’histoire (ENS-PSL)

BLANC Julien. ATER en histoire contemporaine (UGE)

BLANC Julien. Historien (EHESS)

BLANC-CHALEARD Marie-Claude. Professeure émérite d’histoire contemporaine

BLOCH Suzette. Petite-fille de Marc BLOCH

BLUM Françoise. Ingénieure de recherche (CNRS), Historienne

BLUMENTHAL Edward. Maître de conférences en civilisation de l’Amérique latine (Université Sorbonne Nouvelle Paris 3)

BOCQUET Jérôme. PR en histoire contemporaine (Université de Tours)

BOEHRINGER Sandra. Maîtresse de conférences en histoire ancienne et études de genre (Université de Strasbourg)

BOESTAD Tobias. Maître de conférences en histoire médiévale

BOILLEY Pierre. Professeur des universités, histoire de l’Afrique contemporaine

BOITEL Isaure. Maîtresse de conférences en histoire moderne (Université Picardie Jules Verne)

BOLLENOT Vincent. Maître de conférences (Université de Caen)

BONNARD Jean-Baptiste. Maître de conférences en histoire (Université de Caen)

BONNEFOY Baptiste. Maître de conférences en histoire moderne (Université Paris Nanterre)

BONZON Anne. Professeure d’histoire moderne (Université Paris 8)

BONZON Thierry Serge. Maître de conférences en histoire contemporaine (Université Gustave Eiffel)

BOQUET Damien. Professeur d’histoire du Moyen Âge (Aix-Marseille Université)

BORDES Etienne. Chercheur postdoctorant

BOSC Yannick. (Université de Rouen Normandie)

BOSC-TIESSE Claire. Directrice de recherche (CNRS) – Directrice d’études (EHESS)

BOSSAERT Marie. Maîtresse de conférences (Université Clermont Auvergne)

BOST Hubert. Directeur d’études (EPHE-PSL)

BOUCHERON Patrick. Professeur d’histoire (Collège de France)

BOUDERBALA Sobhi. Maître assistant en histoire médiévale (Université de Tunis)

BOUDET Jean-Patrice. Professeur émérite d’histoire médiévale (Université d’Orléans)

BOUDON Jacques-Olivier. Professeur d’histoire contemporaine (Sorbonne Université)

BOUGEARD Christian. Professeur émérite d’histoire contemporaine (université de Bretagne Occidentale, Brest) 

BOUHAÏK-GIRONÈS Marie. Directrice de recherche (CNRS)

BOUJU Marie-Cécile. Maître de conférences

BOULOUX Nathalie. Maîtresse de conférences en histoire médiévale (Université de Tours)

BOUQUET Olivier. Professeur (Université Paris Cité, IUF)

BOURDEU Etienne. Professeur d’histoire-géographie, chercheur associé au CRH (CNRS-EHESS)

BOURDIN Juliette. Maître de conférences en histoire des États-Unis

BOURDIN Philippe. Professeur d’histoire moderne (Université Clermont Auvergne)

BOURDON Étienne. Historien

BOURGUET Marie-Noelle. Professeur émérite d’histoire moderne (Université Paris Cité)

BOURQUIN Laurent. Professeur d’histoire moderne (Le Mans Université)

BOUTOULLE Frédéric. Professeur d’histoire médiévale

BOUTRY Philippe. (Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne)

BOVE Boris. Professeur d’histoire médiévale (Université de Rouen-Normandie)

BOYER Anne. Retraitée Historienne du livre et de la police pour la période moderne

BOZZOLO Carla. Histoire intellectuelle du Moyen Âge tardif, Directeur de recherche (CNRS), retraitée

BRAC DE LA PERRIÈRE Éloïse. Professeure d’histoire de l’art et d’archéologie des mondes de l’Islam (Sorbonne Université – INHA)

BRANCHE Raphaëlle. Professeure d’histoire contemporaine (Université Paris-Nanterre)

BRASSART Laurent. Maître de conférences en histoire moderne

BRAYARD Florent. (CNRS)

BRELOT Claude-Isabelle. Professeur honoraire (Université Lyon 2)

BRET Patrice. Historien

BRÉTÉCHÉ Marion. Enseignante-chercheure (Université d’Orléans)

BRETIN Karen. Maître de conférences (Université de Bourgogne)

BRIAN Éric. Directeur d’études (EHESS, CRH)

BRIAN Isabelle. Professeur d’histoire moderne (Université de Lorraine)

BRIFFAULT Véronique. Professeure agrégée d’histoire

BRIOIST Pascal. Professeur des universités

BRUHNS Hinnerk. Directeur de recherche émérite (CNRS, CRH)

BRUNEL Françoise. MCF honoraire histoire moderne (Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne)

BRUNNER Thomas. Maître de conférences en histoire du Moyen Âge (Université de Strasbourg)

BRUZZONE Anna. Historienne, chercheuse associée (Institut des mondes africains)

BUBENICEK Michelle. Professeur des universités

BUFFET Jules. ATER (Université Paris Nanterre)

BUGNON Fanny. Maîtresse de conférences en histoire contemporaine et études sur le genre (Université Rennes 2)

BUR Clément. Maître de conférences en histoire ancienne (INU Champollion, Albi)

BURGAUD Pierre. Professeur agrégé d’histoire, enseignant (lycée Frédéric Mistral à Fresnes)

BURGDORFF Celia. Historienne, chercheuse associée (Fondation pour la recherche stratégique)

BURRI Sylvain. (TRACES UMR 5608 CNRS-Université Toulouse Jean-Jaurès)

BYRDY-DÉPATY Emmanuelle. Agrégée d’histoire

CABADI Marie. Doctorante en histoire contemporaine

CABANES Bruno. Professeur (Ohio State University, USA)

CABESTAN Jean-François. Historien de l’architecture

CABY Cécile. Professeure en histoire du Moyen Âge (Sorbonne Université)

CAHEN Fabrice. Chargé de recherches (Ined)

CALAFAT Guillaume. MCF (Université Paris 1)

CALLARD Caroline. Directrice d’études en histoire moderne (EHESS).

CANO Delphine. Professeure agregée en histoire, Conservatrice en chef du patrimoine

CANTEAUT Olivier. Maître de conférences en histoire (École nationale des chartes)

CANTIN Yann. Maître de conférences (Université Paris 8)

CAPDETREY Laurent. Professeur d’histoire grecque (Université Bordeaux Montaigne)

CAPO Dorothée. Enseignante en histoire-géographie, vacataire à l’université

CARANTON Julien. Maître de conférences en histoire contemporaine  (Université Grenoble Alpes)

CARBONELL Mauve. Maître de conférences en histoire contemporaine (Aix-Marseille Université)

CARBONNET Adrien. Maitre de conférences (Sorbonne Université)

CARBONNIER Youri. Professeur en histoire moderne (Université d’Artois)

CARDON Thibault. Chargé de recherche (CNRS)

CARDON-QUINT Clémence. Professeure des universités en histoire contemporaine (Université Paul-Valéry Montpellier 3)

CARON Jean-Claude. Professeur émérite d’histoire contemporaine (Université Clermont Auvergne)

CARPENTIER Florence. Maîtresse de conférences en histoire (Université de Rouen-Normandie)

CARRANGEOT Delphine. MCF en histoire moderne (UVSQ/Paris-Saclay)

CARRAZ Damien. Professeur d’histoire médiévale (Université Toulouse 2 Jean-Jaurès / Framespa-UMR 5136)

CARRIBON Carole. Maîtresse de conférences en histoire contemporaine (Université Bordeaux Montaigne)

CARVAIS Robert. Directeur de recherches émérite (CNRS)

CASSAN Michel. Professeur émérite des universités (Poitiers, Limoges)

CASTAGNEZ Noëlline. Professeure d’histoire contemporaine (Université d’Orléans)

CASTAN-VICENTE Florys. Historienne du sport et du genre, MCF (Université Paris Saclay)

CASTELNUOVO Guido. Professeur d’histoire du Moyen Âge (Avignon Université)

CASRIGLIONI Maria Paola, MCF en histoire ancienne (Université Grenobles Alpes)

CAUSARANO Pietro. (Università di Firenze)

CAVAILLÉ Jean-Pierre. Maître de conférences (EHESS)

CAZES Quitterie. Professeure d’histoire de l’art (Université de Toulouse Jean-Jaurès)

CÉLINE Dhers. Professeur d’histoire-géographie-emc en collège

CERMAN Jérémie. Professeur des universités en histoire de l’art contemporain (Université d’Artois, CREHS)

CERTIN Aude-Marie. Maîtresse de conférences (Université de Haute-Alsace)

CHABOD Antoine. Ingénieur-chercheur

CHAIX Gérald. PR émérite, histoire moderne (Université de Tours)

CHAMPEAUD Grégory. Enseignant et historien

CHANDELIER Joël. Maître de conférences (Université Paris 8)

CHANDEZON Christophe. Professeur d’histoire ancienne (Université Montpellier 3)

CHANET Jean-François. Professeur (IEP de Paris)

CHAPERON Sylvie. Professeure d’histoire contemporaine (Université de Toulouse Jean-Jaurès)

CHAPPEY Jean-Luc. Professeur d’histoire des sciences (Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne) 

CHAPUIS-DESPRÉS Stéphanie. Maîtresse de conférences en civilisation germanique (Université Paris Cité)

CHAREILLE Pascal. MCF Histoire médiévale (Université de Tours)

CHARLE Christophe. (Paris 1-Panthéon Sorbonne)

CHARPENTIER Pierre-Frédéric. Historien (Lycée Berthelot, Toulouse)

CHARPY Manuel. Historien (CNRS)

CHARRIER Loman-Pierre. Doctorants en histoire contemporaine (CHEC/UCA)

CHARTIER Roger. Professeur émérite (Collège de France)

CHASTANET Monique. Chargée de recherche honoraire (CNRS)

CHASTANG Pierre. Professeur (UVSQ-Université Paris-Saclay)

CHATELAN Olivier. Maître de conférences HDR en histoire contemporaine (Université Jean-Moulin, Lyon 3)

CHATENET-CALYSTE Aurélie. Maîtresse de conférences en histoire moderne (Université Rennes 2)

CHATRIOT Alain. Professeur des universités (SciencesPo)

CHATZIVASILIOU Despina. Chercheur (Collège de France)

CHAUVARD Jean-François. Professeur d’histoire moderne (Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne)

CHENY Anne-Marie. Historienne

CHERQAOUI Walid. Doctorant-chercheur à l’Institut d’histoire du temps présent (IHTP – CNRS/Paris 8)

CHIRIO Maud. MCF en histoire contemporaine (Université Gustave Eiffel)

CHOVAUX Olivier. Professeur d’histoire contemporaine (Université d’Artois)

CHRISTEN Carole. Professeure d’histoire contemporaine (Université Le Havre Normandie)

CIREFICE Virgile. Maître de conférences d’histoire contemporaine (Université de Limoges)

CLASTRES Patrick. Professeur d’université (UNIL)

CLAUSTRE Julie. Professeure des universités

CLAVERT Frédéric. Professeur assistant (maître de conférence) (C2DH, Université du Luxembourg)

CLEMENTZ Elisabeth. Maîtresse de conférences HDR (Université de Strasbourg)

CLERET Camille. Docteur agrégé d’histoire

COCAIGN Elen. MCF en histoire britannique (Université Paris 8)

COEUR Denis. Historien-conseil, directeur d’ACTHYS-DIffusion

COEURÉ Sophie. (Université Paris Cité)

COGNÉ Albane. Maître de conférences en histoire moderne (Université de Tours)

COHEN MULLER RIna. MCF en histoire contemporaine (INALCO)

COHEN Muriel. MCF en histoire contemporaine (Le Mans Université)

COHEN Yves. Directeur d’études émérite (EHESS)

COHN Danièle. Professeure émérite (Paris 1 Panthéon-Sorbonne)

COLLARD Franck. Professeur d’histoire médiévale (Université Paris-Nanterre), Directeur de l’UFR SSA

COLLET Pauline. Doctorante (Université de Toulouse Jean-Jaurès)

COLLINET Cécile. Professeure de sociologie (Université Gustave-Eiffel)

COMPAGNON Olivier. Professeur d’histoire contemporaine (Université Sorbonne Nouvelle-IHEAL / Institut Universitaire de France)

CONCHON Anne. Enseignante-chercheure

COQUERY Natacha. Professeure à l’université (Lumière Lyon 2)

COQUERY-VIDROVITCH Catherine. Professeure émérite (Université Paris Cité)

CORNU Pierre. Professeur d’histoire contemporaine et d’histoire des sciences en détachement (INRAE)

COUEFFE Louis. ATER en histoire contemporaine (Avignon Université)

COURRIER Cyril. MCF HDR Histoire romaine (Aix-Marseille Université-IUF)

COURTEMANCHE Danielle. Historienne médiéviste, MCF (ULCO)

COUSINIÉ Frédéric. Professeur d’histoire de l’art (Université de Rouen Normandie)

COYO Philippe. Professeur (Lycée Champollion)

CRONIER Emmanuelle. Professeure d’histoire contemporaine (Université de Picardie Jules-Verne)

CROUZET Denis. Professeur émérite d’histoire moderne

CROUZET-PAVAN Elisabeth. Professeur émérite d’histoire médiévale

CUNDEKOVIC Jérémy. Ingénieur d’études et doctorant en histoire moderne

CUVELIER Laurent. Maître de conférences en histoire moderne (Université de Tours)

D’ENFERT Renaud. Professeur émérite en sciences de l’éducation

D’ERCOLE Cecilia. Historienne (EHESS)

DA COSTA Valérie. Professeure (Paris 8)

DA ROCHA CARNEIRO François. Historien (CREHS, Université d’Artois)

DAKHLI Leyla. Chargée de recherche (CNRS)

DARRIULAT Philippe. Professeur des universités en histoire contemporaine (Sciences Po Lille)

DAUDIN Guillaume. Professeur (Université Paris Dauphine-PSL)

DAUMALIN Xavier. Professeur d’histoire contemporaine (Aix-Marseille Université)

DAVID Jean-Michel. Professeur des universités émérite

DAVION Isabelle. Maîtresse de conférences HDR (Sorbonne Université)

DE BAECQUE Antoine. Professeur (ENS/PSL)

DE COCK Laurence. Historienne.

DE LAS HERAS Amélie. Maîtresse de conférences en histoire médiévale (Université d’Artois)

DE MATHAN Anne. Professeure des universités en histoire moderne (Université de Caen Normandie), directrice de l’unité de recherche HisTeMé

DE OLIVEIRA Matthieu. (Université de Lille)

DEBAIL Thibault. Chercheur rattaché (EHESS – CRH)

DÉBAX Hélène. Professeur d’histoire médiévale (Université Toulouse Jean-Jaurès)

DECHAND Oriane. ATER en histoire moderne

DEFRANCE-JUBLOT Fanny. Docteure en histoire (EPHE-GSRL)

DEHOUX Esther. Maître de conférences en histoire du Moyen Âge

DEJOUX Marie. MCF en histoire médiévale

DELACROIX Christian. Historien

DELALANDE Nicolas. Professeur (Centre d’histoire de Sciences Po)

DELATTRE-DESTEMBERG Emmanuelle. MCF en histoire contemporaine (Université Polytechnique Hauts-de-France, Valenciennes)

DELAURENTI Béatrice. Directrice d’études (EHESS-CRH)

DELEPLACE Marc. Maître de conférences en histoire contemporaine (Centre d’histoire du XIXe siècle, Sorbonne Université)

DELPORTE Christian. Professeur émérite (Université de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines)

DELUERMOZ Quentin. Professeur d’histoire contemporaine (Université Paris Cité)

DELZANT Jean-Baptiste. Maître de conférences en histoire du Moyen Âge (Université Paris Cité)

DEMARTINI Anne-Emmanuelle. Professeure d’histoire contemporaine (Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne)

DEMONT Vincent. Maître de conférences (Université Paris Nanterre, IDHES)

DENIS Vincent. Professeur d’histoire moderne (Université de Rouen)

DERRIEN Marie. Maîtresse de conférences en histoire contemporaine (Université de Lille)

DESABRES Pascal. Enseignante

DESBUISSONS Frédérique. (Université de Reims Champagne-Ardenne)

DESCENDRE Romain. Professeur des universités (ENS Lyon)

DESROSIERS Sophie. MCF retraitée (EHESS-CRH)

DESSI Rosa Maria. PU en histoire (Université Côte d’Azur)

DESTATTE Philippe. Maître de conférences à l’Université de Mons, Université Paris Cité et Reims Champagne-Ardenne

DESTEMBERG Antoine. Maître de conférences en histoire médiévale (Université d’Artois)

DIAZ Delphine. Maîtresse de conférences en histoire contemporaine (Université de Reims Champagne-Ardennes)

DIETSCHY Paul. professeur d’histoire contemporaine (Université de Franche-Comté)

DITTMAR Pierre-Olivier. Maître de conférences (EHESS)

DODMAN Thomas. Historien

DOL Catherine. 

DOMERGUE Cloarec. Professeur honoraire (Montpellier 3)

DONNAT Sylvie. Professeure d’égyptologie (Université de Lille)

DORNEL Laurent. Historien (UPPA)

DORSO Simon. Archéologue, historien

DOSQUET Émilie. Maîtresse de conférence en histoire moderne (CY Cergy Paris Université)

DOSSE François. Historien, professeur émérite (Université Paris 12)

DOUCET Hervé. Maître de conférences en histoire de l’art contemporain (Université de Strasbourg)

DOUKI Caroline. MCF en histoire (Université Paris 8)

DOUZOU Laurent. Professeur émérite des universités

DROIT Emmanuel. Professeur des universités (Sciences Po Strasbourg)

DUBALD Déborah. Maîtresse de conférences (Université de Strasbourg)

DUBASQUE François. Maître de conférences en histoire contemporaine (Université de Poitiers)

DUCEPPE-LAMARRE François. Docteur en archéologie, professeur agrégé d’histoire

DUCLOS-GRENET Pauline. Enseignante

DUCREUX Marie-Elizabeth. Directrice de recherche émérite (CNRS, CRH)

DUCROS Victor. Doctorant contractuel en histoire médiévale (Université de Paris 1 Panthéon Sorbonne)

DUFAUD Grégory. Professeur des universités (Université Polytechnique Hauts-de-France)

DUFOURMONT Eddy. Professeur des universités

DUFRAISSE Sylvain. Maître de conférences (Nantes Université)

DULGUEROVA Elitza. Maîtresse de conférences en théorie et histoire de l’art (Université Paris 1 Panthéon Sorbonne)

DUMAS Hélène. (CNRS-EHESS)

DUMONT Juliette. Maîtresse de conférences en histoire (Université Sorbonne Nouvelle – Paris 3)

DUNYACH Jean-François. Maître de conférences en histoire moderne (Sorbonne Université)

DUPONT Alexandre. MCF en histoire contemporaine (Université de Strasbourg), membre junior (Institut universitaire de France)

DUPONT Anne-Laure. Maître de conférences (Sorbonne Université)

DUPRAT Annie. Professeure des universités émérite

DURAND Antonin. Maître de conférences (Sorbonne Université)

DUROCHER Maxime. Maître de conférences en arts de l’Islam (Sorbonne Université)

DUSSERRE Aurélia. MCF en histoire contemporaine (Université d’Aix-Marseille)

EISMANN Gaël. Maîtresse de conférences en histoire contemporaine (Université Caen-Normandie)

ENDERS Armelle. Professeure d’histoire contemporaine (Université Paris 8/FG Lab)

ERVIEL Jérémiah. Professeur d’histoire 

ESMEIN Jean. Sociétaire SGDL

ESTEVE Romane. Professeure d’histoire-géographie

ETTER Anne-Julie. MCF (CY Cergy Paris Université)

EVANS Bruno. Historien, chercheur associé (laboratoire FRAMESPA)

EXBALIN Arnaud. Professeur (Université Paris Nanterre)

EYMÉOUD Juliette. Docteure en histoire moderne, conservatrice des bibliothèques

FABRE Mélanie. Maîtresse de conférences (Université de Picardie Jules-Verne)

FAGES Volny. maître de conférences (ENS Paris-Saclay)

FAGET Daniel. MCF en histoire moderne (Aix-Marseille Université)

FAINGNAERT Victor. (Doctorant en histoire)

FARGE Arlette. (CNRS)

FASSIO Lucas. Doctorant en histoire médiévale (Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne)

FAURE Justine. Professeure d’histoire contemporaine (Université de Lille)

FAVIER Irène. MCF en histoire contemporaine

FAYOLLE Caroline. Maîtresse de conférences en histoire contemporaine (Université de Montpellier)

FELLER Laurent. Professeur des universités émérite (Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne)

FERIEL Cédric. Maître de conférences en histoire (Université Rennes 2)

FERRADOU Mathieu. Maître de conférences en histoire moderne (Université Paris Nanterre)

FERRAGU Gilles. MCF (Université Paris Nanterre)

FERRAND Antoinette. Membre scientifique (Institut français d’archéologie orientale)

FERRER-BARTOMEU Jérémie. Chargé de recherches en histoire moderne (F.R.S.-FNRS)

FERRIER-VIAUD Pauline. Maîtresse de conférences en histoire moderne (Université d’Artois)

FLÉCHET Anaïs. Professeure d’histoire contemporaine (Sciences Po Strasbourg)

FOA Jérémie. MCF HDR (Aix-Marseille Université)

FOLIARD Daniel. (Université Paris Cité)

FONTAINE Marion. Professeure (Sciences Po)

FONTAINE–GASTAN Marie. Doctorante

FOREST Alain. Professeur retraité d’histoire et de civilisation de la Péninsule indochinoise (Université Paris Cité)

FORLIN Olivier. Maître de conférences en histoire contemporaine (Université Grenoble Alpes)

FORONDA François. Historien médiéviste

FOURNIER Patrick. Maître de conférences (Université Clermont-Auvergne)

FRABOULET Danièle. Professeur émérite d’histoire contemporaine (Université Sorbonne Paris Nord)

FRAY Sébastien. Maître de conférences en histoire du Moyen Âge (Université Jean Monnet, Saint-Etienne)

FREDJ Claire. (Université Paris Nanterre)

FRIOUX Stéphane. MCF en histoire contemporaine

FRÖHLICH Pierre. Professeur d’histoire grecque (Université de Bordeaux)

FROISSART Rosella. Directrice d’études (EPHE-PSL)

FROMENT Delphine. Maîtresse de conférences en histoire contemporaine (Université de Lorraine)

FULLA Mathieu. Chercheur (Centre d’histoire de Sciences Po)

FUREIX Emmanuel. Professeur d’histoire contemporaine (Université Paris-Est Créteil)

FURST Benjamin. Ingénieur de recherche (Université de Haute-Alsace)

GAILLARD Norbert. Consultant indépendant, spécialiste de l’histoire du risque souverain

GAILLAUD Sylvain. Docteur en histoire contemporaine, chercheur associé (Paris 1 Panthéon-Sorbonne – SIRICE)

GAL Stéphane. Maître de conférences HDR en histoire moderne, directeur délégué du LARHRA (Université Grenoble-Alpes)

GALLAND Catherine. MCF, Histoire (Université Paris Nanterre)

GALLIAN Nastasia. Maîtresse de conférences en histoire de l’art (Sorbonne Université)

GALLO Daniela. Professeure émérite (Université de Lorraine)

GALLON Floriant. Maître de conférences en histoire médiévale (Université Toulouse Jean-Jaurès)

GALLOT Fanny. Historienne

GALVEZ-BEHAR Gabriel. 

GANTET Claire. Professeure d’histoire moderne (Université de Fribourg)

GARCIA Patrick. Historien (Cergy Paris Université)

GARNER Guillaume. Maître de conférences en histoire (ENS de Lyon)

GAROT PUYAU Marion. Historienne et docteure en études germaniques

GAUBERT Aymeric. Doctorant en histoire à (Université de Tours)

GAUDICHARD Franck. Historien, professeur des universités (Toulouse)

GAUDIN Guillaume. Maître de conférences HDR en histoire moderne (Université Toulouse Jean-Jaurès)

GAUTHIER Christophe. Professeur (École nationale des chartes)

GAUVARD Claude. Professeure émérite d’histoire médiévale (Paris 1 Panthéon-Sorbonne)

GEBEIL Sophie. Maître de conférences en histoire

GÉLIN Maëlle. Doctorante (Centre d’histoire de Sciences Po)

GÉLIS Jacques. Professeur émérite (Paris 8 Saint-Denis)

GÉNARD Elsa. Postdoctorante (Harvard University)

GENET-DELACROIX Jean-Philippe. Professeur d’Histoire médiévale (Paris 1 Panthéon-Sorbonne)

GENET-DELACROIX Marie-Claude. Professeur d’Histoire de l’art (Université de Reims-Champagne-Ardennes)

GENIS Nicolas. Maître de conférences en histoire ancienne (Université de Lille)

GENTIL Louise. Doctorante en histoire médiévale (Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne)

GEORGI Frank. Professeur d’histoire contemporaine (Université d’Évry Paris-Saclay)

GHERCHANOC Florence. Professeure des universités (Université Paris Cité)

GHERMANI Naïma. Professeure d’histoire moderne (Université Grenoble Alpes, ICM)

GIBIER Céline. Professeure certifiée d’Histoire Géographie

GIMENEZ Irène. Postdoctorante (Université Paris Est Créteil)

GIOANNI Stéphane. Professeur (Université Lumière-Lyon 2)

GIRAUDIER Fanny. Agrégée et docteure en histoire, chercheuse associée (LARHRA)

GIRAULT Bénédicte. Maîtresse de conférences en histoire contemporaine (CY Cergy Paris Université)

GISPERT Hélène. Historienne des sciences, professeure émérite (Université Paris Saclay)

GISPERT Marie. Historienne de l’art, maîtresse de conférences HDR (Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne)

GIUDICELLI Christophe. Professeur (Sorbonne Université)

GLESENER Thomas. Maître de conférences en histoire moderne (Aix-Marseille Université)

GODINEAU Dominique. Professeure d’histoire moderne (Université Rennes 2)

GODINEAU Laure. MCF en Histoire contemporaine (Université Sorbonne Paris Nord)

GOESCHEL Pascale. Professeure d’histoire contemporaine (Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne)

GOLDBERG Sylvie Anne. Directrice d’études émérite, (EHESS, Centre d’études Juives)

GOLDIN Gabriela. Postdoctorante

GOMEZ Corinne. Ingénieure (CNRS, Histoire)

GONZALEZ BERNALDO Pilar. Professeur d’histoire contemporaine de l’Amérique latine (Université Paris Cité)

GOSSOT Anne. PU émérite (Université Bordeaux-Montaigne)

GOUPIL-LUCAS-FONTAINE Marie. Professeure agrégée (Université du Mans)

GRANCHER Romain. Chargé de recherche (CNRS)

GRAND-CLÉMENT Adeline. Professeure d’histoire grecque (Université de Toulouse Jean-Jaurès)

GRENET Mathieu. Maître de conférences (INU Champollion, Albi)

GRÉVIN Benoît. Directeur de recherches (CNRS, CRH)

GREVSMUHL Sebastian. Chercheur (CNRS)

GRIDAN Irina. MCF en histoire contemporaine (Inalco)

GRIFFATON Vianney. Doctorant (Centre d’histoire de Sciences Po)

GRILLÈRE Diane. Enseignante

GRIVAUD Gilles. Professeur émérite d’histoire médiévale (Université de Rouen)

GRIVEL Luc. Maître de conférences

GRUMBERG Zoé. agrégée d’histoire et docteure en histoire contemporaine

GRYNBERG Anne. professeure émérite des Universités (INALCO, Paris)

GUEGEN Cécile. Professeur d’histoire géographie

GUGELOT Frédéric. Professeur d’histoire contemporaine (Université de Reims)

GUICHARD Charlotte. Historienne de l’art (CNRS/ENS-PSL)

GUICHARROUSSE Romain. Maitre de conférences en histoire (Université Paris 1 Panthéon Sorbonne)

GUIDI Andreas. Maître de conférences (INALCO)

GUIGNARD Laurence. Professeure en histoire contemporaine (UPEC/Inspé), co-présidente d’Historiennes et historiens du contemporain

GUIGNET Lucie. Doctorante

GUILHAUMOU Jacques. Directeur de recherche honoraire (CNRS)

GUILLOREL Éva. Maîtresse de conférences en histoire moderne (Université Rennes 2)

GUIZARD Fabrice. Maître de conférences HDR en histoire du Moyen Âge (Université Polytechnique des Hauts-de-France)

GUYON Anthony. Historien

HAAN Bertrand. Maître de conférences (Sorbonne Université)

HACHEZ-LEROY Florence (Université d’Artois)

HAGIMONT Steve. Maître de conférences en histoire contemporaine (Université de Versailles Saint-Quentin)

HAMON Philippe. Professeur des universités en histoire

HANDOURTZEL Rémy. Historien, ex-chargé de cours (Paris-X Nanterre) et lauréat de l’Académie française

HANQUIEZ Delphine. Maître de conférences en histoire de l’art médiéval (Université d’Artois)

HAOUR Pauline. Historienne (EPHE-PSL)

HASENOHR Claire. Professeur d’histoire ancienne (Université Bordeaux-Montaigne)

HATZFELD Nicolas. Professeur (Université Évry-Saclay)

HAUTCOEUR Pierre-Cyrille. Directeur d’études (EHESS et Paris school of economics)

HAYES Ingrid. enseignante-chercheuse (Université Paris Nanterre)

HAZIZA Typhaine. MCF en histoire ancienne (Université de Caen)

HÉBRARD Véronique. Professeure d’histoire de l’Amérique latine (Université de Lille)

HEIMBURGER Franziska. MCF (Sorbonne Université)

HELLER Anna. Professeure d’histoire ancienne (Université de Tours)

HELVÉTIUS Anne-Marie. Professeure d’Histoire du Moyen Âge (Université Paris 8 Vincennes-Saint-Denis)

HERMANT Héloïse. Enseignante-chercheuse

HERMENT Laurent. Historien, directeur de recherche (CNRS)

HERRMANN Irène. Professeure d’histoire transnationale (Université de Genève)

HERVÉ Pierre-André. Doctorant en histoire (École pratique des hautes études)

HEULLANT-DONAT Isabelle. Professeure d’histoire médiévale (Université de Reims-Champagne-Ardenne)

HILAIRE-PÉREZ Liliane. Professeur (Université Paris Cité) et directrice d’études (EHESS)

HIPPLER Thomas. Professeur d’histoire contemporaine (Université de Caen)

HOBSON FAURE Laura. Professeure des universités (Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne)

HOUBRE Gabrielle. Enseignante-chercheuse (Université Paris Cité)

HOULLEMARE Marie. Professeure (Université de Genève)

HOURS Bernard. Professeur d’histoire moderne (Université Jean-Moulin Lyon 3)

HOUSSAYE MICHIENZI Ingrid. Historienne médiéviste, chargée de recherche (CNRS)

HOUSSIN-MONELLO Matteo. Professeur agrégé d’histoire

HOUTE Arnaud-Dominique. Professeur d’histoire contemporaine (Sorbonne Université)

HUGON Anne. PR histoire contemporaine de l’Afrique (Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne)

HURLET Frédéric. Professeur des universités

HUSQUIN Caroline. MCF en histoire ancienne (Université de Lille)

IOGNA-PRAT Dominique. Directeur d’études (EHESS)

IRACHILO Erwan. Doctorant en histoire contemporaine (laboratoire ITEM)

IRIBARREN Isabel. Professeure d’histoire médiévale (Université de Strasbourg)

ISMARD Paulin. Professeur d’histoire ancienne (Aix Marseille Université)

JACOB-ROUSSEAU Nicolas. Maître de conférences en géographie (Lyon)

JAKOBI Marianne. Professeure d’histoire de l’art (Université Clermont Auvergne)

JALABERT Laurent. Professeur d’histoire contemporaine (Université de Pau)

JANNIARD Sylvain. MCF en histoire romaine (Université de Tours)

JANSEN Sabine. Professeure des universités

JARNOUX Philippe. PR en histoire moderne (Université de Brest)

JEAN-MARIE Laurence. enseignante-chercheure, histoire du Moyen Âge

JEANNENEY Jean-Noël. Professeur émérite (Sciences Po)

JÉGOU Laurent. Professeur d’histoire médiévale (Université Paris Nanterre)

JÉHANNO Christine. Maîtresse de conférences en Histoire médiévale (Université du Littoral-Côte d’Opale)

JETTOT Stéphane. MCF (Sorbonne Université)

JOIN-LAMBERT Odile. Professeure (Paris Saclay-UVSQ, Laboratoire Printemps)

JOLLET Anne. Maîtresse de conférences en histoire moderne (Université de Poitiers)

JOLLET Etienne. Professeur d’histoire de l’art moderne (Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne)

JOLY Laurent. (CNRS)

JOSCHKE Christian. Professeur d’histoire de l’art (ENSBA de Paris)

JOUHAUD Christian. (EHESS, Centre de recherches historiques)

JOUTY Fabienne. Doctorante

JUAN Myriam. MCF (Université de Caen Normandie)

JUCHS Jean-Philippe. (LAMOP)

JUDDE DE LARIVIÈRE Claire. (Université de Toulouse Jean-Jaurès)

JULIA Dominique. Directeur honoraire de recherche (CNRS)

JULLIARD François-René. ATER (Université polytechnique des Hauts-de-France)

JUSSEAUME Anne. Maîtresse de conférences en histoire contemporaine

KAPLAN Michel. Professeur émérite (Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne)

KAPLAN Steven L. Historien, universitaire retraité

KARILA-COHEN Karine. Maîtresse de conférences HDR en histoire grecque (Université Rennes 2)

KARILA-COHEN Pierre. Professeur d’histoire contemporaine (Université Rennes 2)

KEREN Célia. Maîtresse de conférences en histoire contemporaine (Sciences Po Toulouse)

KERMOGARD Zoé. Maître assistante en histoire contemporaine (Université de Zurich)

KICHELEWSKI Audrey. MCF histoire contemporaine (Université de Strasbourg), codirectrice de la Revue d’histoire de la Shoah.

KIEN Julien. Professeur d’histoire-géographie

KIKUCHI Catherine. Maîtresse de conférences en histoire médiévale (Université de Versailles Saint-Quentin)

KISS Gergely. Professeur d’histoire médiévale (Hongrie)

KNITTEL Fabien. Maître de conférences HDR en histoire contemporaine (Université de Franche -Comté)

KOERING Jérémie. Professeur ordinaire en histoire de l’art des temps modernes, chargé de recherche (CNRS), en détachement

KOKKINOU Maria. Anthropologue (EHESS)

KÖNIG-PRALONG Catherine. Directrice d’études (EHESS)

KOTT Sandrine. Professeure (Université de Genève)

KOUAMÉ Nathalie. Professeure en histoire du Japon (Université Paris Cité)

KOUAMÉ Thierry. Professeur d’histoire médiévale (Université de Franche-Comté)

KOWALSKI Hélène. Doctorante en histoire contemporaine et environnementale

KRAMPL Ulrike. Professeure d’histoire moderne (Université de Tours)

KRUMENACKER Yves. Professeur émérite (Université Lyon 3 Jean-Moulin)

KUCAB Anne. Docteure en histoire médiévale

KUNTH Anouche. Historienne (CNRS)

KYBURZ Josef. (CNRS)

L’HÉRITIER Maxime. Maître de conférences en histoire médiévale

LABBÉ Jean-Luc. Doctorant en histoire contemporaine (Université de Limoges)

LABBÉ Morgane. (EHESS)

LABONNE Marie-Pierre. Enseignante chercheuse et docteure en histoire contemporaine

LABORIE Léonard. Chargé de recherche (CNRS)

LABOULAIS Isabelle. Professeure d’histoire moderne (Université de Strasbourg-SAGE)

LACHAISE Bernard. Professeur honoraire d’histoire contemporaine (Université Bordeaux Montaigne)

LACHAUD Frédérique. Professeure d’histoire médiévale (Sorbonne Université) 

LACHAUD Stéphanie. Maîtresse de conférences en histoire moderne (Université Bordeaux-Montaigne)

LACOUE-LABARTHE Isabelle. Historienne (Sciences Po Toulouse)

LACROIX Annick. Maîtresse de conférences à (Université Paris Nanterre)

LAFONT Anne. Historienne de l’art

LAGORCE Constantin. Doctorant médiéviste

LAKS Déborah. Chargée de recherche (CNRS)

LALANNE Sophie. Maîtresse de conférences (Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne)

LALLEMENT Jérôme. Professeur des universités émérite (UMR 8174 – CES – Centre d’économie de la Sorbonne)

LANCEREAU Guillaume. Max Weber Fellow (European University Institute)

LANDI Elisabeth. Professeur d’histoire en CPGE (Fort de France, Martinique)

LANDOT Aymeric. Professeur d’histoire en classes préparatoires littéraires

LANEYRIE-DAGEN Nadeije. Professeure d’histoire de l’art (ENS)

LAOT Françoise F.. socio-historienne de l’éducation et de la formation

LARDIN Philippe. Maître de conférences honoraire (Université de Rouen)

LARGESSE Pierre. Président-Fondateur (Société de l’histoire d’Elbeuf), fondateur (Institut CGT d’Histoire sociale de la Seine-Maritime), chevalier des Arts et des Lettres

LARGUIER Gilbert. Professeur émérite d’histoire moderne (Université de Perpignan)

LARRERE Mathilde (Université Gustave-Eiffel)

LAUNAY Maxime. Docteur en histoire contemporaine

LAUWERS Michel. Professeur des universités, Histoire du Moyen Âge (Université Côte d’Azur)

LAVILLE Béatrice. Professeure émérite (Université Bordeaux Montaigne)

LE BIHAN Jean. maître de conférences en histoire contemporaine (Université Rennes 2)

LE BONHOMME Fanny. MCF en histoire contemporaine (Université de Poitiers)

LE BOT Florent. Maitre de conférences en histoire économique et sociale contemporaine

LE BRAS Anatole. Historien, chercheur postdoctorant (Centre for History and Economics in Paris)

LE GALL Jean-Marie. Professeur d’histoire moderne (Paris 1 Panthéon-Sorbonne)

LE JAN Régine. Professeure émérite (Université Paris1 Panthéon-Sorbonne)

LE PAGE Dominique. Professeur honoraire d’histoire moderne (Université de Bourgogne)

LE PORT Eliane. Historienne et enseignante

LE QUELLEC Jean-Loïc. Directeur de recherche émérite (CNRS)

LE ROUX Muriel. Historienne (CNRS, IHMC)

LE ROUX Nicolas. Professeur d’histoire moderne (Sorbonne Université)

LÉCHOT Timothée. Professeur assistant

LECONTE-LE BIHAN Elsa. Professeur d’histoire-géographie-EMC

LECUIR Jean. MCF retraité

LECUPPRE-DESJARDIN Élodie. Professeur d’histoire médiévale (Université de Lille)

LEDOUX Sébastien. Maître de conférences (UPJV)

LEFEBVRE Philippe. Enseignant-chercheur (Mines Paris PSL)

LEFERME-FALGUIÈRES Frédérique. Professeure agrégée, docteur en histoire

LEFEUVRE Morgan. Historienne du cinéma, spécialiste des années 1930

LEFEUVRE Philippe. MCF en histoire médiévale (Université de Tours)

LEFÈVRE Corinne. Chargée de recherche (CNRS)

LEGOY Corinne. Professeure d’histoire contemporaine (Université d’Orléans)

LEGRIS Patricia. MCF histoire contemporaine (Université Rennes 2)

LEHOËRFF Anne. Professeur des universités

LEICHTER-FLACK Frédérique. Professeure des universités (Sciences Po)

LEMAITRE Nicole. Professeur émérite (Paris 1 Panthéon-Sorbonne, école d’histoire de la Sorbonne)

LEMBRÉ Stéphane. Professeur d’histoire contemporaine (Université de Lille)

LEMIRE Vincent. (Université Gustave-Eiffel)

LENFANT Dominique. Professeure d’histoire grecque (Université de Strasbourg)

LENORMAND Paul. Maître de conférences en histoire contemporaine (Université Paris-Nanterre)

LÉONARD Julien. Maître de conférences en histoire moderne (Université de Lorraine)

LÉONARD Yves. Chercheur (Centre d’Histoire de Sciences Po, CHSP)

LEPRÊTRE Matti. ATER (Sciences Po Paris)

LESAGE Sylvain. Maître de conférences en histoire contemporaine (Université de Lille)

LESPINET-MORET Isabelle. Professeure (Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne)

LESTREMAU Arnaud. MCF en histoire du Moyen Âge (Université Paris-Nanterre)

LETT Didier. Professeur émérite d’histoire médiévale (Université Paris Cité)

LEVANT Marie. Marie Curie Fellow (École française de Rome)

LIBEAU Samuel. Doctorant en histoire contemporaine (Paris 1 Panthéon-Sorbonne)

LIGNEREUX Yann. Professeur d’histoire moderne

LILTI Antoine. Professeur d’histoire (Collège de France)

LINDEPERG Sylvie. Professeure (Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne)

LION Brigitte. Professeure (Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne)

LOCHER Fabien. Chargé de recherche (CNRS)

LOISEAU Jérôme. Professeur d’histoire moderne (Université de Bourgogne)

LOISEAU Julien. Professeur d’histoire médiévale (Aix-Marseille Université)

LORCIN Jean. Professeur honoraire d’histoire contemporaine (Université Lyon 2)

LOSTEC Fabien. Chargé de cours (Université Rennes 2)

LOUZON Victor. Maître de conférences en histoire (Sorbonne Université)

LOYER Emmanuelle. Professeure d’histoire (Sciences Po)

LUCIANI Isabelle. MCF en histoire moderne

LUSSET Élisabeth. Chargée de recherche (CNRS)

LYAUTEY Margot. Postdoctorante (Université Helmut-Schmidt, Hambourg)

LYON-CAEN Judith. Directrice d’études (EHESS)

LYON-CAEN Nicolas. Chargé de recherche (CNRS)

MABBOUX Carole. MCF (Université Paris 8)

MACÉ Laurent. Professeur d’histoire médiévale (Université Toulouse Jean-Jaurès)

MACHU Laure. Maîtresse de conférences en histoire contemporaine (Université de Paris Nanterre)

MADEIRA-SANTOS Catarina. Directrice d’études (EHESS)

MADELINE Fanny. MCF (Université Paris 1 Panthéon Sorbonne)

MAGNANI Eliana. Chargée de recherche (CNRS)

MAGRI Michèle. Chercheur postdoctoral en histoire contemporaine (Université de Padoue)

MAHE Camille. Maîtresse de conférences (Université de Strasbourg)

MAHIEU Floride. Professeure d’histoire-géographie

MAIREY Aude. Directrice de recherche (CNRS)

MAITTE Corinne. Professeure d’histoire moderne (Université Gustave-Eiffel, directrice du laboratoire ACP)

MAK Ariane. MCF en histoire britannique

MALAPRADE Sébastien. Maître de conférences en histoire moderne (UPEC)

MALATESTA Maria. (Université de Bologne – Italie)

MALDAVSKY Aliocha. Professeure d’histoire moderne (Université Paris Nanterre)

MANAC’H Laurine. Doctorante en histoire (Université Paris 1 Panthéon Sorbonne), ATER en histoire du droit et des institutions (Université Paris Cité)

MANCERON Gilles. Président de l’Association histoire coloniale et postcoloniale

MANE Perrine. Chercheur émérite (CNRS)

MANIGOT Vincent. Enseignant-chercheur 

MARACHE Corinne. Professeure d’histoire contemporaine (Université Bordeaux Montaigne)

MARANTZ Eléonore. Maître de conférences en histoire de l’architecture contemporaine (Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne)

MAREC Yannick. Professeur émérite d’histoire contemporaine

MARIOTTI Nadège. MCF en histoire contemporaine

MARMURSZTEJN Elsa. Historienne médiéviste (Université de Reims)

MARPEAU Benoît. Maître de conférences en histoire contemporaine (Université de Caen-Normandie)

MARQ Etienne. Doctorant (EPHE. Centre de recherches sur les civilisations d’Asie Orientale)

MARRAUD Mathieu. Chercheur (CNRS, Centre de recherches historiques)

MARREC Anaël. Postdoctorante en histoire contemporaine

MARTIN Jean-Clément. (Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne

MARTIN Virgine. Maître de conférences en histoire

MARTINE Tristan. Maître de conférences en histoire médiévale (Université de Lille, IRHiS-UMR 8529)

MARTINEZ AURIOL Violeta. Professeure agrégée honoraire. Bi-nationalite franco-espagnole

MARTINEZ Michel. MCF-HDR en civilisation de l’Espagne contemporaine (Université Toulouse Capitole)

MARZAGALLI Silvia. Professeur des universités en histoire moderne

MATHERON Jonas. Doctorant et ATER en histoire contemporaine (Université Paris 1 Panthéon Sorbonne)

MATHIEU Florian. ATER (CNAM)

MATHIS Charles-François. Professeur d’histoire contemporaine (Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne), Co-président d’Historiennes et historiens du Contemporain (H2C)

MATTEONI Olivier. Professeur des universités en histoire du Moyen Âge (Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne)

MAURER Catherine. Professeure d’histoire contemporaine à l’université de Strasbourg

MAVRIDORAKIS Valérie. Professeur d’histoire de l’art contemporain (Sorbonne-Université)

MAYEUR-JAOUEN Catherine. Professeure des universités en histoire contemporaine

MAZEAU Guillaume. MCF en histoire moderne (Université Paris 1 Panthéon Sorbonne)

MAZEL Florent. Professeur d’histoire médiévale (Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne)

MAZUREL Hervé. Historien, MCF (Université de Bourgogne)

MEISS Marjorie. Maître de conférences en histoire moderne (Université de Lille)

MENCHERINI Robert. Professeur honoraire des universités

MÉOUCHY Nadine. Historienne

MERCIER Charles. Professeur d’histoire contemporaine (Université de Bordeaux)

MÉRIAUX Valentin. Doctorant en histoire contemporaine

METIVIER Sophie. Professeur (Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne)

METZ Bernhard. Archiviste retraité

MEYZIE Vincent. Maître de conférences en histoire moderne (Université Paris Nanterre)

MICHALLET-LANZARONE Lucas. Doctorant contractuel et chargé d’enseignement (Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne)

MICHEL Aurélia. Maîtresse de conférences HDR (Université Paris Cité)

MICHEL Henri. Professeur retraité d’histoire moderne

MICHEL Nicolas. Professeur des universités (Aix-Marseille Université)

MICHON-PERFETTINI Marie-Odile. Professeure d’histoire-géographie, retraitée

MIGANI Guia. Maitresse de conférences (Université de Tours)

MILLERON Juliette. Doctorante en histoire moderne (Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne)

MILLIOT Vincent. Professeur d’Histoire moderne (Université Paris 8)

MINGOUS Gautier. Agrégé et docteur en histoire moderne

MINK Georges. Directeur de recherche émérite (CNRS), professeur (Collège d’Europe campus à Varsovie)

MIOT Claire. (Sciences Po, Aix)

MIRANDE Loanh. Doctorante en histoire

MOATTI Claudia. Professeure émérite d’histoire romaine (Université de Paris 8)

MOINE Caroline. Professeure en histoire contemporaine (UVSQ)

MOISAND Jeanne. MCF en histoire contemporaine (Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne)

MOLINIÉ Anne-Sophie. Maître de conférences en histoire de l’art moderne. Directrice adjointe (Institut supérieur du professorat et de l’éducation, Sorbonne Université)

MOLLIER Jean-Yves. Professeur émérite d’histoire contemporaine (Université Paris-Saclay/Versailles Saint-Quentin)

MONGE Mathilde. MCF en histoire moderne (Université de Toulouse Jean-Jaurès)

MONNET Pierre. Directeur d’études (EHESS)

MONTÈGRE Gilles. Maître de conférences HDR en histoire moderne (Université Grenoble Alpes)

MONTEIX Nicola. Maître de conférences en histoire et archéologie romaine (Université de Rouen-Normandie)

MONTEL Laurence. MCF en histoire contemporaine (Université de Poitiers)

MONTENACH Anne. Professeure d’histoire moderne (Aix-Marseille Université)

MORANA BURLOT Delphine. maîtresse de conférences en histoire de l’art (Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne)

MORELLE Chantal. Professeure d’histoire honoraire en classes préparatoires

MORERA Raphaël. Chargé de recherche (CNRS, CRH-EHESS)

MORET Frédéric. Professeur d’histoire contemporaine (Université Gustave-Eiffel)

MORIN Gilles. Docteur en histoire, chercheur associé (Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, Centre d’histoire sociale des mondes contemporains)

MORSEL Joseph. Professeur émérite (Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne)

MORTAL Patrick. Chargé de séminaire, retraité (Université Lille 3)

MOTTE Christine. Professeure d’histoire-géographie et EMC en collège

MOUQUET Cyril. Professeur agrégé d’histoire-géographie

MOURLANE Stéphane. Maitre de conférences HDR en histoire contemporaine (Aix-Marseille Université)

MOUYSSET Sylvie Anne. Professeur d’histoire moderne (Université Toulouse Jean-Jaurès)

MULLER Christel. 

MULLIER-PLOUZENNEC Yvon. Maître de conférences (ENSA de Paris-Belleville)

NABONNAND Philippe. Historien des sciences

NAIWELD Ron. Chargé de recherche en histoire juive (Centre de recherches historiques)

NARCY Gilles. Doctorant (Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne)

NATHALIE Chevolot-Vergne. Professeure d’histoire-geographie et EMC (Collège Le Parc, Saint-Maur-des-Fossés)

NERARD François-Xavier. (Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne)

NEVEJANS Pierre. Postdoctorant (LabEX COMOD-Université de Lyon)

NICOUD Marilyn. (Avignon Université)

NIETO-PELLETIER Sylvia. Directrice de recherche (CNRS)

NIJENHUIS-BESCHER Andreas. Professeur des Universités

NOËL David. Professeur d’histoire-géographie, docteur en histoire contemporaine

NOËL Jean-Sébastien. Maître de conférences en histoire contemporaine (Université de La Rochelle)

NOGUÈS Boris. Maître de conférences (ENS de Lyon)

NOIRIEL Gérard. Directeur d’étude honoraire (EHESS)

NOIZET Hélène. Histoire médiévale (Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne)

NORA Pierre. Historien (Académie française)

NOUGARET Christine. Conservatrice générale honoraire du patrimoine

NOUGARET Roger. Conservateur en chef honoraire du patrimoine

NUQ Amélie. Maîtresse de conférences en histoire contemporaine (Université de Grenoble-Alpes)

ODE Benoît. Archéologue, conservateur du patrimoine

OFFENSTADT Nicolas. MCF HDR (Université de Paris 1 Panthéon-Sorbonne)

OLAYA PELAEZ Ivan. Chercheur postdoctoral (Université de Lille-IRHIS)

OLLIVIER Serge. Professeur d’histoire-géographie, chercheur associé (Centre d’histoire sociale (CHS) des mondes contemporains).

ONNEN Marine. Professeure agrégée d’histoire-géographie

ORAIN Arnaud. Directeur d’études (EHESS)

ORBAN Laura. doctorante (Université Paris 8/IHTP/LabToP)

ORTLIEB Jean-Baptiste. ATER (Université de Strasbourg)

OUALDI M’hamed. Professeur des universités (Sciences Po Paris, Centre d’histoire)

OUERFELLI Mohamed. Maître de conférences en histoire médiévale, (Aix Marseille Université)

OULMONT Philippe. Professeur retraité

OUVRARD Jade. Étudiante en histoire à l’École normale supérieure de Lyon

OZOUF Mona. Historienne

PALIERAKI Eugénia. (Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne) 

PANFILI Didier. MCF HDR histoire du Moyen Âge (Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne)

PANZANI Ludivine. Doctorante en histoire moderne

PANZIERA Sophie. ATER en histoire contemporaine (Unviersité Bretagne-Sud)

PAPACONSTANTINOU Arietta. Professeure d’histoire du monde byzantin (Aix-Marseille Université)

PARESYS Isabelle. MCF en histoire culturelle (Université de Lille)

PASQUALI Paul, CR (CNRS)

PASQUIER Émilie. Doctorante (Centre d’histoire de Sciences Po)

PASSINI Jean. Directeur de recherche émérite (CNRS)

PATIN Nicolas. Maître de conférences en histoire contemporaine (Université Bordeaux Montaigne)

PATTIEU Sylvain. Maître de conférences (Paris 8)

PAVARD Bibia. Maîtresse de conférences en histoire contemporaine (Université Paris Panthéon-Assas, IUF)

PAYAN Paul. Maître de conférences (Avignon Université)

PECH Rémy. Professeur émérite d’histoire contemporaine (Université Toulouse Jean Jaurès)

PELLEGRIN Nicole. Chargée de recherche retraitée (CNRS)

PENNETIER Claude. Chercheur honoraire (CNRS), directeur honoraire (Maitron)

PÉQUIGNOT Stéphane. Historien, directeur d’études (EPHE)

PERETZ Pauline. MCF en histoire contemporaine (Université Paris 8, Institut d’histoire du temps présent)

PEREZ TISSERANT Emmanuelle. MCF en histoire contemporaine (Université Toulouse 2 Jean-Jaurès)

PERRIER Antoine. Chargé de recherche (CNRS) 

PERRIN Anne. Professeur des universités en histoire de l’art (Université Toulouse Jean-Jaurès)

PERROT Françoise. Directeur de recherche honoraire (CNRS)

PERROT Michèle, Professeure émérite d’histoire contemporaine (Université Paris Cité).

PESTEL Anne-Lise. Prag en histoire romaine (Université de Rouen)

PETER Aurélien. ATER (Collège de France), doctorant en histoire moderne (Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne)

PETERS-CUSTOT Annick. Professeur des universités en histoire du Moyen Âge (Nantes Université)

PETIOT Aurélie. MCF en histoire de l’art (Université Paris Nanterre)

PETITEAU Natalie. Professeure d’histoire contemporaine (Avignon Université)

PHAY Soko. PR en histoire et théorie de l’art, directrice (Laboratoire AIAC-Arts des images et art contemporain).

PHELIPPOT Geoffroy. Docteur (EHESS)

PHILIP Marion. Docteure en histoire moderne (Sorbonne Université-EHESS)

PHILIPPE Yann. MCF en histoire et civilisation des États-Unis (URCA)

PHILIPPON Anne. Agrégée, enseignante d histoire géographie 

PICCO Dominique. Maîtresse de conférences honoraire histoire moderne (Université Bordeaux Montaigne)

PIERLOVISI Romane. Titulaire d’un Master en histoire, future doctorante

PIERRE Eric. Ancien doyen de l’UFR LLSH (Université d’Angers)

PIERROT Loïc. Doctorant et enseignant en histoire médiévale (Université de Reims)

PIGENET Michel. Professeur émérite d’histoire contemporaine (Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne)

PIGNOT Manon. Historienne

PIKETTY Thomas. Directeur d’études (EHESS)

PINET Guillaume. ATER en histoire moderne

PIOT Céline. Maîtresse de conférences en histoire et didactique de l’histoire (Université de Bordeaux/INSPE)

PIRENNE-DELFORGE Vinciane. Professeure (Collège de France)

PIRON Sylvain. Directeur d’études (EHESS)

PITON Florent. Enseignant-chercheur contractuel (Université d’Angers)

PITTELOUD Cyrian. Maître de conférences (Université de Lille)

PIVOTEAU Sébastien. Enseignant en histoire contemporaine (Université de Reims Champagne-Ardenne)

PLANAS Natividad. (Université Clermont Auvergne)

PLOUVIEZ David. Maitre de conférences histoire moderne (Université de Nantes)

PLUMAUZILLE Clyde. Historienne, chargée de recherche (CNRS)

POIRRIER Philippe. Professeur en histoire contemporaine (Université de Bourgogne)

POISSON Emmanuel. Professeur (Université Paris Cité)

POLLACK Guillaume. Docteur en histoire contemporaine (Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne), chercheur spécialiste de la Seconde Guerre mondiale

POLO DE BEAULIEU Marie-Anne. Historienne (Centre de recherches historiques, Paris)

POMIAN Krzysztof. Directeur de recherche émérite (CNRS)

PONSARD Nathalie. Maîtresse de conférences en histoire (Université Clermont-Auvergne)

POTOFSKY Allan. Professeur d’histoire moderne (Université Paris Cité)

POYAU Pierre-Louis. Doctorant (Paris 1 Panthéon-Sorbonne)

PRATI Bruno. Chercheur associé (Centre Lucien Febvre, Université de Franche-Comté)

PRIGENT Vivien. Directeur de recherche (CNRS)

PROCHASSON Christophe. Directeur d’études (EHESS)

PROVOST Alain. Professeur d’histoire du Moyen Âge

QUÉNU Benjamin. Maître de conférences en études interculturelles (Université de Strasbourg)

QUEQUET Sebastien. Professeur d’histoire contemporaine (Université de Bordeaux)

QUERTIER Cédric. Chargé de recherche (CNRS)

QUILLE Lionel. Docteur en études politiques (Centre de Recherches Historiques, EHESS)

RABREAU Daniel. Professeur d’histoire de l’art honoraire (Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne)

RADEFF Anne. Professeure honoraire des universités

RADTKA Catherine. Historienne des sciences et des techniques

RAGON Pierre. Professeur d’histoire émérite (Université Paris-Nanterre)

RAINHORN Judith. Professeure (Université Paris 1-Panthéon-Sorbonne)

RAJ Kapil. Directeur d’études en histoire coloniale et histoire des sciences (EHESS)

RAMONDY Karine. Historienne (Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne – SIRICE)

RAMOS Manon. Doctorante en histoire politique

RAPOPORT Michel. Professeur honoraire d’histoire contemporaine

RASMUSSEN Anne. Historienne, Directrice d’études (EHESS)

RAUNER Anne. Docteure en histoire et agrégée d’histoire

RÉAL Isabelle. Maîtresse de conférence en histoire médiévale (Université Toulouse 2-Jean Jaurès, UMR 5608 TRACES)

REBOLLEDO-DHUIN Viera. MCF en histoire moderne et contemporaine (UPEC)

RECASENS Maïté. Doctorante en histoire

REDON Bérangère. Chargée de recherche (CNRS)

REGNARD Céline. professeure d’histoire contemporaine (Aix-Marseille Université)

REGOURD François. MCF histoire moderne (Université Paris Nanterre)

RENOUX Christian. Maître de conférences en histoire moderne (Université d’Orléans)

RENOUX Thierry Serge. Professeur émérite (Aix-Marseille Université)

REVEL Jacques. Directeur d’études (EHESS)

REY Matthieu. Directeur des études contemporaines (IFPO)

REY Sarah. Maîtresse de conférences en histoire ancienne (Université de Valenciennes)

REYNAUD-PALIGOT Carole. (Centre d’histoire du XIXe siècle)

RIBARD Dinah. Directrice d’études (EHESS-CRH)

RIBERT Évelyne. Sociologue (CNRS)

RICHARD Elodie. (CNRS – LIER-FYT)

RICHARD Ronan. Chercheur associé (Université de Rennes 2)

RICHAUD-MAMMERI Jean-David. Chargé de cours (Paris 8 Vincennes St-Denis & PLP Lettres-Histoire).

RIDEAU Gael. Professeur d’histoire moderne

RINUY Paul-Louis. Professeur (Université Paris 8)

RIPART Laurent. Professeur d’histoire du Moyen Age (Université Savoie Mont Blanc)

RIVES Danielle. Agrégée d’histoire retraitée

RIVOAL Solène. Maîtresse de conférences en histoire moderne (Université d’Albi – Université de Toulouse)

ROBERT Jean-Louis. Professeur émérite (Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne)

ROBERT Vincent. Maître de conférences honoraire (Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne)

ROBERT-BARZMAN Élisabeth. PRCE en histoire médiévale. Directrice de l’UFR Lettres et Sciences humaines (Université Le Havre Normandie)

ROBIC-PINSARD Paulette. MCF-HDR

ROBINET Françoise. Maître de conférences en histoire (Université Versailles Saint-Quentin)

ROBINET Romain. Maître de conférences en histoire contemporaine (Université d’Angers)

ROCCA Pauline. Doctorante

ROCCATI Claude. Chercheuse associée (CHS-Mondes contemporains)

ROCHEFORT Suzanne. ATER (Université de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines)

ROLLAND-SIMION Monique. Docteure en histoire contemporaine et enseignante retraitée

ROMANO Antonella. Directeur d’études (EHESS)

RONSIN Juliette. ATER en histoire contemporaine (Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne)

ROSANVALLON Pierre. (Collège de France)

ROSÉ Isabelle. Enseignant-chercheur en histoire médiévale (Université Rennes 2)

ROSENLIEH Émilie. Historienne médiéviste

ROSENTAL Paul-André. (Sciences Po, Paris)

ROSSIGNEUX-MÉHEUST Mathilde. Maîtresse de conférences en histoire contemporaine

ROUBAUD-QUASHIE Guillaume. Agrégé et docteur en histoire, chercheur associé (CHSMC, Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne/CNRS)

ROULET Eric. Professeur des universités

ROULLET Antoine. CR (CNRS)

ROUSSEL Diane. Historienne (Université Gustave-Eiffel)

ROUSSELOT Nathan. ATER en histoire contemporaine (Sciences Po Grenoble-UGA)

ROUSTAN Frédéric. MCF en histoire contemporaine de l’Asie

ROUX Pierre-Emmanuel. Maître de conférences (Université Paris Cité)

ROYNETTE Odile. Professeure d’histoire contemporaine (Université de Bourgogne)

ROYO Manuel. Professeur d’histoire de l’art et d’archéologie

RUELLET Aurélien. mcf histoire moderne (Le Mans Université)

RUFIN SOLAS Aliénor. maîtresse de conférences en histoire ancienne

RUIZ Émilien. Historien

RUSCIO Alain. Historien

SAIDI Hedi. Historien

SAINCLIVIER Jacqueline. Professeur honoraire d’histoire contemporaine (Université Rennes 2)

SAKAI Cécile. Professeur émérite (Université Paris Cité)

SALAZARD Joëlle. Professeure agrégée d’histoire-géographie, retraitée

SALY-GIOCANTI Frédéric. Maître de conférences en histoire contemporaine (Université Gustave-Eiffel)

SALZER Tim. Doctorant en histoire (EHESS)

SÁNCHEZ Esther. professeur d’histoire économique (Université de Salamanca, Espagne)

SANCHEZ Evelyne. Historienne (CNRS, IHTP)

SANCHEZ Romy. (CNRS-Université de Lille)

SANDRON Dany. Professeur d’histoire de l’art du Moyen Âge (Sorbonne Université, Faculté des Lettres)

SANNA Francesca. Maîtresse de conférences en histoire contemporaine (Université Toulouse 2 Jean-Jaurès)

SANTINELLI-FOLTZ Emmanuelle. Professeure d’histoire médiévale (Université Polytechnique Hauts-de-France)

SAPIRO Gisèle. Directrice d’études (EHESS) et directrice de recherche (CNRS)

SARLIN Simon. Maître de conférences en histoire contemporaine (Université Paris Nanterre)

SAUTHIER Etienne. enseignant en histoire-géographie (Académie de Créteil)

SAUZEAU Thierry. Professeur d’histoire moderne (Université de Poitiers)

SAVY Pierre. Maître de conférences en histoire du Moyen Âge (Université Gustave Eiffel)

SCHAPIRA Nicolas. Professeur d’histoire moderne (Université Paris Nanterre)

SCHAUB Marie-Karine. Maîtresse de conférences HDR en histoire moderne (Université Paris Est Créteil)

SCHERMAN Matthieu. Maître de conférences en histoire médiévale (Université Gustave-Eiffel)

SCHICK Sébastien. Maître de conférences (Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne)

SCHMIT Élisabeth. Docteure en histoire (Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne)

SCHMITT Jean-Claude. Directeur d’étude (EHESS)

SCHNAKENBOURG Éric. Professeur d’histoire moderne, directeur (Centre de recherches en histoire internationale et atlantique, Nantes Université)

SCHNEIDER Jens. Ingénieur de recherche (Université Gustave-Eiffel)

SCHNEIDER Pierre. (Université d’Artois)

SEBASTIANI Silvia. Directrice d’études (EHESS)

SÉBILLOTE CUCHET Violaine. PR (Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne)

SÉNÉCHAL Philippe. Professeur d’histoire de l’art moderne (Université de Picardie Jules-Verne)

SENS Stéphanie. Professeure d’histoire-géographie-EMC

SÉQUIN Caroline. historienne (Lafayette College)

SERADJ Lara. Doctorante en histoire contemporaine (Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne)

SERFATY Laurence. Journaliste documentariste

SERNA Pierre. Professeur (Université Paris 1 Panthéon Sorbonne, IHRF-IHMC)

SERRA Régine. Spécialiste des questions internationales en Asie du nord-est (Sciences Po)

SIBEUD Emmanuelle. Professeure d’histoire contemporaine, Université Paris 8

SIGNORET Véronique. Professeure d’histoire-géographie-EMC

SIMONIN Anne. (CNRS)

SINGARAVELOU Pierre-Frédéric. Professeur d’histoire contemporaine (Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne)

SMITH Darwin. Directeur de recherche émérite (CNRS)

SOREL Patricia. MCF HDR en histoire contemporaine

SOUBIGOU Alain. Maître de conférences en histoire de l’Europe centrale contemporaine (Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne)

SOUBIGOU Gilles. Docteur en histoire de l’art, Conservateur en chef du patrimoine

SOURIAC Pierre-Jean. (Université Jean-Moulin, Lyon 3)

SOUSSEN Claire. Professeure d’histoire du Moyen Âge

STANZIANI Alessandro. Directeur d’études (EHESS), directeur de recherche (CNRS)

STEINBERG Sylvie. Directrice d’études (EHESS)

STELLA Alessandro. CRH (EHESS-CNRS)

STORA Benjamin. Historien, ancien président du Musée de l’immigration

STUTZMANN Dominique. 

SUREMAIN (DE) Marie-Albane. MCF en histoire (Université de Paris Est Créteil)

SURUN Isabelle. Professeure d’histoire contemporaine (Université de Lille)

SYNOWIECKI Jan. Maître de conférences en histoire moderne (Université Caen Normandie).

SZANTO Mickaël. historien de l’art, maître de conférences (Sorbonne Université)

SZCZECH Nathalie. Maîtresse de conférences en histoire moderne (Université Bordeaux Montaigne)

SZCZEPANSKA Ania. Maîtresse de conférences en histoire du cinéma (Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne)

TADDEI Ilaria. Professeure d’histoire médiévale (Université Grenoble Alpes), directrice (Laboratoire Luhcie)

TAHIR Nadia. (Université de Caen Normandie)

TAMAGNE Florence. MCF en histoire contemporaine (Université de Lille)

TARDY Jean-Noël. Agrégé et docteur en histoire, membre associé (Centre d’histoire du XIXe siècle, Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne)

TARTAKOWSKY Danielle. Professeur émérite histoire contemporaine

TARTAKOWSKY Ewa. Chargée de recherche (CNRS)

TAYARA Bassam. Maître de conférence dépt. Japon, retraité

TELLIEZ Romain. Maître de Conférences en histoire (Sorbonne Université)

TERADA Sumie. Professeure émérite des universités (Inalco)

TERRIER Didier. PR emerite Histoire moderne et contemporaine (Université Polytechnique des Hauts-de-France)

TESNIÈRE Valérie. Directrice d’études émérite (EHESS)

TEULIÈRES Laure. Maîtresse de conférences en histoire contemporaine (Université Jean-Jaurès)

TEYSSIER Pauline. Doctorante en histoire moderne (Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne)

THÉBAUD Françoise. Professeure émérite (Université d’Avignon)

THÉBAUD SORGER Marie-Cécile. (CNRS)

THEIS Valérie. Professeure (ENS-PSL)

THEOFILAKIS Fabien. Maître de conférences (université Paris 1 Panthéon Sorbonne)

THÉRY Julien. Professeur des universités

THÉRY Stanley. Doctorant en histoire médiévale (LaMOP)

THIBAUD Clément. Directeur d’études (EHESS)

THIBAULT Estelle. Professeure en histoire et culture architecturales (ENSA Paris)

THIVEND Marianne. Enseignante chercheuse

THOMAS Romain. Maître de conférences en histoire de l’art moderne (Université Paris Nanterre)

TIGNOL Eve. Chargée de recherche (CNRS-CESAH/EHESS)

TISON Stéphane. Maître de conférences en Histoire contemporaine (Le Mans Université)

TISSERAND Eric. Docteur en histoire contemporaine, agrégé , professeur en CPGE (Besançon)

TISSIER Michel. Maître de conférences, histoire contemporaine (Université Rennes 2)

TIXIER DU MESNIL Emmanuelle. Professeure d’histoire médiévale (Université Paris-Nanterre)

TOUCHELAY Béatrice. Professeure d histoire contemporaine (Université de Lille-IRHiS umr CNRS 8529)

TOURNÈS Ludovic. Professeur d’histoire globale (Université de Genève)

TRAN Claire Thi Liên. Maîtresse de conférences, histoire de l’Asie du Sud-Est (Université Paris Cité)

TRAVERSIER Mélanie. Professeure d’histoire moderne (Université de Lille)

TRELLU Anaïs. Professeure d’histoire-géographie, collège (Vitry sur Seine)

TRESPEUCH Hélène. MCF HDR en histoire de l’art contemporain (Université Montpellier 3)

TRESPEUCH-BERTHELOT Anna. Maîtresse de conférences en histoire contemporaine (Université Caen Normandie)

TRÉVISI Marion. MCF habilitée, histoire moderne (UPJV Amiens)

TRISTANI Philippe. Agrégé d’histoire -géographie, docteur en histoire des relations internationales et de l’Europe

TROUSSET Guillaume. Docteur en histoire contemporaine (Centre d’histoire sociale des mondes contemporains, Paris Sorbonne)

TRUCHUELO Susana. Membre associée (CRH-EHESS, Paris) et Profesora Titular d’histoire moderne (Universidad de Cantabria, Espagne)

TSIKOUNAS Myriam. Historienne, professeure émérite des universités

UYAR Ulas. Professeur formateur (INSPE-UPEC)

VADELORGE Loïc. Professeur d’histoire contemporaine (Université Gustave-Eiffel)

VAGNON-CHUREAU Emmanuelle. (CNRS – Université de Paris 1 Panthéon-Sorbonne)

VALENSI Lucette. Directrice d’études émérite (EHESS, Paris)

VALLY Richard. Professeur émérite d’histoire contemporaine (Rennes 2 / UMR Arènes)

VAN DAMME Stéphane. Professeur d’histoire moderne (ENS/PSL)

VAN RENTERGHEM Vanessa. PU, histoire médiévale (INALCO)

VASSET Sophie, Professeur des universités (Paul Valery, Montpellier)

VAUGHAN Géraldine. Professeure des universités (Université de Lille)

VAZ Céline. Maîtresse de conférences en histoire contemporaine (Université Polytechnique Hauts-de-France)

VENAYRE Sylvain. Professeur d’histoire contemporaine (Université Grenoble-Alpes)

VERDEIL Chantal. Professeure des universités (INALCO)

VERDO Geneviève. PU histoire contemporaine (Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne)

VERLAINE Julie. Professeure d’histoire contemporaine (Université de Tours)

VERNET Guillaume. Mcf, école d’histoire de l’art et archéologie (Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne)

VERNEY-CARRON Nicole. Maîtresse de conférences en histoire contemporaine retraitée (Université de Bourgogne)

VERNOT Nicolas. Docteur en histoire, chercheur invité (CY Cergy Paris Université)

VÉROT Jean-Baptiste. Maître de conférences en histoire moderne (Université de Franche-Comté)

VERSCHUEREN Pierre. Maître de conférences en histoire contemporaine

VEYSSERYE Géraldine. Maîtresse de conférences habilitée à diriger les recherches (Sorbonne-Université, Lettres).

VEZYROGLOU Dimitri. Maître de conférences HDR (Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne)

VICTOR Sandrine. (PU NU Champollion / Framespa)

VIDAL Cécile. Directrice d’études (EHESS)

VIDAL-NAQUET Clémentine. (Université Picardie Jules Verne)

VIDON Hugo. Doctorant en histoire médiévale

VIDONI Nicolas. Maître de conférences en histoire moderne (Aix-Marseille Université)

VIET Vincent. Historien

VIGNA Xavier. Professeur d’histoire contemporaine (Université Paris Nanterre) 

VILLERBU Soazig. Professeure d’histoire contemporaine (Université de Limoges)

VINCENT Alexandre. Professeur d’histoire romaine (Université Lyon 2)

VINCENT Bernard. directeur d’études (EHESS Paris)

VIRLOUVET Catherine. Professeur émérite d’histoire ancienne (Aix-Marseille Université)

VLAMOS Alexandre. (Université de Lille)

VO-HA Paul. Maître de conférences en histoire moderne (Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne)

VOGEL Jakob. Historien franco-allemand

VORMS Charlotte. Maîtresse de conférences (Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne)

WAHNICH Sophie. Directrice de recherche (CNRS), historienne de la Révolution française

WALSBY Malcolm. Professeur d’histoire du Livre

WANECQ Charles-Antoine. Postdoctorant (CNRS-CHS)

WARLOUZET Laurent. Professeur d’histoire (Sorbonne Université)

WENKEL Christian. Historien franco-allemand et MCF (Université d’Artois)

WICKY Érika. CPJ

WIEVIORKA Annette. (CNRS)

WIEVIORKA Olivier. (ENS Paris-Saclay)

WILMART Mickaël. Ingénieur d’études (EHESS)

WINOCK Michel. Professeur émérite (Sciences Po)

WYLER Stéphanie. Maîtresse de conférence (Université Paris Cité)

ZALC Claire. (CNRS-EHESS)

ZAMBONIN Francesco. Doctorant contractuel (Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne)

ZANCARINI-FOURNEL Michelle. historienne (Université de Lyon, LARHRA)

ZAPPI Lola. Maîtresse de conférences (Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne)

ZINK Anne. Professeur honoraire

ZOUACHE Abbès. Chercheur au CNRS, directeur des études (Institut français d’archéologie orientale du Caire)

ZUBER Valentine. DE (EPHE-PS)

ZURBACH Julien. (Département d’histoire de l’ENS, AOROC)

Liste des signataires suivant·e·s

ABADIE Shahram. Maître de conférences en histoire et cultures architecturales (ENSAS)

ABBE Gabrielle. Docteur en histoire contemporaine

ACCOULON Damien. Enseignant-chercheur (Université d’Orléans)

AGUER Laura. Membre scientifique (Institut français d’archéologie orientale)

ALIX Sébastien-Akira. Maître de conférences (Université Paris-Est Créteil)

ALLELY Annie. Maîtresse de conférences émérite en histoire romaine (Université du Mans)

ASSAN Valérie. (Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne)

AUGIER Bertrand. Maître de conférences en histoire romaine (Nantes Université)

BADIER Benjamin. Docteur en histoire contemporaine, ATER

BALARD Michel. Professeur émérite (Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne)

BALLAND Vincent. Docteur en histoire médiévale

BANTIGNY Ludivine. Historienne (Université de Rouen)

BARET Estelle. Professeure d’histoire-géographie et docteure en histoire contemporaine

BARTOLOMEI Arnaud. Professeur d’histoire moderne et contemporaine (Université Côte d’Azur)

BEAUCHAMP Alexandra. Historienne

BECOT Renaud. Maître de conférences en histoire contemporaine

BELHOSTE Bruno. Professeur émérite d’histoire des sciences

BELLANGER Emmanuel. Directeur de recherche (CNRS)

BERNUSSOU Jérôme. Docteur en histoire, professeur d’histoire-géographie

BERTHEREAU Estelle. Chercheuse (Université du Luxembourg)

BESSE Laurent. Maître de conférences en histoire contemporaine (Université de Tours)

BETELU Claire. Maître de conférences (EHAAS, Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne)

BEUTIN David. Professeur d’histoir-géographie

BIGNON François. PRAG (Université des Antilles)

BIREBENT Christian. Agrégé d’histoire-géographie, docteur en histoire

BIRNBAUM Pierre. Professeur émérite (Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne)

BLANCHARD Emmanuel. Maître de conférences HDR (Sciences Po)

BLEGER Anne. Docteure en histoire contemporaine (Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne)

BOLLE Gauthier. Professeur en histoire et cultures architecturales 

BON François. Professeur de Préhistoire (Université de Toulouse Jean Jaurès)

BONHOMME Eric . Professeur de CPGE honoraire

BONNET Marie-Jo. Historienne

BONNEUIL Christophe. Directeur de recherche (CNRS)

BONNIN Judith. Maîtresse de conférences en histoire contemporaine (Université Bordeaux Montaigne)

BORLEE Denise. Maître de conférences en histoire de l’art médiéval (Université de Strasbourg)

BORRELL Alexandre. Docteur en histoire, MCF en SIC (UPEC)

BOSTYN Françoise. Professeure d’archéologie protohistorique (Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne)

BOUHYER Jonathan. Professeur certifié d’histoire-géographie et chargé de cours en histoire romaine (Université d’ANgers)

BOURDIN Stéphane. Professeur d’archéologie (Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne)

BOURGEOIS David. Docteur en histoire (Cresat / UHA)

BOURGOIS Alice. Archéozoologue, ATER (Université Paris 8)

BOUTET Marjolaine. Historienne

BRODIEZ Axelle. Directrice de recherche (CNRS)

BUCHHOLZER Laurence. Maîtresse de conférences (Université de Strasbourg)

CALVET Stéphane. Enseignant au lycée, chargé de conférences (Sciences Po Poitiers)

CANTIER Jacques. Professeur d’histoire contemporaine (Université de Toulouse Jean Jaurès)

CARRE Benoît. Chercheur en histoire (Université de Trèves)

CASTA Jérôme. Professeur certifié d’histoire-géographie

CASTELNAU-L’ESTOILE Charlotte. Professeure d’histoire moderne (Sorbonne Université)

CAUVIN Thomas. Professeur associé (Université du Luxembourg)

CELIUS Carlo A.. Historien et historien de l’art, directeur de recherche au CNRS (IMAF)

CENTRES Julien. Docteur et chercheur associé

CESAR Marc. Enseignant et chercheur (Université Sorbonne Paris Nord)

CHABROL Jean-Paul. Agrégé d’histoire et de géographie 

CHAOUKY Hamida. Docteur en histoire (Université Toulouse Jean Jaurès)

CHAUOU Amaury. Historien médiéviste (Université Rennes 2) 

CHEKROUN Amélie. Chargée de recherche (CNRS)

CHILA Roxane. Historienne médiéviste (Université Bordeaux Montaigne)

CHRISTIN Olivier. (EPHE)

CLAUDE Marion. Membre scientifique (Institut français d’archéologie orientale)

CLERC Louis. Professeur, histoire contemporaine (Université de Turku, Finlande)

COQUERY VIDROVITCH Catherine. Historienne

CORREALE Francesco. (CNRS)

COULON Damien. Maître de conférences HDR (Université de Strasbourg)

COURNARIE Paul. Maître de conférences en histoire ancienne (Université de Bordeaux)

DALLET Jean-Marie. Professeur des universités (Paris 1 Panthéon-Sorbonne)

DEBAT Guillaume. Agrégé et docteur en histoire

DELOIGNON Olivier. Professeur d’histoire du lyivre et de la typographie (Haute école des arts du Rhin, Strasbourg)

DEMOULE Jean-Paul. Professeur émérite d’archéologie (Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne)

DENOEL Charlotte. Conservatrice en chef (Bibliothèque nationale de France)

DEVICTOR Agnès. Historienne du cinéma (Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne)

DEVIENNE Elsa. Maîtresse de conférences (Université de Northumbria, GB)

DEZ Bastien. Ancien professeur d’histoire-géographie

DROCOURT Nicolas. (Nantes Université)

DRYANSKY Larisa. Maîtresse de conférences en histoire de l’art (Sorbonne Université)

DUBOIS Jean-Etienne. Historien et enseignant (Nantes Université)

DUMA Jean. Professeur émérite d’histoire moderne

DUMAS Margaux. Docteure en histoire contemporaine (Université Paris Cité)

DUMONT Marc. Historien de la musique

DUPIN Arnaud. Docteur en histoire et professeur d’histoire-géographie

DURELLE-MARC Yann-Arzel. Maître de conférences en histoire du droit (Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne)

DUTEIL Chloé. Chercheuse post-doctorante en histoire environnementale

ERNOULT Nathalie. (Paris Cité, ANHIMA)

FELICITE Indravati. Professeure d’histoire moderne

FEVRIER Chantal. IA-IPR d’histoire-géographie retraitée

GELORMINI Marilu. Enseignante (Toulon)

GIBERT Clara. Doctorante en histoire ancienne (Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne)

GINESTET Esther. Doctorante en histoire (Sciences Po, Northwestern)

GINISTY Bruno. Professeur d’histoire

GIRARD Frédéric. Directeur d’études émérite (Ecole française d’Extrême-Orient)

GRACIEUX Christophe. Professeur d’histoire (CPGE)

GRADVOHL Paul. Professeur d’histoire contemporaine (Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne)

GROENINGER Fabien. Maître de conférences (Université de Montpellier)

GUIGON Philippe. Docteur en archéologie médiévale

GUILLON Elodie. Historienne de l’Antiquité (Université de Toulouse Jean Jaurès

GUINAND Julien. Enseignant-chercheur (UCLy)

GULTIERREZ Manuel. Professeur émérite (Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne)

HAMON Etienne. Professeur d’histoire de l’art (Université de Lille)

HASSINE Jonathan. ATER en histoire (Sorbonne Université)

HUMM Michel. Doyen de la Faculte des Sciences historiques (Université de Strasbourg)

IRIBARREN Isabelle. Professeure d’histoire médiévale (Université de Strasbourg)

JAMBU Jérôme. Professeur des universités en histoire moderne (Université Le Havre Normandie)

JEANNESSON Stanislas. Professeur d’histoire contemporaine (Nantes Université)

JOUSSE Emmanuel. Maître de conférences en histoire contemporaine (Sciences Po Lyon)

JUBAULT Sara. Doctorante en histoire économique et sociale (IDUP)

JULIEN Pascal. Professeur d’histoire de l’art (Université de Toulouse Jean Jaurès)

KACI Maxime. Maître de conférences en histoire (Université de Franche-Comté)

KAHN Sylvain. Professeur agrégé (Centre d’histoire de Sciences Po)

KERGOMARD Zoé. Maitre-assistante en histoire contemporaine (Université de Zurich)

KETABI Salomé. Doctorante en histoire (EHESS)

KHALLOUFI Youness. Doctorant en Islam médiéval

KIENLE Eberhard. Directeur de recherche (CNRS)

KLEIN Jean-François. Professeur d’histoire contemporaine (Université de Bretagne-Sud)

KOTT Christina. Maîtresse de conférences (Université Paris-Panthéon-Assas)

KURDZIEL Emilie. Maîtresse de conférences en histoire médiévale (Université de Poitiers)

LA BARBERA Lucas. ATER en histoire de l’art médiéval

LACOUR-ASTOL Catherine. Historienne, IPA-IPR histoire-géographie

LAFARGE Ivan. Archéologue et enseignant en histoire des techniques (Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne)

LAFON Alexandre. Professeur agrégé d’histoire, docteur en histoire contemporaine

LAFUENTE Annabelle. Doctoranter en histoire moderne

LAGARON Anna. Membre scientifique (Institut français d’archéologie orientale)

LAIGNOUX Raphaëlle. Maître de conférences en histoire romaine (Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne)

LARGEAUD Jean-Marc. Maître de conférences en histoire contemporaine (Université de Tours)

LAUVERJAT Alexandre. Doctorant (CNRS et Sorbonne Université)

LE GAC Julie. Maîtresse de conférences en histoire contemporaine

LE QUANG Grégoire. Maître de conférences à l’Institut catholique de Paris

LELEU Laurence. Maîtresse de conférences en histoire du Moyen Âge (Université d’Artois)

LEMESLE Bruno. Professeur émérite (Université de Bourgogne)

LESCURE Jean-Claude. Professeur d’histoire contemporaine (CY Universités)

LETHUILLIER Jean-Pierre. Maître de conférences honoraire en histoire moderne (Rennes 2)

LEVANTIS Laetitia. Professeur d’histoire de l’art et d’art plastique

LEVY Tania. Maîtresse de conférences en histoire moderne (Université de Bretagne Occidentale)

LEVY-MITATRE Sébastien. Professeur d’histoire-géographie

LIBERA Martial. Professeur d’histoire contemporaine (Université de Strasbourg)

LOMNE Georges. Maître de conférences en histoire contemporaine (Université Gustave Eiffel)

LOSYTE Vilma. Docteure en histoire (Université Toulouse-Jean Jaurès)

LUGUERN LIEM-KHE. Historienne (IRIS EHESS)

LURIN Emmanuel. Maître de conférences en histoire de l’art moderne (Sorbonne Université)

MADINIER Rémy. Directeur de recherche (CNRS)

MAFFRE Stéphanie. Maîtresse de ocnférences en histoire contemporaine (UT2J Toulouse)

MALANDAIN Gilles. Professeur d’histoire contemporaine (Université de Versailles Saint-Quentin)

MALEGUE Fanny. ATER en histoire moderne (Université Paris Nanterre / EHESS)

MARCHESI Julien. Maître de conférences en histoire contemporaine (Université de Pau et des Pays de l’Adour)

MARCHI VAN CAUWELAERT Vannina. Maîtresse de conférences en histoire médiévale (Université de Corse)

MARES Antoine. Professeur émérite des Universités (Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne)

MARQUET Julie. Maîtresse de conférences en histoire contemporaine (ULCO)

MARTIN Jean-Hubert. Historien d’art, directeur honoraire du musée national d’art moderne Centre Pompidou

MARTIN Sébastien. Maître de conférences en histoire moderne (Université du Littoral Côte d’Opale)

MARTINAN DE PRENEUF Jean. Maître de conférences en histoire contemporaine (Université de Lille)

MARTINI Manuela. Professeure en histoire contemporaine (Université Lumière Lyon 2)

MATARD-BONUCCI Marie-Anne. Professeure d’histoire contemporaine (Université Paris 8)

MAUBERT François-Matthias. Professeur certifié d’histoire-géographie

MAURIN Cédric. Enseignant d’histoire-géographie, doctorant en histoire

MEIMON Julien. Enseignant (Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne)

MELTZ Renaud. Directeur de recherche (CNRS)

MICHAUD Eric . Directeur d’études (EHESS)

MICHEAU Françoise. Professeur émérite (Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne)

MICHEL Cécile. Historienne du Moyen-Orient ancien, directrice de recherche (CNRS)

MINNAERT Jean-Baptiste. Professeur d’histoire de l’art contamporaine (Sorbonne Université)

MIOCHE Philippe. Professeur émérite d’histoire contemporaine

MIRTI Lola. Doctorante (EHESS-IMAF)

MOREAU Octave. (Université de Caen-Normandie)

MOULENE Lucas. Agrégé d’histoire et doctorant en histoire médiévale (UGA)

NAQUET Emmanuel. Historien (Sciences Po Paris)

NATIVEL Colette. Professeur des universités émérite (Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne)

NATIVEL Didier. Professeur d’histoire de l’Afrique et de l’océan Indien (Université Paris Cité)

NAUDET Hélène. (FNSP)

NEUFVILLE Camille. Doctorante en histoire contemporaine (Université de Strasbourg)

NICOLAS Claire. Chercheuse FNS (Université de Genève)

OLLIVIER Anne-Laure. Professeure d’histoire

ORANGE-LEROY Raphaël. ATER en histoire contemporaine (Nantes Université)

PAGES Emilien. Etudiant de Master en histoire

PALLUAU Nicolas. Chercheur associé (Aix Marseille Université)

PANATA Sara. Chargée de recherche en histoire contemporaine (CNRS)

PÂRIS DE BOLLARDIERE Constance. Historienne (The American University of Paris)

PECH Pierre. Professeur des universités (Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne)

PELLETIER Jérôme. Professeur agrégé d’histoire, docteur en histoire contemporaine

PERE-NOGUES Sandra. 

PERNIN Isabelle. Maître de conférences HDR en histoire grecque (Aix Marseille Université)

PETITJEAN Louis. Doctorant (Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne)

PEUCH Loan. Doctorant en histoire

PEYRIERE Monique. Chercheuse en histoire du cinéma

PHILIPPON Camille. Doctorante en histoire de l’art

PICQUART David. ATER en histoire de l’art contemporain (Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne)

PIKETTY Guillaume. Professeur d’histoire contemporaine (Sciences Po Paris)

PILETTE Perrine. Chargée de recherche (CNRS)

PINOL Jean-Luc. Professeur émérite (ENS de Lyon)

PIQUET Clément. Agrégé d’histoire

PLUCHART Jean-Jacques. Professeur émérite (Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne)

POILPRE Anne-Orange. Professeure d’histoire de l’art médiéval (Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne)

POLET Jean. Professeur émérite d’histoire de l’art et d’archéologie de l’Afrique subsaharienne (Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne)

POMADERE Maia. Maîtresse de conférences en archéologie (Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne)

PORHEL Vincent. Maître de conférences en histoire contemporaine (Université Lyon 1)

PORTE Guillaume. Ingénieur d’études (Université de Strasbourg)

POTOSNIAK Florence. Doctorante en histoire contemporaine (Université de Rouen)

POUBLANC Sébastien . Historien, ingénieur de recherche (CNRS)

POUEY-MOUNOU Yannick. Doctorant en histoire contemporaine

POUTRIN Isabelle. Professeure d’histoire moderne (Université de Reims Champagne-Ardenne)

PRUDENT Philippe. Professeur en CPGE, secrétaire général de l’APHG

PUDAL Romain. Directeur de recherche (CNRS)

RABEYROLLES Bénédicte. Enseignante en histoire-géographie

RASAMOELINA Arlène. Enseignante vacataire

RENARD Thomas. Maître de conférences en histoire de l’art (Nantes Université)

RENDU LOISEL Anne-Caroline. Maîtresse de conférences en assyriologie (Université de Strasbourg)

RICHARD Olivier. Professeur d’histoire médiévale (Université de Fribourg)

RIGGI Georges. Professeur d’histoire géographie en lycée

RIVIERE Antoine. Maître de conférences (Université Paris 8)

ROSELL Léo. Agrégé d’histoire et doctorant en histoire contemporaine

ROSSIGNOL Benoît. Professeur d’université (Avignon Université)

ROUGEMONT Françoise. Chargée de recherche (CNRS)

ROUQUET François. Professeur d’histoire contemporaine (Université de Caen-Normandie)

ROUX Benoît. Ingénieur d’études et docteur en histoire moderne (Université de Rouen Normandie)

ROWE Naël. Masterant en histoire médiévale (Strasbourg)

RUPPEN COUTAZ Raphaëlle. Maître d’enseignement et de recherche -Lausanne)

SALVIANI Clément. Professeur agrégé d’histoire

SAMBUIS Yann. Agrégé et docteur en histoire, enseignant

SCHNAPP Alain. Professeur émérite (Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne)

SEMELIN Jacques. (CNRS)

SERINA Guillaume. Enseignant en histoire géographie 

SERRIER Thomas. Professeur (Université de Lille)

SIMIEN Côme. Maître de conférences en histoire moderne (Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne)

SOLTANI Bahram. Professeur des universités émérite

SOMAGLINO Claire. Maîtresse de conférences en histoire (Sorbonne Université)

SOWELS Nicholas. Maître de conférences (Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne)

SPILLEMAEKER Frédéric. Chercheur postdoctorant (Institut Français d’Etudes Andines)

STUDNICKI Mickael. Historien

TALLET Gaëlle. Professeure d’archéologie de l’Orient hellénistique et romain (Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne)

THOMAS Jack. Professeur émérite d’histoire (Université de Toulouse Jean Jaurès)

TOCK Benoît-Michel. Professeur d’histoire du Moyen Âge (Université de Strasbourg)

TOUCHAIS Gilles. Professeur émérite (Paris 1 Panthéon-Sorbonne)

TOURENC Bastien. Doctorant (Université Lyon 2)

TRANOY Laurence. Maîtresse de conférences en histoire ancienne (La Rochelle Université)

VAISSET Thomas. Maître de conférences en histoire contemporaine (Université Le Havre Normandie)

VARITILLE Florie. Maîtresse de conférences en histoire médiévale (Université Côte d’Azur)

VAST Cécile. Docteur en histoire

VERCLYTTE Thomas. Professeur de Chaire supérieure (Bordeaux)

VIGUIER-DUTHEIL Florence. Conservatrice en chef du Patrimoine

VILLACEQUE Noémie. Maîtresse de conférences en histoire ancienne (Université de Reims Champagne-Ardenne)

VILLEMUR Frédérique. Historienne de l’art (ENSAM)

VILLENEUVE François. Professeur émérite d’archéologie (Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne)

VINCENT Marie-Bénédicte. Professeure d’histoire contemporaine (Université de Franche-Comté)

WAGNON Sylvain. Professeur (Université de Montpellier)

WAQUET Jean-Claude. Directeur d’études (EPHE)

WARLOUZET Laurent. Professeur d’histoire (Sorbonne Université)

WENZEK Florence. ATER (Université Lyon 2)

WILMART Julien. Docteur en histoire moderne (Sorbonne Université)

Namur, le 22 juin 2024

Ce texte est une version longue, complétée à partir de mes notes, de l’interview donnée au journaliste Christophe Degreef, que je remercie, et publiée dans Doorbraak le 24 juin 2024 [1].

 

Christophe Degreef : quel regard portez-vous sur les élections du 9 juin 2024 et sur la nouvelle dynamique de centre droit à l’œuvre en Wallonie depuis lors ?

Philippe Destatte : nous avons évité la fragmentation politique. Mon espoir était grand de voir se créer une majorité composée de deux partis politiques au plus. Il est préférable qu’un gouvernement compte le moins de belles-mères possible. C’est la première façon d’améliorer la gouvernance. Plus le nombre de partis est grand autour de la table du Conseil des ministres, davantage chacun reste sur ses positions et défend son programme bec et ongles. Ce n’est pas ainsi que l’on crée et met en œuvre un projet politique ambitieux et commun. Le soir des élections, il était clair que le MR et Les Engagés avaient fait un score important et que, grâce aux choix des électrices et des électeurs, il serait possible de former une coalition avec seulement deux partenaires. C’est une bonne chose, avec ou sans le PS du reste. Désormais, il faut viser l’intérêt régional et travailler au redressement. Et l’opposition doit jouer le jeu en donnant sa chance à la nouvelle majorité. La Wallonie est aujourd’hui à la croisée des chemins. Le changement est dans l’air. Mais la question est de savoir s’il sera profond et durable. Ce narratif de changement se retrouve aujourd’hui dans les slogans, mais il reste encore à le concrétiser.

 

Christophe Degreef : comment amener ce changement ?

On ne peut pas nier qu’il existait depuis très longtemps une sorte de flemme wallonne, une forme d’indolence, une disposition à mesurer ses efforts. Dans une certaine mesure, la Région s’est étouffée elle-même. Et je n’évoque pas nécessairement son gouvernement, mais tous les acteurs. J’ai souvent répété la formule de Jules Destrée : qui donc éveillera la Wallonie qui dort ? [2] Peut-être est-ce le moment de le faire. La Région se situe à un point de bifurcation. Mais elle en a connu d’autres qui n’ont débouché sur rien, ou presque. Voici plus de trente ans, dans un texte adressé au Conseil d’administration de l’Institut Destrée, j’avais déjà repris cette belle formule de l’écrivain Jean Louvet tirée de sa pièce L’homme qui avait le soleil dans sa poche : on va voir ce qu’on va voir, on n’a rien vu du tout [3].

L’impact du nouveau gouvernement va se mesurer à sa capacité de mobiliser les acteurs, non dans une logique féodale de clientélisme, mais dans une dynamique de contractualisation et d’additionalité des moyens entre acteurs publics et privés, y compris associatifs. Les Wallonnes et les Wallons devront apprendre à faire davantage par eux-mêmes. Georges-Louis Bouchez, président du MR, et Maxime Prévot, président des Engagés, entrent à présent en négociation pour conclure un nouveau contrat wallon de cohabitation avec la population. Ils n’ont pas à le faire dans une logique destinée à contenter une partie des électeurs, mais pour que la société wallonne – entreprises, société civile, citoyennes et citoyens – apporte et porte elle-même des solutions avec eux. Ce qui remonte du terrain, c’est une très grande envie de transformation, de redressement de la Wallonie, assortie toutefois d’une peur des conséquences de cette transformation. Les exigences des entrepreneurs sont grandes également et ce qu’ils demandent, c’est davantage une vision commune, des objectifs clairs, de la simplification institutionnelle et administrative, une rigueur budgétaire que des aides et des moyens financiers.

Aujourd’hui, l’argent public manque : paradoxalement, cela peut faire avancer naturellement les choix de société vers un monde plus durable et décarbonné, mais aussi plus productif de valeur économique pour y parvenir. La question de la trajectoire budgétaire est au coeur de la gouvernance wallonne. C’est elle qui impose aussi les trajectoires politique et économique. Elle constitue également une opportunité pour transformer la Région. La fin progressive des transferts entre la Vlaamse Gewest et la Région wallonne à partir de 2025 représente une diminution des recettes de 3,3 milliards sur dix ans, l’effort de 1% cumulé de la trajectoire Hilgers (limiter la dette à 230 % des recettes en 2030 au lieu de 280% si on ne fait rien) représente lui 8,25 milliards de 2022 à 2031 [4], donc 7,75 milliards puisque 500 millions ont déjà été épargnés en trois ans. Il faut y ajouter les amortissements des chocs passés et les dépenses qui se pousuivent du plan de relance. Ce dernier reste essentiel pour rassurer les agences de notation sur l’avenir de la région. De plus, la crédibilité et les nouvelles exigences budgétaires de l’Europe imposeront probablement d’accentuer cette trajectoire d’assainissement. Tout cela ne sera pas simple mais constitue le paysage et peut être un vecteur de la transformation.

Le nouveau gouvernement wallon devra apprendre à compenser chaque euro dépensé par des recettes réelles et structurelles et réduire un certain nombre de dépenses tout en maintenant – et même en développant – des capacités d’innovation et de R&D qui sont beaucoup trop faibles actuellement. La société wallonne devra sans nul doute recevoir moins et contribuer plus. Le MR et Les Engagés ont d’ailleurs des propositions en ce sens dans leurs programmes. Il faudra aussi multiplier les partenariats public-privé. Il faudra intervenir dans les politiques de l’emploi. Non pas avec la chicotte et le bâton, mais par un discours enthousiasmant et mobilisateur. Je pense qu’ils en sont capables.

La question budgétaire wallonne passe aussi par la clarification et la transparence du budget. Une réforme des aides à l’emploi (APE) peut contribuer à augmenter le nombre d’emplois productifs et à relever le taux d’emploi wallon (seulement de 65,8 %), inférieur de 11 points à celui de la Flandre. N’oublions pas que cette enveloppe des APE (un milliard d’euros) existe au détriment des emplois qui manquent dans la recherche, l’innovation, l’éducation ou l’industrie. La réorientation des moyens financiers vers ces secteurs est essentielle. Un nouveau et plus participatif Budget Base Zéro (BBZ) est annoncé. Il faut le voir comme une opportunité pour réorienter les dépenses, notamment vers l’innovation, comme inscrit dans les programmes du MR et des engagés. La recherche wallonne et francophone doit être défragmentée, rassemblée, les universités également. Alors que selon les derniers chiffres d’Eurostat, la Wallonie dépensait 1136,5 euros par habitant en recherche, la Flandre en dépensait 1623 euros, soit 43% en plus. Mais en Wallonie ce chiffre de dépenses en R&D est favorablement accru par l’ampleur des dépenses de la recherche privée, notamment GSK, localisée dans le Brabant wallon. Cette province atteint 5901,5 euros par habitant pour 503 euros par habitant consacrés à la recherche dans le Hainaut. Je prône depuis longtemps une dynamique comme celle menée en Flandre avec l’IMEC [5]. Le Wallonia Institute of Technology pourrait nécessiter un milliard d’euros supplémentaires, que l’on pourrait aller chercher dans les aides directes et parfois trop clientélistes aux entreprises [6]. J’ai déjà également parlé des APE.

De nombres observateurs évoquent la nécessité de remettre la Wallonie toute entière au travail, notamment les chômeurs de longue durée, mais aussi d’activer certains malades de longue durée : pas loin de 200.000 personnes en Wallonie. J’observe également une volonté de dépilariser, désidéologiser le paysage associatif, qui est trop souvent au service des partis, des groupes et des idéologies, qui ont loti l’État et ont créé des relations incestueuses avec le pouvoir. Il faut aussi oublier les logiques de partage du gâteau que des mécanismes comme la clef D’Hondt ont favorisé. Il n’est pas normal que, dans des domaines comme la formation, on puisse identifier à ce point des acteurs aussi pilarisés. Que l’on regarde à qui on a attribué des APE et on verra se dessiner ce paysage…

Christophe Degreef : qu’en est-il des administrations wallonnes ? Peuvent-elles bloquer une politique de centre droit ?

Les élections ont provoqué un réel espoir chez de nombreux fonctionnaires wallons. Ils disent avoir vécu une expérience intéressante de 2017 à 2019 : les ministres libéraux avaient été à leur écoute, avaient travaillé avec l’Administration et avaient rendu du sens à leur métier. Parce que le MR avait besoin de la fonction publique pour faire avancer les dossiers et découvrir les nouveaux enjeux. De cette manière, les fonctionnaires avaient le sentiment que leur travail était vraiment utile. Une machine de guerre comme le PS dispose d’un grand département d’études et de cabinets chevronnés. Dès lors, un tel parti pense qu’il sait tout mieux que les autres et ne fait souvent pas appel à l’administration. Ce n’est pas très agréable pour un fonctionnaire. On préfère alors un adversaire idéologique qui écoute, plutôt qu’un système politique qui ignore. De nombreux fonctionnaires ont su montrer leur loyauté à l’intérêt général. D’ailleurs, j’entends dans les couloirs du Service public de Wallonie, un changement de mentalité. Je suis aussi frappé par la qualité des différents mémorandums déposés par le SPW avant les élections et qui aideront à construire des feuilles de route. Beaucoup parmi ceux-là cherchent et proposent un nouveau modèle de développement.

La responsabilisation des citoyennes et citoyens est au coeur du programme du MR, comme finalité de l’action politique. Les Engagés veulent placer l’humain et son bien-être au coeur de ses priorités, ce n’est pas incompatible, mais cela nécessitera des ajustements et donc des discussions. Ils veulent rendre du sens, et cela, c’est au coeur des aspirations. Le MR a probablement une approche assez pragmatique, que l’on retrouve d’ailleurs aussi chez certains sociaux-démocrates.

 

Christophe Degreeef : en fait, comment se fait-il que la Wallonie veuille soudain changer, après avoir freiné le bateau pendant des années ?

Soyons particulièrement prudents. Toutes les Wallonnes et tous les Wallons n’ont pas voté pour le MR ou pour Les Engagés. Certains acteurs sont également très contrariés et déçus par le résultat des élections et les réductions budgétaires annoncées. À ce stade, rien n’est joué pour le nouveau gouvernement en matière de capacité de transformation.

Nous devons attendre que des mesures concrètes soient prises. Les syndicats réagiront probablement à certaines. Mais il en va de même pour les chefs d’entreprise qui ont reçu ou attendent de l’argent public pour s’engager dans certains projets. N’oublions pas qu’en 2020 encore, j’ai échangé avec des ministres MR qui ne voulaient pas réformer le système en place parce que leurs électeurs recevaient des subsides des caisses régionales. Les Engagés permettront-ils des réformes ou des réductions budgétaires dans les soins de santé, alors qu’ils disent d’emblée que pour eux ce n’est pas possible ? Pour eux, il existe des dossiers sensibles : les allocations familiales représentent une masse budgétaire d’environ 3 milliards d’euros – pas loin de 20% du budget régional – à laquelle le précédent gouvernement n’a pas voulu toucher, contrairement à la Flandre qui a réduit l’indexation. Pourquoi la Wallonie ne fait-elle pas comme la France : ne rendre les allocations familiales accessibles qu’à partir du deuxième enfant ? Cela permettrait non seulement de diminuer l’enveloppe budgétaire qui y est consacrée, mais aussi de réaliser des péréquations au profit des plus démunis. Une aide linéaire en cette matière, comme dans d’autres, n’a guère de sens au XXIe siècle. On se préoccupe davantage des équilibres à la belge – un enfant francophone égale un enfant flamand – que d’une politique sur mesure et bien réfléchie. Je pense que Georges-Louis Bouchez a compris que la Wallonie ne peut mener que des politiques fondées sur la situation économique et budgétaire de la région, et non sur une logique politique flamande ou belge. Mais j’ai des doutes sur Les Engagés concernant cette question qui constituait le core-business du PSC et du cdH.

Anibal Trejo, Parlement de Wallonie, Dreamstime

Christophe Degreef : comment évaluez-vous le rôle de Bart De Wever dans cette nouvelle dynamique wallonne ? Il bénéficie d’une presse francophone remarquablement meilleure qu’auparavant et a également mené une campagne fédérale avec des listes francophones. Cela a-t-il contribué à convaincre la Wallonie de la nécessité d’un changement ?

Je pense que l’impact de la N-VA en Wallonie a été plutôt faible. Certains candidats choisis ont d’ailleurs positionné ce parti bien plus à droite que ne l’est le bourgmestre d’Anvers. Mais l’attitude de Bart De Wever le soir des élections a fait la différence. Il s’est montré conciliant, ouvert, non dogmatique. Ce n’est qu’à ce moment-là que certains Wallons ont compris à quel point il était différent de Tom Van Grieken. La différence entre la NVA et le Belang est quelque chose que j’ai du mal à expliquer en Wallonie depuis des années. Même si quelqu’un comme le député Théo Francken brouille parfois, par ses discours, l’image et la frontière entre ces deux formations politiques. J’ai toujours cru Bart De Wever quand il affirmait qu’il ne s’allierait jamais au Vlaams Belang. Mais beaucoup de Wallons pensaient et pensent encore qu’il fait semblant et qu’il finira par faire cette alliance.

 

Christophe Degreef : les réformes promises aujourd’hui au niveau fédéral sont principalement socio-économiques. Qu’en est-il de la réforme de l’État visant à faire de la Belgique un confédéralisme à quatre, que vous préconisez depuis longtemps ?

Je préconise un fédéralisme à quatre États fédérés. Mais, dans les circonstances actuelles, la réforme de l’État ne me paraît pas vraiment un problème. Du côté francophone, ma préoccupation va à la simplification des institutions au profit du Parlement et du gouvernement de Wallonie. Au niveau fédéral, j’ai l’impression qu’on se focalise exagérément sur la majorité parlementaire des deux tiers, une des conditions nécessaires à une loi spéciale et donc à une réforme constitutionnelle de l’État. Mais les réformes de l’État se sont déroulées différemment dans la Belgique des années 1960. On avait longuement préparé le terrain, notamment grâce aux travaux du Centre Harmel. Et puis, le travail s’est fait par étapes. Par exemple, en créant d’abord deux ministères de l’Education nationale : l’un francophone et l’autre néerlandophone, décision du gouvernement de Théo Lefèvre en 1961, mise en œuvre par l’arrêté royal du 4 janvier 1963 et renforcée par deux arrêtés royaux en mars 1963 et en septembre 1969 [7]. Ce mécanisme a quand même tenu jusqu’en 1988-1989, plus de vingt-cinq ans ! On pourrait aussi évoquer l’ingénierie de la loi Perin-Vandekerckhove de régionalisation préparatoire [8], en attendant la réforme constitutionnelle enfin réalisée par le gouvernement Martens-Spitaels en 1980, puis par le gouvernement Martens-Moureaux en 1988-1989.

Si Bart De Wever se mettait à parler systématiquement de « fédéralisme étendu » au lieu de « confédéralisme », ce qui est juste un toilettage sémantique compte tenu de son programme, je pense que les francophones pourraient avoir une attitude plus constructive par rapport à la réforme de l’État. Il me semble qu’il pourrait également convaincre le PS dans l’opposition de s’orienter vers une Belgique à quatre États fédérés. En 2011, lorsque Johan Vande Lanotte a dû sortir les négociations gouvernementales du marasme, il a également prôné quatre États fédérés [9]. La balle est maintenant dans le camp du président de la NVA pour former un gouvernement. En soi, une réforme de l’État n’est donc pas un problème insurmontable.

C’est aussi ce positionnement constructif que doivent adopter les Wallons pour ouvrir le dialogue et mettre sur la table un projet aussi clair que celui de la NVA. Aujourd’hui, le projet des quatre États fédérés, reconfiguré par l’Institut Destrée en 2022 est le plus élaboré du côté francophone [10].

J’aimerais aussi que l’on prenne davantage en compte la Wallonie dans les institutions actuelles. Un exemple qui est flagrant : le cas du Conseil des ministres. Alors que la Constitution dispose en son article 99 de la nécessité d’une parité au gouvernement fédéral entre ministres d’expression française et d’expression néerlandaise, aucune disposition n’impose la présence de Wallonnes et de Wallons. Ainsi, demain, vous pourriez découvrir un Conseil des ministres composé uniquement de Flamands et de Bruxellois francophones. Ce n’est pas une mince anomalie.

Comme le disait Elie Baussart, La Flandre et la Wallonie ne sont pas faites pour la Belgique ; la Belgique est faite pour la Flandre et la Wallonie. Comme l’État est fait pour le citoyen et non le citoyen pour l’État [11]. J’ajoute évidemment Bruxelles et l’OstBelgien. C’est depuis longtemps la logique qui sous-tend les réformes de l’État. La finalité ce n’est pas le nationalisme belge, c’est le bien-être de toutes et tous, l’équilibre entre les populations des quatre collectivités politiques, leur cohésion dans le cadre européen. Nous pouvons poursuivre ce modèle avec quatre États fédérés. Non pas par nationalisme, mais parce qu’un tel modèle reste la meilleure garantie de la paix et de la prospérité au sein de la Belgique.

On pourrait bien sûr tenir un discours belliqueux comme Jules Destrée avant la Première Guerre mondiale en disant qu’à tout nationalisme flamand, on opposera notre nationalisme wallon. Mais cela ne mène pas loin. Je préfère le Destrée de 1929 qui travaille avec son homologue Kamiel Huysmans à un compromis des Belges et abolit le bilinguisme en Flandre et en Wallonie pour construire les bases d’un fédéralisme régional.

 

Philippe Destatte

@PhD2050

[1] Christophe DEGREEF, Philippe Destatte: ‘Wallonië moet eindelijk af van zijn wafelijzerlogica’, in Doorbrak, 24/6/2024.

https://doorbraak.be/philippe-destatte-walloni-moet-af-van-de-wafelijzerlogica-die-er-nog-altijd-bestaat/?dbcode=e7770321472&u=263532186

[2] Jules DESTREE, Comme le fit Siegfried en la forêt germaine, dans Wallonia, 13 décembre 1912, n°12, p. 647-648.

[3] Jean LOUVET, L’Homme qui avait le soleil dans sa poche, Textes pour Didascalies, p. 34, Bruxelles, Ensemble théâtral mobile, 1982.

[4] Ph. DESTATTE, Finances wallonnes :  il faut poursuivre et accentuer la trajectoire Hilgers…, Blog PhD2050, Namur, 12 mai 2024 https://phd2050.org/2024/05/12/hilgers/

[5] L’IMEC, Institut de micro-électronique et composants, est un institut de recherche inter-universitaire flamand en micro-électronique et nanotechnologies situé à Leuven. Il emploie environ 3 500 personnes de 75 nationalités.

https://www.imec-int.com/en/about-us

[6] Ph. DESTATTE, Le Wallonia Institute of Technology au cœur de l’Université de Wallonie, Namur, Blog PhD2050, 22 décembre 2021. https://phd2050.org/2021/12/23/wit/

[7] Marnix BEYEN et Philippe DESTATTE, Nouvelle Histoire de Belgique, 1970-2000, Un autre Pays, p. 282-283, Bruxelles, Le Cri, 2009.

[8] Philippe DESTATTE, La Région wallonne a (presque) 50 ans (1974-2024), Blog PhD2050, Namur, 24 février 2024. https://phd2050.org/2024/02/25/1974-2024/

[9] Johan VANDE LANOTTE, De Belgische Unie bestaat uit vier deelstaten, 2011, 24p.

[10] Un fédéralisme fort et simplifié, Contribution de l’Institut Destrée au débat public sur l’avcenir institutionnel de la Belgique, Namur, 13 juin 2022, 14p. https://www.institut-destree.eu/wa_files/institut-destree_gtri_federalisme_fort-et-simplifie_2022-06-13.pdf

[11] Elie BAUSSART, 1930 verra-t-il la faillite de 1830 ?, dans La Terre wallonne, Octobre 1928, p. 24.

Paris, le 6 juin 2024

Fin mai 2024, François-Xavier Lefèvre, journaliste à L’Écho a demandé un petit devoir à cinq acteurs de l’écosystème wallon – Sylvie Marique, Philippe Defeyt, Thomas Deridder, Bernard Piette et votre serviteur – en vue de se positionner sur des chantiers à mettre en œuvre pour faire de la Wallonie une région durable, où l’entrepreneur peut s’épanouir, qui est efficace sur le plan administratif, inclusive pour l’ensemble des travailleurs et capable de saisir les opportunités de croissance. J’ai répondu à trois de ces enjeux dont l’essentiel a été reproduit dans L’Écho le 1er juin 2024. Voici, dans leur intégralité, les questions et mes réponses à ces trois chantiers [1].

 

François-Xavier Lefèvre : les finances de la Région sont sous pression. La Wallonie s’offre pourtant le luxe d’avoir des plans à tous les étages. Au-delà du saupoudrage politique, cette situation dilue l’efficacité des plans, crée un embouteillage administratif et ne permet pas à la Région de miser sur quelques thématiques stratégiques et porteuses. S’il n’y avait qu’un plan à retenir ou à envisager pour la Wallonie, quel serait-il ? Sur quoi doit miser la Wallonie pour améliorer sa situation socio-économique ?

Philippe Destatte : En soi, avoir des plans n’est pas un problème. Les entrepreneurs le rappelaient ce 25 mai 2024 en demandant aux politiques où est « le plan de réindustrialisation ? » [2]. Mais il est exact que l’archipellisation et la fragmentation des plans sont néfastes, notamment car une bonne mise en œuvre stratégique nécessite au moins trois conditions : d’abord, un nombre de priorités restreint, ensuite une transversalité et un caractère systémique des mesures, enfin des masses critiques de ressources humaines et budgétaires pour l’implantation de la stratégie, son pilotage et son évaluation.

La masse critique budgétaire est ce qui a le plus fait défaut dans la politique des gouvernements wallons depuis 2000 (Le Contrat d’avenir pour la Wallonie) jusqu’y compris les différents plans dits Marshall. En fait, les dépenses de reconversion de la Wallonie se sont toujours faites sur des marges relativement faibles comprises entre 3 et 6% des dépenses régionales. On observe un petit décollage avec le Plan de relance de l’actuel gouvernement. Mais on est encore loin d’un vrai business plan qui devrait activer au moins 80% des dépenses. Il faudrait alors s’interroger sur chaque dépense pour mesurer dans quelle mesure elle permettra d’atteindre les objectifs définis collectivement. Cela implique une analyse d’impact préalable de ces mesures, la fin des tabous budgétaires, un leadership fort et une volonté collective du gouvernement, du Parlement et des acteurs pour dépasser la logique de partage du gâteau entre partis et lobbies. Une révolution certes, mais à la mesure de l’enjeu que doit constituer une rupture avec le long palier horizontal des indicateurs qui dure depuis 20 ans.

S’il ne fallait choisir qu’une initiative importante favorisant le développement économique, avec un effet structurel, je mettrais en œuvre le Wallonia Institute of Technology qui mettrait fin à la fragmentation de la recherche et autonomiserait les dynamiques de l’innovation des jeux politiques au profit des universités, centres de recherche et entreprises [3].

 

François-Xavier Lefèvre : faut-il privatiser le Forem ? Cette question est volontairement provocatrice. Il n’existe probablement pas de remède miracle pour lutter contre le chômage, mais améliorer la mise à l’emploi est probablement la mesure qui pourrait faire la différence demain. Comment repenser la mise à l’emploi ? Comment mieux activer une réserve de main-d’œuvre dans un contexte où les entreprises font face à des pénuries ?

Philippe Destatte : la mise à l’emploi n’est pas exclusivement la tâche du Forem qui n’est qu’un acteur parmi d’autres, même si c’est un acteur budgétairement important.

Comme le rappelait voici peu Éric Domb, ce n’est ni le politique ni l’Administration qui créent des emplois sauf dans quelques domaines régaliens, mais où, par définition ces emplois sont comptés : leur inflation déstabilise la société toute entière [4]. L’initiative revient avant tout aux individus eux-mêmes et aux entreprises. Dans une société saine, les personnes sont motivées à contribuer à la collectivité en y prenant leur place économique et sociale : créer de la valeur pour assurer la survie de soi et des autres, prendre sa part dans l’éducation, la santé, la gestion, la sécurité, la défense de toutes et tous. Ce sont des finalités qui articulent bien-être personnel et collectif. Cela semble basique, mais c’est essentiel : c’est le sens de l’existence. Il s’apprend et se transmet. C’est lui qui fait société et fonde la solidarité, permet l’acceptation de l’impôt.

Photo Jean-Marc Pierard – Dreamstime

Le Forem est partie prenante de cette dynamique avec une quadruple mission : conseil aux Wallonnes et Wallons, formation de celles et ceux qui cherchent un emploi, appui aux entreprises qui recrutent des travailleurs, contrôle des demandeurs d’emploi, y compris en appliquant des sanctions. La Forem exerce également une fonction de gestion administrative. Ainsi, le Forem, même s’il développe des partenariats avec des dizaines de milliers d’entreprises et des centaines d’organismes de formations, n’est-il qu’un élément de l’écosystème d’éducation et de formation en Wallonie. Son premier grand problème, sur lequel il a peu de prise, est le fait que 42% des chercheurs d’emploi sont au plus diplômés de l’enseignement secondaire inférieur. A noter également que la moitié de ces 228.224 chercheurs d’emplois touchent des allocations de chômage, ce qui relativise toute recette miracle de suppression progressive des allocations. Le risque de ce type de mesure est d’ailleurs connu : d’abord accroître encore l’armée des 185.000 malades wallons de longue durée ou envoyer ces chômeurs aux CPAS bénéficier du RIS.

Trois initiatives devraient être prises, dont certaines sont connues depuis longtemps pour accroître la mise à l’emploi en Wallonie.

  1. La première, prioritaire, est de travailler sur le sens à donner à la société wallonne : pourquoi devons-nous toutes et tous contribuer à améliorer le bien-être des populations de cette Région ? Que voulons-nous faire ensemble de manière positive ? Qu’est-ce qui nous anime et doit nous animer et pourquoi ? C’est un projet commun de société qui doit être conçu et pensé en commun. C’est la priorité principale. Elle ne sera pas révélée par un quelconque Saint-Esprit, mais coproduite et le moment est maintenant. La valorisation de celles et de ceux qui s’inscriront dans cette dynamique collective, en particulier les acteurs économiques, sera essentielle.
  2. La seconde est l’élévation du niveau de compétences de l’ensemble des travailleurs wallons. Le Forem excelle dans ce domaine, au travers de ses centres de compétences, de ses initiatives en entreprise, de même que ses partenaires. Mais c’est insuffisant : compte tenu des besoins, c’est un écosystème apprenant nouveau, constitué par l’enseignement dual et la formation en alternance, à mettre en place, avec l’enseignement qualifiant, l’IFAPME et les entreprises, par bassin scolaire. Ce qui implique le transfert d’au moins ce type d’enseignement au niveau régional. Thomas Dermine a raison lorsqu’il dit qu’un ministre de l’enseignement doit s’asseoir au gouvernement wallon à côté des ministres de l’Économie et de l’Emploi [5].
  3. La troisième initiative doit viser le Forem, mais aussi tous les organismes de cet écosystème : il s’agit, par exemple, dans les cinq axes du contrat de gestion de remplacer l’obligation de moyens par l’obligation de résultat. Ainsi, il est remarquable d’observer que pas moins de 309.000 Wallonnes et Wallons ont été pris en charge par le Forem en 2023, qu’environ 113.000 d’entre eux ont reçu une formation professionnalisante [6]. Mais la question reste : combien ont été, parmi ceux-là, remis à l’emploi ? Le résultat dépend non seulement de la qualité des formations, mais aussi de l’accueil des entreprises et de la motivation des demandeurs d’emploi. Il s’agit donc d’un défi commun. Et c’est ce défi qu’il faut relever ensemble, en répondant aux échecs éventuels par des innovations sociales et les expérimentations qui doivent aller de pair.

Il s’agit donc, comme le préconisait le Collège de Prospective de Wallonie (2004-2020) de lier les deux mondes de l’enseignement qualifiant et de la formation des adultes afin de créer des filières de qualification s’inscrivant dans une logique de formation tout au long de la vie et en prise directe avec les réalités professionnelles.

 

 François-Xavier Lefèvre : comment profiter de la proximité des ports d’Anvers et de Rotterdam pour bâtir une véritable base arrière au niveau de la logistique à Liège (Chertal). Ces ports sont des atouts pour la Flandre. Mais aussi pour la Wallonie. Au-delà de cette question logistique, dans quels domaines la Flandre pourrait inspirer la Wallonie ? Que faut-il recopier de la Flandre que la Wallonie n’a pas pour améliorer la situation ?

Philippe Destatte : Si on part de la logique de développement de ports majeurs comme Rotterdam et Anvers, leurs principaux problèmes à l’âge de la containerisation mondialisée sont ceux de la congestion et de la nécessité de pouvoir disposer d’axes d’exfiltration permettant des flux de sortie, des capacités de stockage et de dispatching. Liège, avec son complexe portuaire et sa multimodalité – troisième port fluvial d’Europe – le Trilogiport et les nouvelles potentialités ouvertes à Chertal, dispose de capacités impressionnantes.

Au-delà des contingences techniques, le grand défi pour la Wallonie est double. D’une part, il s’agit de continuer à construire une relation crédible et durable avec les partenaires flamands et hollandais, ce qui nécessita à la fois diplomatie et compétences techniques et linguistiques. D’autre part, et pour éviter que la logique soit uniquement celle du transit, il s’agit d’articuler les chaînes de valeurs économiques avec les opportunités réelles de la logistique. Lors de travaux prospectifs en Normandie, j’ai souvent observé que, malgré toutes les capacités de Port 2000 au Havre, le problème du territoire restait le fait que les acteurs voyaient passer les EVP qui, en très grande majorité, n’étaient ouverts que dans la banlieue parisienne. C’est donc en fait là que la transformation et la plus-value s’opéraient. Il est donc essentiel de créer les synergies en termes d’activités locales (mécanique fine, économie circulaire, spatial, etc.) avec les capacités logistiques pour bénéficier des flux en Wallonie.

J’ajoute que, alors que, en matière portuaire, les Français, marqués par une approche « ingénieurs », pensent très fort avec le prisme de l’infrastructure, les Flamands et les Néerlandais réfléchissent davantage en termes de service et d’efficacité de la chaîne logistique (qui inclut tous les services annexes tels que dédouanement par exemple). S’ils veulent optimiser des partenariats forts avec Anvers et Rotterdam, les Wallons doivent activer et cultiver cette approche business propre au nord de l’Europe.

À cet effet, aux demandes pressantes flamandes de disposer de terrains sur la zone et d’y investir, la province de Liège et l’axe mosan doivent répondre par une main-d’œuvre wallonne sérieuse, formée et donc compétente dans l’ensemble des métiers non seulement de la logistique, mais aussi des activités potentielles de ces entreprises. L’articulation entre la logistique, le développement économique et l’emploi est plus que jamais nécessaire, ce qui implique une proactivité et une réactivité à la fois politique et administrative. Et beaucoup de bonne volonté. Des expériences comme les freins mis au développement de la 5G en Wallonie ne sont pas, sous cet aspect, rassurantes. Par contre, l’écosystème et les réseaux internationaux et territoriaux développés par le pôle de compétitivité Logistics in Wallonia constituent certainement un atout pour relever ces défis.

 

Philippe Destatte

@PhD2050

[1] François-Xavier LEFEVRE, Cinq chantiers qui pourraient changer la Wallonie, dans L’Écho, 1er juin 2024, p. 6-7.

https://www.lecho.be/economie-politique/belgique/wallonie/cinq-chantiers-qui-pourraient-changer-le-visage-de-la-wallonie/10549003.html

[2] Maxime PAQUAY et Maxime SAMAIN, L’appel des entrepreneurs belges au monde politique : où est le plan ? dans L’Écho, 25 mai 2024, p. 16-17.

[3] Philippe DESTATTE, Le Wallonia Institute of Technology au cœur de l’Université de Wallonie, Namur, Blog PhD2050, 22 décembre 2021. https://phd2050.org/2021/12/23/wit/ – Serge QUOIDBACH, Le territoire wallon, Mine d’or pour l’emploi, dans L’Écho, 18 décembre 2021.

https://www.lecho.be/economie-politique/belgique/wallonie/le-territoire-wallon-mine-d-or-pour-l-emploi/10354520.html

[4] « Ces emplois sont nés grâce à des femmes et des hommes qui ont pris des risques, qui y croient. Des entrepreneurs. » Anne MASSET et Raphaël MEULDERS, Eric Domb : « je ne comprends pas cette indifférence, ce cynisme, cet électoralisme », dans La Libre Eco, 10 mai 2024. https://www.lalibre.be/economie/entreprises-startup/2024/05/10/eric-domb-quelque-chose-de-grave-est-en-train-de-se-passer-je-ne-comprends-pas-ce-cynisme-ce-calcul-electoraliste-T2WPZTWFGJCLNJKE5KAUPIVTSQ/

[5] A l’Assemblée générale de l’UCM, Wavre, le 20 mars 2024.

[6] Données présentées par Raymonde Yerna, Administratrice générale du Forem, Charleroi, Cercle de Wallonie – A6K, 27 mai 2024.

Bruxelles, le 1er juin 2024

Ce texte est la traduction française du document de référence de mon intervention dans la session  » Causes profondes et remèdes à la montée de l’insécurité, des troubles sociaux, de la guerre et de la violence et des turbulences mondiales  » lors de la 64e Conférence et Assemblée générale de l’Académie mondiale des Arts et des Sciences, le 16 mai 2024.

 

1. Introduction: épouser sans cesse la complexité du monde

Il est toujours extrêmement difficile d’objectiver une tendance à l’accroissement de la violence dans le monde ou des risques de conflagration qui nous guettent. On affirme aujourd’hui le retour aux rapports de forces et aux initiatives brutales comme des marques du XXIe siècle. Sans les minimiser, l’historien doit constater qu’il s’agit plutôt de la caractéristique de l’humanité depuis plus de 40 siècles.

Néanmoins, comme en témoignent les données recueillies par l’Uppsala Conflict Data Program (UCDP) de l’Université suédoise d’Uppsala, alors que le nombre de guerres reste assez constant depuis 1946, les conflits mineurs sont en accroissement sensible depuis 2010, après une diminution dans la période qui a suivi la chute du Mur de Berlin et ses conséquences sur le reste du monde.

Conflits étatiques par niveau d’intensité (1946-2022) [1]

Comme le constate Peter Wallensteen, pour l’ensemble du monde, le nombre total de conflits armés est stupéfiant. Malgré les efforts considérables déployés pour les résoudre, il semble que, pour chaque conflit résolu entre les parties grâce aux efforts internationaux, un nouveau émerge, souvent prolongé par des groupes dissidents, nécessitant le même mélange d’improvisation et de procédures opérationnelles normalisées de la part de la communauté internationale [2].

La nature même de ces conflits évolue au point qu’à la distinction classique entre guerre interétatique et guerre civile, se substitue une trichotomie pour l’analyse. La première catégorie comprend les conflits interétatiques autour du territoire et du gouvernement. Dans la deuxième, on identifie les conflits intraétatiques autour du gouvernement et une troisième catégorie contient les conflits intraétatiques autour du territoire [3]. Il faut observer que, alors que pendant la période 2000-2010, ils n’étaient que 4 sur 73, de 2011 à 2021, les conflits interétatiques représentent 7 conflits sur un total de 110. Sur l’ensemble de la période 1989-2021, les conflits interétatiques s’élèvent à 14 sur 190 [4].

Quant au professeur de prospective, il répète depuis longtemps que considérer la chute du mur de Berlin ou l’effondrement de l’URSS comme des événements marquant définitivement la fin de la Guerre froide ne pourrait être établi que sur une longue durée que nous n’avons manifestement pas atteinte. Nous connaissons aujourd’hui en Ukraine une guerre de haute intensité. Une de ses issues possibles est qu’elle débouche sur un partage de ce pays le long du Dniepr – ou d’une démarcation plus à l’Est ou à l’Ouest – et qu’un nouveau rideau de fer sépare à terme et pour longtemps le continent européen. Que l’on soit par contre, actuellement face à une bifurcation porteuse d’un nouveau bouleversement géopolitique du monde, il apparaît difficile d’en douter [5].

Dès lors, constatons seulement que, en 2024, dans certaines régions – comme en Europe – la pression médiatique s’accroît autour des difficultés et s’ajoute à la mise en cause de notre modèle de vie depuis la prise de conscience du changement climatique, ainsi que les ravages de la pandémie de Covid-19. Cette dernière a, rappelons-le, jusqu’ici causé plus de 6,7 millions de morts.

Déterminer une cause sous-jacente à l’ensemble de ces symptômes paraît assez vain et pourrait même relever d’une linéarité que notre conscience de la complexité du monde n’accepterait pas. Comme écrivent justement les auteurs rassemblés en mars 2024 autour de Garry Jacobs et Janani Ramanathan : une focalisation fragmentaire sur des questions isolées serait inadéquate à un moment où les liens et les interdépendances entre les questions, les disciplines, les secteurs, les régions et les cultures d’un monde de plus en plus globalisé sont devenus si évidents et si déterminants [6].

Il reste que, précisément, tous les efforts et initiatives, notamment menés par la World Academy of Art & Science (WAAS) et aussi par le Millennium Project, en particulier en matière d’éducation, pour mettre en évidence cette complexité et les interrelations entre les différentes problématiques qui nous préoccupent, sont salutaires.

Mais cette complexité nous rappelle qu’il n’existe pas de réponse simple aux freins qui affectent la mise en œuvre de l’Agenda 2030 et qu’il faudra poursuivre les efforts dans un ensemble de directions variées pour permettre des accélérations salutaires et des issues favorables.

 

2. Le manque d’intérêt général et de bien commun au niveau international

 Celles et ceux qui sont acculturés à la prospective stratégique ou opérationnelle savent combien il est difficile d’avancer ensemble vers un but collectif comme la paix, la sécurité, l’harmonie ou la soutenabilité, sans inscrire l’idée de bien commun comme finalité dans une vision partagée.

Or, ainsi que le rappelle le juriste suisse Robert Kolb, la société internationale est marquée par un déficit flagrant et une faiblesse structurante de bien commun. Ce concept est, en droit international, la recherche d’un équilibre harmonieux des intérêts généraux et des intérêts individuels, entre l’individuel et le collectif à chaque moment de l’histoire… Concrétisé dans l’ordre social, ce bien commun devient un principe qui est pertinent pour l’application du droit : il régente l’interprétation des normes en leur indiquant une finalité suprême vers laquelle elles doivent tendre [7].

L’idée de véritable communauté internationale fondée sur des valeurs communes est constamment challengée par une souveraineté exacerbée des États. Ainsi, la société internationale ne semble pas réellement exister ou prendre une forme concrète et active, n’étant qu’une société de sociétés, et ses sociétés composantes croient très largement pouvoir se suffire à elles-mêmes. Pour le professeur de droit international à l’Université de Genève, cette primauté régulière du bien particulier sur le bien collectif se manifeste par une distorsion grave du spectre du bien commun. Dans les domaines vitaux, ce spectre frise l’anarchie et laisse libre carrière à la puissance. Et, en effet, souveraineté, nationalisme, particularisme règnent en maître dans notre monde. Le bien commun universel n’est encore que l’aspiration de quelques cercles éclairés [8].

Quel pourrait être ce bien commun ? Peut-être, comme l’imaginait ou l’observait le philosophe et historien français  Raymond Aron : un intérêt suprême ? Durant les années soixante, l’auteur de Paix et guerre entre les nations voyait cet intérêt dans la solidarité des deux Grands contre la guerre totale [9], solidarité à ne pas s’autodétruire. C’était, pour les États-Unis et la Russie un moyen de dépassement de conceptions du monde et d’idéologies apparemment inconciliables. La menace réciproque du feu nucléaire et l’ombre de la mort pour tous qui en auraient découlé constituaient cet intérêt, à défaut d’un bien commun. Mais le bien commun était bien présent : c’était – et cela reste dans une certaine mesure – la sauvegarde de la civilisation, ou l’aspiration à la civilisation harmonieuse.

D’autres puissances majeures ont émergé depuis l’époque de la Guerre froide : la Chine, l’Inde, etc. D’autres facteurs d’autodestruction également : si l’apocalypse nucléaire n’est pas écartée, le changement climatique a pris de l’ampleur et constitue une menace supplémentaire dans un monde où la population est passée de 3 à 8 milliards d’êtres humains en soixante ans.

La lutte contre le changement climatique a vocation à constituer l’intérêt suprême des nations et le bien commun de la civilisation. Ce, au nom de quoi, toute guerre et crise entre pays du monde devraient être bannies. Ainsi, la paix et la justice internationales pourraient être réalisées par la prise en compte réelle par l’ensemble des États du bien commun que représentent la société universelle, la nature, la biosphère. Comme l’annonce Robert Kolb, cette communauté internationale pourrait générer une espèce de droit constitutionnel [10], à l’échelle de la planète. La solidarité collective l’emporterait sur la souveraineté étatique et les ambitions particulières démesurées.

Disposant dès lors d’une finalité commune, comment appliquer cette volonté collective ?

 

 3. Armer la sagesse ? La faillite de la diplomatie et de la dissuasion

Nous tâcherons demain d’armer la sagesse, mais nous ne laisserons pas prescrire les valeurs humaines qu’il nous enseigna et dont il fut le vivant modèle, affirmait Raymond Aron le 27 janvier 1945 en hommage au philosophe français Léon Brunschvicg (1869-1944) [11].

 

3.1. Les Nations unies

Armer la sagesse, c’est l’espoir et la nécessité de cette Après-Guerre. Les buts et principes de la Charte des Nations Unies incarnent cet espoir. Bien connu, l’article premier marque l’ambition de l’organisation :

  1. Maintenir la paix et la sécurité internationales et à cette fin : prendre des mesures collectives efficaces en vue de prévenir et d’écarter les menaces à la paix et de réprimer tout acte d’agression ou autre rupture de la paix, et réaliser, par des moyens pacifiques, conformément aux principes de la justice et du droit international, l’ajustement ou le règlement de différends ou de situations, de caractère international, susceptibles de mener à une rupture de la paix;
  2. Développer entre les nations des relations amicales fondées sur le respect du principe de l’égalité de droits des peuples et de leur droit à disposer d’eux-mêmes, et prendre toutes autres mesures propres à consolider la paix du monde;
  3. Réaliser la coopération internationale en résolvant les problèmes internationaux d’ordre économique, social, intellectuel ou humanitaire, en développant et en encourageant le respect des droits de l’homme et des libertés fondamentales pour tous, sans distinctions de race, de sexe, de langue ou de religion;
  4. Être un centre où s’harmonisent les efforts des nations vers ces fins communes [12].

Malheureusement, les articles 45 et 47 de la Charte sont moins connus, puisqu’ils sont restés jusqu’ici lettre morte [13] :

Sculpture aux Nations Unies à New York – Photo Dreamstime, Palinchak

Article 45

 Afin de permettre à l’Organisation de prendre d’urgence des mesures d’ordre militaire, des Membres des Nations Unies maintiendront des contingents nationaux de forces aériennes immédiatement utilisables en vue de l’exécution combinée d’une action coercitive internationale. Dans les limites prévues par l’accord spécial ou les accords spéciaux mentionnés à l’Article 43, le Conseil de sécurité, avec l’aide du Comité d’état-major, fixe l’importance et le degré de préparation de ces contingents et établit des plans prévoyant leur action combinée.

 Article 47 

  1. Il est établi un Comité d’état-major chargé de conseiller et d’assister le Conseil de sécurité pour tout ce qui concerne les moyens d’ordre militaire nécessaires au Conseil pour maintenir la paix et la sécurité internationales, l’emploi et le commandement des forces mises à sa disposition, la réglementation des armements et le désarmement éventuel.
  2. Le Comité d’état-major se compose des chefs d’état-major des membres permanents du Conseil de sécurité ou de leurs représentants. Il convie tout Membre des Nations Unies qui n’est pas représenté au Comité d’une façon permanente à s’associer à lui, lorsque la participation de ce Membre à ses travaux lui est nécessaire pour la bonne exécution de sa tâche.
  3. Le Comité d’état-major est responsable, sous l’autorité du Conseil de sécurité, de la direction stratégique de toutes forces armées mises à la disposition du Conseil. Les questions relatives au commandement de ces forces seront réglées ultérieurement.
  4. Des sous-comités régionaux du Comité d’état-major peuvent être établis par lui avec l’autorisation du Conseil de sécurité et après consultation des organismes régionaux appropriés [14].

Ces articles constituent les bras armés de la sagesse dont devrait être porteuse la communauté internationale ainsi que les institutions qui la soutiennent.

Si Raymond Aron affirmait que la force militaire demeure le fondement de l’ordre international, il reconnaissait qu’elle n’est ni partout ni en tout point décisive  » [15]. Le Vietnam de son époque ou l’Afghanistan de la nôtre nous le rappellent.

Mais, pour ne prendre que quelques exemples récents : le Congo, le Yémen, le Soudan, l’Ukraine et Gaza montrent la faillite à la fois de la diplomatie et de la dissuasion internationales. Autant d’exemples de notre incapacité à assumer la paix et à protéger les personnes.

Incapacité dans la gouvernance mondiale, incapacité également dans la gouvernance du continent européen pour ce qui concerne la guerre en Ukraine.

 

3.2. L’Europe

Je m’attarderai quelque peu sur l’incapacité de l’Europe tant il est nécessaire de plutôt balayer devant sa porte plutôt que de fustiger encore une fois les Nations unies. Outre l’OTAN, trois institutions sont, à des degrés divers, en charge de cette tâche de sécurité dans ses différentes dimensions : l’Union européenne, le Conseil de l’Europe et l’Organisation pour la Sécurité et la Coopération en Europe, que l’on oublie souvent, mais qui fut un des artisans des Accords de Minsk de septembre 2014 [16].

 Depuis le rejet de la Communauté européenne de Défense par l’Assemblée nationale française le 30 août 1954 et la création dans la foulée de l’Union de l’Europe occidentale, les efforts n’ont pas manqué pour tenter de construire une défense européenne qui permette d’armer la sagesse diplomatique affirmée de l’Europe [17]. En dehors ou au sein de l’OTAN. Ces efforts ont finalement débouché sur peu.

Ainsi, lors de la dislocation de la Yougoslavie, l’Union européenne a pris conscience de son incapacité tant diplomatique que militaire d’intervenir sur son propre continent et a dû s’effacer à deux reprises devant l’OTAN : en 1995 en Boznie-Herzégovine et en 1999 au Kosovo [18]. De conseils européens (notamment Cologne et Helsinki en 1999) en révision des traités (notamment Maastricht en 1992, Nice en 2001, Lisbonne en 2007), les initiatives pour mettre en place des programmes, créer des institutions et rassembler des fonds se sont multipliées en vue de construire une Politique européenne de Sécurité et de Défense (PESD). L’Union a établi un Comité politique et de Sécurité (COPS) et institué un Comité militaire (CMUE) et un État-major (EMUE) en vue de déploiement préventif de forces militaires. Elle a décidé de créer une force de réaction rapide de 60.000 hommes, décision jusqu’ici peu suivie d’effets. Qu’on en juge : en avril 2024, le président français Emmanuel Macron plaidait à nouveau à la Sorbonne pour atteindre la taille critique de 5000 soldats sous drapeau européen…

Alors que le Traité de Maastricht avait placé la Politique étrangère et de Sécurité commune (PESC) entre les mains du président du Conseil européen, le Traité de Lisbonne a institué le Haut Représentant pour les affaires étrangères et la politique de sécurité (art 18 du TUE) qui dispose d’une administration, donc d’une sorte de ministère des Affaires étrangères de l’Union.

La représentation extérieure de l’Union se trouve donc exercée par trois acteurs : le président du Conseil européen, la Commission et le Haut représentant, ce qui – cela n’a échappé à personne – crée quelques tensions et ne facilite pas l’action diplomatique [19].

A la suite de l’agression russe sur l’Ukraine de 2022, l’Union a adopté une stratégie commune (la Boussole stratégique) et a créé un Fonds européen de Défense doté de près de 8 milliards d’euros d’ici 2027. Ce montant peut toutefois encore paraître dérisoire compte tenu des enjeux géopolitiques et de la comparaison avec les moyens mobilisés par certains pays européens pour moderniser leur armée : 100 milliards d’euros pour l’Allemagne, 120 milliards pour la Pologne [20]. Ces initiatives européennes communes n’ont pas toujours été encouragées par les États-Unis et ont été parfois freinées par les États européens eux-mêmes, en particulier ceux qui avaient adopté un statut international de neutralité tout en étant membres de l’Union (Finlande, Suède, Danemark, Autriche) [21]. Mais ne nous voilons pas la face : c’est le particularisme et la souveraineté étatique, corollaires de l’absence de conscience d’un bien commun qui reste le frein principal. Comme l’écrivait en 1976 ce grand promoteur de l’intégration européenne, Jean Monnet : les nations souveraines du passé ne sont plus le cadre où peuvent se résoudre les problèmes du présent [22].

Il est temps de construire une autonomie stratégique, donc aussi militaire, de l’Union européenne permettant de peser sur le théâtre diplomatique mondial et de contribuer à promouvoir les valeurs de paix et de solidarité qui ont présidé à la fondation de l’Union.

 Ainsi, si on ne peut pas suivre le président Macron sur ce qu’il qualifie d‘ambiguïté stratégique en parlant d’envoi de troupes européennes sur le front ukrainien, il faut saluer son idée volontariste de faire émerger un paradigme nouveau en matière de défense : la défense crédible du continent européen. Pour l’Europe, a-t-il rappelé, prendre ses responsabilités, c’est décider elle-même et piloter sa propre action en matière de défense. Cette puissance de défense s’appuie évidemment sur une diplomatie permettant de continuer d’avoir des partenariats avec les pays tiers, c’est-à-dire bâtir une Europe en capacité de montrer qu’elle n’est jamais le vassal des États-Unis d’Amérique et qu’elle sait aussi parler à toutes les régions du monde, aux émergents, à l’Afrique, à l’Amérique latine. Pas simplement par des accords commerciaux, mais avec de vraies stratégies de partenariat équilibré et réciproque [23].

 

Conclusion : une diplomatie plus préventive

Cinq pratiques de Droit international se sont développées au cours des siècles avant de s’inscrire à l’article 33 de la Charte des Nations Unies en 1945 :

Les parties à tout différend dont la prolongation est susceptible de menacer le maintien de la paix et de la sécurité internationales, doivent rechercher, avant tout, par voie de négociation, d’enquête, de médiation, de conciliation, d’arbitrage, de règlement judiciaire, de recours aux organismes ou accords régionaux ou par d’autres moyens pacifiques de leur choix.

La négociation, voie diplomatique traditionnelle a une vocation préventive. Prenant la forme de bons offices, elle permet  d’œuvrer à la mise en place d’une négociation sans  y prendre part ni imposer de solution.

L’enquête internationale, instituée par la convention de La Haye du 29 juillet 1899, en même temps que l’arbitrage, permet, par différents moyens d’investigation, de rechercher des faits à l’origine d’un litige et d’en faire rapport aux parties.

La médiation propose les bases de la négociation et intervient dans son déroulement.

La conciliation ne se contente pas d’examiner les faits constitutifs du différend : les commissions de conciliation doivent parvenir à une solution.

L’arbitrage est un procédé juridictionnel de prévention et de résolution des différents internationaux qui s’est développé depuis le XIXe siècle [24].

Comme nous le rappelle l’historienne française Laurence Badel, la diplomatie peut prendre la forme, aux Nations unies comme dans les instances européennes, d’un instrument de négociation avant d’être un lieu de débat [25]. La diplomatie préventive active, chère à Dag Hammarskjöld (1905-1961) [26], apparaît être très éloignée de la diplomatie de l’apaisement marquée par l’ombre de la crise de Munich en 1938. Combien de fois n’y a-t-on pas fait référence ces dernières années : évoquer la négociation diplomatique avec le Kremlin équivalant à se faire traiter de « munichois ». Selon Peter Wallenstein, professeur bien connu et ancien directeur du Peace and Conflict Departement de l’Université d’Uppsala, le concept de diplomatie préventive comprend les actions constructives entreprises pour éviter la menace, l’utilisation ou la diffusion probable de la force armée par les parties à un différend politique [27].

Si cette approche a été revitalisée par Boutros Boutros-Ghali dans son Agenda pour la Paix de janvier 1992, les organisations européennes ont tenté d’en faire un fondement essentiel de leur pratique au lendemain de la chute du Mur de Berlin [28]. Sans probablement parvenir à la rendre crédible, pour les raisons que nous avons mentionnées.

L’importance pour la World Academy of Art and Science (WAAS) de cultiver les valeurs qui fondent ses principes est essentielle : la coexistence pacifique, la convivialité, l’humanité partagée, la solidarité universelle et la coresponsabilité pour des avenirs communs [29]. Elles sont de nature à fonder ce bien commun universel dont nous avons tant souligné la nécessité. Celui-ci, c’est trivial de le rappeler, ne peut se faire que par le dialogue des personnes éduquées à ces valeurs, mais aussi à la compréhension du monde et au dialogue lui-même. Apprendre à se comprendre et à se parler n’est pas anodin. La culture européenne fait de la négociation l’art de la connaissance de l’Autre, rappelle Laurence Badel. Connaître sa culture et réfléchir au mode de communication le meilleur pour traiter avec lui sont considérées comme des facteurs déterminants de la négociation [30]. Dès lors, bien sûr, l’éducation doit rester centrale dans tout effort de construction du monde. Cette éducation doit être celle qui nous dégage de nos certitudes pour, comme l’affirme si bien le pédagogue Philippe Meirieu, faire dialoguer convictions et connaissances [31]. Ces connaissances passent évidemment par la compréhension de l’autre et des trajectoires de temporalités : rétrospectives, présentes et prospectives. Personne ne devrait s’étonner que je le rappelle.

La WAAS sait aussi à quel point toute approche d’enjeu comme celui de la sécurité et de la paix ne peut uniquement trouver de réponse dans les domaines diplomatiques et militaires, de la négociation et de la violence. On a beaucoup souligné dans les rapports avec la Russie la faillite d’un modèle de paix fondé sur le commerce et la circulation des biens et des capitaux. Les dimensions systémiques et complexes à la fois des relations mondiales nous imposent de prendre en considération ces dimensions économiques et sociales. S’interrogeant en 2001 sur les relations entre l’European Security and Defense Policy et l’OTAN, le National Defense Research Institute de la RAND Corporation notait bien que, à l’avenir, elle dépendrait également des relations économiques transatlantiques [32]. L’ambition de faire de l’OTAN un système global après le 9/11 n’a évidemment pas changé cette problématique, dont d’ailleurs, à cette époque, la Russie paraissait encore partie prenante.

De surcroît, des méthodes et techniques de gouvernance mises en avant par la WAAS dans ses ambitions pourront être creusées et cultivées. La diplomatie préventive passe effectivement par les analyses d’impact préalable des décisions à prendre [33]. Le monde ne saurait se construire par des coups de dés. La rationalité des décisions se pense et s’élabore.

C’est encore Raymond Aron qui l’affirmait : la conduite raisonnable de la politique est la seule rationnelle si l’on donne pour fin au commerce des États la survie des uns et des autres, la prospérité commune et l’économie du sang des peuples [34].

Le sang des peuples – des hommes, des femmes et des enfants -, c’est évidemment ce qui est en jeu lorsqu’on parle de sécurité. Et c’est une raison essentielle pour se saisir de cet enjeu avec toute l’intelligence et la volonté requises.

C’est tout l’art de la paix.

 

Philippe Destatte

@PhD2050

 

[1] Davies SHAWN, Therese PETTERSSON & Magnus ÖBERG, Organized violence 1989-2022 and the return of conflicts between states?. in Journal of Peace Research, 2023. https://ucdp.uu.se/downloads/charts/

[2] Peter WALLENSTEEN, Understanding Conflict Resolution, p. 38, Los Angeles, Sage, 2023. For the world as a whole, the total number of armed conflicts is staggering. Despite great efforts at conflict resolution, it appears that, for each conflict solved between parties with international efforts, a new one emerges, often pursued by splinter groups, requiring the same mix of improvisation and standard operating procedures by the international community.

[3] P. WALLENSTEEN, Understanding Conflict Resolution…, p. 82-83.

[4] Source UCDP, March 2022, in P. WALLENSTEIN, Understanding Conflict Resolutions…, p. 76.

[5] Emmanuel TODD et Baptiste TOUVEREY, La défaite de l’Occident, p. 19, Paris, Gallimard, 2024.

[6] a piecemeal focus on single issues would be inadequate at a time when the inter-linkages and interdependencies between issues, disciplines, sectors, regions and cultures of an increasingly globalized world had become so evident and determinative Garry JACOBS, Janani RAMANATHAN e.a., Origines and Pathways for the Future of the World Academy of Art & Science Strategic Perspectives and Opportunities, in Cadmus, March 6, 2024. https://cadmusjournal.org/article/volume5-issue3-p1/origins-and-pathways-future-of-waas

[7] Robert KOLB, Théorie du Droit international, 3ed., p. 421-424 et 429, Bruxelles, Bruylant, 2022.

[8] Ibidem, 431.

[9] Raymond ARON, Paix et Guerre entre les nations, Préface de la quatrième édition, p. 7, Paris, Calmann-Lévy, 1966.

[10] R. KOLB, Théorie du Droit international…, p. 440.

[11] Raymond ARON, La philosophie de Léon Brunschvicg, dans Revue de métaphysique et de morale, t. LV, n° 1-2, 1945, pp. 127-140, p. 140. https://www.jstor.org/stable/40899141

[12] Charte des Nations Unies, Paix, dignité et égalité sur une planète saine, Version intégrale : https://www.un.org/fr/about-us/un-charter/full-text

[13] R. KOLB, Théorie du Droit international…, p. 433.

[14] United Nations Charter, Peace, dignity and equality on healthy planet, United Nations, https://www.un.org/en/about-us/un-charter/full-text.

[15] R. ARON, Paix et guerre entre les nations… p. 11.

[16] Laurence BADEL, Diplomaties européennes, XIXe-XXIe siècles, p. 433-434, Paris, Presses de Science Po, 2021.

[17] Voir Daniel MÖCKLI, European Foreign Policy during the Cold War, Health, Brandt, Pompidou and the Dream of Political Unity, London-New York, Tauris, 2009. – Sylvain KAHN, Histoire de la construction de l’Europe depuis 1945, Paris, PUF, 2021. – Pierre HAROCHE, Dans la forge du monde, Comment le choc des puissances façonne l’Europe, Paris, Fayard, 2024.

[18] Ibidem, p. 434.

[19] Federica BICCHI & Nikla BREMBERG, European Diplomacy in Practice, Interrogating Power, Agency and Change, London-New York, Routledge, 2018.

[20] Francisco Juan GOMEZ MARTOS, La défense commune européenne : ambition légitime ou vœu pieux ? dans Pascale JOANNIN dir., L’État de l’Union, Rapport Schuman 2023 sur l’Europe, p. 164, Paris, Fondation Robert Schuman, Éditions Marie B, 2024.

[21] Nicolas BADALASSI, Histoire de la sécurité européenne depuis 1945, De la Guerre froide à la guerre en Ukraine, p. 182, Paris, A. Colin, 2024.

[22] Jean MONNET, Mémoires, p. 617, Paris, Fayard, 1976.

[23] Bâtir un nouveau paradigme, Discours à la Sorbonne d’Emmanuel Macron 25 avril 2024.

[24] L. BADEL, Diplomaties européennes…, p. 427-428.

[25] L. BADEL, Diplomaties européennes…, p. 376, 406, 425, 430.

[26] Dag Hammarskjöld, Le rôle vital des Nations unies dans une diplomatie de la réconciliation., Londres, 2 avril 1958. #

[27] Peter WALLENSTEEN, Preventing Violent Conflict, Past Record and Futures Challenges, p. 34, DPCR-Uppsala University, 1998. – P. WALLENSTEEN, Understanding Conflict Resolution…, p. 286sv.

[28] L. BADEL, Diplomaties européennes…, p. 431.

[29] G. JACOBS, J. RAMANATHAN e.a., Origins and Pathways…

[30] L. BADEL, Diplomaties européennes…, p. 377.

[31] Philippe MEIRIEU, Ce que l’école peut encore pour la démocratie, Deux ou trois choses que je sais(peut-être) de l’éducation et de la pédagogie, p. 37-52, Paris, Éditions Autrement, 2020.

[32] Robert E. HUNTER, The European Security and Defense Policy, NATO’s Companion or Competitor?, p. 159-161, Arlington, Rand – Rand Europe, National Defense Research Institute, 2002.

[33] Philippe DESTATTE, Accroître la rationalité des décisions par l’analyse préalable d’impact, Namur, 4 octobre 2020, Blog PhD2050,

https://phd2050.org/2020/10/04/impact/

[34] R. ARON, Paix et Guerre des nations…, p. 57.

Namur, le 21 mai 2024

Les membres de l’Institut Destrée se sont réunis en Assemblée générale, et ont approuvé sept nécessités autour desquelles des stratégies collectives solides devraient être construites, opérationnalisées et mises en œuvre dans les meilleurs délais.

Ces sept nécessités sont formulées à quelques semaines d’élections particulièrement importantes pour l’avenir de l’Europe, de la Belgique ainsi que de la Wallonie. Le présent document aborde l’avenir des différents niveaux de pouvoirs concernés par les élections du 9 juin 2024.

1. Une Europe souveraine, ouverte et respectée

Tout d’abord, l’Union européenne que nous voulons ne peut être que celle de ses fondateurs, qui incarne un continent cultivant les valeurs de liberté, de démocratie, d’unité dans la diversité, d’ouverture au monde et fondant sa crédibilité sur la soutenabilité de son développement dans tous les domaines d’action.

L’Union européenne à venir est une entité qui respecte ses engagements internationaux et ses objectifs propres quant à la résolution concrète des enjeux liés au changement climatique, à l’environnement et à la biodiversité. Il s’agit, en particulier, du respect strict de la trajectoire du Green Deal et de la réduction des émissions de GES de 55% en 2030 par rapport à 1990, et ce afin d’atteindre la neutralité des émissions en 2050. Il s’agit d’une trajectoire que l’UE s’est elle-même fixée, et les conditions de réussite de cette trajectoire doivent être évaluées pour adapter des stratégies volontaristes permettant de l’atteindre dans les délais impartis.

Enfin, l’Union européenne ne sera véritablement souveraine et respectée sur la scène internationale que si, par une défense intégrée, elle assume elle-même la protection des Européennes et des Européens, diplomatiquement et militairement, tout en menant des missions de paix couvertes par les Nations Unies. Ayant démontré sa capacité à maintenir la paix entre ses pays membres, l’Union européenne peut désormais affirmer son indépendance stratégique vis-à-vis de tous les acteurs extérieurs, qu’il s’agisse des États-Unis, de la Russie, de la Chine ou de l’Inde.

 

2. Un fédéralisme belge au service de la démocratie et des droits de l’être humain

Le bien-être durable de la population vivant sur le territoire reste l’objectif principal de l’action de tous les responsables, chacune et chacun contribuant selon ses moyens au meilleur épanouissement de toutes et de tous. À cette fin, les politiques publiques mises en œuvre sont évaluées, tant a priori qu’a posteriori, notamment avec des critères d’équité intra et inter générationnelle, afin de pouvoir être modifiées ou ajustées.

En matière d’organisation de l’État belge, fédéralisme et confédéralisme ont les mêmes finalités : l’autonomie des entités qui composent et incarnent l’État tout en construisant une solidarité interpersonnelle entre les citoyennes et citoyens de celui-ci. La participation des composantes fédérées – ou confédérées – aux décisions et à l’activité des organes fédéraux, associée au principe de subsidiarité, est essentielle à l’avenir de l’État, comme l’ont bien montré, avec succès, les mécanismes mis en œuvre pour faire face à la crise de la Covid-19, en 2020-2021.

Le modèle d’un fédéralisme fort et simplifié, présenté le 13 juin 2022 à Namur par l’Institut Destrée, constitue sa vision de l’avenir institutionnel de la Belgique fédérale future. Cette vision est construite autour de quatre États fédérés égaux en droit, mobilisant au moins les compétences communautaires et régionales actuelles : la Flandre, Bruxelles, l’OstBelgien et la Wallonie. L’État fédéral a vocation à soutenir et à protéger au mieux ces quatre entités, sans nuire à leur épanouissement.

Pour l’Institut Destrée, la lisibilité de l’organisation politique et administrative contribue à l’adhésion des citoyennes et des citoyens et permet leur participation. Cette lisibilité va de pair avec la responsabilisation. À ce sujet, l’Institut Destrée regrette la simultanéité des différentes élections le 9 juin 2024. Le fait que ces rendez-vous démocratiques se déroulent tous en même temps nuit à l’examen et à la compréhension des enjeux des différents niveaux de gouvernance et contribue à brouiller les responsabilités des décideurs politiques à l’égard des compétences exercées pendant les législatures.

 

3. Une Wallonie qui a du sens

La Wallonie peut renouer avec l’ambition partagée de ses concepteurs de construire un espace commun d’émancipation mettant en son centre la liberté d’être et d’entreprendre, l’égalité en droit, la fraternité fondée sur le respect de l’autre, la tolérance et la solidarité.

Plutôt que de la considérer comme ce qu’il reste de la Belgique quand on a retiré le nord du pays et Bruxelles, la Wallonie est en réalité un projet de vivre ensemble, une collectivité politique et sociale, bref : une société. Il ne s’agit pas uniquement d’une entité institutionnelle, et pas uniquement d’un territoire physique : les deux correspondent et se répondent.

Elle mérite que le centre de conception des politiques qui y sont menées soit réellement situé sur les bords de la Meuse namuroise, au sein de son Parlement, le Saint-Gilles, et de l’Elysette, moteur des différentes composantes de son gouvernement.

La Wallonie bien comprise doit se construire comme une démocratie exemplaire, à la gouvernance inclusive des citoyennes et citoyens, ouverte, participative, délibérative, éthique, car respectueuse des lois et des normes. A la qualité de cette démocratie répond la qualité d’un développement, fondamentalement créateur de valeur et respectueux de la planète, de la biodiversité, ainsi que des femmes et des hommes qui y ont pris place.

Enfin, nous voulons rappeler que la cohésion sociale est au centre du projet de la Wallonie : assurer l’égalité des chances et des conditions, l’accès effectif aux droits fondamentaux et au bien-être économique, social et culturel, lutter contre la précarité, permettre à chacune et à chacun de participer activement à la société et d’y être reconnu, quel qu’il soit, et d’où qu’il ou qu’elle vienne. Cette solidarité est indissociable de la responsabilité personnelle : elle implique que chaque Wallonne et chaque Wallon s’investisse dans la société commune et y contribue par sa volonté, par son engagement et par son travail.

 

4. Une Wallonie à la hauteur des grands enjeux actuels et à venir

Une Wallonie à la hauteur des enjeux du XXIe siècle est une Wallonie résiliente et robuste, c’est-à-dire dont les citoyennes et les citoyens, les entreprises et les organisations, le Parlement et le gouvernement sont capables d’affronter les défis du présent et de l’avenir pour favoriser le bien-être de chacune et de chacun, et pour transmettre le meilleur héritage possible aux générations futures.

Tout d’abord, les enjeux du changement climatique et de la transition énergétique retiennent toute notre attention, concentrent toutes les forces et nous imposent d’inscrire résolument la Wallonie dans la trajectoire européenne de décarbonation déjà mentionnée. C’est une tâche titanesque à laquelle nous ne pouvons pas nous soustraire, même en invoquant la faiblesse des progrès de nos voisins ou l’existence de leviers à d’autres niveaux de pouvoir. Ces enjeux nous amènent également à reconsidérer le territoire wallon dans toute sa diversité existante laquelle, en étant respectée, génère nécessairement des externalités positives, notamment pour l’environnement et la santé mentale. Ce respect nécessite de mettre radicalement fin à une augmentation de l’artificialisation des sols.

Ensuite, les défis de la sécurité sont aussi considérables : ils nécessitent à la fois un effort majeur de défense et de réindustrialisation pour s’émanciper des influences et risques internationaux. Cet effort ne peut se concevoir sans un investissement de même niveau dans la diplomatie, c’est-à-dire la compréhension, le respect et le dialogue. Ces deux facettes ne peuvent se construire que dans une vision claire et exprimée d’un avenir serein, solidaire et multilatéral.

Enfin, l’attention pour les générations futures exige des Wallonnes et des Wallons qu’ils lèguent à leurs successeurs des finances publiques leur permettant à leur tour de faire face aux besoins, aux opportunités et aux menaces de l’avenir qui, soyons-en sûrs, ne seront pas moindres que les nôtres.

L’ensemble de ces défis, en ce qu’ils imposent d’agir avant que les choses n’adviennent ou pour éviter qu’elles adviennent, nécessitent des efforts d’anticipation considérables et aussi la capacité d’allouer les ressources budgétaires suffisantes aux enjeux qui se posent.

 

Wallonie – Dreamstime

5. Des politiques publiques qui construisent notre jeunesse

 La Wallonie fait face à deux monstres qui l’empêchent de construire des politiques publiques à même de construire les générations qui viennent.

D’une part, il s’agit de la réforme de l’enseignement en alternance ou enseignement dual. Depuis plusieurs décennies, cette nécessité hante les imaginaires politiques et ceux des grands acteurs. Il est l’incarnation de l’incapacité wallonne de mettre en œuvre des politiques éducatives à la mesure des défis de l’économie régionale.

D’autre part, il s’agit de la fragmentation des systèmes éducatifs, primaires, secondaires et supérieurs, publics divers et privés. Celle-ci va de pair avec la fragmentation des outils et institutions de recherche.

Cette dispersion empêche la constitution de masses critiques à même de constituer des leviers consistants, évapore également les finalités des projets qui devraient être fondées sur le bien commun et l’esprit critique, évacue, par une concurrence aussi effrénée que dérisoire, les capacités des acteurs par rapport à la société, et nuit de surcroît à un développement responsable de l’entrepreneuriat. Bref : cette dispersion ne permet pas de modifier durablement le système.

Ces incapacités constituent aussi la démonstration de l’impossibilité systémique à articuler les institutions communautaires et régionales francophones. Dès lors, nous plaidons pour  l’attribution à la Wallonie des compétences de l’Enseignement, de la Formation, de la Recherche, ainsi que de la Culture et de l’Audiovisuel. Ces deux dernières compétences, qui devraient porter les traits distinctifs nous caractérisant de manières intellectuelles, affectives et critiques, ne nous font pas miroir et manquent dès lors cruellement à notre développement.

 

 6. Une dynamique territoriale pensée de la commune à la Région

L’articulation des territoires wallons entre eux et dans un ensemble cohérent est une nécessité. Cette dynamique est un prérequis pour construire un projet commun fondé sur le respect des spécificités et des atouts des territoires. Cette réforme pourrait s’appuyer sur les lignes de force suivantes.

Tout d’abord, en repensant la supracommunalité, la Wallonie pourra s’inspirer de modèles de redécoupages territoriaux qui favorisent la cohérence et limitent les superpositions, tout en permettant à chacune des entités, notamment au travers de fusions de communes entre elles, d’atteindre une masse suffisante pour assurer le bien-être de leurs citoyennes et citoyens.

Ensuite, cette réforme des institutions infrarégionales devra s’interroger sur l’intérêt de conserver les provinces dans un paysage de gouvernance modernisé. Cette problématique est essentielle tant à la lueur d’un projet régional à l’identité renforcée, mais aussi face à la problématique aigüe de la trajectoire budgétaire.

Enfin, une fonction publique territoriale pourrait être conçue pour faciliter la mobilité et la cohérence entre ces institutions, participant à une vision commune de l’avenir régional, ainsi qu’à une excellence territoriale.

 

7. Des acteurs impliqués et responsables

Une gouvernance régionale cohérente suppose que chacune et chacun puisse s’impliquer, mais aussi être responsable. Il s’agit d’une dynamique dans laquelle, d’un côté, les Wallonnes et les Wallons cessent d’attendre de leurs élues et élus la résolution de tous leurs problèmes. De l’autre, les décideurs politiques arrêtent d’endosser la charge d’une mission d’assistance à toutes et à tous en toutes circonstances, pour réserver leurs efforts et moyens à ceux qui en ont vraiment besoin parce qu’ils ont une vraie opportunité ou un mauvais coup du sort.

Au contraire, l’implication de toutes et de tous, acteurs et parties prenantes, permet d’élaborer des stratégies de politiques collectives coconstruites, en lieu et place de politiques publiques de partage des moyens. Cette méthode délibérative se fonde sur l’idée qu’on ne change réellement le système qu’à partir de ses acteurs et en suivant les balises du bien commun et de l’intérêt régional. Cette conception fait du politique le chef d’un orchestre qui sait que ce sont les musiciens qui disposent des instruments et créent la musique.

La gouvernance wallonne, si elle veut être exemplaire, ne pourra faire l’impasse d’une confiance renouvelée à la fonction publique régionale, ainsi qu’aux outils performants de cette gouvernance, parmi lesquels l’évaluation des politiques publiques au sens large, l’analyse de l’impact préalable que toute action gouvernante peut avoir, et le regard d’anticipation armé des outils et des méthodes de la prospective. Ces outils ne peuvent être qu’aux mains de femmes et d’hommes véritablement indépendants des intérêts particuliers. Elle pourra s’aider en mobilisant des motifs de respect de soi et de fierté, ainsi que des repères intellectuels qui font l’histoire de la Wallonie et constituent ses références.

C’est là, en particulier, que l’Institut Destrée, dont les compétences et l’indépendance sont reconnues territorialement et internationalement, peut aider à construire une nouvelle Wallonie.

 

Source : Institut Destrée, 21 mai 2024

https://www.institut-destree.eu/wa_files/institut-destree_cp_sept-necessites-pour-2024-2029_ag_2024_2024-05-21.pdf

 Namur, 12 mai 2024

Les observateurs doivent pouvoir prendre leurs distances avec les propos de campagne, qu’ils viennent de Flandre, de Bruxelles ou de la Wallonie pour regarder aussi sereinement que possible les finances de la Région wallonne [1].

 

1. La cigale de gauche et la fourmi de droite ?

Rejouer la fable de la cigale et la fourmi entre la Wallonie et la Flandre n’est pas plus pertinent que de tenter de décrédibiliser le gouvernement wallon en disant qu’il est dépensier, car il serait « à gauche ». Les libéraux, qui se revendiquent aujourd’hui de « la droite », disposent du ministre du Budget dans le gouvernement wallon depuis 2017 avec des personnalités comme Jean-Luc Crucke (aujourd’hui passé au mouvement Les Engagés) et Adrien Dolimont. Ce dernier, qui a repris le département du Budget et des Finances depuis janvier 2022 est un homme sérieux qui a déclaré à plusieurs reprises – notamment dans un débat qui nous a rassemblés au Cercle de Wallonie le 31 mai 2022 – que son allié le plus fidèle au sein du gouvernement pour maintenir la Wallonie dans la trajectoire budgétaire est le Premier wallon Elio Di Rupo lui-même. C’est un bel hommage qui montre que, si on oublie les caricatures et musculations de la campagne, on n’a pas eu, dans cette législature, des dépensiers d’un côté et des économes de l’autre. La question en fait porte davantage sur ce qui peut être considéré comme de l’investissement et ce qui constitue des dépenses courantes, entre ce qu’on appelle ailleurs l’ordinaire et l’extraordinaire…

D’ailleurs, le 8 novembre 2021 au Parlement de Wallonie, le regretté député socialiste Paul Furlan répétait la même phrase que son collègue libéral Hervé Cornillie, changeant seulement l’engagement politique libéral en identité socialiste : parce que je suis socialiste, je fais attention à l’utilisation de tous les deniers publics [2]. Il devrait en être de même pour tous les parlementaires wallons, de tous les groupes. Et également des entreprises, organismes, citoyennes et citoyens wallons qui, trop souvent, piaillent comme des moineaux dans leur nid.

En décembre 2023, l’agence de notation Moody’s n’a pas abaissé le ranking de la Région wallonne comme elle l’avait fait deux ans auparavant. Cela a été le cas pour Bruxelles par Standard & Poor’s en mars 2024 [3]. Rappelons que les Flamands participent à la gestion de Bruxelles-Capitale où Sven Gatz (Open VLD) est en charge du Budget. Au contraire, la dette de la Wallonie est actuellement considérée par Moody’s à un niveau A3 perspective stable. Sa gestion de la dette est vue comme sophistiquée, mais prudente avec un accès incontesté au marché malgré une économie qui se compare défavorablement à ses homologues nationaux et européens [4]. Ce commentaire prend tout son sens lorsqu’on sait que la présente législature a largement vu cette gestion modernisée et professionnalisée.

Selon les règles du Pacte de stabilité européen, les gouvernements doivent limiter leur déficit à 3% de leur PIB et ramener la dette de leurs administrations publiques à 60 % de leur PIB. Si on prend ce dernier critère, la Région wallonne en tant que telle ne semble pas dans la zone de danger [5].

En fait, cette observation est très contestable, car une entité fédérée a aujourd’hui moins de capacité qu’un État souverain d’activer la fiscalité sur les richesses qui y sont produites. On doit également relativiser ce calcul puisqu’il ne prend pas en compte la problématique importante des navetteurs qui contribuent aux PIB bruxellois ou luxembourgeois. De plus, on peut considérer que, dans un cadre étatique, la Wallonie devrait intégrer dans ce chiffre non seulement sa part de la dette de la Communauté française – plus de 10 milliards d’euros [6] – mais aussi, de surcroît, sa part dans celle creusée par le gouvernement fédéral et aussi en sécurité sociale. A politique inchangée, le gouvernement fédéral se dirigerait selon le Comité de Monitoring vers un déficit budgétaire de 45 milliards d’euros à l’horizon 2029 [7] et sa propre dette atteint plus de 520 milliards d’euros en ce début 2024 [8]. On ne saurait donc se satisfaire de ce raisonnement.

En fait, ce qui peut rendre confiance aux observateurs, c’est le fait que la Wallonie est la seule entité du fédéralisme belge à s’être fixé une trajectoire de maîtrise de son endettement en mettant en place une dynamique stratégique structurelle et graduelle pour assurer la soutenabilité de sa dette [9]. Compte tenu d’une trajectoire de dette et de déficit sous-tendue par des mesures structurelles qui seraient tenues d’année en année, la Région wallonne ne serait pas à mettre dans le même panier que des entités qui présentent un risque de surendettement ou de dette relativement peu soutenable [10].

 

2. Une prise de conscience salutaire

 Bien sûr, ne soyons pas euphoriques : la situation financière de la Wallonie reste difficile avec une dette brute consolidée de 34,5 milliards d’euros si on comptabilise la dette indirecte de 11,4 milliards [11]. Cette dernière englobe les emprunts que la Wallonie rembourse en financements alternatifs, amortissements du logement social, en missions déléguées ou pour le compte ou en garantie des institutions qui se trouvent dans son périmètre de consolidation : organismes d’intérêt public (OIP) et autres institutions de droit public dont elle assume les charges. Mais l’affirmation de Bart De Wever selon lequel la Wallonie s’enfonce irrémédiablement dans les dettes et la comparaison avec la quasi-faillite de la Grèce dans la crise de l’euro ne tiennent pas la route.

On peut évidemment observer, comme le fait la Cour des Comptes, que l’objectif d’équilibre du Gouvernement wallon au terme de la législature 2019-2024 exclut de la trajectoire wallonne les dépenses liées à la relance (7 Mds d’euros de 2020 à 2024, avec des dépenses budgétaires prévues jusqu’en 2027 [12]), à la gestion de la crise du Covid (plus de 3 Mds d’euros), aux inondations qui ont frappé la Wallonie (plus de 4 Mds d’euros) ainsi qu’à la guerre en Ukraine (accueil des réfugiés et crise énergétique plus de 500 millions d’euros). L’application d’une telle norme dérogatoire dépend en effet de la Commission européenne et non du Gouvernement de Wallonie [13].

Malgré les aléas qui ont touché la Wallonie lors de cette législature, ce qui marque sur le plan des finances publiques, c’est la prise de conscience de la nécessité d’anticiper dans ce domaine, c’est-à-dire d’agir concrètement dans le présent pour restaurer, sur le long terme, un équilibre réel qui permette, si de nouveaux événements dramatiques se produisent ou quand ils se produiront, d’amortir ces nouveaux chocs.

 

3. Rendre la dette wallonne soutenable

Ainsi, à l’initiative du Gouvernement wallon, un comité d’experts de premier plan a été créé en janvier 2021, au lendemain de la première année de pandémie de Covid-19. Sa mission était d’étudier la dette wallonne et de faire des recommandations au gouvernement. Outre son président Jean Hilgers, alors membre du comité de direction de la Banque nationale de Belgique, ce groupe de travail, était composée des économistes Benoît Bayenet, Henri Bogaert, Étienne de Callataÿ, Benoît Colmant, Philippe Donnay, Roland Gillet et Giuseppe Pagano, ainsi que de fonctionnaires spécialisés de la Région wallonne, du Bureau du Plan et de la Banque nationale.

Cette Commission externe sur la dette et les finances publiques a rendu ses conclusions en novembre 2021. Elle a confirmé la forte croissance de la dette wallonne de 2010 à 2016 faisant  suite aux déficits budgétaires de cette période qui lui ont fait atteindre 215 à 220 % des recettes régionales.

Après les transferts de compétences découlant de la réforme de l’État de 2014, le ratio s’est stabilisé, notamment grâce à l’accroissement de recettes liées à ces transferts. La dette est repartie à la hausse en 2019 et surtout en 2020 dans le cadre de la pandémie puis des inondations qui ont frappé la Wallonie. En 2021, cette dette s’élevait à environ 26 milliards d’euros, avec un déficit structurel d’environ 1 milliard d’euros par an… Le scénario de référence (Baseline) dessiné sur le moyen terme par le groupe de travail affichait une dette consolidée de la Région aux alentours des 50 milliards d’euros en 2030 avec un ratio entre dettes et recettes d’environ 280%.

Comme Jean Hilgers l’a souligné lors de son audition devant la Commission du Budget du Parlement de Wallonie, cette dette, telle que décrite n’était pas soutenable. Une dette publique est dite soutenable si un gouvernement est jugé capable d’en garder le contrôle, c’est-à-dire de parvenir à la stabiliser et puis à la réduire avec un degré de probabilité relativement élevé [14]. C’est également ce qu’un autre membre de la Commission, le professeur Benoît Bayenet a par ailleurs confirmé :

D’un point de vue économique, assurer la soutenabilité de la dette publique est une nécessité, une contrainte financière inévitable et pas un choix. En effet, la notion de soutenabilité est ancrée dans l’impératif de solvabilité (la capacité à assumer toutes ses obligations financières) qui prévaut pour tous les agents économiques, y compris les pouvoirs publics.

 Une dette publique est considérée comme soutenable lorsqu’il est hautement probable que son évolution sur le moyen à long terme est bien maîtrisée [15].

Dès lors, la commission des experts s’est posé la question suivante : « quelle serait la trajectoire budgétaire à se donner, et globalement l’effort à réaliser, pour faire en sorte que cette dette puisse revenir à une trajectoire qui régénère des marges de manœuvre pour la Région, dans un horizon donné avec un effort et une cadence donnés ? » [16] Les membres de la Commission ont dès lors estimé qu’une trajectoire budgétaire vertueuse serait celle qui ne casserait pas la dynamique de relance de la Région wallonne, maintiendrait les missions de service public, mais permettrait de ramener le taux d’endettement de la Wallonie à environ 230% des recettes à l’horizon 2030.

Impact sur le ratio d’endettement d’un effort structurel annuel de 1% des recettes totales jusqu’en 2030 (scénario de référence et scénario d’effort, en pourcentage des recettes)

Jean HILGERS, Commission externe sur la dette et les finances publiques (2021), Parlement de Wallonie, 8 novembre 2021.

L’effort structurel et graduel pour stabiliser puis infléchir la dette correspondrait une réduction annuelle du déficit équivalent à 1% des recettes de la Région, cumulatif à partir de 2022, soit environ 150-170 millions d’euros structurels par an. Sur la période 2022-2031, cela représente, à recettes constantes, une économie d’au moins 8,250 milliards, ce qui est loin d’être négligeable… Dès 2024, la dette pourrait ainsi se stabiliser puis connaître, en 2026, un point d’inflexion, elle culminerait à environ 250% des recettes, moment à partir duquel le ratio devrait diminuer. Pour autant bien entendu que le gouvernement maintienne rigoureusement la trajectoire. Ainsi, a-t-il économisé 150 millions d’euros en 2022, 250 en 2023 et a inscrit 100 millions au budget initial 2024, soit 500 millions en trois ans. Dans le budget 2024, le solde SEC semble poursuivre sa décrue à 2,209 milliards d’euros.

Cet effort est d’autant plus nécessaire que la situation économique postpandémie déjà difficile s’est encore dégradée avec la guerre en Ukraine, la crise de l’énergie, l’inflation et la hausse des taux d’intérêt. Ils sont désormais compris entre 3,5 et 4% selon les échéances d’emprunt, c’est-à-dire qu’ils ont doublé depuis 2022.

Cette trajectoire, qui intègre la diminution des recettes prévues par la loi spéciale de financement à partir de 2025, devait être accompagnée par deux dispositifs.

Le premier est celui du Budget Base Zéro. Initié lors de cette législature, il n’a pourtant pas donné les fruits attendus. L’Institut Destrée l’avait prôné à plusieurs reprises avec d’ailleurs l’appui de cadres du Service public de Wallonie. Malheureusement, le gouvernement a fait appel à une armée de consultants dits internationaux qui ont essayé d’expliquer aux fonctionnaires comment faire un métier que ces consultants ne connaissaient pas. C’est une chanson connue et coûteuse. Bien loin de l’expérience que, moi-même, j’ai connue au milieu des années 1990 au Fédéral, lorsque le ministre du Budget, Herman Van Rompuy, avait coconstruit avec les cabinets et les fonctionnaires une trajectoire pour faire converger la Belgique et la faire entrer dans l’euro. Mais le ministre avait lui-même mis les mains dans le cambouis et fait confiance à ses administrations pour l’accompagner dans sa tâche. Une autre dynamique… à retenter après le 9 juin 2024. On l’oublie, mais la plus grande vertu de ce BBZ est de créer de la mobilité dans le budget, donc de l’innovation.

Le second dispositif, qui avait également été préconisé par Jean Hilgers est celui d’un décret wallon instaurant la trajectoire définie comme règle d’or. C’était probablement la meilleure manière de contrôler les déficits, vérifier l’évolution de l’endettement devant le Parlement, ainsi que de passer le cap des législatures en crédibilisant la démarche vers l’extérieur, donc aussi vers les préteurs de la Région wallonne. Les jeux politiques ne l’ont pas permis. On doit le regretter et remettre là aussi l’ouvrage sur le métier de la prochaine législature.

En suivant toujours ces travaux, on pourrait imaginer un troisième dispositif au niveau fédéral : un Comité de Concertation budgétaire qui puisse mieux articuler les politiques des entités et répondre à la Commission européenne avec la définition d’un bien fédéral commun – incluant l’urgence climatique -, une meilleure loyauté et une véritable connivence fédérale.

 

Conclusion sémantique : rigueur vs austérité

Avec le cadre financier plus contraint et le durcissement des politiques monétaires que mettent en place les institutions européennes, tant au niveau régional que communautaire ou fédéral, des efforts budgétaires seront nécessaires. Suivant la Commission européenne, il s’agit à nouveau de ramener le déficit du solde de financement de la Belgique sous les 3% du PIB à l’horizon 2026. On peut penser que si les efforts ne sont pas réalisés d’initiative, ils seront imposés par l’Europe, avec un retour à des règles budgétaires strictes. S’y ajoutent déjà les nécessités d’une réindustrialisation stratégique et du nécessaire accroissement des dépenses militaires dans un monde qui gagne en incertitude tant à l’Est qu’à l’ouest de l’Europe.

Bien qu’on s’en défende en période électorale, les marges existent partout, même dans ce qui apparaît tabou comme la sécurité sociale, les soins de santé ou les allocations familiales où on utilise systématiquement des politiques d’appuis linéaires alors que davantage de péréquation serait nécessaire pour des politiques plus solidaires et moins coûteuses. Alors que je m’étonnais dernièrement du niveau important de remboursement d’un médicament, une pharmacienne me répondait :  » ne vous plaignez pas, il faut prendre ce qu’on nous donne « . Certes, mais combien sont-ils qui, en cette matière, auraient besoin d’un coup de pouce plus substantiel ? Mieux dépenser permet souvent de moins dépenser.

Pour expliquer cela à la population, il faut du courage politique, et des gouvernements soudés et solides aux différents niveaux de gouvernance dans lesquels les ministres et administrations puissent travailler en dehors de la politique partisane et en œuvrant pour l’intérêt général et le bien commun. Tâche difficile, qui apparaîtra naïve à certains en ces temps d’invectives.

Aujourd’hui, on se jette le terme d’austérité à la tête comme une menace ou un insulte, alors que nous avons probablement besoin de rigueur. Même si les deux termes ont longtemps été synonymes, les réalités économiques auxquelles ils font référence étant proches, rigueur budgétaire et austérité peuvent avoir des sens différents. La rigueur budgétaire apparaît comme l’application stricte des normes que nous avons choisies, tandis que l’austérité implique une gestion imposée, porteuse de conséquences restrictives sur la consommation avec une fiscalité accrue.

La dette wallonne n’est pas dangereuse parce qu’elle a pris un chemin bien tracé de limitation de sa croissance, de stabilisation puis de réduction structurelle… Elle ne sera pas dangereuse si elle reste sur la trajectoire Hilgers et soutient son effort d’assainissement de ses finances à l’horizon 2030. Elle le deviendra si elle sort de ce chemin, si difficile qu’il puisse être…

Néanmoins, la dette wallonne est coûteuse. Le déficit net à financer dans le budget 2024 initial est de 2,967 milliards d’euros, la dette annoncée fin de l’année se rapproche des 40 milliards [17]. Fin 2021, les charges d’intérêt s’élevaient à 692,1 millions, soit 3,38 % des dépenses [18]. Que ne ferait-on pas avec un tel budget en termes de nouvelles politiques publiques et collectives ?

Il faut poursuivre et accentuer la trajectoire Hilgers… La sagesse devrait même la faire considérer comme un objectif minimum et, pour mieux l’appliquer, mettre en place une gestion rigoureuse sur la base de quelques critères marquants tels que la contribution de la Région à l’Agenda 2030 des Nations unies, à la vision qui reste à construire de la Wallonie en 2050, comprenant notamment l’équité entre générations et l’application du principe de subsidiarité.

 

Philippe Destatte

@PhD2050

 

[1] Ce texte reprend et met en forme les notes qui ont servi à l’interview donnée à la journaliste Han RENARD, « Wallonië zit niet in de gevarenzone », « De kredietwaaedigheid van Wallonië is niet aangetast », zegt Waals historicus Philippe Destatte », in Knack, 24 avril 2024, p. 22. Mme Han Renard voulait me faire réagir à l’échange entre Bart De Wever et Paul Magnette dans De Tijd et L’Écho du samedi 20 avril 2024, p. 3-6. Dans L’Echo, Bart De Wever soulignait que la dette de la Région wallonne allait atteindre 300% des revenus, c’est-à-dire en fait des recettes de la Région (18 Mds par rapport à plus de 40 Mds de dette), non du PIB régional, comme l’a fait remarquer Paul Magnette.

[2] Parlement de Wallonie, Compte rendu intégral, n°52 (2021-2022), lundi 8 novembre 2021, p. 21.

[3] Pauline DEGLUME & Philippe GALLOY, Standard & Poor’s dégrade la note de la Région bruxelloise, dans L’Écho, 22 mars 2024.

https://www.lecho.be/economie-politique/belgique/bruxelles/standard-poor-s-degrade-la-note-de-la-region-bruxelloise/10535335.html

[4] Ce 13 décembre 2023, Moody’s a confirmé la notation de la Région wallonne au niveau A3, avec une perspective stable. Région wallonne, 13 décembre 2024, mis à jour 24 avril 2024.

https://finances.wallonie.be/home/actualites/actualites/lagence-de-notation-moodys-confirme-la-note-de-la-wallonie.html

Walloon Region (Belgium) : Update to credit analysis, Moody’s Investisors Service, Credit Opinion, 12 December 2023.

https://www.moodys.com/credit-ratings/Walloon-Region-credit-rating-600012460/reports?category=Ratings_and_Assessments_Reports_rc|Issuer_Reports_rc&type=Rating_Action_rc|Announcement_rc|Announcement_of_Periodic_Review_rc,Credit_Opinion_ir_rc

[5] Françoise WINANT, Regards sur la dette wallonne, Matinale de l’Évaluation et de la Prospective, Institut Destrée, 21 janvier 2022. Slide 14/19. https://www.institut-destree.eu/wa_files/2022-01-21_matinales_francoise-winant_regards-sur-la-dette-wallonne-v2.pdf

[6] 10, 310 milliards au 31 décembre 2022. Rapport annuel 2022, Dette publique Fédération Wallonie-Bruxelles / Communauté française de Belgique, Bruxelles, 2023. https://budget-finances.cfwb.be/fileadmin/sites/dgbf/uploads/documents/financement/rapport_annuel_de_la_dette/Dette_2022_FR_27-10.pdf

[7] Jean-Paul BOMBAERTS, Un déficit de 45 milliards d’euros à l’horizon 2029 dans L’Écho, 26 mars 2024.

https://www.lecho.be/economie-politique/belgique/federal/un-deficit-de-45-milliards-d-euros-se-profile-a-l-horizon-2029/10535954.html

[8] Agence fédérale de la Dette, février 2024. https://news.belgium.be/fr/agence-federale-de-la-dette

[9] François-Xavier LEFEVRE, « La Wallonie est la seule entité à s’être fixé une trajectoire de maîtrise de son endettement », dans L’Écho, 8 avril 2023.

https://www.lecho.be/economie-politique/belgique/wallonie/la-wallonie-est-la-seule-entite-a-s-etre-fixe-une-trajectoire-de-maitrise-de-son-endettement/10459404

[10] Audition de Jean Hilgers, Président de la Commission externe de la Dette et des Finances publiques, Parlement de Wallonie, Compte rendu intégral, Commission du Budget et des Infrastructures sportives, n°169 (2022-2023), Lundi 12 juin 2023, p. 3.

[11] 35e Cahier d’observations adressé par la Cour des Comptes au Parlement wallon, Communiqué de presse, Bruxelles, 30 octobre 2023, p. 3.

[12] Projets de décrets contenant les budgets de l’année 2024 de la Région wallonne, Cour des Comptes, 24 novembre 2024, p. 14. https://www.ccrek.be/sites/default/files/Docs/2023_43_Budget2024RW.pdf

[13] Ibidem, p. 8.  La Cour estime d’ailleurs dans ses conclusions, p. 27, que, sur base des positions déjà prises par la Commission européenne, la trajectoire présentée par le gouvernement wallon est au moins surestimée de 1,9 milliard d’euros en 2024.

https://www.ccrek.be/sites/default/files/Docs/2023_43_Budget2024RW.pdf

[14] Audition de Jean Hilgers, Président de la Commission externe de la Dette et des Finances publiques, Parlement de Wallonie, Compte rendu intégral , Commission du Budget et des Infrastructures sportives, n°169 (2022-2023), Lundi 12 juin 2023, p. 1.

[15] Benoît BAYENET et Xavier DEBRUN, La soutenabilité de la dette wallonne, Les finances publiques wallonnes : état des lieux et perspectives, Dynamiques régionales, n°14, p. 121, Namur, IWEPS, 2023. https://www.iweps.be/wp-content/uploads/2023/04/DR14.pdf

[16] Parlement de Wallonie, Compte rendu intégral de la Commission du Budget et des Infrastructures sportives, Lundi 21 novembre 2021, n°52, (2021-2022), p. 7.

[17] Adrien Dolimont au Parlement de Wallonie, Mercredi 13 décembre 2023, Séance plénière, Compte rendu intégral, p. 48-49. (CRI n08 2023-2024). – Selon le ministre du Budget, le déficit net à financer s’est amélioré de 1,15 milliard d’euros entre l’initial 2022 et l’initial 2024 et que le solde de financement SEC s’est amélioré de 800 millions d’euros sur cette même période (ibid, p. 52).

[18] 35e Cahier d’observations adressé par la Cour des Comptes au Parlement wallon, Communiqué de presse, Bruxelles, 30 octobre 2023, p. 3.  La Cour des Comptes observe que : Le ralentissement de l’inflation, combiné à la hausse probable du taux d’intérêt implicite et au maintien d’un déficit élevé, pourrait créer les conditions propices à l’activation de l’effet boule de neige des intérêts de la dette. En outre, une dégradation de la notation de la Région wallonne aurait un impact négatif sur l’étendue des possibilités de cette dernière d’obtenir un financement sur les marchés. – Dans son rapport du 24 novembre 2023, portant sur les projets de décrets contenant les budgets de l’année 2024 de la Région wallonne, la Cour des Comptes précise encore p. 33-34 : En raison des taux d’intérêt historiquement bas qui ont prévalu jusqu’au début de 2022, le taux d’intérêt implicite de la dette directe régionale (soit 1,34 % en septembre 2023) reste encore largement inférieur au taux d’inflation (9,6 % en 2022 et 4,1 % en 2023). Malgré l’existence d’un déficit important et le ralentissement de la croissance économique, cette situation permet d’éviter les conséquences néfastes découlant de l’activation de l’effet boule de neige des intérêts de la dette. Cependant, le ralentissement de l’inflation, qui retomberait sous les 2 % dès 2025, combiné à la hausse probable du taux d’intérêt implicite en raison de l’augmentation continue des taux de référence sur les marchés financiers depuis 2022 et au maintien prévu d’un déficit élevé, pourraient créer les conditions propices à l’activation de cet effet boule de neige. https://www.ccrek.be/sites/default/files/Docs/2023_43_Budget2024RW.pdf

Sur l’effet « boule de neige », voir G. PAGANO, Finances publiques, La Belgique fédérale dans l’Europe, p. 90-94, Mons-Charleroi, UMONS-Université ouverte, 2021.

Sur la dynamique du Budget Base Zéro (BBZ), on se référera aux pages 42sv de l’intéressant cahier du CRISP, publié après rédaction de ce papier :

Loris GATHY et Damien PiRON, Les finances de la Région wallonne à l’épreuve de l’Union européenne : normes comptables, budget base zéro (BBZ) et revue des dépenses, dans Courrier du CRISP, 2024/10, N°2595-2596.

 2. Les transformations et la gouvernance du système de la Recherche-Innovation

 

Bruxelles, le 19 mars 2024

Il semble banal aujourd’hui de rappeler que la mondialisation, son champ d’action quasi illimité, l’accélération générale des technologies, leur convergence, les stress environnementaux et de ressources, non seulement de matières, mais aussi d’énergie, les transformations climatiques ont contribué à nous faire entrer dans une nouvelle conscience planétaire que l’on désigne par l’anthropocène [1]. Celle-ci nous inscrit à la fois dans le temps et dans l’espace. Ce cadre conceptuel renvoie directement à la nécessité de créer de nouvelles connaissances, d’innover dans tous les domaines capables de répondre à ces enjeux et d’approfondir une trajectoire de durabilité dans laquelle la prospective constitue un instrument central tant dans le domaine de la recherche que dans celui de la gouvernance des politiques [2]. Il s’agit également d’une nécessité pour la prospective pour qu’elle ouvre ou renforce son champ d’application dans les sciences et qu’elle se nourrisse davantage des disciplines, méthodes et innovations qui émergent ou se développent autour d’elle.

 

2.1. Le cadre porteur de la Recherche et l’Innovation responsables

Cette mutation aux multiples facteurs induit de nouvelles exigences en matière de Recherche et d’Innovation pour faire face à des changements majeurs de nature écologique comme l’abandon progressif des énergies fossiles, de nature économique comme le passage de processus de production linéaire à des processus circulaires, de nature politique où l’on retrouve l’impact des technologies numériques sur la gouvernance démocratique, etc. Ainsi que l’indiquent Robert Gianni et Philippe Goujon, respectivement professeurs aux universités de Maastricht et de Namur, tous ces éléments ont contribué à attirer l’attention sur la R&I en tant que réponse potentielle à tous ces enjeux différents. Parallèlement, les préoccupations concernant les effets potentiels de la recherche et de l’innovation ont également contribué à la nécessité de promouvoir un cadre conceptuel capable d’orienter la R&I vers des objectifs sociétaux. En ce sens, écrivaient-ils en 2020, la Recherche et l’Innovation responsables (RRI) constituent un cadre assez récent visant à créer une dialectique significative et fructueuse entre les ambitions techniques et économiques (R&I) et les revendications normatives présentes dans ou provenant de la société [3].

Dans différents travaux qui lui sont consacrés, la Recherche et l’Innovation responsables est présentée comme une approche proactive, participative et multidimensionnelle de la responsabilité dans la gouvernance de la Science, de la Technologie et de l’Innovation (STI), fondée sur les engagements mutuels des acteurs sociétaux, et constituant ainsi un paradigme distinct [4]. En 2013, René Von Schomberg, membre de la DG Recherche, en avait tenté une définition qui faisait de la recherche et de l’innovation responsables un processus transparent et interactif par lequel les acteurs de la société et les innovateurs se répondent mutuellement en vue de l’acceptabilité éthique, la durabilité et la désirabilité sociétale du processus d’innovation et de ses produits commercialisables [5].

Cette évolution apparaît comme une conséquence de l’émergence du modèle de Nouvelle gouvernance, également appelée gouvernance distribuée [6], gouvernance constructive (constructive governance) [7] ou expérimentation démocratique [8]. Elle repose sur des outils d’informations partenariales, l’échange de bonnes pratiques, le dialogue social, la délibération locale et la participation des parties prenantes. Comme le soulignent Simone Arnaldi de l’Université de Padoue et ses collègues, cette nouvelle gouvernance va plus loin que la délibération d’experts au sein d’agences ou de comités de réglementation européens, mais permet aux parties prenantes de participer directement aux processus décisionnels et fait de la participation du public une de ses caractéristiques essentielles. Un de ses défis majeurs consiste d’ailleurs à trouver un équilibre entre flexibilité et efficacité, en termes d’orientation comportementale des parties [9]. Alors que le principe de précaution reste lié à un espace dans lequel les positions s’affrontent, la RRI vise à changer le contexte en s’inscrivant dans une logique de coopération lorsqu’il s’agit de décisions sur les trajectoires d’innovation. Ainsi, la RRI motive les acteurs sociétaux à assumer volontairement une responsabilité précoce et partagée des processus de recherche et d’innovation au-delà du simple respect des devoirs ou de la conformité aux règles [10].

La nouvelle métamorphose de l’appellation « Science in Society » en « Science for Society, with Society » [11], ainsi que l’orientation de la Recherche et de l’Innovation vers les Grand Challenges sociétaux à la faveur de la Déclaration de Lund de juillet 2009 [12] a, pour Richard Owen et d’autres, constitué un vrai moment d’émergence, en particulier pour la RRI. Le professeur à l’Université de Bristol y voit la volonté de faciliter systématiquement l’engagement inclusif avec les objectifs, les motivations, les impacts attendus et les politiques d’innovation de la Commission et des acteurs associés. Ainsi la RRI s’affirme alors comme une innovation de processus, en proposant différentes manières d’organiser, de financer, d’entreprendre et de s’engager dans l’innovation et la recherche. Évolutive par nature, elle s’appuie sur des fondements comme l’évaluation des choix technologiques, l’engagement des parties prenantes et du public, la gouvernance anticipative, l’intégration sociotechnique, l’innovation ouverte, ainsi que sur des concepts apparentés comme le développement responsable [13]. L’intérêt de cette approche apparaît particulièrement pertinent pour la prospective de la R&I, surtout quand Owen écrit : à cet égard, la RRI reconnaît le pouvoir de transformation de l’innovation pour créer des futurs, le fait que les innovations sont souvent socialement et politiquement constituées et qu’elles intègrent des valeurs. La RRI s’efforce de manière proactive de créer des espaces et des processus permettant d’ouvrir ces futurs, le rôle de l’innovation dans leur création et les valeurs sur lesquelles ils reposent, à une discussion et à un débat inclusifs, et de répondre à ces discussions, c’est-à-dire à un processus délibératif, participatif, anticipatif et réflexif [14].

Dès lors, la RRI nous apparaît comme un cadre particulièrement pertinent pour déployer une prospective participative étendue aux citoyennes et citoyens. Comme la prospective, la RRI a capitalisé sur l’évaluation des choix technologiques (TA), a intégré les principes normatifs et éthiques de la technologie de conception et les principes de la gouvernance démocratique. Comme l’écrit Niklas Gudowsky, comprendre l’avenir est essentiel pour la RRI, et les activités de prospective font donc partie intégrante du concept. C’est pourquoi la prospective a été intégrée dans les boîtes à outils de la RRI [15].

 

2.2. Participation, inclusion et engagement dans la gouvernance de la R&I

Voici plus de 20 ans que des observateurs avertis notaient l’existence d’un véritable désir des citoyens de participer de manière importante aux développements scientifiques et technologiques en considérant que ces derniers ont des conséquences réelles pour les individus et la société. Ainsi, Helga Nowotny, Peter Scott et Michael Gibbons observaient le passage d’une culture de l’autonomie scientifique à une culture de l’imputabilité, bien que, notaient-ils, celle-ci soit encore trop réactive et risquait d’être interprétée de manière formaliste et bureaucratique [16].

Pour Kathy Sykes et Phil Macnaghten, respectivement professeurs à l’Université de Bristol et à Wageningen, l’engagement public a représenté une réponse capable d’aborder quatre dynamiques principales dans la relation entre la science et la société :

– la nouvelle politique de contestation de certains projets et visions technologiques, visible surtout lors de la croissance des mouvements environnementaux et antinucléaires à partir des années 1960 ;

– l’exigence pour les gouvernements et les parlements d’avoir une connaissance solide des impacts des nouvelles sciences et technologies afin de mieux anticiper leurs conséquences sociétales ;

– la nécessité perçue d’étendre les espaces de participation des citoyens, généralement par le biais de groupes organisés de la société civile, afin de rendre la gouvernance de la science et de la technologie plus responsable ;

– les demandes des communautés scientifiques pour améliorer la compréhension de la science par le public (PUS), où les conflits et les tensions sont supposés provenir de l’ignorance et de l’incompréhension du public [17].

Ne fut-ce que comme règle élémentaire de management, l’implication des parties prenantes et des autres acteurs intéressés dans la construction de politiques publiques constitue un principe fort inspirant la Commission européenne, y compris dans le domaine de la Recherche et de l’Innovation. Des textes de références y sont mobilisés ou en témoignent comme la Déclaration universelle des Droits humains [18], la Charte des Droits fondamentaux de l’Union européenne [19] ou encore le Code de conduite sur les nanotechnologies [20].

Des efforts ont ainsi été fournis pour développer les moyens d’une communication et d’un dialogue constructif et plus efficace entre la recherche et les citoyens ainsi que pour permettre à la société d’exercer une influence sur la gouvernance de la science, de la technologie et de l’innovation. Dès 2002, une décision du Conseil européen prônait clairement ce développement [21]. Le passage du Sixième Programme-cadre vers le Septième avait d’ailleurs accentué cette volonté d’inclusivité et d’engagement du public en prônant l’utilisation du concept de Science in Society (SIS), en remplacement de l’initiative Science and Society. Ce champ d’action renouvelé comprenait la gouvernance, la communication, les questions sociales et éthiques autour de la science. Celle-ci était d’ailleurs comprise dans son sens le plus large du mot allemand Wissenschaft [22].

En 2009, le groupe d’expert MASIS chargé d’examiner pour la DG Recherche le rôle de la science dans la société s’interrogeait pour savoir quelles étaient les parties prenantes de la SIS en s’appuyant sur Stakeholder Theory de Freeman et Reed [23], puis en essayant de la dépasser. Néanmoins, les citoyens n’y apparaissaient pas en première ligne…

 Paysage des parties prenantes selon le groupe d’experts MASIS

Le groupe d’experts constatait que les citoyens sont de plus en plus concernés par l’Espace européen de la Recherche et par la science de manière plus générale [24]. Les experts identifiaient deux enjeux qui faisaient alors débat et le font encore dans une certaine mesure. Le premier enjeu posait la question de savoir si chaque citoyen devait être considéré comme une partie prenante dans le domaine de la science, déterminer les programmes de recherche et en évaluer les résultats. La tension peut être forte de considérer cette option dès lors que, notait le rapport, de nombreux scientifiques considèrent les citoyens (et aussi les élus, notaient-ils) comme des êtres irrationnels, peu capables de comprendre les travaux des scientifiques. D’un autre côté, les experts ne voyaient aucune raison valable d’exclure les citoyens des délibérations sur l’orientation et la valeur de la science. Ils considéraient que ce qui est important, c’est d’expérimenter des modes d’interaction et d’évaluer où ils peuvent mener. Le second enjeu d’implication citoyenne du groupe MASIS portait sur la distinction entre, d’une part, l’identification de l’intérêt public et la détermination des barrières (the boundary conditions) pour la science et la technologie et, d’autre part, l’association des réels acteurs, principalement les utilisateurs, dans l’élaboration des réelles technologies (produits, systèmes). Ainsi, les experts constataient que la notion de participation a un double sens :

Alors qu’à l’origine, il s’agissait d’une question relevant des théories de la démocratie, revendiquant un renouvellement de la démocratie représentative plus formelle et l’enrichissant par des formes de démocratie délibérative et interactive, il est désormais également utilisé pour décrire l’implication des usagers dans l’élaboration de technologies spécifiques, ce qui serait judicieux dans de nombreux cas, mais n’a pas grand-chose à voir avec la démocratie politique. La participation publique perd sa connotation traditionnelle et emphatique de démocratie délibérative et devient de plus en plus un moyen d’impliquer les usagers dans la conception de nouveaux produits, motivés par des besoins économiques plutôt que politiques. Nous ne plaidons pas pour ou contre l’une ou l’autre forme de participation, mais nous soulignons qu’il existe deux formes différentes de gouvernance dans ce domaine : via les institutions démocratiques au niveau politique et sur le marché via de nouvelles constellations d’ingénieurs, de scientifiques, d’utilisateurs et de citoyens. Les deux formes ont un rôle à jouer, mais leurs raisons d’être sont différentes [25].

Manifestement, la réflexion restait difficile [26] et devait se poursuivre. Comme cela avait été observé et mis en exergue dans le groupe MASIS, en principe, chaque personne dans la société est une partie prenante lorsqu’il s’agit du rôle de la science dans la société, néanmoins tous ces acteurs ne sont pas actifs [27].

La même année 2009, le groupe d’experts de la DG Recherche sur la Global Governance of Science, piloté par Žaneta Ozoliņa, professeur à l’Université de Lettonie, constatait que les développements destinés à impliquer le public dans la gouvernance de la science restaient embryonnaires [28]. Des initiatives intéressantes, mais parfois anciennes, étaient mentionnées comme les conférences consensus du Danemark [29], le programme Sciencewise du Royaume-Uni [30] et la délibération citoyenne Meeting of Minds sur la science du cerveau, menée à l’échelle de l’Union européenne [31]. La recommandation numéro 5 du groupe d’experts sur la gouvernance globale de la science était particulièrement liée à nos préoccupations : la recherche de l’Espace européen de la Recherche (ERA) devrait être développée de manière à promouvoir la réflexion critique et le débat sur les moyens et les fins de la science – par le biais, par exemple, de projets de recherche sélectifs et d’activités publiques qui nécessitent une collaboration interdisciplinaire et la participation des citoyens, y compris une réflexion sur la manière dont les principes de la gouvernance européenne et les droits fondamentaux de base servent de lignes directrices appropriées et applicables pour la pratique de la science [32].

Les dynamiques participatives (participation, inclusion, engagement) sont considérées comme importantes pour ouvrir la Recherche et l’Innovation au grand public, mais aussi pour accroître la connaissance, la légitimité et l’efficacité de la R&I pour autant que ces processus répondent à un certain nombre de critères. Roberti Gianni et Philippe Goujon observent sur base d’autres travaux et de quelques expériences qu’il serait naïf de voir la participation comme une panacée pour le développement légitime et efficace de la R&I alors qu’elle peut s’avérer faible en production, peut ouvrir la porte aux intérêts particuliers et à la manipulation ou ne pas avoir d’influence sur le processus décisionnel [33].

En s’appuyant notamment sur les travaux de Bert-Jaap Koops, professeur à l’Université de Tilburg, ainsi que sur ceux de plusieurs de ses collègues, portant sur les interactions entre le droit et les technologies, Gianni et Goujon mettent en évidence l’engagement des parties prenantes comme facteur commun et déterminant des pratiques de l’innovation responsable [34]. Ce que la participation, l’engagement et l’inclusion semblent avoir en commun est la nécessité principale d’être ouvert à des positions alternatives. Ces alternatives peuvent justifier l’existant, apporter des modifications ou proposer des perspectives différentes. Ce point est considéré comme crucial aux trois niveaux pris en compte : l’épistémique, le moral et le politique :

– le cadre épistémique : une croissance quantitative des connaissances pourrait conduire à une augmentation de la qualité globale de la production R&I ;

– d’un point de vue moral, l’inclusion d’acteurs externes dans le développement de la R&I constitue une ouverture aux demandes de la société et génère un niveau plus élevé de légitimité, voire aussi d’amélioration de l’efficacité d’un processus en augmentant les attentes d’acceptation des nouveaux produits par la société.

– d’un point de vue politique, un processus participatif répond aux revendications de démocratisation de la science.

Les deux chercheurs observent néanmoins qu’il faut distinguer le côté quantitatif de la participation du côté qualitatif. Cela implique que l’équation selon laquelle une augmentation de la quantité génère automatiquement une amélioration de la qualité pourrait s’avérer discutable. La participation ne doit pas être considérée comme une solution autonome et doit être définie en fonction de son objectif, de son influence réelle sur le processus décisionnel et du cadre sous-jacent [35].

Dans le cadre de la préparation du programme Horizon Europe, la Commission, mais aussi le Parlement et le Conseil ont, en 2018, clairement ouvert les portes à la participation citoyenne et de la société civile, mais aussi à la coconstruction de politiques publiques et collectives dans le domaine de recherche et d’innovation responsables :

Dans le but d’approfondir la relation entre la science et la société et de maximiser les avantages de leurs interactions, le programme devrait engager et impliquer les citoyens et les organisations de la société civile dans la co-conception et la co-création d’agendas et de contenus de recherche et d’innovation responsables, la promotion de l’enseignement des sciences, l’accès public aux connaissances scientifiques et la facilitation de la participation des citoyens et des organisations de la société civile à ses activités. Il devrait le faire dans l’ensemble du programme et par le biais d’activités spécifiques dans la partie « Renforcement de l’Espace européen de la recherche ». L’engagement des citoyens et de la société civile dans la recherche et l’innovation devrait être associé à des activités de sensibilisation du public afin de générer et de maintenir le soutien du public au programme. Le programme devrait également s’efforcer de supprimer les obstacles et de renforcer les synergies entre la science, la technologie, la culture et les arts afin d’obtenir une nouvelle qualité d’innovation durable [36].

La co-construction vise l’inclusion des acteurs parties prenantes dans les processus de management de projet que ce soit dans les organisations, les associations ou les collectivités territoriales. Selon cette approche, la définition du projet et sa mise en œuvre résultent d’un travail collectif incluant tous les acteurs concernés.

Ainsi, la co-construction peut être brièvement définie comme un processus de management de projet par lequel des acteurs différents exposent puis confrontent leurs points de vue et cherchent à élaborer une définition partagée au travers de compromis et s’accordent sur cette dernière [37].

Cette méthodologie est particulièrement adaptée pour construire des interventions associant aux élus des organisations, des entreprises, des collectivités territoriales ainsi que des citoyennes et citoyens et visant à transformer la société. Ces interventions vont de la conception à la mise en œuvre et à l’évaluation partenariale. En effet, les enjeux des politiques publiques et collectives deviennent de plus en plus complexes, aucun acteur ne pouvant à lui seul maitriser l’ensemble des dimensions constitutives d’un projet. De plus, ce management permet de répondre à la demande croissante des acteurs, citoyens-usagers à l’élaboration des décisions qui pourraient affecter leur vie ou la trajectoire de leur organisation ou de leur territoire [38]. Pour les acteurs, participer à la co-construction démocratique des politiques publiques n’est pas faire du lobbying. Dans le lobbying, la partie prenante concernée cherche légitimement à convaincre les élus de prendre une décision politique à son avantage. Dans la coconstruction démocratique, les parties prenantes délibèrent, ensemble et avec les décideurs, pour construire un compromis et une politique visant l’intérêt général. Dans la logique de coconstruction, la participation des acteurs de la société civile a une portée décisionnelle et pas seulement consultative, ce qui veut dire qu’elle a un impact sur le contenu des connaissances ou des politiques. La  relation entre les élus et les acteurs de la société civile demeure néanmoins asymétrique, c’est-à-dire à l’avantage des élus qui ont le dernier mot [39].

Au-delà de la mobilisation et de l’implication des parties prenantes concernées, la coconstruction démocratique doit permettre de créer les conditions d’une délibération productive qui débouche sur des décisions de politiques publiques pertinentes. Ce travail suppose une méthodologie robuste. Les méthodes d’écoute, d’animation, de médiation et de production développées, testées et construites au profit de la prospective stratégique et opérationnelle peuvent être mobilisées très heureusement dans le cadre de cette coconstruction.

 

2.3. La compréhension et l’évaluation des mécanismes de participation

De récents efforts menés dans le domaine de l’évaluation des choix technologiques (TA) pour inclure le public dans ces travaux peut apporter des éclairages utiles sur les mécanismes de participation. Les initiatives de clarifications de ces questions prises dans le cadre de l’ECAST (Expert and Citizen Assessment of Science and Technology) sont intéressantes dans la mesure où les chercheurs essaient d’articuler les apports des citoyens et ceux des experts. Ainsi, sur base de près de 40 délibérations citoyennes menées surtout aux États-Unis, de 2012 à 2021, dans divers domaines liés aux technologies, à la biodiversité, au climat, à la défense, les auteurs discutent concepts, méthodes et pratiques nées de ces expériences. Ce qui nous intéresse probablement le plus pour notre démarche de prospective en R&I, c’est la typologie des acteurs établie par les auteurs. Ils ont en effet le mérite d’avoir apporté des définitions à des catégories dont les frontières sont parfois floues ou mal établies:

– les experts : les personnes qui étudient la science ou la technologie au cœur d’une question sociotechnique donnée. Il s’agit notamment de spécialistes des sciences physiques et naturelles, d’ingénieurs et d’autres professionnels qui mènent des recherches techniques ou développent une technologie. Sont également inclus les spécialistes des sciences sociales, les sciences humaines et les autres chercheurs qui étudient l’impact sociétal d’une science ou d’une technologie donnée, ainsi que les fonctionnaires des agences fédérales qui jouent un rôle dans l’élaboration des connaissances techniques et la manière dont elles sont utilisées.

– les parties prenantes : les acteurs du gouvernement, des organisations non gouvernementales, des organisations philanthropiques et de l’industrie qui ne sont pas directement impliqués dans le développement d’une technologie, mais qui se considèrent tout de même comme concernés par les résultats. Nous distinguons ces acteurs des membres du grand public. Ces acteurs disposent déjà de voies formelles pour influencer les décisions relatives aux questions sociotechniques par le biais de groupes de défense, de lobbying ou d’autres canaux politiques.

– les citoyens : les membres du grand public qui n’ont pas d’intérêt formel dans une question. L’utilisation du terme « citoyen » n’est pas liée au statut légal de citoyenneté d’un individu, mais souligne plutôt le rôle de l’individu en tant qu’acteur non expert dans une société démocratique.

Les auteurs reconnaissent bien sûr que les parties prenantes ont leur propre forme d’expertise. Ils distinguent l’expertise contributive des « experts », c’est-à-dire la capacité de contribuer à la science d’un domaine, de l’expertise interactionnelle des parties prenantes, une compréhension du contexte et de la communauté dans laquelle le travail est mené. Ils notent également que certaines personnes peuvent posséder les deux formes d’expertise [40].

De son côté, Archon Fung a développé un cadre pour tenter de comprendre l’éventail des possibilités institutionnelles de la participation citoyenne. Le professeur à la JFK School of Government à Harvard considère que les mécanismes de participation au travers de trois dimensions :

– qui participe ;

– comment les participants communiquent entre eux et prennent des décisions ensemble, et – comment les discussions sont liées aux politiques publiques et à l’action ;

Cette approche permet d’aborder les enjeux importants de la gouvernance démocratique tels que la légitimité, la justice et l’efficacité de l’administration [41].

Afin d’évaluer la participation, Fung propose de l’analyser selon les deux principaux aspects que sont la sélection des participants et la communication ou l’influence sur la prise de décision découlant de ces processus. La sélection des participants peut comprendre huit niveaux différents, allant du plus exclusif (administrateurs experts) au plus englobant (sphère publique).

Méthodes de sélection des participants selon Archon Fung

Fung identifie six modes de communication et de prise de décision dans les exercices participatifs.

  1. La grande majorité des personnes n’expriment pas du tout leurs opinions, sont spectateurs pour recevoir des informations.
  2. Un certain nombre de citoyens et de militants sont là pour exprimer d’emblée leur opinion.
  3. Un certain nombre de personnes vont s’investir dans les processus qui sont déployés pour analyser et mettre en débat des alternatives puis se positionner, parfois sur des compromis.

Ces trois premiers modes ne débouchent guère sur des choix collectifs, au-delà du témoignage des participants.

Trois autres modes de décision sont utilisés :

Modes de communication et de prise de décision selon Archon Fung

  1. L’agrégation et le marchandage (aggregation and bargaining) : l’exploration et les concessions du marchandage permettent aux participants de trouver les meilleures alternatives disponibles pour faire avancer les préférences communes qu’ils ont.
  2. Délibération et négociation : des processus basés sur du matériel éducatif et des échanges permettent de déboucher sur des options communes, de clarifier les dissensions et de faire émerger des accords de principe.
  3. Déploiement de l’expertise technique de fonctionnaires dont la formation et la spécialisation professionnelle permettent la résolution de problèmes particuliers. Ce mode n’implique généralement pas les citoyens.

Fung introduit également une approche fondée sur le niveau d’autorité et de pouvoir qui est assigné aux participants. Alors que, rarement, certains mécanismes de participation permettent l’exercice d’un pouvoir direct, dans d’autres cas, les citoyens participent à une gouvernance partenariale avec des fonctionnaires pour élaborer et développer des stratégies d’action publique.

Niveaux de pouvoir et d’autorité attribué par Fung aux participants

Dans la figure ci-dessous, Fung illustre les différences de conception institutionnelle entre les audiences publiques classiques et les initiatives telles que les groupes délibératifs et les cercles d’étude. Presque toutes ces initiatives tentent d’améliorer la représentativité des participants, soit par une sélection aléatoire, soit par un recrutement ciblé, ce qui est indiqué par la flèche bleue dans la figure. Tous visent également à rendre les discussions entre les participants plus informées et réfléchies, ce qui est indiqué par la flèche verte.

Cadre de délibération à la légitimité renforcée d’Archon Fung

 

2.4. La réflexivité et l’encapacitation comme corolaires qualitatifs à la participation

Avons-nous encore besoin de convoquer Goethe, qui a donné une voix aux inquiétudes qui poussent à l’objectivité mécanique lorsqu’il prêchait la prudence dans l’interprétation des résultats expérimentaux ? Sa pensée nous rappelle les dangers de la recherche, ceux qui menacent ceux qui mettent la main à la science :

On ne saurait donc se tenir assez en garde contre les conséquences prématurées que l’on tire si souvent des expériences; car c’est en passant de l’observation au jugement, de la connaissance d’un fait à son application, que l’homme se trouve à l’entrée d’un défilé où l’attendent tous ses ennemis intérieurs, l’imagination, l’impatience, la précipitation, l’amour-propre, l’entêtement, la forme des idées, les opinions préconçues, la paresse, la légèreté, l’amour du changement, et mille autres encore dont les noms m’échappent. Ils sont tous là, placés en embuscade, et surprennent également l’homme de la vie pratique et l’observateur calme et tranquille qui semble à l’abri de toute passion [42].

La recherche contemporaine nous adresse au moins deux messages. D’une part, celui de la rigueur. Celle-ci consiste d’abord à savoir de quoi on parle, quel est le problème, ce que l’on cherche. Ce positionnement nécessite non seulement une culture générale, une expérience, mais aussi un apprentissage sur le sujet. C’est une phase de tout processus de recherche, mais aussi de participation à une consultation ou à un processus délibératif, y compris prospectif. Le deuxième message nous renvoie à la relativité, à l’objectivité face au sujet ainsi qu’à l’interprétation de l’expérience. Si la passion qui souvent motive positivement le chercheur peut aussi en être son ennemi intérieur, comme en préserver le citoyen, l’acteur, la partie prenante qui participent à un processus de recherche et d’innovation ?

Par réflexivité, Brian Wynne entend des processus plus systématiques d’exploration des engagements préalables encadrant la connaissance, de la manière dont elle a été introduite dans les débats sociologiques sur la modernité, plutôt que le principe plus méthodologique-épistémologique de cohérence tel qu’il a été développé en sociologie des sciences [43]. Le chercheur de l’Université de Lancaster considère que le cadrage dominant de la question de la compréhension de la science par le public correspond à des hypothèses plus larges sur la relation entre la science et les profanes. Ces derniers sont supposés être essentiellement défensifs, réfractaires au risque et à l’incertitude, et non réflexifs. Wynne remarque qu’à l’inverse, la science est censée être l’exemple même de l’autocritique réflexive. Il montre que les citoyens ont des difficultés à se positionner intellectuellement à l’égard de la science et les institutions scientifiqus. Ces institutions font preuve d’une très profonde résistance à reconnaître et remettre en question les modèles qui structurent leurs discours scientifiques [44].

La participation de citoyens à la recherche et à l’innovation implique non seulement la capacité de mobiliser des connaissances utiles au fil du processus engagé, mais aussi, comme pour tout acteur de la R&I, de pouvoir objectiver la place qui est la leur au sein d’un dispositif, de les interroger et de les faire s’interroger sur les conditions sociales de leur production intellectuelle. Ainsi, l’empowerment et la réflexivité apparaissent comme des corollaires de leur implication dans le but d’améliorer la qualité des produits de sortie des exercices et travaux. Il ne fait aucun doute que ces points sont cruciaux et plaident en faveur d’une approche prospective solide où la clarté est réalisée sur le rôle de chacun des acteurs au sein du système analysé, où l’ambiguïté des concepts est levée de telle sorte que le dialogue puisse se réaliser dde manière rationnelle, où enfin, l’utilisation du long terme permet de mettre à distance les trajectoires personnelles au profit de la recherche d’un intérêt commun au profit de la société tout entière et des générations à venir.

Ainsi, revient-on également sur les bases d’une heuristique qui comporte, d’une part, sa capacité à identifier les sources d’une production intellectuelle  de qualité, correspondant aux besoins de la recherche et aux exigences de légitimation de la communauté scientifique et, d’autre part, une méthode de tri permettant de distinguer le vrai du faux, de construire une véritable critique des sources et de mettre en cause pour les écarter ce qui ne correspond pas aux standards de l’honnêteté et de la raison [45]. La prospective, comme véritable « machine à se poser des questions », à la fois manière de penser et manière de faire est bien une heuristique, source potentielle de créativité. Ainsi, comme théorie de l’action, praxéologie, on observe que deux processus encadrent la prospective : le processus de rationalité et le processus de créativité. La méthodologie permet de stimuler l’une ou l’autre [46].

Si les processus participatifs sont largement reconnus comme des composantes fructueuses des approches de gouvernance actuelles, ils ne sont pas toujours suffisants pour établir une solide légitimité du processus de R&I. La réflexivité apparaît comme un renfort qualitatif indispensable à la participation des parties prenantes, mais aussi de l’ensemble du processus de Recherche et d’Innovation. Agissant à un niveau épistémique, la réflexivité constitue un outil permettant d’améliorer la qualité des connaissances disponibles pour les chercheurs et les innovateurs ainsi que pour les citoyens. Outil opérationnel crucial pour accroître la contribution d’un individu au développement de la recherche et de l’innovation, elle constitue aussi un argument pour surmonter les logiques paternalistes qui conçoivent les citoyens comme incompétents ou incapables d’évaluer les résultats de la science. Ainsi, la réflexivité a pour vocation d’ajouter une couche qualitative à la participation et d’orienter consciemment le processus de R&I, en augmentant son efficacité et sa légitimité [47].

 

A suivre : 3. Prospective, R&I et engagement citoyen : surmonter les ambiguïtés

 

Philippe Destatte

@PhD2050

 

[1] Simon L. LEWIS, Mark A. MASLIN, Definiting the Antropocene, in Nature, Vol. 519 (2), 2015, p. 128-146. https://www.nature.com/articles/nature14258 – Rémi BEAU & Catherine LARRERE, Penser l’Anthropocène, Paris, Presses de SciencesPo – Fondation de l’Écologie politique, 2018.

[2] Ph. DESTATTE, Foresight: A Major Tool in tackling Sustainable Development, in Technological Forecasting and Social Change, Volume 77, Issue 9, November 2010, p. 1575-1587.

PhilippeDestatte_Foresight_as_a_major_tool_for_Sustainable_Development_TFSC-2010

https://www.sciencedirect.com/science/article/abs/pii/S0040162510001538

[3] In this sense, Responsible Research and Innovation (RRI) is a fairly recent framework aimed at creating a meaningful and fruitful dialectic between technical and economic ambitions (R&I) and the normative claims present in or arising from society. Robert GIANNI et Philippe GOUJON, What are the conditions for the ethical implementation of RRI?, Responsible governance and second-ordre reflexivity, in Robert GIANNI, John PEARSON and Bernard REBER, Responsible Research and Innovation, From concepts to practices, p. 172-173, Routledge Studies in Innovation, Organizations and Technology, Routledge, 2020.

[4] Simone ARNALDI, Guido GORGONI & Elena PARIOTTI, Responsible Research and Innovation between « New Governance » and fundamental rights, in Robert GIANNI, John PEARSON and Bernard REBER, Responsible Research and Innovation, From concepts to practices, p. 154, Routledge Studies in Innovation, Organizations and Technology, Routledge, 2020.

[5] Responsible Research and Innovation is a transparent, interactive process by which societal actors and innovators become mutually responsive to each other with a view to the (ethical) acceptability, sustainability and societal desirability of the innovation process and its marketable products. René von SCHOMBERG, A vision of responsible research and innovation, in Richard OWEN, John BESSANT and Maggy HEINTZ ed., Responsible Innovation. Managing the Responsible Emergence of Science and Innovation in Society, p. 51-74, Hoboken NJ, John Wiley & Sons, 2013. – Mirjam BURGET, Emanuele BARDONE, Margus PEDASTE, Definitions and conceptual dimensions of responsible research and innovation: a literature review, in Science and
Engineering Ethics, Vol. 23 (1), 2017, p. 1–19. https://link.springer.com/article/10.1007/s11948-016-9782-1

[6] Challenging Futures of Science in Society, Emerging Trends and Cutting-Edge Issues, Monitoring Activities of Science in Society in Europe Experts Group (MASIS), European Commission, Directorate-General for Research, Luxembourg, 2009.

[7] Zaneta OZOLINA, Carl MITCHAM, Jack STILGOE, Global Governance of Science, Report of the Expert Group on Global Governance of Science to the Science, Economy and Society Directorate, p. 17, Brussels, Directorate-General for Research, European Commission, 2009.

[8] Erika SZYSZCAK, Experimental governance: The open method of coordination, in European Law Journal, vol. 12 (4), 2006, p. 486-502. https://onlinelibrary.wiley.com/doi/epdf/10.1111/j.1468-0386.2006.00329.x

[9] Simone ARNALDI, Guido GORGONI & Elena PARIOTTI, Responsible Research and Innovation between « New Governance » and fundamental rights…, p. 156-157. – Simone ARNALDI & Luca BIANCHI, Responsibility in Science and Technology, Wiesbaden, Springer, 2016.

[10] S. ARNALDI ea, Responsible Research and Innovation between « New Governance » and fundamental rights…, p. 159.

[11] Niamh DELANEY, Zeno TORNASI, Raluca IAGHER, Roberta MONACHELLO, Colombe WARIN, Science with and for Society in Horizon 2020, Achievements and Recommendations for Horizon Europe, European Commission, Directorate for Research and Innovation, 2020.

[12] Lund Declaration, Conference: New Worlds, New Solutions. Research and Innovation as a Basis for Developing Europe in a Global Context, Lund, Sweden, 7–8 July 2009.

https://www.vr.se/download/18.6969eb1a16a5bec8b59338/1556886570218/Lund%20Declaration%202009.pdf

[13] Richard OWEN, Responsible Research and Innovation, Options for research and innovation policy in the EU, 2014.

Cliquer pour accéder à RRI-option-of-policy-in-EU.pdf

[14] In this regard RRI acknowledges the transformative power of innovation to create futures, that innovations are often socially and politically constituted and that they embed values. RRI pro-actively seeks to create spaces and processes to allow these futures, the role of innovation in creating them, and the values on which they are based, to be opened up to inclusive discussion and debate, and for such discussions to be responded to i.e. as a deliberative, participatory, anticipatory and reflexive process. Ibidem, p. 3.

[15] Niklas GUDDOWSKY & Walter PEISSI, Human centred science and technology – transdisciplinary foresight and co-creation as tools for active needs-based innovation governance, in European Journal of Futures Research, Vol. 4, (8), 2016. https://link.springer.com/article/10.1007/s40309-016-0090-4

[16] Helga NOWOTNY, Peter B. SCOTT and Michaël T. GIBBONS, Re-Thinking Science: Knowledge and the Public in an Age of Uncertainty, p. 118-119, Cambridge, Polity Press, 2001.

[17] Kathy SYKES. and Phil MACNAGHTEN, Responsible Innovation, Opening Up Dialogue and Debate, in Richard OWEN, John BESSANT and Maggy HEINTZ ed., Responsible Innovation. Managing the Responsible Emergence of Science and Innovation in Society, p. 85–107, Hoboken NJ, John Wiley & Sons, 2013.- Phil MACNAGHTEN, The Making of Responsible Innovation, Cambridge University Press, 2020. Robert GIANNI et Philippe GOUJON, p. 84-185.

[18] Universal Declaration of Human Right, Article 27: 1. Everyone has the right freely to participate in the cultural life of his community, to enjoy the arts and to share in scientific advancement and its benefits. 2. Everyone has the right to the protection of the moral and material interests resulting from any scientific, literary or artistic production of which he is the author. https://www.un.org/en/about-us/universal-declaration-of-human-rights

[19] Charter of Fundamental Rights of the European Union, (2012/C 326/02).

https://eur-lex.europa.eu/legal-content/EN/TXT/PDF/?uri=CELEX:12012P/TXT&from=EN

[20] Commission Recommandation on a Code of Conduct for responsible nanosciences and nanotechnologies research, February 7, 2009 C(2008) 424. https://ec.europa.eu/research/participants/data/ref/fp7/89918/nanocode-recommendation_en.pdf – Nanosciences and Nanotechnologies: An Action plan for Europe 2005-2009, Second Implementation Report 2007-2009, Communication from the Commission to the Council, The European Parliament and the European Economic and Social Committee, (SEC(2009)1468, Brussels, 29.10.2009.

https://eur-lex.europa.eu/LexUriServ/LexUriServ.do?uri=COM:2009:0607:FIN:EN:PDF

[21] This programme will (…) develop the means for more constructive and effective communication and dialogue between research and citizens in general, so as to enable society at large to have a better-informed and more constructive influence on the future development and governance of science, technology and innovation. European Council decision of 30 September 2002 adopting a specific programme for research, technological development and demonstration: « structuring the European Research Area » (2002–2006), p. 4, 2002/835/EC.

[22] Challenging Futures of Science in Society, Emerging Trends and Cutting-Edge Issues, (MASIS)…, p. 6 & 7.

[23] Edward R. FREEMAN and David L. REED, Stockholders and Stakeholders: A new perspective on Corporate Governance in California Management Review, Vol. 25, Issue 3, 1983, p. 88‐106.

[24] Challenging Futures of Science in Society, Emerging Trends and Cutting-Edge Issues, (MASIS)…, p. 4 et 10.

[25] While initially it was an issue in theories of democracy, claiming a renewal of the more formal representative democracy and enriching it by forms of a deliberative and interactive democracy, it is now also used to describe the involvement of users in the shaping of specific technologies which would be sensible in many cases but does not have much to do with political democracy. Public participation loses its traditional and emphatic connotation of deliberative democracy and becomes more and more a means of involving users in the design of new products, driven by economic rather than political needs. We are not arguing for or against one or other form of participation, but we are highlighting that there are two different forms of governance in this field: via democratic institutions at the political level and in the marketplace via new constellations of engineers, scientists, users and citizens. Both forms have a role to play, but their rationales are different. Challenging Futures of Science in Society, (MASIS)…, p. 22-24.

[26] One can find the same skepticism in Brian WYNNE dir., Taking European Knowledge Society Seriously, Report of the Expert Group on Science and Governance to the Science, Economy and Society Directorate, p. 58sv (New European Regimes of Public Engagement), Directorate-General for Research. European Commission, Brussels, January 2007.

[27] Ibidem, p. 20.

[28] Zaneta OZOLINA, Carl MITCHAM, Jack STILGOE, Global Governance of Science, Report of the Expert Group on Global Governance of Science to the Science, Economy and Society Directorate, p. 29, Brussels, Directorate-General for Research, European Commission, 2009.

[29] Lars KLÜVER, Consensus Conferences in the Danish Board of Technology, in Simon JOSS and John DURANT eds., Public Participation in Science: The Role of Consensus Conferences in Europe, p. 41-49,London, Science Museum, 1995. – John S. DRYZEK and Aviezer TUCKER, Deliberative Innovation to Different Effect: Consensus Conferences in Denmark, France, and the United States, in Public Administration Review, vol. 68, no. 5 (2008), p. 864–76. https://onlinelibrary.wiley.com/doi/10.1111/j.1540-6210.2008.00928.x

[30] Sciencewise, Supporting socially informed policy making. https://sciencewise.org.uk/

[31] The link on Cordis is lost but the evaluation was done by Professor Ortwin Renn’s team : European Citizen’s Deliberation on Brain Science (ECD) project, https://www.dialogik-expert.de/en/projects/meeting-of-minds

[32] ERA research should be developed to promote critical reflection and discussion with regard to both the means and ends of science – by means, e.g., of selective research projects and public activities that require interdisciplinary collaboration and citizen participation, including reflection of the ways in which the principles of European governance and basic fundamental rights serve as appropriate and applicable guidelines for the practice of science. Z. OZOLINA e.a., Global Governance of Science…, p. 42.

[33] R. GIANNI & Ph. GOUJON, op. cit., p. 184 & 190.

[34] Bert-Jaap KOOPS, Ilse OOSTERLAKEN, Henny ROMIJN, Tsjalling SWIERSTRA, Jeroen VAN den HOVEN ed., Responsible Innovation 2: Concepts, Approaches and Applications, p. 5, Dordrecht, Springer 2015.

[35] Participation should not be considered as an self-standing solution and needs to be defined in terms of its objective, actual influence in the decision-making process and underlying framework. R. GIANNI & Ph. GOUJON, op. cit., p. 185.

[36] With the aim of deepening the relationship between science and society and maximising benefits of their interactions, the Programme should engage and involve citizens and civil society organisations in co-designing and co-creating responsible research and innovation agendas and contents, promoting science education, making scientific knowledge publicly accessible, and facilitating participation by citizens and civil society organisations in its activities. It should do so across the Programme and through dedicated activities in the part ‘Strengthening the European Research Area’. The engagement of citizens and civil society in research and innovation should be coupled with public outreach activities to generate and sustain public support for the Programme. The programme should also seek to remove barriers and boost synergies between science, technology, culture and the arts to obtain a new quality of sustainable innovation. Proposal for a Regulation of the European Parliament and of the Council establishing Horizon Europe – the Framework Programme for Research and Innovation, laying down its rules for participation and dissemination, Brussels, June 7, 2018. COM/2018/435 final. (26) https://eur-lex.europa.eu/legal-content/EN/TXT/HTML/?uri=CELEX:52018PC0435&from=EN

[37] Pour être plus précis, on dira avec Michel Foudriat que la co-construction peut se définir comme un processus par lequel un ensemble d’acteurs différents :

– expriment et confrontent les points de vue qu’ils ont sur le fonctionnement organisationnel, sur leur représentation de l’avenir d’un territoire, sur une innovation technique, sur une problématique de connaissance ;

– s’engagent dans un processus d’intercompréhension des points de vue respectifs et de recherche de convergence entre ceux-ci ;

– cherchent à trouver un accord sur des traductions de leurs points de vue qu’ils ne jugeraient pas incompatibles entre elles pour arrêter un accord (un compromis) sur un objet matériel (une innovation technique, un nouveau produit industriel) ou immatériel (un projet). Concrètement, le processus de construction aboutit à un document formel qui devient la traduction acceptable et acceptée par les différents acteurs parties prenantes.

Michel FOUDRIAT, La co-construction en actes, Comment l’analyser et la mettre en œuvre, p. 17-18, Paris, ESF, 2021. – M. FOUDRIAT, La Co-construction. Une alternative managériale, Rennes, Presses de l’EHESP, 2016.

[38] Ibidem.

[39] Yves VAILLANCOURT, De la co-construction des connaissances et des politiques publiques, dans SociologieS, 23 mai 2019, 39sv. http://journals.openedition.org/sociologies/11589 – Y. Vaillancourt, La co-construction des politiques publiques. L’apport des politiques sociales, dans Bouchard M. J. (dir.), L’Économie sociale vecteur d’innovation. L’expérience du Québec, p. 115-143, Québec, Presses de l’Université du Québec, 2011. – Y. Vaillancourt, La co-construction des politiques publiques : balises théoriques, dans L. Gardin & F. Jany-Catrice dir., L’Économie sociale et solidaire en coopérations, Rennes, p. 109-116,  Presses universitaires de Rennes, 2016.

[40] Leah R. KAPLAN, Mahmud FAROOQUE, Daniel SAREWITZ and David TOMBLIN, Designing Participatory Technology Assessments: A Reflexive Method for Advancing the Public Role in Science Policy Decision-making, in Technological Forecasting and Social Change, Vol. 171, October 2021.

https://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S0040162521004066?casa_token=FVIz2ifcDnIAAAAA:CVqvotCDx5853FuLs7GPFUuAaxqRdP87H5U1JHMcMiv3aauUQ7L_g3SxGIt6IfwnagVigQO9Geq9 – Harry M. COLLINS & Robert EVANS, The Third Wave of Science Studies: Studies of Expertise and Experience, in Social Studies of Science, vol. 32, (2), June 29, 2016. https://journals.sagepub.com/doi/10.1177/0306312702032002003

[41] Archon FUNG, Varieties of participation in complex governance, in Public Administration Review, Dec. 2006, Vol. 66 (Special Issue 1), p. 66–75. https://faculty.fiu.edu/~revellk/pad3003/Fung.pdf

[42] Johann Wolfgang GOETHE, Der Versuch als Vermittler von Objekt und Subjekt, in Goethe’s Werke, Hamburger Ausgabe, p. 13, Munich, Verlag C. H. Beck, 2002, p. 10-2). https://www.projekt-gutenberg.org/goethe/nat92-97/chap011.html

https://www.natureinstitute.org/article/goethe/experiment-as-mediator-of-object-and-subject – Johann Wolfgang Goethe, The Experiment as Mediator between Object and Subject (1792, publ. 1823) , in J. W. GOETHE, Scientific Studies, ed. and trans. Douglas Miller, p. 14, New York, Suhrkamp,1988. – Lorraine DASTON, The moral Economy of Science, in Osiris, 10, 1995, p. 18-23. https://pure.mpg.de/rest/items/item_2276978/component/file_3321600/content – Nicolas CLASS, Goethe et la méthode de la science, in Astérion, vol. 3, 2005. http://journals.openedition.org/asterion/413 ; DOI : https://doi.org/10.4000/asterion.413

[43] Pierre Bourdieu observait en 1993 qu’adopter le point de vue de la réflexivité ne constitue pas un renoncement à l’objectivité. C’est travailler à rendre compte du sujet empirique dans les termes mêmes de l’objectivité construite par le sujet scientifique, notamment en le situant en un lieu déterminé de l’espace-temps social. Pour le sociologue français, il s’agit alors de « se donner la conscience et la maîtrise des contraintes qui peuvent s’exercer sur le sujet  à travers tous les liens qui l’attachent au sujet empirique, à ses intérêts, à ses pulsions, à ses présupposés – liens qu’il doit rompre pour se constituer pleinement« .Pierre BOURDIEU, Réflexivité narcissique et réflexivité scientifique (1993), dans P. BOURDIEU, Retour sur la réflexivité,  p. 58, Paris, EHESS, 2022.

[44] Brian WYNNE, Public uptake of science: a case for institutional reflexivity, in Public Understanding of Science, Vol.  2 (4), 1993, p. 321–337. https://journals.sagepub.com/doi/10.1088/0963-6625/2/4/003 – See also: B. WYNNE, Elephants in the rooms where public encounter « science »?, A response to Darrin Durant, Accounting for expertise: Wynne and the autonomy of the lay public, in Public Understanding of Science, Vol. 17, 2008, p. 21-33.

https://www.ssoar.info/ssoar/bitstream/handle/document/22453/ssoar-2008-1-wynne-elephants_in_the_rooms_where.pdf;jsessionid=CE7E52866567FBD3F6C80011B6C8DE0F?sequence=1

[45] Daniel KAHNEMAN, Olivier SIBONY and Cass R. SUNSTEIN, Noise, A flaw in Human Judgment, p. 166-167, New York – Boston – London, Little Brown Spark, 2021. – Philippe DESTATTE, Les opinions partiales altèrent la rectitude du jugement, Heuristique et critique des sources dans les sciences, Conférence présentée à la Salle académique de l’Université de Mons, dans le cadre du Réseau EUNICE, le 21 octobre 2021, Blog PhD2050, 1er novembre 2021. https://phd2050.org/2021/11/01/heuristique/

[46] Pierre GONOD , Conférence faite à la Plateforme d’Intelligence territoriale wallonne, Namur, Institut Destrée, 19 mai 2009. – P. GONOD, Dynamique des systèmes et méthodes prospectives, p. 35-36, coll. Travaux et recherches de prospective, Paris, 1996.

[47] R. GIANNI & Ph. GOUJON, op. cit., p. 189.

par Benoit Coppée, Jean Stephenne, Hervé Vanderschuren et Philippe Destatte

Namur, 18 mars 2024

Les citoyennes et citoyens européens ont découvert ces dernières semaines que les agriculteurs demandent plus de moyens et de solutions pour la mise en place de systèmes de production durables et de filières en adéquation avec le Pacte vert européen (le fameux Green Deal).

Alors que la Commission européenne souhaite rendre nos systèmes agricoles plus durables avec des objectifs ambitieux tels qu´une meilleure gestion de l´azote et une réduction de l´utilisation des pesticides ou encore une utilisation raisonnée d´emballage recyclable, il s’avère nécessaire de convaincre les acteurs des différentes filières et de les accompagner dans la mise en place de ces nouvelles mesures. Un soutien financier important sera déterminant pour que le secteur agricole et ses filières réussissent cette transition. Afin de réduire les coûts de cette mutation à marche forcée, le levier de l´innovation par la recherche et le développement (R&D) ne doit pas être sous-estimé. Tant vis-à-vis du monde agricole que des consommateurs, regrouper, fédérer et unir nos compétences et expertises, constituent à la fois une urgence et un devoir, pour être réellement au niveau des attentes.

La réduction et l’élimination progressive des pesticides de synthèse nécessitent une adaptation des pratiques culturales et de nouvelles variétés cultivées, mais aussi la découverte de nouvelles molécules naturelles. Ces innovations permettront aux agriculteurs de garantir la santé des consommateurs et de préserver l´environnement au sens large tout en maintenant un niveau d´efficacité suffisant. De même, une meilleure gestion des ressources pourrait s´appuyer sur l´utilisation de variétés cultivées capables de mieux prélever et assimiler les nutriments qui sont présents dans les sols. Le développement d´emballages biosourcés et biodégradables issus par exemple de sous-produits d´entreprises locales est également une stratégie qui pourrait permettre la réduction de l´empreinte écologique que font peser nos filières de distribution sur l´environnement.

Les nouvelles ambitions du Pacte vert européen apparaissent comme autant d´opportunités de repenser les produits et les expertises pour les grandes entreprises européennes, mais aussi prioritairement pour les PMEs, les solutions à portée locale favorisant l´implication de ces dernières et leur collaboration avec le secteur agricole. Pour des régions en quête de renouveau économique, la demande d´innovation qui en découle est une occasion unique à saisir afin de relancer une dynamique économique vertueuse basée sur la recherche de solutions durables pour notre agriculture et nos filières. Cette approche nécessite des capacités de recherche importantes avec un niveau d´expertise compétitif. Il s´agit également de garantir un financement public et privé dans la durée afin de renforcer et de maintenir les compétences mobilisées.

L´écosystème de recherche publique en lien avec ces expertises en Belgique francophone reprend principalement les universités de Wallonie et de Bruxelles ainsi que les centres de recherche financés par la Région wallonne, certaines thématiques étant coordonnées par les pôles de compétitivité. La difficulté de dégager des budgets de recherche se combine au morcellement des moyens qui se « distribuent » entre les différentes universités et centres de recherche. Cette fragmentation représente autant de difficultés et de freins pour la mise en place de programmes de recherche ambitieux et innovants malgré le potentiel réel qui permettrait d´apporter des solutions effectives au profit du secteur agricole et de ses filières. Le manque de financement est par exemple illustré par le nombre très limité d´appels à projet de recherche thématique par la direction générale de l´Agriculture de la Région wallonne au cours des cinq dernières années.

 

La France et les Pays-Bas peuvent être des sources d’inspiration

Même s´il faut admettre que les capacités d´une région de 3,6 millions d´habitant-e-s avec une surface agricole utile d´un peu plus de 700.000 hectares ne peuvent concurrencer des initiatives de pays dotés d´une dimension agricole plus importante, il convient cependant d´analyser les approches mises en œuvre ailleurs. La France, par exemple, regroupe une grande partie de ses moyens de recherche dans le domaine de l’agriculture et de ses filières au sein de l´Institut national de Recherche pour l´Agriculture, l´Alimentation et l´Environnement (INRAE). Par sa masse critique, l´INRAE est capable d´initier un nombre important de partenariats avec le secteur privé et de mettre en place des filiales en charge de l´innovation. Les Pays-Bas ont également un modèle qui peut être source d´inspiration puisqu’un regroupement progressif de leur expertise en agriculture, ingénierie du vivant, environnement et filières agricoles y a été réalisé au cours des deux dernières décennies au sein d´un centre de référence : l’Université de Wageningen. Celle-ci se classe actuellement comme la meilleure université au niveau mondial dans le domaine des sciences agronomiques et d’ingénierie du vivant. Sans entrer dans le débat de la pertinence des classements universitaires, il faut constater que la visibilité et la notoriété qui se dégagent d´un tel positionnement international ont un effet démultiplicateur pour le recrutement de chercheurs dans des domaines de pointe, mais également pour la participation à des programmes de recherche européens et la mise en place de partenariats public – privé.

L’Université de Wageningen et ses parcelles d’essais agricoles Erik Koole | Dreamstime.com

Il est à noter que l´ensemble des chercheurs permanents de nos universités et centres de recherche qui travaillent dans les domaines de l´agriculture, de l´ingénierie du vivant et de l´environnement en Belgique francophone avoisine le nombre de chercheurs académiques de l´université de Wageningen. Il existe donc bien une masse critique de chercheur-e-s qui permettrait d´augmenter notre visibilité et notre compétitivité dans ces domaines de compétence. Par ailleurs, un rapprochement des équipes de recherche appliquée telles que celles présentes dans les centres de recherche avec une recherche universitaire plus fondamentale offre généralement des conditions propices pour le renforcement de l´innovation en phase avec la demande des utilisateurs, et dans ce cas précis les agriculteurs. Il s´agit également de mettre en œuvre des solutions répondant aux attentes des nouvelles générations d´étudiants et de chercheurs qui se mobilisent pour une nourriture de qualité et des modes de vie plus en phase avec la nature. Un secteur aussi vital et stratégique que l´agriculture et l´alimentation requiert certainement la mise en place d´une vision renouvelée de ses dimensions sociales et environnementales.

Une mise en commun des ressources représenterait aussi une opportunité pour le renforcement d´une recherche transdisciplinaire. Une recherche plus intégrée est en effet nécessaire pour proposer des modèles innovants de soutien aux filières et d´accès à la profession en adéquation avec nos spécificités régionales et son contexte européen, le maintien d´exploitations agricoles familiales assurant une proximité avec le consommateur et une gestion résiliente de nos campagnes. Par ailleurs, une recherche transdisciplinaire plus visible permettrait une contribution plus avancée aux politiques européennes qui cherchent à concilier la nécessité d´une plus grande autonomie de sa production agricole et la mise en place de mesures environnementales. Comme le souligne la Cour des comptes française dans son dernier rapport, une véritable planification s´appuyant sur une recherche forte est également nécessaire pour atténuer les risques constants que fait peser le changement climatique sur nos systèmes de production agricole.

 

Une première étape à franchir sans tarder

Dans le contexte d´urgence climatique et de pression croissante sur le secteur agricole, il est donc indispensable d’entamer une réflexion globale permettant d’optimiser nos moyens et de garantir le renforcement de l´excellence de notre recherche pour le secteur agricole. La mise en place d´un institut regroupant l´ensemble des acteurs académiques et des centres de recherche dans ce domaine en Belgique francophone nous semble donc être une première étape pertinente et nécessaire pour atteindre ces objectifs.

Cet appel pourrait ne pas être épargné par des argumentaires visant à préserver le statu quo. L´urgence des solutions à mettre en place devrait être suffisamment prise en compte pour passer outre au campanilisme encore trop présent dans nos institutions de recherche et d´enseignement. Une taille critique est nécessaire pour être des acteurs crédibles et des apporteurs de solutions. Nous n’y sommes pas ! Pas encore ?

 

Benoit Coppée (Past-Président de la Foire de Libramont)

Philippe Destatte (Historien et prospectiviste)

Jean Stephenne (Past-Président GlaxoSmithKline Biologicals)

Hervé Vanderschuren (Professeur KU Leuven et professeur part-time ULiège)

Namur, le 5 août 2021, résurgence le 26 février 2024

Les déclarations de l’économiste Bruno Colmant et du secrétaire général de l’Interrégionale de la FGTB, Jean-François Tamellini à François-Xavier Lefèvre, dans L’Echo de ce 24 février 2024 (F-X LEFEVRE, Colmant et Tamellini appellent la Wallonie à lancer un bon d’Etat), m’ont incité à ressortir cet entretien qui avait été accueilli avec un dédain certain par ceux qui auraient pu s’en saisir.

Au lendemain des dramatiques inondations de juillet 2021, Alain Mouton, journaliste à Trends, m’a interviewé sur les risques d’impasses budgétaires et économiques qui menaçaient la Wallonie. L’article dont est tiré cet interview, traduit du néerlandais et reconfiguré, a été publié dans le magazine le 12 août 2021 sous le titre de Na de zondvloed: de zoektocht naar een Waals heropbouwplan, Wallonië dreigt budgettair en economisch kopje-onder te gaan (Après le déluge : à la recherche d’un plan de reconstruction wallon, La Wallonie risque de s’enfoncer dans une impasse budgétaire et économique.). Merci à Alain Mouton de m’avoir renvoyé ce texte.

Ma conviction était que l’émotion provoquée par la catastrophe et la volonté des Wallons d’y faire face aurait pu permettre non seulement de mobiliser un grand volume de moyens budgétaires, mais aussi d’impliquer les contributeurs dans une nouvelle gouvernance où ils auraient eu un droit de regard sur l’orientation des dépenses des moyens mobilisés. Cela aurait pu rendre l’emprunt ou le prêt citoyen et participatif par une dialogue contractuel et constructif avec le gouvernement.

Pepinster, le 30 juillet 2021 – Photo Rene Van Den Berg | Dreamstime.com

(…)

Alain Mouton : Le ministre wallon du Budget, Jean-Luc Crucke (MR), ne semble pas trop inquiet. Sans le dire explicitement, il évacue le débat sur les finances publiques wallonnes pour cette législature. Des inquiétudes pour l’après 2024. Ensuite, « la Banque centrale européenne a réaffirmé son intention de poursuivre une politique monétaire très accommodante avec le maintien de taux d’intérêt bas », a-t-il récemment déclaré à La Libre Belgique. « Prenons l’hypothèse réaliste d’une inflation de 2 % et d’une croissance de 1 %. Cela signifie que le milliard d’euros que nous empruntons sera limité à 750 millions d’euros dans 10 ans. »
Enfin, M. Crucke compte sur un bonus de croissance grâce à la politique de relance : plus d’investissements, plus de consommation, et donc plus de recettes fiscales pour la Wallonie. Ce qui, à terme, sera bénéfique pour le budget. Seulement, ces recettes vont principalement au gouvernement fédéral. Il suffit de penser à la TVA sur les voitures neuves, la rénovation des maisons et la construction de logement.

Amortir les effets les plus néfastes de la catastrophe et s’occuper de la boutique ne suffit donc pas ?

 

Un fonds de reconstruction

Philippe Destatte : Je ne vais pas remuer le couteau dans la plaie : le gouvernement wallon doit rédiger un tout nouvel accord de coalition. La catastrophe est un électrochoc que le gouvernement doit utiliser. Le Ministre-Président Di Rupo l’a dit : nous avons besoin de beaucoup d’argent, mais nous n’en aurons pas beaucoup. La Wallonie devra se débrouiller en grande partie toute seule. Cette catastrophe mérite plus que des moyens supplémentaires et l’utilisation de fonds de secours. Une mobilisation générale de la Wallonie est nécessaire. (…)

Il faut commencer une mobilisation budgétaire et financière. Continuer à faire dérailler le déficit public wallon n’est pas une option. Les charges d’intérêt sur la dette wallonne s’élèvent déjà à 650 millions d’euros par an et il vaut mieux ne pas les augmenter davantage. C’est pourquoi je propose de mobiliser l’épargne des Wallons pour financer un fonds de reconstruction.  Un grand volume d’épargne est disponible en Wallonie. J’ai fait un rapide calcul : 300 milliards d’euros dorment sur les comptes d’épargne belges et la Wallonie représente 23 % de la population. J’arrondis à 20 %. Nous arrivons alors à 50 milliards d’euros. En prenant 10 % de cette somme, on obtient un fonds de 5 milliards d’euros. Vous pouvez accorder un taux d’intérêt plus élevé sur ce fonds ou y associer un avantage fiscal attrayant.

 

Une incitation à l’emploi privé

Alain Mouton : le fonds va-t-il tout résoudre ?

Philippe Destatte : Non, une deuxième piste consiste à utiliser la crise pour remédier aux faiblesses structurelles de l’économie wallonne. Dans une analyse récente, Didier Paquot, Chief Economist de l’Institut Destrée et ancien de l’Union wallonne des entreprises (UWE), voit trois faiblesses.

Premièrement, un taux de pauvreté trop élevé : 26 % des Wallons vivent dans des ménages menacés de pauvreté.

Deuxièmement, le taux de sous-emploi est trop élevé et structurel avec un taux d’emploi de 65 %.

Troisièmement, le secteur privé wallon ne contribue pas suffisamment à la valeur ajoutée de l’économie. Entre autres raisons, le PIB par habitant de la Wallonie se situe à 86 % de la moyenne européenne.

Ces faiblesses sont liées. La pauvreté est une conséquence du taux de sous-emploi dont le niveau est déterminé par le développement du secteur privé.

Pour la reconstruction des zones sinistrées, il faut des bras. Cette crise peut permettre d’augmenter le taux d’emploi. La Wallonie, avec un taux d’emploi de 64 %, est depuis des années à la traîne de la Flandre (75 %). Utilisez l’argent du fonds de relance pour la formation et orientez les chômeurs vers les secteurs où il existe une pénurie. C’est encore un peu tabou en Wallonie, mais ici, trop peu de gens travaillent ou ne se présentent pas sur le marché du travail. Elio Di Rupo a parlé d’un accord entre Wallons. Cela signifie que les syndicats devraient également dire aux gens : « Allez travailler ».

Alain Mouton : la création d’emplois dans le cadre du plan de reconstruction ne se fera-t-elle pas dans un nombre très limité de secteurs, tels que la construction et la gestion des déchets ?

Philippe Destatte : la gestion des déchets s’appelle désormais l’économie circulaire. Il s’agit de recyclage, de nouvelles activités liées à la durabilité, à l’environnement et au climat. C’est une bonne chose. De plus, il s’agit d’emplois productifs et le secteur privé est stimulé. Cela pourrait corriger certains déséquilibres. En Wallonie, 21 % des personnes travaillent dans le secteur public, contre 14 % en Flandre. Ici, 56 % des emplois relèvent du travail productif, contre 10 % de plus en Flandre. Nous pouvons essayer de rattraper notre retard.

(…)

 

Philippe Destatte

@PhD2050