Mons, le 20 août 2026
Conclusions : une domination systémique
Pour ce qui concerne la Belgique, la colonisation a pris la forme d’une domination systémique – politique, économique, sociale, culturelle, religieuse, notamment – sur le Congo de 1885 à 1960, ainsi que sur le Ruanda-Urundi de 1916 à 1961. Malgré les statuts différents des deux territoires, les modes de gouvernance et d’exploitation n’ont guère été fondamentalement différents [1].
L’objectif affirmé de la politique de la Belgique au Congo est double : d’une part, faire progresser le bien-être des populations indigènes (…) pour leur faire comprendre et apprécier les avantages de la civilisation, d’autre part, assurer le développement économique, normalement commun, des colonisateurs et des indigènes [2]. En fait, comme les organisations non gouvernementales et les institutions internationales, de même que de nombreux parlementaires et intellectuels l’ont montré, la colonisation est à la fois mise en valeur (pour qui, pour quoi ?) et exploitation des pays devenus colonies. Le Congo n’apparaît que très peu comme une colonie de peuplement pour les Belges. Quant à la mise en valeur, on doit véritablement s’interroger tant sur la volonté que sur la capacité du système colonial belge de répondre à la misère du pays conquis [3].
Les critiques des crimes et sévices liés à l’exploitation par le roi Léopold II, ses agents et ceux des entreprises à qui il a concédé des territoires mettent fin à l’État indépendant du Congo en 1908. Malgré les principes affirmés, le contrôle parlementaire et certaines actions individuelles, le système colonial mis en place, qui s’étend à partir de 1916 au Ruanda-Urundi, reste fondamentalement prédateur vis-à-vis des populations autochtones. Celles-ci, du reste, sont privées des avancées démocratiques et sociales qui se déroulent dans la métropole : droit de suffrage, droit sociaux, syndicalisme, émancipation des femmes, notamment. En fait, jusqu’en 1955-1956, l’ordre colonial – économique, social, spirituel, psychologique – qu’impose la Belgique au Congo est si écrasant qu’il semblait impossible de l’affronter ouvertement. [4]
Quatre traits essentiels et persistants du système colonial belge au Congo ont été mis en évidence par les directrices et directeur de l’ouvrage Le Congo colonial (2020 et 2023). Ils portent sur la violence, le racisme, le profit économique ainsi que la volonté de remodeler les autochtones au profit des colonisateurs. Ils peuvent nous servir de guide.
1. La violence est inhérente au système colonial instauré au Congo depuis 1885
La colonisation du Congo était basée sur la pénétration violente, puis la soumission forcée d’une société par une autre [5]. Un manque structurel de moyens dégagés par l’État belge face à l’ambition initiale est également un facteur de cette violence qui n’est évidemment pas générée uniquement par les colons, mais aussi par tous ceux qui, notamment par le biais de l’administration indirecte, participent au système, Noirs comme Blancs. Néanmoins, ce qui frappe, c’est, comme l’a souligné l’historien congolais Elikia M’Bokolo lors de la Commission spéciale de 2021, la mobilisation constante, continue, multiforme par le colonisateur de brutalités qui fondent un système durable de domination qui a toujours des effets : les sociétés issues d’une telle colonisation se sont trouvées dans un tout autre état, disons-le plus clairement et plus franchement, en un fort mauvais état, sans relation aucune avec ce qu’elles avaient été auparavant et ce qu’elles étaient en train de devenir au moment de la mainmise coloniale sur elles [6].
Et pourtant, dès 1886, une question avait été pertinemment posée par l’avocat, libre penseur libéral progressiste Adolphe Van Cauwergh (1849-1891). Sous le titre de Civilisation et civilisateur, ce dernier écrivait :
Et nous nous sommes demandé si, au Congo, la barbarie, la sauvagerie et la férocité se manifestent avec l’intensité que nous constatons chez nous.
Et nous remémorant les récits des explorateurs impartiaux, qui ont retracé l’histoire de ces dernières années consacrées à la civilisation du continent noir, nous avons lu dans nos souvenirs que les exemples de barbarie, de sauvagerie et de férocité avaient été fournis, non par les nègres, mais par leurs prétendus civilisateurs.
Et, mettant en parallèle les mœurs et les tendances des Congolais avec celles d’un fort grand nombre de Belges, « jouissant des bienfaits d’une civilisation avancée », nous avons dû, à notre grande honte, reconnaître que ce n’était pas nous qui l’emportions en qualités.
La conclusion à tirer de ces réflexions est, tout naturellement, que le pays qui a besoin d’être civilisé, ce n’est pas le Congo, mais bien le nôtre [7].
Néanmoins, ainsi qu’il faut bien le constater, si elle s’est relativement apaisée en Belgique, cette violence se poursuit au Congo, au-delà du XXe siècle.
2. Le Congo belge, comme toute société coloniale, était structurellement raciste [8]
Le Recueil à l’usage des fonctionnaires et des agents du Service territorial au Congo belge, particulièrement les Notes sur les institutions, mœurs et usages des Congolais, montrent tout le racisme non seulement déployé dans le système colonial belge, mais perpétué sur le long terme au sein de son administration. À côté du paternalisme qui y est affiché, on trouve à la fois un discours sur la primitivité [9] et sur des normes fondant la ségrégation. Comme l’écrivait l’historienne Gillian Mathys (UGent) dans les travaux de la Commission spéciale, les motifs racistes et les idées spécifiques sur la « primitivité » et d’autres caractéristiques supposées des Noirs ont joué un rôle central dans la légitimation du projet colonial. Les Africains étant considérés par les Européens comme fondamentalement différents et inférieurs, ils étaient traités et gouvernés en conséquence [10]. Au plan normatif, comme l’a montré Anne Cornet, chercheuse au Musée royal d’Afrique centrale à Tervueren, les juristes et fonctionnaires de la colonie belge ont employé le mot indigène. Ainsi, le docteur en droit de l’Université de Liège Albert Gohr (1871-1936), secrétaire général du ministère des Colonies, précisait-il en 1936 que ce mot était employé pour différencier les races qui, de temps immémorial, se sont établies dans les Colonies, par opposition aux personnes qui ne les habitent que depuis peu de temps. Dans ce sens, les “indigènes du Congo” sont des personnes nées de parents appartenant à une des races noires qui peuplent le Congo, même si ces personnes elles-mêmes n’y sont pas nées [11].
Cette conception se retrouve clairement dans le Recueil à l’usage des fonctionnaires, au moins dans l’édition de 1930 :
- Les Noirs au point de vue anthropologique.
Opposée à la race blanche ou à la race jaune, la race noire paraît d’abord homogène. Mais, à l’étude, on y découvre rapidement la même hétérogénéité.
Les Congolais se répartissent en trois races secondaires : (…)
Le mot race, que nous venons d’employer, désigne un groupe biologique basé sur des caractères physiques transmissibles par l’hérédité. Nous réservons le terme peuples aux groupements caractérisés par les langues [12].
Certes, ces descriptifs racistes s’inscrivent dans une approche soi-disant théorique, relevant fondamentalement, comme l’a noté Jean-Pierre Chrétien, d’un imaginaire social et d’une gestion politique [13] . Néanmoins, lorsqu’on parcourt les témoignages de l’époque ou même ceux plus tardifs, on est frappé par la forme d’un discours utilisé par les anciens colons, fonctionnaires ou militaires. Un discours que l’on devrait qualifier au XXIe siècle de fondamentalement raciste [14].
Du reste, les expositions universelles et leurs pavillons congolais, construits à la gloire de la colonisation, exhibant des Africains devant des millions de visiteurs, constituent plus que des symptômes du racisme et de la croyance en la supériorité fondamentale de leur civilisation qui animaient alors les autorités belges. Ils ont notamment attiré les curieux à Anvers en 1885 et 1894, à Bruxelles en 1897, ainsi qu’encore en 1958, sur le plateau du Heysel [15].
3. Le facteur économique et la quête insatiable du profit
Derrière des mobiles soi-disant fondés sur la civilisation, le progrès ou le développement, le facteur économique et la quête insatiable du profit constituent un élément central de la présence belge en Afrique centrale, même si le mode d’exploitation évolue au cours de la période, passant de la prédation ultraviolente de la main-d’œuvre noire à une exploitation davantage inscrite dans une tradition industrielle capitaliste [16]. C’est ce que l’économiste Frans Buelens montre lorsqu’il étudie les grands conglomérats au Congo et met en évidence le fait que, tant l’administration coloniale que la force publique, servent les intérêts du monde économique. Pour le chercheur à l’Université d’Anvers, tandis que les Congolais sont soumis à un arbitraire total, les coloniaux jouissent, eux, d’une impunité presque absolue. Le Congo est une colonie qui exerce une emprise quasi totalitaire sur ses habitants. Cette situation s’inscrit par ailleurs dans une vision utilitaire et raciste de la population. L’État colonial, en symbiose avec le monde des affaires, peut traiter la population comme il l’entend, sans la moindre pitié. Cela se traduit par un système d’apartheid et par le refus de tout développement du capital humain [17].
Cet asservissement se fait dans le cadre d’une économie congolaise fermée, malgré tous les engagements pris par les colonisateurs depuis la Conférence de Berlin. Sauf pour des raisons stratégiques impératives, les investisseurs non belges sont systématiquement écartés. Comme le rappelle Isidore Ndaywel, entre 1887 et 1953, 46,5 % des capitaux investis au Congo sont d’origine belge ; 49,2 % étaient d’origine congolaise, aux mains des Belges pour la plupart, et seulement 4,3 % étaient d’origine étrangère [18].
4. La volonté de remodeler les autochtones
Les colonisateurs sont animés par une volonté de remodeler les esprits et les comportements des autochtones. La société colonisée est porteuse de tensions, voire de contradictions, à cause des trois premiers éléments rappelés ci-dessus [19]. De plus, les finalités des actions du colonisateurs peuvent être constamment mises en doute, qu’elles soient le fait de l’évangélisation, de l’éducation ou de la formation des travailleurs.
Se pose aussi la question du réel développement. Dans les années 1950, et notamment sous l’effet de la guerre de Corée (1950-1953) et du Plan Wigny, comme le rappelle Guy Vanthemsche, la croissance économique est impressionnante, les infrastructures sont développées. L’effet d’entraînement dans le domaine social est également incontestable : un certain nombre de Congolais vivaient mieux qu’avant la guerre. Tant leur niveau de consommation que leur cadre de vie s’étaient améliorés. Tout cela grâce à la colonisation. (…) Mais, avant la fin de la décennie, l’éveil du colonisateur fut brutal. La dette publique avait explosé, précisément à cause de la politique belge. La campagne et les villes n’étaient plus en mesure de se nourrir avec la production vivrière autochtone [20].
Ces facteurs économiques et sociaux sont essentiels. Moins comme bilan de la colonisation que pour contribuer à expliquer – nous n’y avons probablement pas assez insisté – les frustrations, mais aussi les craintes de l’avenir qui ont marqué l’été 1960, et contribué à ouvrir une longue période de chaos et de misères en tout genre.
Enfin, la colonisation du Congo avait été d’emblée marquée par un phénomène d’internationalisation, avant de disparaître plus ou moins de l’actualité en 1908. Toutefois, le processus de décolonisation et, en particulier, les événements de juillet 1960 font émerger non seulement le Congo mais la réalité de l’Afrique entière dans le regard du monde [21].
Faire mentir Patrice Lumumba
Patrice Lumumba à Bruxelles, 26 Janvier 1960. Collection Anefo NL-HaNA 2.24.01.05 0 910-9740 (Wikimedia)
Dans la dernière lettre adressée par Patrice Lumumba à son épouse Pauline, le leader congolais écrivait :
L’histoire dira un jour son mot, mais ce ne sera pas l’histoire qu’on enseignera aux Nations-Unies, Washington, Paris ou Bruxelles, mais celle qu’on enseignera dans les pays affranchis du colonialisme et ses fantoches. L’Afrique écrira sa propre histoire et elle sera au Nord et au Sud du Sahara une histoire de gloire et de dignité. (G. HEINZ et H. DONNAY, Lumumba Patrice, Les cinquante derniers jours de sa vie, p. 195, Bruxelles, CRISP – Paris, Le Seuil, 1966.)
L’histoire de la colonisation belge au Congo est d’autant plus indigne qu’elle est encore mal présentée en 2026 au Certificat d’études de base (CEB), épreuve externe certificative organisée en fin de 6e année primaire dans toutes les écoles de la Communauté française de Belgique.
Cette indignité est d’autant plus inacceptable que, depuis très longtemps, les historiennes et historiens professionnels ont réalisé des travaux solides. C’est sans concession qu’ils ont analysé cette problématique de notre histoire. Ils l’ont souvent fait en dialogue avec des collègues congolais ou étrangers, dont les capacités critiques ne sont pas moindres. Citons notamment Jean Stengers, Michel Dumoulin, Jean-Luc Vellut, Guy Vanthemsche, Idesbald Godderis, Amandine Lauro.
C’est pour cette raison que j’ai voulu mettre en exergue un des chapitres essentiels de l’enseignement de l’Histoire de la Belgique contemporaine que je dispense à l’Université de Mons. Vous pouvez retrouver une version plus avancée de ce texte dans mon ouvrage : Ph. DESTATTE, Histoire de la Belgique contemporaine, Société et institutions (1790-2020), coll. de l’Ecole de Droit UMONS-ULB, Bruxelles, Larcier, 2024, 442 p. https://www.larcier-intersentia.com/fr/histoire-belgique-contemporaine-9782807947436.html
Les arches du Cinquantenaire qui figurent sur la couverture de ce livre ne rappellent pas seulement l’indépendance de la Belgique. Elles témoignent également de l’exploitation violente et scandaleuse des populations congolaises, soumises à Léopold II. C’est cette exploitation qui a financé la construction de ce monument. Ce n’est pas pour rien que, le 28 février 1905 à la Chambre, le député Emile Vandervelde y faisait référence en disant qu’on appellera peut-être ce symbole de la Belgique les arcades des mains coupées…
Il est plus que temps de faire mentir Patrice Lumumba sur la manière d’enseigner, à Bruxelles, l’histoire de la colonisation belge au Congo.
Philippe Destatte
Bibliographie succincte
Pierre-Alain TALLIER, Marie VAN EECKENRODE et Patricia VAN SCHUYLENBERGH dir., Belgique, Congo, Rwanda et Burundi, Guide des sources de l’histoire de la colonisation (19e-20e siècle), 2 vol., Bruxelles, Brepols, 2021.
Open access: https://www.brepolsonline.net/doi/epdf/10.1484/M.STMCH-EB.5.127294
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[1] Commission spéciale chargée d’examiner l’État indépendant du Congo et le passé colonial de la Belgique au Congo, au Rwanda et au Burundi, … p. 35.
[2] Recueil à l’usage des fonctionnaires et des agents du Service territorial au Congo belge, p. 7-8,
[3] J-L VELLUT, Détresse matérielle et découvertes de la misère dans les colonies belges d’Afrique centrale, ca 1900-1960, p. 177, dans Michel DUMOULIN et Eddy STOLS dir., La Belgique à l’étranger aux XIXe et XXe siècles, p. 147-186, Louvain-la-Neuve, Collège Erasme – Bruxelles, Nauwelaerts, 1887.
[4] J-L. VELLUT, Congo, Ambitions et désenchantements, 1880-1960…, p. 484.
[5] I. GODDEERIS, A. LAURO & G. VANTHEMSCHE dir., Le Congo colonial, Une histoire en questions…, p. 25. Voir également Nancy Rose HUNT, A Nervous State, Violence, Remedies, and Reverie in Colonial Congo, p. 27sv, Durham NC, Duke University Press, 2016.
[6] Elikia M’BOKOLO, Brutalisation et brutalités coloniales : la formation de la société congolaise dans l’État indépendant du Congo et au Congo belge, dans Commission spéciale chargée d’examiner l’État indépendant du Congo …, Rapports des experts, p. 44.
[7] Adolphe VAN CAUBERGH, Civilisation et civilisateur, dans Le Peuple, 7 février 1886, p. 1. – Jean PUISSANT, Adolphe Van Caubergh dans Le Maitron, 2020. https://maitron.fr/spip.php?article230236
[8] I. GODDEERIS, A. LAURO & G. VANTHEMSCHE dir., Le Congo colonial, Une histoire en questions…, p. 25.
[9] Notes sur les institutions, mœurs et usages des Congolais, Recueil à l’usage des fonctionnaires et des agents du Service territorial au Congo belge…, p. 85-86.
[10] Gillian MATHYS, Traces profondes d’une politique identitaire coloniale dans l’État indépendant du Congo et au Congo belge, dans Commission spéciale chargée d’examiner l’État indépendant du Congo …, Rapports des experts, p. 324.
[11] Albrecht GOHR, De la compétence judiciaire des tribunaux coloniaux, Les Novelles. Corpus Juris Belgici. Droit colonial, t. II, p. 196, Bruxelles, 1936. Cité par Anne CORNET, Punir l’indigène : les infractions spéciales au Ruanda-Urundi (1930-1948) dans Afrique & histoire, 2009/1 (vol. 7), p. 49-73.
https://www.cairn.info/revue-afrique-et-histoire-2009-1-page-49.htm
[12] Recueil à l’usage des fonctionnaires et des agents du Service territorial au Congo belge, p. 62-63, Bruxelles, Ministère des Colonies – Weissenbruch, 5e éd., 1930.
[13] J-P. CHRETIEN, L’Afrique des Grands Lacs…, p. 62.
[14] Voir par exemple les témoignages dans P. DE VOS, op. cit.
[15] Matthew G. STANARD, Apprendre à aimer un fantôme : propagande pro-impériale, mémoire de Léopold II et culture coloniale en Belgique (1880-1960), dans A. LORIN et Chr. TARAUD dir., Nouvelle histoire des colonisations européennes…, p. 57.
[16] I. GODDEERIS, A. LAURO & G. VANTHEMSCHE dir., Le Congo colonial, Une histoire en questions…, p. 25-26.
[17] Frans BUELENS, Les grands conglomérats, ou comment l’économie capitaliste s’est implantée au Congo, dans I. GODDEERIS ea dir., Le Congo colonial…, p. 138.
[18] I. NDAYWEL è NZIEM, Nouvelle Histoire du Congo…, p. 373.
[19] I. GODDEERIS, A. LAURO & G. VANTHEMSCHE dir., Le Congo colonial, Une histoire en questions…, p. 26.
[20] Guy VANTHEMSCHE, Le Congo, une colonie « en voie de développement » ?, dans I. GODDEERIS ea dir., Le Congo colonial…, p. 206-207.
[21] P. BOHANNAN et Ph. CURTIN, L’Afrique et les Africains…, p. 9-10.












