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Gouvernement

Hour-en-Famenne, 25 juillet 2025 [1]

 

 1. Le gouvernement réalise ce qu’il a annoncé, mais la communication sera cruciale

Tex Van Berlaer et Han Renard : le Premier ministre a indiqué que l’accord d’été était la réforme la plus importante du siècle, donc depuis le Plan global de Jean-Luc Dehaene. Êtes-vous d’accord avec Monsieur De Wever ? Pour les syndicats, c’est la plus grande casse sociale depuis un siècle…

Disons d’abord que c’est assez compliqué de parler de la réforme sans disposer des textes et des tableaux. Nous entendons et lisons simplement des échos de l’accord du gouvernement. Il faudra donc attendre la deuxième lecture pour se faire une opinion plus solide et élaborer une analyse plus profonde. J’ai en effet entendu le Premier ministre Bart De Wever qualifier son accord estival de « sans précédent au cours de ce siècle » [2]. Le siècle ne fait que commencer, puisqu’il n’a que vingt-cinq ans et le Plan global remonte au siècle dernier. Ceci dit, la réforme de l’État de 2011-2014 a également eu des conséquences budgétaires considérables sur la sécurité sociale et les transferts du gouvernement fédéral vers les communautés et les régions. Tout le monde fait bien sûr la comparaison avec le Plan global de Jean-Luc Dehaene, l’énorme opération budgétaire des années 1990 pour entrer dans l’euro. L’ampleur réelle des réformes de l’accord d’été reste encore à déterminer. Nous le verrons lorsqu’elles entreront en vigueur.

 À ce stade, et pour reprendre une formule classique, l’accord estival ne mérite ni indignation excessive ni enthousiasme exagéré. Certains observateurs parlent d’une rupture fondamentale avec le passé, mais nous ne connaissons pas encore l’impact réel des mesures. Prenons par exemple la limitation des allocations de chômage à deux ans : la décision peut envoyer quelqu’un au Revenu d’Intégration sociale, mais cela peut aussi le remettre au travail. Dès lors, l’impact est actuellement très difficile à mesurer. Néanmoins, je ferai trois remarques.

D’abord, le fait que l’ensemble de ces mesures aient été prises n’est pas surprenant. Elles étaient annoncées. Que l’on soit d’accord ou pas avec celles-ci, il faut d’abord se réjouir que, dès lors qu’une majorité existe, un gouvernement réalise ce qu’il a inscrit dans l’accord de coalition fédérale de janvier 2025 [3]. Nous nous situons dans une logique démocratique et l’électeur dira, lors du prochain scrutin fédéral, s’il partage toujours les idées en faveur desquelles il s’est prononcé en 2024 et s’il se déclare satisfait du changement qui se sera réalisé ou pas.

Ensuite, on ressent une difficulté dans la temporalité. De nombreuses mesures sont annoncées, mais leur impact est lointain. Je pense à la réforme fiscale de 2028-2029. Comment mesurer l’effet qu’elle aura sur les indicateurs économiques à cet horizon ? C’est très difficile à identifier, toutes autres choses n’étant pas égales par ailleurs. D’une part, la vie de l’électeur n’est pas toujours en phase avec l’amélioration des indicateurs. De l’autre, la convergence avec les moyennes ou les objectifs européens implique d’autres acteurs et facteurs, si on évoque, par exemple, le taux d’emploi.

Enfin, la pertinence des mesures peut être lue en termes d’impact sur la compétitivité ou bien de gouvernance. On peut se demander quelles évaluations ex ante ont été faites ? Je rappelle les questions de performance portant sur les outils de transformations que l’on vient de poser pour la Wallonie [4]. Nous pouvons également les poser à l’accord fédéral. Dans sa déclaration de défense de l’accord estival à la Chambre, le Premier ministre disait qu’il allait faire des analyses d’impact portant sur un certain nombre de publics cibles, notamment les femmes [5]. C’est une bonne démarche, même mais ces évaluations ne sont pas encore faites.

Zomerakkoord (Photo Wanida Prapan – Dreamstime)

2. 77.000 personnes supplémentaires au travail en Wallonie en 2030 ?

Tex Van Berlaer et Han Renard : parlons emploi. A-t-on besoin de jobs flexibles dans la distribution et dans l’e-commerce ?

Si nous venons sur l’objectif de l’amélioration du taux d’emploi, le programme de réformes du gouvernement De Wever donne bel et bien des raisons d’être optimiste en ce qui concerne la Wallonie en tout cas. Ainsi, le Bureau fédéral du Plan, l’IWEPS, l’IBSA et Statistiek Vlaanderen ont analysé les impacts potentiels de la réforme [6]. À noter que c’est un travail qui a abouti le 17 juillet, donc avant l’annonce de l’accord du gouvernement. Cette analyse indique que l’impact d’une réforme de ce type sur le taux d’emploi wallon serait réel. Ainsi, selon ces instituts de prévision, le taux d’emploi en Wallonie augmenterait considérablement pour atteindre près de 70 % en 2030, 69,9 % pour être exact, pour la population âgée de 20 à 64 ans. Cela représente une augmentation de trois points de pourcentage, soit 77.000 personnes supplémentaires au travail [7] grâce à quatre facteurs : la limitation dans le temps des allocations de chômage, la réforme des pensions, l’activation des bénéficiaires du Revenu d’Intégration sociale et le retour au travail des malades de longue durée [8]. Ce taux d’emploi potentiel de 69,9% de la Wallonie rejoint un autre qui lui est comparable à ce moment-ci : le taux d’emploi de l’ensemble de la France en 2025 : 69%. Cette comparaison est intéressante : si on regarde les données actuelles en parallèle avec la région frontalière des Hauts-de-France, le taux de chômage y est de 8,9 %, contre 7,5 % en Wallonie [9]. Or, en France, les allocations de chômage sont déjà limitées dans le temps [10]. Donc, l’effet n’est pas linéaire, mais il est probable – et c’est le calcul qui a été fait par les quatre institutions que j’ai citées – que ce soit l’ensemble des mesures qui pourront avoir un impact, pour autant effectivement qu’elles puissent aboutir.

En fait, la performance d’une politique se mesure au travers de deux dimensions, au moins, si je reprends les critères européens : d’une part, le coût des mesures qui sont prises – ce qui pose effectivement la question de l’impact sur la trajectoire budgétaire de la Belgique, de la Wallonie, de la Flandre, de Bruxelles, sans oublier l’OstBelgien – et, d’autre part, la satisfaction des bénéficiaires [11].

La satisfaction des bénéficiaires est un enjeu fondamental. On revient à la question des élections et à la manière dont la population perçoit les mesures.

 

Tex Van Berlaer et Han Renard : le Premier ministre a dit : « j’ai de la compassion pour ceux qui doivent faire des efforts. Nous-mêmes, les élus, on a fait un certain nombre d’efforts. »

Il n’est pas certain que dire simplement les choses ainsi, soit suffisamment motivant pour produire de la satisfaction dans la population. Donc, un autre volet manque au niveau fédéral – et qui fait également défaut en Wallonie sur les politiques qui y sont menées –, c’est la pédagogie. C’est véritablement l’explication des mesures. Les citoyennes et les citoyens peuvent comprendre qu’on prenne des mesures radicales si on leur explique convenablement pourquoi on le fait, pourquoi elles sont nécessaires et surtout en quoi elles sont justes et équilibrées. Mais si on leur dit simplement : « on va restreindre, on va refermer l’horizon », alors le risque est grand de voir naître une forte opposition et de générer un climat social délétère jusqu’à la fin de la législature.

Le besoin de jobs flexibles existe également en Wallonie, je pense à tout ce qui est logistique. Il y existe des développements logistiques très importants, notamment autour de Liège et de Charleroi. Évidemment, face à de telles mesures, les organisations syndicales ne sont pas contentes même si, à mon sens, toute cette flexibilisation modernise l’ensemble de l’État belge et permet d’avoir des effets positifs en termes de compétitivité. Néanmoins, il existe un point sur lequel je reste très réservé, c’est l’extension du temps de travail des étudiants à 650 heures. Aujourd’hui, à l’Université, certaines étudiantes et certains étudiants nous disent qu’ils ne peuvent pas venir passer leurs examens parce qu’ils doivent travailler ce jour-là. C’est préoccupant. Le métier d’un étudiant, c’est d’étudier. On s’interroge aussi sur la concurrence que cela induit par rapport justement aux personnes qui pourraient trouver des emplois dans l’Horeca ou dans la distribution, ou même dans la logistique. En particulier une concurrence pour les femmes, même si je ne les réduis pas à ces seuls secteurs. Donc là, on a l’impression que cette flexibilité crée une concurrence qui n’est pas saine. Mais si vous interrogez certaines étudiantes et certains étudiants, elles et ils seront très contentes et contents, et la Fédération des Étudiantes et Étudiants francophones se félicitera de la mesure.

3. Une politique des Pokémon, comme dans la Vivaldi

Tex Van Berlaer et Han Renard : est-ce que cette réforme aurait été possible avec le PS au gouvernement ?

Je crois que c’est très difficile à dire. Dans ce gouvernement, nous observons déjà actuellement ce qu’un de vos collègues avait appelé, au moment de la Vivaldi, « la politique des Pokémon » [12]. Cela signifie que, dans la négociation, chaque formation politique essaye d’obtenir son trophée et on voit déjà qu’au sein du gouvernement fédéral on assiste à de vraies tractations.

Dans un exercice de prospective sur la cohésion sociale que j’ai réalisé pour la Région wallonne [13], j’ai été marqué par le fait que les participantes et les participants étaient d’avis qu’on ne peut pas aider tout le monde en raison des contraintes budgétaires. « Si tout le monde se met sur le bord de la route, il n’y aura plus personne pour tirer la charrette », ai-je entendu dire lors d’une pause, et cela m’a surpris. Donc oui, dans l’opinion publique, et même dans les milieux de gauche, on prend de plus en plus conscience qu’il existe des dérives et des dysfonctionnements dans le système de solidarité et qu’il faut y mettre un terme.

Si vous m’interrogez sur l’attitude du Parti socialiste, nous savons que Churchill aurait dit que the duty of an opposition is to oppose. C’est ce qu’ils font. Ma conviction reste qu’ils ont des élus tout à fait sensés, qui seraient compatibles avec ces mesures, comme un Pierre-Yves Dermagne ou un Thomas Dermine, des personnalités qui sont plutôt des sociaux-démocrates. Mais évidemment, ils assument la ligne de leur parti. Ce dernier est aujourd’hui challengé par l’extrême gauche. Il faut en effet rappeler que le PTB joue un rôle extrêmement important en Wallonie parce qu’il cornaque véritablement le Parti socialiste et le pousse davantage vers la gauche. Et quand on voit la progression de l’extrême gauche dans les parlements, on comprend que ce mouvement cherche aussi ses trophées.

Si on recherche l’intérêt général, l’intérêt régional, pour moi, il réside dans l’application d’un certain nombre de ces mesures gouvernementales. Le tout, ce sera de voir si elles auront un impact suffisant… parce que si elles ne l’ont pas, alors on se réinterrogera sur la légitimité des mesures elles-mêmes.

 

4. Assumer les devoirs de la Wallonie tant à l’égard de l’Europe que de la Belgique

Tex Van Berlaer et Han Renard : les réformes prévues peuvent-elles aussi engendrer un changement de mentalité culturelle, à côté des changements financiers ? Parce qu’on dit parfois que les difficultés de la Wallonie sont également liées à un problème de mentalité, de manque d’esprit d’entreprise, etc.

Depuis des années, un important travail est réalisé en Wallonie par toute une série d’acteurs et qui portent sur le développement de l’esprit d’entreprendre, dans des fondations, dans des universités, sur le terrain, etc. Et cet esprit évolue sans aucun doute. Mais il ne progresse pas suffisamment vite par rapport aux transformations de la société. Lorsque l’on regarde les indicateurs, il existe encore un gap : un écart reste très important entre, non seulement la Flandre et la Wallonie, mais surtout entre la Wallonie et l’ensemble des régions européennes [14].

De nombreuses mesures ont été prises au travers des fonds structurels, des différents plans Marshall et de relance du gouvernement wallon, etc., qui n’ont malheureusement pas permis de réduire le différentiel à cet égard, alors qu’il faudrait créer ces emplois productifs dont la Wallonie a besoin depuis au moins le début des années 1990. C’est un constat que nous avons fait voici bien longtemps : il y manque près de 100 000 emplois productifs [15]. Et si vous amenez le taux d’emploi de la Wallonie au niveau du taux d’emploi de la Flandre, vous rééquilibrez le système belge, c’est-à-dire que les transferts nord-sud n’ont plus lieu d’être [16]. La limitation de la durée du chômage à deux ans est-elle la réponse à cette situation ? Le gouvernement fédéral semble le croire.

On a beaucoup parlé de la dignité ces temps-ci parce que certains ont fait appel à l’article 23 de la Constitution, en disant que les mesures étaient contre cette protection [17]. On a même interrogé le Conseil d’État en se demandant si les mesures du gouvernement en matière de limitation dans le temps des allocations de chômage ne sont pas contraires à cet article 23 de la Constitution, au principe dit du standstill selon lequel chacun a le droit de mener une vie conforme à la dignité humaine.

La dignité, à un certain moment, c’est d’assumer soi-même les devoirs qu’on doit avoir tant en Europe qu’en Belgique. Or, en Wallonie, nous n’avons pas été capables de le faire jusqu’à présent.

 

 5. Un nouveau Plan global à la Dehaene derrière l’accord estival ?

Tex Van Berlaer et Han Renard : grâce à la réforme fiscale, nous gagnerons tous environ 100 euros nets par mois d’ici 2029. Vous vous en réjouissez ?

Ma grande préoccupation concerne l’impact sur le budget fédéral. Mon inquiétude est réelle quand je vois le coût de ces mesures et leur impact sur la trajectoire budgétaire. C’est une attention qui porte aussi sur les entités fédérées : j’ai écrit plusieurs papiers, portant sur la Wallonie, sur la nécessité de respecter la trajectoire que j’ai appelée Hilgers, permettant de rentrer dans une dynamique budgétaire vertueuse [18].

Au fédéral, la réforme fiscale coûtera environ 4 milliards d’euros d’ici la fin de la législature, nous annonce-t-on. À cela s’ajoutent les dépenses supplémentaires de 3,7 milliards d’euros par an pour la Défense. D’ici 2030, nous parlerons d’un déficit de 38,7 milliards d’euros, bien supérieur à la norme européenne, si celle-ci n’a pas été modifiée. Comment allons-nous combler ce déficit ? La taxe sur la plus-value ne va pas suffire…

Est-ce que l’augmentation du pouvoir d’achat liée à la réforme fiscale va compenser ? Il existe de sérieux doutes et on ne dispose pas d’études ni de données à ce stade-ci. Elles vont venir probablement à la rentrée quand les chercheuses et les chercheurs vont se remettre au travail. Pour la deuxième lecture du texte, ce sera peut-être possible. Mais à ce stade-ci, ce les interrogations sont majeures : si on part d’une trajectoire comme celle-là, le budget 2026 pourrait prendre la forme d’un nouveau Plan global à la Dehaene. À l’horizon 2030, les prévisions donnent 6,5 % du PIB de déficit [19], alors qu’il faudrait revenir à 3 %. Qu’est-ce que cela implique sur les mesures à prendre ? Un train peut en cacher un autre. En l’occurrence, un deuxième train de mesures se profile, qui concerneront le budget. Quelles sont les politiques qui seront touchées ? On observe une situation similaire en Wallonie : d’un côté, le gouvernement annonce des économies fondamentales, de l’autre, il réalise une réforme fiscale dans l’immobilier qui pourrait avoir un impact considérable, mais dont on ne connaît pas, à ce stade, les effets réels sur l’économie.

Tex Van Berlaer et Han Renard : où le gouvernement peut-il encore trouver de l’argent pour mettre nos finances publiques en ordre ? Monsieur Destatte, une réforme de l’État, dit Kevin Spiritus, est presque indispensable puisqu’au niveau fédéral, il existe un peu, mais pas énormément de marge pour générer encore des revenus ou pour diminuer les difficultés budgétaires. Cela signifie changer les flux financiers du pays au détriment des régions et communautés qui, côté francophone, sont déjà en difficulté, non ?

Les analyses du Bureau fédéral du Plan et de ses trois partenaires régionaux indiquent en effet qu’en 2030, aucune entité n’arrivera à l’équilibre budgétaire. Au fédéral, cela paraît difficile en effet de trouver encore des moyens, contrairement aux entités fédérées. Comme la Flandre, la Wallonie dispose encore d’une marge de manœuvre. Bien que le président de l’Union wallonne des Entreprises – maintenant AKT for Wallonia – ait pu dire en 2022 que la vocation d’une entreprise n’est pas d’être aidée par les pouvoirs publics, la Région wallonne continue à distribuer chaque année 2 milliards d’euros en subventions aux entreprises, aides qui ne sont souvent pas nécessaires, avec d’importants effets d’aubaine. Bien entendu, il faut réserver quelques moyens d’impulsion à la numérisation, à la cybersécurité ou à l’économie circulaire. Pas davantage. De surcroît, 1,5 milliard d’euros supplémentaires sont consacrés à des emplois subventionnés : les fameux APE. Ces aides à l’emploi font l’actualité en Wallonie, car le Ministre Pierre-Yves Jeholet les a remises sur la table, en application de la DPR [20]. Cela fait des années que l’on cale sur la réforme de ces aides qui n’existent plus en Flandre depuis longtemps. Dès lors, vous disposez d’une masse budgétaire qu’on peut estimer à trois milliards et qui, pour moi, n’entre pas dans le périmètre normal de l’État, en tout cas de la Région wallonne. Cette masse devrait être davantage consacrée à des refinancements ou à des mesures d’incitation dans les importants domaines de la recherche et de l’innovation, nécessaires à la reconversion. Il faut se fixer des objectifs à moyen et long termes avec minutie, car ils engagent l’avenir des Wallonnes et des Wallons. Autre exemple frappant : le budget de la chaîne publique RTBF s’élève à plus de 400 millions d’euros par an [21], alors que le budget wallon pour la recherche et l’innovation n’est que de 350 millions d’euros. Cela en dit long sur les choix de développement qui ont été faits jadis. Enfin, compte tenu du contexte international, il est évident qu’il faut pouvoir maîtriser nos finances publiques et se réserver des marges pour faire face aux imprévus comme aux défis déjà identifiés, qui sont nombreux.

On sait ce que je pense depuis longtemps sur la réforme de l’État. Pour moi, elle passe d’abord par une transformation infrafrancophone qui doit pouvoir résoudre le problème de la Communauté française et de son absence de capacité fiscale, ainsi que transférer toutes ses compétences au niveau régional, tant en Wallonie qu’à Bruxelles.

Dans mon esprit, il existe une autre conviction que je crains de vous livrer. évoquant des enjeux de la sécurité sociale, si je regarde ce qui a été transféré en 2014 aux régions, j’observe que, en Wallonie, on n’a pas véritablement réformé ce qui a été transféré. Grosso modo, on s’est contenté de poursuivre les politiques telles qu’elles existaient anciennement, dans le cadre fédéral. Je prends souvent l’exemple des allocations familiales : alors que l’enveloppe budgétaire telle qu’elle existait au Fédéral n’a été transférée qu’en partie, le gouvernement a voulu mener la même politique au niveau régional que celle qui prévalait. Mais comme les moyens transférés étaient inférieurs aux besoins budgétaires de cette politique, le gouvernement est allé chercher dans d’autres politiques des moyens pour permettre cette continuité au lieu de réformer les allocations familiales en Wallonie et d’y mener une vraie politique adaptée à la réalité régionale.

A la lueur de ce qui se passe maintenant, il existe peut-être une capacité d’action et de réforme dans le gouvernement fédéral actuel qui n’existait pas en Wallonie au moment où les compétences étaient transférées ou qui n’existerait pas si les compétences étaient aujourd’hui transférées.

 

Tex Van Berlaer et Han Renard : et vous avez plus confiance au niveau fédéral pour faire des réformes nécessaires que dans le niveau régional ?

Actuellement, oui, parce que, probablement, la résistance au changement y est moins forte. La capacité politique de faire du consensus est plus importante qu’au niveau régional, compte tenu des rapports de force politiques qui continuent à exister et des alternances politiques qui peuvent se faire.

Les observateurs – et j’en suis – ont parlé de la nécessité de disposer de 10 ans pour transformer la Région wallonne à partir de 2024 [22]. Mais à nouveau, la question se pose : le gouvernement wallon – qui a sans nul doute une volonté de réformer – a-t-il la capacité de mener ses réformes, étant donné qu’elles prendront 10 ans et qu’après cinq ans, un rendez-vous électoral est programmé ? Il risque de perdre sa majorité à ce moment-là, compte tenu des réformes qu’il aura pu mener et des rapports de forces.

Tex Van Berlaer et Han Renard : enfin, la presse francophone a de nouveau évoqué la semaine dernière la « flamandisation » de la Belgique. Le niveau fédéral est-il en train de se flamandiser sous l’impulsion de De Wever, au détriment de nos compatriotes francophones, Monsieur Destatte ?

 C’est absurde. En Communauté française, toute expression de nationalisme flamand est toujours ridiculisée ou considérée comme suspecte, et il n’est pas rare que la N-VA et le Vlaams Belang soient mis dans le même sac. Ce discours, qui venait à l’époque du FDF à Bruxelles, est aujourd’hui repris par l’opposition wallonne de gauche, notamment par le PS. Et que dire des journalistes francophones qui, le 21 juillet, ont tenté de piéger les ministres de la N-VA en leur demandant de dire « Vive la Belgique ! » devant la caméra ? Dans le contexte politique actuel, c’est davantage que du pur folklore. Cela exprime quand même une forme de mépris envers la Flandre qui est inacceptable dans le jeu politique actuel. Je pense qu’il faut plutôt reconnaître le fédéralisme comme une volonté de faire en sorte que les régions arrivent à une convergence économique et parviennent à une responsabilisation sur leurs compétences. C’était tout le leitmotiv de Jean-Luc Dehaene et c’est, pour moi, un discours sérieux. Il faut que chacun ait sa propre dignité et que chacun balaie devant sa porte. Or, la Wallonie ne l’a pas fait suffisamment ces dernières années.

 

6. Vers la refondation du contrat social ?

Tex Van Berlaer et Han Renard : ne vous attendez-vous donc pas à une mobilisation massive au départ de la Wallonie, le 14 octobre 2025, jour où les syndicats et l’opposition appellent à descendre dans la rue ?

C’est tout à fait possible. Il peut y avoir une très grande mobilisation ce jour-là. La question est de savoir quel sera l’impact du mouvement social sur le processus de mise en œuvre ? Dans le passé, de formidables mobilisations n’ont pas modifié les contenus des politiques contestées. Lors des grèves contre la Loi unique en 1960, le pays, et surtout la Wallonie, a été paralysé pendant cinq semaines, mais la Loi unique du gouvernement de Gaston Eyskens n’a pas été modifiée de manière substantielle. La réforme des pensions et du chômage prévoit bien des règles transitoires pour les personnes en fin de carrière. C’est pourquoi je répète que la communication du gouvernement De Wever sera cruciale : il doit clairement expliquer les objectifs qu’il veut atteindre. Même si les gens sont mécontents, ils comprennent qu’une retraite anticipée à 55 ans n’est pas viable au XXIe siècle, surtout dans un climat international très tendu et face aux enjeux que nous connaissons aujourd’hui. Dans la réforme des allocations de chômage comme dans la réforme des pensions, des adaptations sont faites pour que les règles du jeu de ceux qui arrivent en fin de carrière soient respectées. Ils comprennent cependant beaucoup moins l’écart qui peut exister entre les petites pensions et les pensions ordinaires, d’une part, et les « très grosses pensions », d’autre part, dans un vrai système de solidarité.

Que ce soit pour les militaires ou pour d’autres catégories de travailleurs, l’idée d’un contrat social, devrait être appliquée à l’ensemble de la population en essayant de le refonder à l’aune de la société du XXIe siècle. C’est pour cette raison que j’insiste sur l’importance de la communication et sur la nécessité d’expliquer ce qu’on veut faire avec ces transformations-là. Ceci dit, le fait de faire une deuxième lecture à la rentrée constitue quand même un risque pour la majorité. C’est une nouvelle négociation. Pourquoi le gouvernement n’a-t-il pas continué à faire cette deuxième lecture durant l’été et continué à travailler pendant quinze jours sur sa lancée, comme cela a été fait à de nombreuses reprises, en faisant passer la loi-programme début août ? L’accord n’est-il pas stabilisé ? C’est ce qu’on a vu finalement pour tout le volet santé. C’est-à-dire qu’ils ne sont pas parvenus à finaliser des accords satisfaisants, suffisants avec les médecins et avec d’autres acteurs. Donc là, ils ont calé directement.

En tout cas, si M. Bart De Wever n’est pas en mesure d’expliquer sa réforme de manière satisfaisante, le climat social, attisé par l’opposition, restera difficile jusqu’à la fin de la législature.

 

Philippe Destatte

@PhD2050

 

 

[1] Ce texte constitue la mise au net de mon entretien avec les journalistes du périodique flamand Knack Tex Van Berlaer et Han Renard, en dialogue avec l’économiste Kevin Spiritus (Erasmus School of Economics, Rotterdam). Il reprend l’ensemble de mes interventions. Pour des raisons d’exactitude de traduction du néerlandais, je n’ai pas maintenu ici les interventions de mon collègue Kevin Spiritus. On pourra retrouver l’essentiel de cet entretien dans l’article de Knack paru le 29 juillet 2025 :

Tex VAN BERLAER & Han RENARD, Hoe fair is de zoomerakkoord ? Iedereen 100 euro netto meer geven is totaal onverantwoord, Historicus Philippe Destatte en econoom Kevin Spiritus fileren de plannen op het vlak van pensioenen, arbeidsmarkt en fiscaliteit. ‘De communicatie van Bart De Wever wordt cruciaal.’ in Knack, 29/07/2025

https://www.knack.be/nieuws/belgie/politiek/hoe-fair-is-het-zomerakkoord-iedereen-100-euro-netto-meer-geven-is-totaal-onverantwoord/

[2] Eric STEFFENS, Le gouvernement fédéral boucle son accord d’été : Bart De Wever parle de la plus grande réforme socio-économique du siècle », VRT NWS – Belga, 21 juillet 2025.

https://www.vrt.be/vrtnws/fr/2025/07/21/le-gouvernement-federal-boucle-son-accord-dete-bart-de-wever-p/

[3] Accord de coalition fédérale 2025-2029, 31 janvier 2025, notamment, p.16. https://www.belgium.be/sites/default/files/resources/publication/files/Accord_gouvernemental-Bart_De_Wever_fr.pdf

[4] Ph. DESTATTE (dir.), Des politiques publiques et collectives performantes, Progresser dans les outils de transformation de la Wallonie, coll. Etudes et Documents, Namur, Institut Destrée, juillet 2025, 164 p. – Ph. DESTATTE, Faire performer la Wallonie : un challenge pour toutes et tous, Blog PhD2050, Namur, le 8 août 2025. https://phd2050.org/2025/08/08/performance/

https://www.institut-destree.eu/politiques-publiques-performantes.html

[5] Pauline DEGLUME, Bart De Wever (N-VA) défend son accord d’été qui « met fin à l’inertie », dans L’Écho, 24 juillet 2025. https://www.lecho.be/economie-politique/belgique/federal/bart-de-wever-n-va-defend-son-accord-d-ete-qui-met-fin-a-l-inertie/10617202.html

[6] Perspectives économiques régionales 2025-2030, Bruxelles, Bureau fédéral du Plan, 17 juillet 2025. https://www.plan.be/fr/publications/perspectives-economiques-regionales-2025-2030https://www.iweps.be/publication/perspectives-economiques-2025-2030/

[7] Le taux d’emploi wallon augmenterait, jusqu’à atteindre 69,9% en 2030, pour les personnes de 20 à 64 (définition UE 2020). Cette progression importante (2,9 points de plus qu’en 2024) s’appuie sur une croissance de l’emploi de l’ordre de 0,8% par an au cours des cinq prochaines années, ce qui correspond à près de 77 000 Wallons en plus à l’emploi entre 2024 et 2030. La croissance économique régionale deviendrait en effet plus intensive en main-d’œuvre, l’emploi étant, entre autres, graduellement renforcé par les mesures visant à augmenter l’offre de travail (des limitations dans le temps des allocations de chômage à la réforme des pensions, en passant par l’activation des bénéficiaires du revenu d’intégration et le retour au travail des malades de longue durée). Dans le même temps, la population wallonne d’âge actif (au dénominateur du taux d’emploi) tend à diminuer dès cette année. Perspectives économiques régionales 2025-2030, Namur, IWEPS, 17 juillet 2025. https://www.iweps.be/publication/perspectives-economiques-2025-2030/

[8] Les mesures récemment prises par le gouvernement fédéral en vue d’élargir l’offre de travail (en matière, notamment, de pensions et d’activation des bénéficiaires du revenu d’intégration et des malades de longue durée) contribuent à cette modération salariale et encouragent de cette manière les créations d’emplois. La mesure qui limite les allocations de chômage dans le temps a, en revanche, un effet négatif sur la population active telle que mesurée administrativement, parce qu’une partie du groupe des chômeurs de longue durée ne serait plus répertoriée comme demandeurs d’emploi. Toutefois, elle encourage le comportement de recherche d’emploi des personnes concernées, ce qui aura également un impact positif, graduellement croissant, sur l’emploi. Compte tenu des différences régionales en matière de marché du travail, l’impact de la mesure est relativement plus important à Bruxelles et en Wallonie qu’en Flandre. (Perspectives économiques régionales…, p. 8).

[9] Taux de chômage localisé par région, Hauts-de-France, INSEE, 19 juin 2025. https://www.insee.fr/fr/statistiques/serie/001739982

[10] Durée d’indemnisation, Fiche thématique, UNEDIC, Avril 2025. https://www.unedic.org/storage/uploads/2025/06/10/Dure-dindemnisation_uid_6847e575cd5df.pdf

[11] Évaluer les programmes socio-économiques, Glossaire de 300 concepts et termes techniques, coll. MEANS, vol. 6, p. 67, Commission européenne, Fonds structurels communautaires, 1999.

[12] Christophe DE CAEVEL, Vivaldi, La politique des Pokémon, dans Trends, 21 octobre 2021.

[13]  Ph. DESTATTE, La cohésion sociale pour la Wallonie à l’horizon 2050, De la citoyenneté belge à la concitoyenneté wallonne, Communication au Palais des Congrès de Namur à l’occasion de la journée « 30 ans au service de la cohésion sociale en Wallonie » organisée par la direction de la Cohésion sociale du Service public de Wallonie. Namur, Blog PhD2050, 1er décembre 2022. https://phd2050.org/2022/12/04/concitoyennete/ – Voir aussi : Ph. DESTATTE, Système, enjeux de long terme et vision de la cohésion sociale en Wallonie à l’horizon 2050, dans L’Observatoire, Hors série, Liège, Mai 2023, p. 35-41.

https://phd2050.org/wp-content/uploads/2023/07/Philippe-Destatte_Vision_Cohesion-sociale_Tire-a-part-Observatoire_Mai_2023.pdf

[14] Béatrice VAN HALPEREN, Esprit d’entreprendre et entrepreneuriat en Wallonie : Contexte et développements récents, dans Dynamiques régionales, 7 (1), 2019, p. 5-12. https://shs.cairn.info/revue-dynamiques-regionales-2019-1-page-5?lang=fr

Voir aussi : Olivier MEUNIER, Mathieu MOSTY et Béatrice VAN HALPEREN,  Les mesures de sensibilisation à l’esprit d’entreprendre : quel impact sur les élèves de l’enseignement secondaire supérieur ?, IWEPS, Rapport de recherche n°22, Décembre 2018. https://www.iweps.be/publication/mesures-de-sensibilisation-a-lesprit-dentreprendre-impact-eleves-de-lenseignement-secondaire-superieur/

La Wallonie présente une tendance à la hausse du nombre de créations d’entreprises, bien qu’elle soit moins marquée que celle de la Flandre. Le nombre de nouvelles entreprises est passé de 21.868 en 2014 à 25.718 en 2023, soit une augmentation d’environ 17,6%.  Robin DEMAN, Charlie TCHINDA et Eric VAN DEN BROELE, Atlas du créateur 2024, Graydon, UNIZO, UCM, 2024, p. 13. https://www.ucm.be/actualites/starteratlas-2024-le-nombre-de-cessations-dentreprises-atteint-des-records Il serait probablement nécessaire de mettre à jour le Global Entrepreneurship Monitor (GEM) qui mesure l’intention d’entreprendre ou encore l’esprit d’entreprendre d’un pays ou d’une région à partir d’un échantillon représentatif de cette population, pour la Wallonie. https://www.gemconsortium.org/file/open?fileId=47205

DE MULDER & H. GODEFROID, How to stimulate entrepreneurship in Belgium?, Economic Review, Bruxelles, Banque nationale de Belgique,Septembre, 2016. https://www.nbb.be/doc/ts/publications/economicreview/2016/ecorevii2016_h4.pdf

[15] Le Rapport Brundtland (1987) sur le développement durable insiste sur la nécessité de construire un système économique capable de dégager des excédents. Or, en Wallonie, dès 1991, l’économiste Henri Capron (ULB-DULBEA) montrait, dans le cadre des travaux La Wallonie au futur, que le secteur public était devenu l’activité dominante en Wallonie, supplantant ainsi l’activité industrielle. En effet, en 1989, l’emploi salarié par rapport à la population était de 6,47 % en Wallonie (contre 5,46 % en Flandre) tandis que l’emploi manufacturier, qui avait chuté de 12,8 % les quatre dernières années, était au niveau de 5,41 % contre 7,83 % en Flandre. Le Professeur Capron mettait également en évidence la vulnérabilité de la Wallonie qui ne disposait plus que d’une base industrielle très faible et la nécessité pour la région de développer une véritable stratégie industrielle tant par une consolidation de ses acquis, que par une plus grande diversification. Pour ce faire, il insistait sur l’importance de la revitalisation qui devrait se fonder sur des pôles de compétitivité technologique structurants. Parallèlement, et à la suite des recherches d’Albert Schleiper (CUNIC), pilotant un groupe d’économistes régionaux, ces travaux mettaient en évidence l’importance du secteur non marchand par rapport au secteur marchand, proportionnellement plus élevé que dans le reste de la Belgique, en raison de la réduction excessive ou de la croissance trop faible des emplois dans le secteur marchand. Ces travaux montraient que les activités non marchandes, concentrées dans les deux secteurs « Services publics, enseignement » et « Services divers », représentaient ensemble 43,7 % de l’emploi salarié wallon (351.286 emplois sur 804.553) et 32,3 % de l’emploi total du côté flamand. Ce différentiel de plus de 10 % représentait un déficit de plus de 90.000 emplois dans le secteur marchand wallon. Le groupe de travail arrivait à la conclusion que l’évolution de l’activité économique à l’horizon 2010 impliquait une répartition de l’emploi entre les divers secteurs compatibles avec la finalité des activités économiques, à savoir la création de richesse, ce qui, à court et à moyen terme, nécessite une importante croissance nette de l’emploi dans les secteurs industriels et tertiaires marchands. Henri CAPRON, Réflexions sur les structures économiques régionales, dans La Wallonie au futur, Le défi de l’éducation, p. 176-177, Charleroi, Institut Destrée, 1992.La Wallonie au futur, Le défi de l’éducation, p. 130sv, Charleroi, Institut Destrée, 1992. – Albert SCHLEIPER, Le devenir économique de la Wallonie, dans La Wallonie au futur, Le défi de l’éducation, p. 131-133, Charleroi, Institut Destrée, 1992. – Ph. DESTATTE, La Wallonie au futur, 10 ans de construction d’un projet de société, p. 20, Charleroi, Institut Destrée, 1997.

[16] Didier PAQUOT, Trajectoire des transferts financiers interrégionaux Flandre-Wallonie, Namur, Institut Destrée, 28 février 2021, 12 p.

[17] Nicolas KESZEI, La FGTB va attaquer en justice la limitation des allocations de chômage, dans L’Echo, 17 avril 2025. https://www.lecho.be/economie-politique/belgique/federal/la-fgtb-va-attaquer-en-justice-la-limitation-des-allocations-de-chomage/10602989.html – Corentin DI PRIMA, Réforme du chômage : l’avis du Conseil d’Etat affaiblit les attaques de la FGTB, dans L’Echo, 13 mai 2025. https://www.lecho.be/economie-politique/belgique/federal/la-fgtb-va-attaquer-en-justice-la-limitation-des-allocations-de-chomage/10602989.html

[18] Ph. DESTATTE, Finances wallonnes :  il faut poursuivre et accentuer la trajectoire Hilgers…, Blog PhD2050, Namur, 12 mai 2024 https://phd2050.org/2024/05/12/hilgers/

[19] Perspectives économiques régionales 2025-2030, p. 4 et 12, Bruxelles, Bureau fédéral du Plan, 17 juillet 2025.

[20] Réforme du dispositif APE : une méthode claire pour un soutien à l’emploi plus cohérent avec les politiques sectorielles, Communiqué de presse, Namur, Gouvernement de Wallonie, 12 juin 2025.

https://jeholet.wallonie.be/files/Communiqués%20de%20presse/20250612_CP%20Méthodo%20APE.pdf

[21] La RTBF dispose d’une dotation de la Communauté française de Belgique de 350 millions d’euros, qui constitue 80% de son budget auxquels s’ajoutent 20% de revenus publicitaires.  Rapport annuel 2023, Capital économique, 2025. https://www.rapportannuelrtbf.be/#Apropos

[22] Thierry FIORILLI, Défis et enjeux pour la nouvelle majorité MR/Engagés : peuvent-ils redresser la Wallonie en 5 ans ? dans Forbes, 31 décembre 2024. https://www.forbes.be/fr/defis-et-enjeux-pour-la-nouvelle-majorite-mr-engages-peuvent-ils-redresser-la-wallonie-en-5-ans/

Namur, le 8 août 2025

 

1. Performance, vous avez dit performance ?

Lorsque l’on évoque les politiques publiques et collectives, la notion de performance suscite la méfiance [1] et est souvent mal comprise, discutée, voire déconsidérée [2]. Dans d’autres domaines, comme le sport, elle est au contraire constamment valorisée. Encore faut-il s’entendre sur le mot, dont l’étymologie est complexe : avec des va-et-vient entre l’anglais et le français, elle renvoie de prime abord à l’idée d’accomplissement, de réalisation, de résultats réels [3], ce qui est déjà intéressant. Du reste, après le sens artistique, c’est la définition actuelle du mot en anglais courant : l’action ou le processus d’exécution d’une tâche ou d’une fonction [4].

Les évaluatrices et évaluateurs des politiques régionales européennes, biberonnés voici vingt-cinq ans par le programme MEANS, disposent quant à eux, d’une définition à la fois robuste et ouverte de la performance des politiques publiques : le fait que les effets ont été obtenus à un coût raisonnable et qu’ils donnent satisfaction aux destinataires [5]. Telle est à leurs yeux la performance.

Le Glossaire de la gouvernance publique, développé en 2011 par la chaire du même nom, à l’initiative de l’Institut supérieur du Management public et politique, à Paris, définit la performance comme le résultat obtenu par une organisation en termes de quantité, de qualité, de satisfaction du client, de maîtrise des délais et des coûts. L’auteur de la notice rappelle que le terme vise souvent la performance budgétaire pour allouer au mieux les ressources en fonction de la pertinence des dépenses, de leur efficacité et efficience, et d’éviter la reconduction systématique des budgets d’une année à l’autre [6].

Quant au Dictionnaire terminologique de l’évaluation, réalisé en 2014 à l’initiative de l’École nationale d’Administration publique du Québec, il voit la performance comme l’appréciation générale des résultats, en soulignant qu’il s’agit d’un terme générique du registre de la langue courante. La performance permet de déterminer la qualité d’une intervention selon des critères de résultat (efficacité, efficience, équité). Les auteurs précisent que la performance d’intervention s’observe selon des critères d’avantages sociaux et de coûts sociaux. On parlera de performance opérationnelle lorsqu’on mesure la qualité d’une intervention selon des critères relatifs à sa mise en œuvre [7].

Christopher C. Hood (1947-2025) et Ruth Dixon, chercheurs à la Blavatnik School of Government de l’Université d’Oxford ont donné une définition multidimensionnelle de la performance, observant eux aussi que ce concept ne se réduit pas uniquement à l’efficacité économique ou à la réduction des coûts : la performance publique doit être comprise comme un concept multidimensionnel qui englobe l’efficacité, l’efficience, la qualité, l’équité et la légitimité. L’évaluation de la performance ne peut se réduire à un seul indicateur, mais nécessite une analyse intégrée de ces différentes dimensions. Du reste, ils précisent que, dans le cadre de la réforme des services publics, mesurer uniquement la réduction des coûts sans tenir compte des impacts sur la qualité ou la satisfaction des utilisateurs donne une vision partielle et potentiellement trompeuse de la performance [8]. La performance est ainsi vue comme une notion relationnelle, nécessitant responsabilité et transparence, dépendant des attentes des citoyennes et citoyens, des usagères et usagers, parties prenantes, ainsi que de la capacité des institutions à s’adapter à un nouveau type de gouvernance démocratique.

Malgré son caractère très général, on peut aussi trouver pertinente la définition récente de l’OCDE : la performance est la mesure dans laquelle une intervention ou un partenaire respecte des critères, normes ou orientations spécifiques, ou obtient des résultats conformes aux objectifs énoncés ou prévus [9]. Cette approche peut, de fait, contenir les critères de Hood et Dixon, pour autant qu’ils soient précisés.

On le voit, par leur prise en compte de facteurs multiples, notamment la satisfaction des bénéficiaires, ces définitions et approches du domaine de la gouvernance et de l’évaluation déidéologisent voire dédiabolisent, si besoin en était, le concept de performance. On peut également prendre en compte l’analyse de Mariana Mazzucato sur l’échec du Department of Government Efficiency (DOGE) lorsque la chercheuse de la London School of Economics écrit que l’institution dirigée par Elon Musk a échoué dans son objectif déclaré d’améliorer les performances du gouvernement ou de réduire les déficits [10].

 

2. Des politiques publiques et aussi collectives

Voici quelques années déjà, Philippe Bernoux (1927-2025) observait que si les changements sont introduits le plus souvent par la volonté des décideurs, ils ne réussissent que s’ils sont acceptés, légitimés et transformés par les acteurs chargés de les mettre en œuvre [11]. La leçon est connue qui nous venait déjà de Michel Crozier (1922-2013) et Erhard Friedberg [12]. Le processus peut aussi se nourrir des enseignements pragmatiques de James Brian Quinn (1928-2012) sur la transformation collective fondée sur l’implication des parties prenantes, l’adaptation progressive au changement, les réajustements de trajectoires, la souplesse et la réactivité des acteurs [13]. Tout comme James Quinn, Charles Smith critique l’idée d’un changement imposé et préconise la décentralisation opérationnelle et l’expérimentation [14].

Ce qui conduit les politiques publiques à prendre une dimension collective, c’est évidemment la mobilisation de l’ensemble des forces vives et des parties prenantes dans une même volonté de résoudre les problèmes, d’identifier ensemble les enjeux, de coconcevoir des réponses, les coconstruire, les copiloter et en coévaluer les résultats et impacts.

Le Dragon est donc devenu le symbole tentateur du désordre, de la rupture dans l’ordre social, mais également du changement nécessaire, de l’évolution inéluctable que, psychologiquement, il faut intérioriser, apprivoiser, s’approprier[15] – Photo Dreamstime

Dans son effort récent de repenser la gouvernance publique, Jacob Torfing note que, même si la coproduction et la cocréation ne sont pas des phénomènes nouveaux, ils constituent une stratégie prometteuse pour le secteur public à court d’argent (the cash-strapped public sector). Le professeur de science politique et d’institutions aux universités de Roskilde (Danemark) et de Nord University (Norvège) estime que, compte tenu de la situation actuelle, la coproduction et la cocréation semblent offrir une stratégie nouvelle pour combiner de manière constructive les ressources publiques et privées dans la production de services et la création de solutions novatrices. Torfing estime qu’un effort stratégique visant à développer la coproduction et la co-création et à en récolter les fruits pourrait non seulement fournir les ressources nécessaires au secteur public pour répondre aux attentes élevées en matière de services et à sa capacité à résoudre les problèmes, mais aussi apporter des idées nouvelles susceptibles d’améliorer la réglementation et l’élaboration des politiques publiques. C’est également une manière de renforcer la légitimité de la gouvernance publique et de rétablir des relations de confiance entre les acteurs et les décideurs [16].

Torfing voit cinq conditions permettant de mobiliser les ressources de la société au travers des mécanismes de coproduction et de cocréation :

– cultiver une citoyenneté active qui fait des citoyens des partenaires qui influencent activement la gouvernance et l’administration publiques et partagent la responsabilité de trouver des solutions communes ;

– considérer les citoyens comme des ressources et des atouts précieux qui peuvent stimuler l’innovation et contribuer à améliorer le secteur public, plutôt que comme des obstacles aux décisions technocratiques ;

– développer de nouvelles formes de leadership et de gestion plus horizontales, distributives, relationnelles et intégratives : le processus de co-création ne peut être imposé de manière descendante par le recours à la carotte et au bâton et sur la base de normes prédéfinies. Les partenaires publics et privés doivent collaborer sur un pied d’égalité ;

 – créer un espace d’innovation avec une nouvelle approche de la gestion des risques qui considère les erreurs comme inhérentes au processus expérimental et qui évalue les risques par rapport aux gains potentiels ;

bénéficier d’une évaluation qui pose des questions critiques sur la bonne compréhension des problèmes et des tâches [17].

Néanmoins, Jacob Torfing observe que des obstacles existent à l’expansion de la coprodution et de la cocréation. Ainsi, les citoyens sont souvent perçus comme des amateurs aux yeux de fonctionnaires formés et face à la complexité des problèmes tandis que la pratique des relations entre la sphère publique et les citoyens est souvent faible. De même, les élus ne participant pas aux arènes citoyennes, ils ne s’en approprient pas toujours les recommandations ; la cocréation peut déboucher sur des solutions trop audacieuses, budgétairement trop coûteuses qui risquent elles-mêmes d’aggraver les problèmes [18].

Rappelons que ces concepts de coproduction, cocréation et coconstruction se distinguent fondamentalement de ceux d’information, de consultation et de concertation. Pour les acteurs, participer à la coconstruction démocratique des politiques publiques ne consiste pas à faire du lobbying. Il s’agit, pour les parties prenantes, de délibérer ensemble et avec les décideurs, donc les élues et les élus, afin de construire un compromis et une politique visant l’intérêt général et le bien commun [19].

Nous l’avons montré, politiques publiques et collectives partagent le même cycle politique qui peut leur faire franchir un certain nombre de phases permettant d’atteindre leur objectif :

– l’identification des besoins et des enjeux ;

– la (co)construction et la compréhension des objectifs, des impacts et choix des ressources ;

– la légitimation gouvernementale, contractuelle, législative, réglementaire ;

– la mise en œuvre, le pilotage et le suivi, en adéquation avec les ressources ;

– l’analyse, les corrections, la poursuite ou l’arrêt des politiques [20].

D’autres séquences et étapes sont bien sûr possibles.

 

 3. Sept propositions pour des politiques publiques et collectives plus performantes en Wallonie

Les travaux menés par l’Institut Destrée et ses partenaires avant, pendant et après la journée d’étude tenue au Parlement de Wallonie le 21 mars 2025 ont vocation à faire progresser les outils de transformation d’une région que chacun sait en transition.

L’ouvrage édité dans la foulée des trois tables rondes (la qualité et la disponibilité des données, la pertinence des décisions et l’adéquation des ressources, le suivi et l’évaluation des politiques publiques et collectives) propose les textes des interventions qui ont été réécrits et consolidés par leurs auteurs ; dépassant les simples constats, il constitue un point de départ pour mener la Wallonie vers des politiques publiques et collectives plus performantes [21]. Les dix-huit contributions publiées forment un corpus solide et innovant :

Accroître la qualité de la décision publique au profit de toutes et de tous par Florence Thys, présidente de la Cour des comptes ;

Données publiques : entre bien commun, outil d’aide à la décision et facteur de transformation par Emma Ortmann, responsable Développement et Projet à la Fondation pour l’Enseignement, administratrice de l’Institut Destrée ;

Mesurer le mieux possible ce qui compte par Vanessa Baugnet, cheffe du service Comptes nationaux et régionaux à la Banque nationale de Belgique ;

Des statistiques au service de la démocratie par Sébastien Brunet, administrateur général, chef statisticien IWEPS et professeur extraordinaire Université de Liège ;

Pour comprendre, agir, il faut avoir des données par Philippe Defeyt, directeur de l’Institut pour le Développement durable ;

– La donnée publique par Stéphane Vince, directeur du Pôle Technologie et Administration numérique à l’Agence du Numérique ;

La pertinence des décisions et l’adéquation des ressources par Agnès Flémal, directrice générale honoraire et conseillère stratégique à Ignity, administratrice de l’Institut Destrée ;

Un sursaut qualitatif de l’action publique wallonne par Jean Hindriks, professeur à l’UCLouvain et fondateur d’Itinera Institute ;

Mieux réformer pour initier un véritable redressement socio-économique de notre région par Frédéric Panier, CEO d’AKT for Wallonia ;

Pour mieux transformer : réflexions issues du terrain par Olivier Vanderijst, CEO de Wallonie Entreprendre ;

Une vision intégrée de l’action publique par Raymonde Yerna, administratrice générale du Forem ;

Le suivi et l’évaluation des politiques publiques et collectives par Christian Bastin,
directeur de recherche associé et administrateur de l’Institut Destrée ;

Renforcer l’utilisation des connaissances disponibles dans la conception et la mise en œuvre des politiques publiques par Paul-Louis Colon, conseiller au Haut Conseil stratégique de la Région wallonne ;

L’apport de l’évaluation des politiques publiques à la vie démocratique par Cécilia De Decker, évaluatrice spéciale au Service public fédéral Affaires étrangères, Commerce extérieur et Coopération au Développement ;

Évaluation et démocratie par Pol Fyalkowski, inspecteur des Finances ;

Vers une évaluation systémique et dynamique des politiques publiques par Michaël Van Cutsem, Partner Secteur public BDO ;

La qualité de la gouvernance doit être la force qui met la Wallonie en mouvement par Philippe Destatte, professeur d’histoire et de prospective, président de l’Institut Destrée ;

– Intervention de clôture par Adrien Dolimont, Ministre-Président de Wallonie.

Au moins sept propositions pour des politiques publiques et collectives plus performantes en Wallonie peuvent en être tirées.

 

3.1. Gouverner plus efficacement les données

Pour voir la réalité du paysage et bien discerner les évolutions, la maîtrise de l’information et la qualité des données sont essentielles et il est indispensable de structurer, valoriser et sécuriser l’information afin de pouvoir disposer de données fiables, accessibles, bien organisées, permettant d’élaborer des diagnostics solides et fiables et de permettre, dès le lancement du processus, des politiques publiques et collectives des évaluations ex-ante et des analyses préalables d’impact [22].

Rendre obligatoire l’interopérabilité des données – disposer des mêmes modes de collecte, de traitement, de stockage et de diffusion – entre les institutions et administrations wallonnes est une nécessité soulignée par la plupart des intervenantes et intervenants du domaine.

 

3.2. Autonomiser et responsabiliser dans la mise en œuvre

La confiance des décideurs dans la première ligne d’action constitue un facteur de succès : celles et ceux qui sont en charge de la mise en œuvre sur le terrain doivent être à la fois responsables des résultats et autonomes quant à la gestion des ressources – humaines et budgétaires – dans des cadres fixés contractuellement.

Flexibilité, adaptabilité, compétences sont les maîtres mots. Sur le terrain, c’est celui qui est en charge qui doit piloter.

Cette conception doit pouvoir s’appliquer tant à l’administration classique qu’aux organismes d’intérêt public ou à toute autre partie prenante de l’action collective.

 

3.3. Simplifier et mutualiser pour amplifier

La formule simplifier pour amplifier a été répétée maintes fois depuis la parution du rapport d’Itinera du 15 juin 2024 [23]. Elle pose évidemment la question de la masse critique, des synergies et des économies d’échelle appliquées à différentes institutions de la structure institutionnelle et en particulier aux communes, dont la question des fusions retient l’attention de la Plateforme d’Intelligence territoriale wallonne dans son programme 2025 [24].

Un fédéralisme fort et simplifié, en particulier le transfert des compétences de la Communauté française vers les Régions wallonne et bruxelloise, fait, aux yeux de l’Institut Destrée, également partie de cet enjeu. Ce transfert permettrait d’adresser enfin sérieusement et efficacement des compétences aussi importantes que l’enseignement en alternance ou la transposition en matière de recherche-développement dans un avenir très proche, sans oublier la culture, l’audiovisuel et l’enseignement en général, à très moyen terme [25].

 

3.4. Optimiser l’allocation des ressources

Optimiser l’allocation des ressources signifie que chaque euro investi doit avoir un impact, qu’il doit pouvoir exercer un effet de levier. L’additionnalité entre partenaires doit s’inscrire dans une logique de coconstruction des politiques collectives : comment les entreprises, les organisations syndicales et patronales, les associations, les intercommunales et les communes peuvent-elles participer à l’effort commun dans des contractualisations bien pensées ensemble ?

Le respect de la trajectoire budgétaire n’a pas de fondement idéologique, mais a vocation à sauvegarder l’avenir des générations futures et du fédéralisme belge. Vocation également à assurer la dignité de la Wallonie, qui n’a aucune raison de vivre aux crochets de la Flandre ou de l’Europe. Lorsque nous disons que nous voulons renforcer les politiques publiques orientées résultats plutôt que construites autour de la consommation des ressources, cela signifie qu’il faut activer des mécanismes de Budget Base Zéro, non pas en faisant appel à des armées de consultants pour cornaquer élus et fonctionnaires, mais en travaillant ensemble, entre décideurs, opérationnels et acteurs, pour analyser, en face à face, et donc comprendre les mécanismes budgétaires. Pour avoir vécu sur le terrain dans les années 1990 les pratiques utilisées par les ministres fédéraux Jean-Luc Dehaene (1940-2014) et Herman Van Rompuy, je peux attester de l’efficience d’un dialogue direct et constructif avec les parties prenantes pour atteindre des objectifs partagés [26].

 

3.5. Évaluer de manière démocratique et cognitive

Il reste beaucoup à faire en Wallonie pour développer la culture de l’évaluation démocratique et efficace. Cette citation, extraite d’une interview à L’Écho en 2001, pourrait malheureusement être répétée près de vingt-cinq ans plus tard [27].

Les pratiques d’évaluation des politiques publiques et collectives restent marquées par des logiques de jugements à vocation punitive alors qu’elles devraient être synonymes d’apprentissage collectif. Les évaluations, en effet, aident à comprendre les modes de raisonnement qui guident les décideurs dans leurs choix d’actions, les processus à travers lesquels ils les conduisent, ainsi que les conséquences auxquelles ces processus et actions aboutissent, qu’elles soient ou non attendues ou désirées [28]. De surcroît, l’analyse des politiques publiques et en particulier leur évaluation restent, comme le soulignait le professeur Jean Leca, prises entre le marteau de ceux qui les considèrent trop proches des décideurs et l’enclume de ceux qui les jugent peu pertinentes pour la décision [29]. Ce n’est pas spécifique à la Wallonie.

Le développement de l’évaluation partenariale plutôt qu’externe est une manière de se soigner. Beaucoup plaident également pour une institutionnalisation de l’évaluation au sein du Parlement de Wallonie plutôt que de l’Exécutif. J’ai toujours pensé que, à l’instar de la Cour des comptes pour la Chambre fédérale, l’IWEPS aurait dû être et devrait être un outil du Parlement de Wallonie.

 

3.6. Anticiper : agir avant que les événements n’adviennent

La manière dont un problème est identifié, donc construit, conditionne pour partie les manières de l’appréhender, de le considérer et de le traiter. La mise à l’agenda politique relève notamment de la veille qui permettra l’anticipation, c’est-à-dire d’agir pour éviter que certaines menaces n’émergent ou pour favoriser la venue d’opportunités. Les multiples défis liés au climat, à l’énergie, aux risques géopolitiques et financiers et à la sécurité s’invitent dans cet agenda, mais trop souvent sans avoir été anticipés. La phrase attribuée à Talleyrand et souvent répétée par Hugues de Jouvenel selon laquelle quand c’est urgent, c’est déjà trop tard, prend tout son sens dans notre début de siècle. Ces difficultés renforcent le rôle et l’importance de l’administration et des fonctionnaires, qui contribuent à définir les enjeux et à fixer l’agenda politique, et donc les politiques qui seront mises en œuvre [30]. Elles n’exonèrent pas le reste de la société, en particulier les entreprises.

Le rôle joué par la prospective en tant qu’outil de gouvernance dans la définition de l’agenda politique est bien connu de tous les praticiens, en particulier lorsque cette prospective est hautement participative et délibérative et implique les parties prenantes, les acteurs et même les citoyennes et citoyens [31]. L’objectif de la gouvernance anticipative est de s’assurer que l’agenda n’est pas constamment défini par des événements dramatiques, martelés quotidiennement, et des crises successives. Je me souviendrai longtemps des réponses qui m’ont été faites lorsqu’après les inondations de 2021, j’ai proposé la mise en place d’un programme tous azimuts d’anticipation des risques et catastrophes, en particulier sur le plan territorial : « nous avons déjà trop de travail avec la réparation des événements de la Vesdre » [32]

 

3.7. Etre audacieux et délivrer

Comme la présidente de la Cour des comptes l’a rappelé en ouverture de la journée du 21 mars 2025, la clef des politiques réussies est certainement la formulation claire des objectifs en cohérence avec une vision collective des finalités. Cela implique, pour les élues et les élus, de la communication et surtout, de la pédagogie : ce que nous devons faire, pourquoi et comment nous allons le faire, quelles en seront les conséquences à court, moyen et long terme. Pourquoi la société en sera bénéficiaire. Les décideurs diront quand ils vont atteindre leurs objectifs (l’efficacité), comment ils vont utiliser leurs ressources de manière optimale (l’efficience), quelle sera la qualité des produits et services, sur quelle base démocratique légitime ils vont œuvrer, avec quelle responsabilité et quelle transparence…

Bref, une nouvelle culture institutionnelle pour le politique : être audacieux et délivrer.

On revient sur les critères de performance de Christopher Hood et Ruth Dixon [33].

 

4. Conclusion : être à la hauteur des complexités

Ancien ministre de la Reconstruction, Jean Rey (1902-1983) écrivait qu’en politique les échéances finissent toujours par arriver, et ce n’est pas résoudre les problèmes que de les ignorer [34].

Les problèmes de la Wallonie sont nombreux, même si, contrairement à ce qui est souvent affirmé, les Wallonnes et les Wallons ne manquent pas de courage pour y répondre.

La transformation de la Wallonie ne se fera pas par un coup de baguette magique activée par un gouvernement ou un ministre-président, quelles que soient leurs qualités. Un changement profond ne se fait que par une dynamique collective, mobilisant toutes et tous dans un but commun. En outre, cette transformation se fait dans le temps long et les spécialistes de la transformation savent qu’elle passe par le ou les conflits.

Le changement est un processus lent. C’est pourquoi, dans mes conclusions de la journée d’étude du 21 mars au Parlement de Wallonie, je citais la devise du Général Koutouzov selon Léon Tolstoï : Temps et patience. Interrogé en septembre 2024 par Thierry Fiorilli pour Forbes sur le temps nécessaire au redressement de la Wallonie, j’estimais qu’il faudrait au moins deux législatures pour y parvenir et que, de surcroît, si on ne parvient pas à embarquer l’ensemble des forces vives, de ceux qui créent la richesse, on n’y arriverait pas [35].

Le changement passe par le conflit. Comme l’écrivent les prospectivistes de l’Université de Melbourne : si de nouvelles idées sont poursuivies avec compétence et vigueur, les conflits sont généralement inévitables… Le chemin qui mène du conflit à la négociation est souvent long et ardu. Il nécessite des compétences de haut niveau, de la persévérance et du soutien. Certains conflits restent « bloqués » à ce stade. Mais dans d’autres cas, une solution est trouvée et le conflit causé par l’impact du nouveau sur l’ancien est résolu. Certaines nouvelles suggestions sont légitimées de manière sélective. Le conflit, on le voit, est aussi un facteur de temporalité [36].

Il ne faut pas se cacher non plus l’importance d’une étape démocratique essentielle au milieu de cette décennie de transformation 2024-2034 : les élections législatives de 2029, occasion d’expliquer les changements en cours, de les évaluer, de les réorienter, de les accentuer ou de les arrêter…

Quoi qu’il en soit, la Wallonie, nos citoyennes et nos citoyens attendent de nous toutes et tous que nous soyons à la hauteur des complexités de ce monde et de notre situation au sein de celui-ci.

 

Philippe Destatte

@PhD2050

 

[1] Bruno WATTENBERGH, Performance ou robustesse ? Un faux dilemme pour les dirigeants lucides, dans L’Écho, 30 juillet 2025. https://www.lecho.be/opinions/general/opinion-performance-ou-robustesse-un-faux-dilemme-pour-les-dirigeants-lucides/10617690.html

[2] Voir par exemples : Alain EHRENBERG, Performance, dans Sylvie MESURE et Patrick SAVIDAN, Le dictionnaire des sciences humaines, p. 860-862, Paris, Puf, 2006-2019. – Olivier HAMANT, Antidote au culte de la performance, La robustesse du vivant, coll. Tracts, n°50, Paris, Gallimard, 2023. Ce qui est frappant dans les travaux d’Olivier Hamant, c’est que, probablement pour la bonne raison de la défense du vivant et de la biodiversité, il réduit volontairement sa définition de la performance à un gain d’efficacité et d’efficience, et le plus souvent anthropocentrée. O. HAMANT, La troisième voie du vivant, p. 23, Paris, Odile Jacob, 2022.

[3] Alain REY, Dictionnaire historique de la langue française, t. 2, p. 1845, Paris, Le Robert, 2022.

[4] The action or process of performing a task or function, in Angus STEVENSON, Oxford Dictionary of English, p. 1320, Oxford, Oxford University Press, 3rd ed., 2010.

[5] Évaluer les programmes socio-économiques, Glossaire de 300 concepts et termes techniques, coll. MEANS, vol. 6, p. 67, Commission européenne, Fonds structurels communautaires, 1999.

[6] Laurent GUYON, Performance, dans Laurence LEMOUZY dir., Glossaire de la gouvernance publique, p. 102, Paris, ISMaPP, 2011.

[7] Richard MARCEAU & Francine SYLVAIN, Dictionnaire terminologique de l’Évaluation, : politiques, programmes, interventions, La dimension conceptuelle, p. 69-71, Québec, GID, 2014.

[8] Christopher HOOD & Ruth DIXON, A Government that worked better and cost less?, Evaluating three decades of reform and change in UK central government, p. 17-18, et 52-99, Oxford, Oxford University Press, 2015.

[9] Glossary of Key Terms in Evaluation and Results-Based Management for Sustainable Developpement (English, French, Spanish), p. 46, Paris, OECD, Second Edition, 2023.

[10] The lesson from DOGE’s failure returns us to the fundamental question: efficient at what, and for whom? DOGE proved efficient at dismantling oversight, efficient at creating chaos, efficient at serving the interests of those who benefit from weakened democratic institutions. But it failed catastrophically at its stated purpose of improving government performance or reducing deficits. Mariana MAZZUCATO, Efficiency at What and for Whom?, How Doge represents the latest chapter in the fifty year project to dismantle the state, Mission Economics, August 1, 2025. https://marianamazzucato.substack.com/p/efficiency-at-what-and-for-whom?r=2e6t1

[11] Philippe BERNOUX, Sociologie du changement dans les entreprises et les organisations, p. 51, Paris, Seuil, 2010.

[12] Michel CROZIER et Ehrard FRIEDBERG, L’acteur et le système, Les contraintes de l’action collective, Paris, Seuil, 1977.

[13] James Brian QUINN, Strategies for Change, Local incrementalism, Homewood Ill., Irwin, 1980.

[14] Charles H. SMITH, Transformation and regeneration in social systems: A dissipative structure perspective, in Systems Research, vol. 3, 4, Dec. 1986., p. 203-213. https://onlinelibrary.wiley.com/doi/abs/10.1002/sres.3850030404 – Voir aussi David AUTISSIER, Isabelle VANDANGEONN-DERUMEZ, Alain VAS, Kevin J. JOHNSON, Conduite du Changement, Concepts-clés, 60 ans de pratiques héritées des auteurs fondateurs, p. 18-19, Paris, Dunod, 2024.

[15] Doudou, Ducasse rituelle, Dragon, Mons, Programme 2025. https://www.mons.be/fr/doudou/ducasse-rituelle/combat-dit-lumecon/personnages/dragon

[16] Jacob TORFING, Rethinking Public Governance, p. 108, Cheltenham UK – Northampton MA, Edward Elgar, 2023.

[17] Ibidem, p. 109.

[18] Ibidem, p. 110.

[19] Ph. DESTATTE, La coconstruction, corollaire de la subsidiarité en développement territorial, Blog PhD2050, Hour-en-Famenne, 3 août 2023.

[20] Ph. DESTATTE, Pour une gouvernance démocratique capable de construire des politiques publiques et collectives performantes, Blog PhD2050, Namur, le 12 mars 2025. (Background paper pour la journée d’étude du 21 mars 2025 au Parlement de Wallonie Progresser dans les outils de transformation de la Wallonie).

https://phd2050.org/2025/03/12/gouvernance-democratique-performante/

[21] Ph. DESTATTE (dir.), Des politiques publiques et collectives performantes, Progresser dans les outils de transformation de la Wallonie, Namur, Institut Destrée, 2025.Voir : https://www.institut-destree.eu/politiques-publiques-performantes.html

[22] Ph. DESTATTE, Accroître la rationalité des décisions par l’analyse préalable d’impact, Namur, 4 octobre 2020, Blog PhD2050, https://phd2050.org/2020/10/04/impact/

[23] Jean HINDRIKS et Alexandre LAMFALUSSY, La densité politique et les écarts régionaux révèlent un potentiel de simplification et de rationalisation, Itinera, 15 juin 2024.

https://www.itinera.team/fr/publications/rapports/la-densite-politique-et-les-ecarts-regionaux-revelent-un-potentiel-de

[24] Comment la supracommunalité et les fusions peuvent-elles répondre aux défis des communes à l’horizon 2030 ? Programme 2025 de la Plateforme d’Intelligence territoriale wallonne, https://www.institut-destree.eu/intelliterwal.html – Voir également : Ph. DESTATTE, Une métropole liégeoise en 2042 : 700.000 habitants sur 800 km2, Blog PhD2050, Liège, 7 mai 2025. https://phd2050.org/2025/05/09/2042/

[25] Un fédéralisme fort et simplifié, Contribution de l’Institut Destrée au débat public sur l’avenir institutionnel de la Belgique, Namur, Institut Destrée, 13 juin 2022. https://www.institut-destree.eu/wa_files/institut-destree_gtri_federalisme_fort-et-simplifie_2022-06-13.pdf

[26] Intégration structurelle des budgets départementaux dans le plan pluriannuel, Rapport de la Cellule budgétaire, Service du Premier Ministre, Programmation de la Politique scientifique, Bruxelles, 13 décembre 1993.

[27] « Évaluation, prospective et développement régional » : des outils pour aider la Wallonie à orienter sa stratégie, dans L’Écho, 4 juillet 2001, https://www.lecho.be/actualite/archive/archive/Evaluation-prospective-et-developpement-regional-des-outils-pour-aider-la-Wallonie-a-orienter-sa-strategie/8677065.html

[28] Patrice DURAN, Penser l’action publique, p. 192-193, Paris, Droit et société, 2010. –

[29] Jean LECA, D’où vient l’analyse des politiques publiques, dans Steve JACOB et Nathalie SCHIFFINO coord., Politiques publiques, Fondements et prospective pour l’analyse de l’action publique, p. 62, Bruxelles, Bruylant, 2021.

[30] Lucia VESNIC ALUJEVIC, Eckhard STOERMER, Stress-testing of policy options using foresight scenarios : a pilot case, Publications Office of the European Union – JRC, Luxembourg, 2023.

[31] Ph. DESTATTE, Citizens ‘Engagement approaches and methods in R&I foresight, Brussels, European Commission, Directorate-General for Research and Innovation, Horizon Europe Policy Support Facility, 2023.

https ://op.europa.eu/en/publication-detail/-/publication/d5916d5f-1562-11ee-806b-01aa75ed71a1/language-en/format-PDF/source-288573394

[32] Philippe DESTATTE, Catastrophes, De la culture du risque à l’affrontement de l’incertitude, Hour-en-Famenne, Blog PhD2050, 10 décembre 2022. https://phd2050.org/2022/12/10/catastrophes/

[33] C. HOOD & Ruth DIXON, A Government that worked better and cost less ?…, p. 23, 45 et 52.

[34] Jean REY, État présent des problèmes wallon, p. 454, dans Le Flambeau, n°5, 1950, p. 449-458.

[35] Thierry FIORILLI, Défis et enjeux pour la nouvelle majorité MR/Engagés : peuvent-ils redresser la Wallonie en 5 ans ? dans Forbes Belgique, 31 décembre 2024. https://www.forbes.be/fr/defis-et-enjeux-pour-la-nouvelle-majorite-mr-engages-peuvent-ils-redresser-la-wallonie-en-5-ans/

[36] Conflicts arise for many reasons. If new ideas are pursued with skill and vigour then conflicts are usually inevitable (…) The path from conflict to negotiation is often a long and arduous one. It calls for high-level skills, persistence and support. Some conflicts get permanently ‘stuck’ at this stage. But in other cases a resolution is found and the conflict caused by the new impacting on the old is resolved. Some new suggestions are selectively legitimated. Richard A. SLAUGHTER, Luke NAISMITH, Neil HOUGHTON, The Transformation Cycle, Melbourne, Swinburne University of Technology – Australian Foresight Institute, 2004.

Lille, Nouveau Siècle, 5 juin 2002 [1]

C’est avec raison que, le 3 mars 2000, Jean-Louis Dethier soulignait lors d’une journée consacrée par l’Institut Destrée à la gouvernance régionale, que l’évaluation, au sens où elle émergeait de ces travaux, apparaît comme une discipline nouvelle, et novatrice en ce qu’elle se distingue, voire s’oppose à l’évaluation-contrôle et à l’évaluation-sanction [2]. Et le vice-président Wallonie-Bruxelles de Deloitte de motiver le caractère innovant de la démarche évaluative en Wallonie par trois arguments :

– son approche systématique, documentée, raisonnée d’un ensemble d’actions ou de fonctions destinées à en mesurer la pertinence, l’efficacité, l’efficience, la durabilité ;

– son apport d’un cadre et des éléments de réflexion visant à améliorer la conception et la mise en oeuvre de ces actions ou fonctions ;

– son ouverture et la prise en compte de l’ensemble – et donc de chacune – des parties prenantes, qu’elles soient commanditaires, réalisatrices ou bénéficiaires, afin d’assurer la prise en compte des informations dont elles sont porteuses et de leur permettre de s’approprier les enseignements de l’évaluation.

En inscrivant l’évaluation au cœur même de la gouvernance, comme outil de la démocratie délibérative associant les citoyens, les entreprises et l’Etat face à des enjeux communs, la Société wallonne de l’Evaluation et de la Prospective, dont le même Jean-Louis Dethier est devenu le premier président, a voulu positionner les parties prenantes au cœur même de la conception de l’évaluation qu’elle a prônée et prône encore en Wallonie.

La genèse de la création de la SWEP et l’élaboration de sa charte du 29 avril 2000 expliquent largement ce positionnement.

 

Les parties-prenantes au cœur même de l’évaluation – Image Justlight – Dreamstime

 

1. L’évaluation comme outil au service de la prospective territoriale

Flashback. Le concept d’évaluation s’est affirmé, en Wallonie, au travers d’au moins quatre démarches parallèles :

– une exigence externe classique, appliquée aux territoires européens et provenant de la Commission européenne, particulièrement pour les Fonds structurels après 1994 ([3]);

– un cheminement interne au travers de l’administration wallonne ([4]) et d’opérateurs professionnels (consultants privés et universités) : le travail de fonctionnaires comme Jean-Marie Agarkow, Daniel Collet et Luc Vandendorpe à l’économie régionale, celui des professeurs Henri Capron (DULBEA, ULB), Michel Quévit (RIDER, UCL), Alain Schoon (Fucam), etc. ;

– la démarche du Parti écologiste qui, lors de son arrivée au sein du gouvernement wallon en juillet 1999, a annoncé clairement son intention de mettre en oeuvre des stratégies d’action et l’évaluation des politiques publiques, contenues dans son programme, nourries par le Rapport Viveret ainsi que par les travaux du Conseil scientifique de l’Evaluation. Plusieurs négociateurs Ecolo ont fait de l’évaluation l’un des chevaux de bataille de leur participation lors de la constitution du Gouvernement wallon lors de l’été 1999 ([5]).

– la société civile enfin, au travers notamment de la dynamique La Wallonie au futur, de son opérateur l’Institut Destrée et de la Société wallonne de l’Evaluation et de la Prospective.

C’est ce dernier point qui sera développé ici.

 

La dynamique La Wallonie au futur, a réuni plusieurs milliers de citoyens depuis 1987 en quatre exercices de prospective territoriale dont une conférence-consensus. En 1997 et 1998, l’évaluation a trouvé sa place dans cette démarche. Cette évaluation était certes modeste par ses ambitions, par ses moyens, par ses méthodes. Elle n’en est pas moins importante, pour plusieurs raisons.

D’abord, par sa nature. Que l’on en juge : un organisme non-gouvernemental posi­tionné au sein de la société civile, porteur d’une réflexion sur la Région et d’un dialogue stratégique avec les élus régionaux, décide de lancer une évaluation formelle de ses travaux menés depuis près de dix ans. Il le fait, non pas de manière exploratoire, mais sur base de trois constats formulés par son Comité scientifique :

– la société wallonne apparaît frappée dans son développement par un blocage culturel ;

– les exercices de prospective menés depuis 1987 et l’analyse qui y avait été faite de la société wallonne n’ont pas permis d’éviter ou de répondre à ces blocages ;

– la société a évolué depuis 1987 : si certaines des pistes proposées depuis 1987 ont été suivies, d’autres ne l’ont pas été parce qu’elles ne se sont pas avérées pertinentes ou parce que la société n’était pas prête à les accepter.

Il s’agit donc d’une démarche endogène, autonome, née du souci de comprendre une situation afin d’y répondre, tout en mesurant a posteriori l’action qui a été menée par les acteurs au sein du système.

Ensuite la démarche est importante par l’a priori méthodologique qu’elle adopte immédiatement. La note qui sert de départ aux travaux précise la notion d’évaluation. Son auteur, qui s’appuie sur les travaux de Gérard Figari [6], souligne la nécessité de rendre claire la notion d’évaluation pour qu’elle apparaisse bien comme un processus de collecte de données permettant de construire des décisions potentielles, plutôt que comme un mécanisme de contrôle et de vérification ‑ pour lequel ni l’Institut Destrée ni le congrès La Wallonie au futur ne sont habilités.

 

2. La Wallonie au futur : évaluer l’évolution de la société

La démarche d’évaluation de La Wallonie au futur, qualifiée d’étrangère à celle d’un audit externe, se veut construite sur un cadre référentiel précis comportant trois volets :

– une évaluation des politiques préconisées par les congrès La Wallonie au futur;

– une évaluation des politiques réellement menées par la Région wallonne depuis 1987;

– une évaluation des structures et des filières, c’est-à-dire des dispositifs [7], mis en place entre les différents acteurs de la société : les entreprises, les institutions politiques, administratives et sociales, les universités et l’ensemble des institutions éducatives, sur base des interactions préconisées par les congrès La Wallonie au futur.

Dès lors, il s’agit d’appliquer, à la société wallonne tout entière, la technique du pilotage préconisée en 1996, lors d’une conférence-consensus traitant du système éducatif.

Menée à partir du Comité scientifique, l’évaluation a été réalisée par des collaborateurs de l’Institut Destrée, appuyés méthodologiquement par Jean-Louis Dethier, alors administrateur délégué de la société CEMAC. Le travail mené de septembre 1997 à août 1998 a mis en œuvre plusieurs techniques de collectes et d’analyses :

‑ reconstitution des objectifs et des logiques d’action,

‑ présentation des constats,

‑ réalisation de plus d’une cinquantaine d’interviews de décideurs politiques, économiques et administratifs de très haut niveau (ministériel, secrétaires généraux d’Administration, chefs d’entreprises,

‑  dépouillement de plusieurs centaines de questionnaires et documents d’évaluation en vue de la réalisation d’un rapport thématique.

Ce rapport allait constituer la base d’un travail de plusieurs mois sollicitant des réactions par notes écrites et finalement d’interpellations directes des acteurs pour permettre leur repositionnement.

 

3. L’évaluation comme processus de responsabilisation

Le congrès de deux jours, tenu en octobre 1998 à l’Université de Mons, a fait émerger l’évaluation, à côté de la contractualisation et de la prospective, comme un outil innovant de gouvernance, décrit comme porteur en termes stratégiques [8].

Trois propositions précises, destinées à favoriser le développement d’une évaluation qualifiée de « démocratique » suivaient le constat d’un déficit de culture de l’évaluation au sein de la Région wallonne :

– Première proposition : la nécessité de responsabiliser le citoyen. L’enjeu affirmé n’était plus seule­ment de faire réfléchir les acteurs, mais de leur offrir des lieux où forger des solutions concrètes, défendables et gérables, de façon à créer les conditions de la participation responsable de tous au processus de modernisation de la société. Ainsi, le rapport préconisait la création d’une Société wallonne de l’Evaluation.

– Deuxième proposition : la nécessité de responsabiliser l’administration. Il s’agissait avant tout de souligner l’importance de l’administration comme soutien fondamental au projet de société construit pour la Wallonie. Le Congrès a proposé la création d’une cellule de développement et de stimulation gouvernements – administrations.
Cette dynamique impliquait, à court terme, de développer une culture d’évaluation dans l’administration régionale, en généralisant les expériences d’évaluation menées depuis 1994.

– Troisième proposition : la nécessité de pouvoir disposer d’une batterie d’indicateurs fiables, qualifiée de première condition d’une stratégie de développement. Or, le constat du congrès est celui d’un désastre statistique wallon : données lacunaires ou tardives, indicateurs de qualité de vie liés au développement durable, au bien-être social, ou à la santé régionale, peu ou pas existantes, informations trop difficilement accessibles, etc.

En conclusions, le rapporteur général affirmait que l’évaluation – qui n’est ni le contrôle, ni l’audit – est souvent invoquée en Wallonie mais rarement mise en œuvre, car elle subit souvent la méfiance et la culpabilisation potentielle à laquelle elle reste trop souvent assimilée. Constatant que l’évaluation ne saurait déboucher sur une sanction mais était, au contraire, porteuse de remédiation, le rapporteur général appelait à mettre en place, sur l’exemple français, une véritable méthodologie régionale de l’évaluation, avec l’aide des universités, afin d’en promouvoir un usage stratégique qui permette, in fine, une réinterprétation des objectifs et des programmes.

 

4. La Société wallonne de l’Evaluation et de la Prospective

Dans les mois suivant ce congrès, l’Institut Destrée a activé une dynamique de formation et de benchmarking (étalonnage ou parangonnage) pour s’approprier un minimum d’expertise, au moins théorique, dans le domaine de l’évaluation et se confronter aux acteurs de terrain : EES, SFE, C3E, SCE, SQEP, AES, IOCE, UKES, etc., toute cette cabalistique pour évaluateur averti.

Toutefois, c’est avec un sentiment d’urgence que, au retour de la Conférence de Rome de l’EES, et avec la complicité de Jean-Louis Dethier, la Société wallonne de l’Evaluation et de la Prospective a été ébauchée fin 1998, l’écriture à deux d’une première charte sur une nappe de restaurant datant des premières semaines de 1999. Elle prendra forme le 24 novembre 1999 lors d’une première rencontre d’acteurs très divers ‑ chefs d’entreprises, fonctionnaires, consultants, élus, responsables d’associations, chercheurs – qui ouvrent un vaste chantier de six groupes de travail destinés à construire un socle commun d’expertise et à préparer – parallèlement aux statuts et avant tout dépôt de ceux-ci au journal officiel – la rédaction d’une charte fondatrice de la nouvelle association. Au milieu de ces travaux, le 3 mars 2000, l’Institut Destrée organisa directement le colloque sur l’évaluation au niveau régional (cité plus haut), en croisant experts internationaux et acteurs locaux, colloque dans lequel la SFE était particulièrement bien représentée.

Si le travail de préparation fut souvent très pédagogique et nuancé dans l’échange fructueux entre acteurs, particulièrement dans les questions touchant à l’éthique, aux modèles et standards dans le groupe de réflexion où on retrouvait Luc Lefebvre et Frédéric Varone [9], la rédaction de la charte s’est résolument inscrite dans une vision que d’aucuns auraient qualifiée de « gauchiste », si elle n’avait pas été directement inspirée par le Programme de Management public (PUMA) de l’OCDE [10].

Ainsi, l’évaluation qui a été prônée – et reste prônée – par la Société wallonne de l’Evaluation et de la Prospective s’inscrit résolument dans les exigences de la bonne gouvernance et notamment, l’émergence de la société civile et le développement de la démocratie participative ainsi que la distinction entre la stratégie du politique et les discours stratégiques émanant de la société civile. On reconnaît d’ailleurs dans cette dernière formule la griffe du professeur Michel Quévit, président du Comité scientifique du Congrès permanent La Wallonie au futur [11].

 

5. La charte de la SWEP : l’évaluation dans la nouvelle gouvernance

Les rédacteurs de la charte ont refusé de définir l’évaluation comme un jugement pour lui préférer l’idée océdéenne d’analyse. Le centre de gravité de la charte se situe dans la partie intitulée « l’évaluation à promouvoir » qui précise que :

Toute évaluation nécessite la collaboration et le dialogue de ses principaux parti­cipants, à savoir les mandataires, les évaluateurs, les bénéficiaires des politiques, pro­grammes, projets ou fonctions, ainsi que des parties prenantes, c’est-à-dire les particuliers ou les organismes qui s’intéressent à la politique ou au programme évalué ainsi qu’aux résultats de l’évaluation [12] .

Cette définition des parties prenantes est, mot pour mot, celle de PUMA.

Certains verront peut-être une forme de contraction, voire d’intégrisme, dans le fait – très discuté lors de l’élaboration du document – que la charte accorde le statut d’évaluation à l’évaluation proprement dite, telle que promue par la Société euro­péenne de l’Evaluation, évaluation qualifiée de « démocratique » et ou « participative », selon les cas. Cette évaluation applique une éthique qui permet le positionnement clair et transparent tant du donneur d’ordre que de ses différents acteurs par rapport au résultat de l’évaluation. Tout autre dynamique nous paraît relever du contrôle, de l’audit ou de l’étude externe.

La charte va encore plus loin lorsqu’elle définit le rôle de la SWEP et plus particuliè­rement sa vocation d’interpellation des décideurs. Ainsi, la charte dispose que :

en réaction aux risques de manipulations ou de dérives d’une démarche qui serait uniquement menée par des experts, la conception participative de l’évaluation des politiques publiques ouvre celle-ci aux acteurs économiques et sociaux ainsi qu’à la société civile. Lorsque les différentes parties prenantes sont représentées au sein d’une instante d’évaluation, elles apportent leurs différentes compétences au projet d’évaluation, et lui assurent pluralisme et pluridisciplinarité. En ce sens, une évaluation et une réflexion prospective doivent associer, selon des modalités adéquates, des représentants des entités évaluées (connaissance du terrain), des représentants d’associations représentatives des publics concernés, des spécialistes des diverses disciplines requises, des membres des corps d’inspection et de contrôle (pour leur connaissance des modes de fonctionnement du secteur concerné), ainsi que des représentants des secteurs publics et privés concernés (pour une approche comparée).

On le voit, la notion de parties prenantes se trouve réellement au centre de la vision que la SWEP a donnée de l’évaluation. Ce concept, qui a été à nouveau débattu lors d’une des dernières réunions du Bureau de la SWEP, a été – nous l’avons dit – défini par PUMA [13].

De même, dans ses théories sur le gouvernement d’entreprise, l’OCDE, sa direction des affaires financières, fiscales et des entreprises, utilisait ce concept pour définir la gouvernance et y considérait comme parties prenantes, en plus des dirigeants de l’entreprise, des administrateurs et des actionnaires, les salariés et la collectivité dans laquelle elle est située [14].

Certes, ainsi que Jacques Toulemonde l’enseigne lors des séminaires de formation C3E, l’évaluateur, au moins dans ses recommandations, a traditionnellement comme tâche de se faire l’avocat des parties prenantes, y compris les citoyens, qui n’ont pas eu droit à l’attention de l’évaluation.

On se situe ici, au delà de ce devoir moral et déontologique.

L’administrateur délégué et président du Comité exécutif de Dexia, M. Pierre Richard, considère que l’évaluation est peut-être l’élément clef de la bonne gouvernance, introduire dans son analyse le concept de droit d’évocation de problèmes par la société civile [15].

On est là, je crois, au cœur de la construction de l’évaluation avec les parties prenantes, en faisant de ce processus un acte démocratique plutôt qu’une pratique administrative. Eric Monnier n’écrivait-il pas que le défi de la prochaine décennie sera de faire sortir l’évaluation de l’administration et d’impliquer totalement les élus au pouvoir et dans l’opposition puis, dans un second temps, les citoyens eux-mêmes [16]. Eric Monnier donnait d’ailleurs quelques pistes intéressantes pour faire progresser cette idée :

– s’appuyer sur les Parlements comme garants de la participation des parties prenantes même si on sait que cela ne constitue pas une pratique en Europe [17].

– prendre en compte l’importance pour le développement de l’évaluation d’un équilibre des pouvoirs au sein d’une même collectivité mais aussi entre différents niveaux de gouvernement  [18].

Certes, la mise en œuvre est périlleuse. L’Institut Destrée s’y est attelée – en dilettante certes – mais au point, quand même, que son directeur a pu être considéré comme un apprenti-sorcier. En lançant, avec l’appui méthodologique de Marie-Claude Malhomme, un processus d’évaluation d’un changement stratégique entamé depuis trois ans, l’Institut Destrée a mis en avant le concept de « parties prenantes identifiées », considérant que toute personne ou groupe s’estimant partie prenante mais non sollicitée pourrait s’associer à la démarche, en son cœur même. On se situe dans la logique du droit d’évocation.

Ce travail ne saurait être abordé ici et maintenant. D’ores et déjà, nous en mesurons toute la difficulté opérationnelle et notamment celle qui consiste à formuler et prioriser des questions et un agenda de travail qui satisfassent des acteurs éclectiques. On rejoint la question du débordement d’intérêt figurant en bonne place dans la Note d’étape sur la charte de la SFE.

 

Conclusion : valoriser l’évaluation à l’aune de la démocratie délibérative

C’est avec raison que l’on peut considérer que l’évaluation reste un objet flou [19]. Au moins deux courants de pensée y coexistent : d’une part, celui d’une évaluation parfois qualifiée de scientifique, qui se veut détachée du terrain et en quête d’une légitimité extérieure au sujet ; d’autre part, la vision d’une évaluation comme instrument de gouvernance voire de démocratie participative, délibérative, ou même directe [20].

Dans tout pays démocratique où les acteurs ont conçu l’évaluation comme un moyen et non comme une fin, il importe que les bénéficiaires d’une politique participent activement à son évaluation.

Ainsi peut-on imaginer que l’évaluation soit, dans un avenir très proche, valorisée à l’aune de la participation des citoyens et de la démocratie délibérative, comme c’est actuellement le cas pour le foresight, dans le domaine de la prospective européenne. Il s’agit de faire participer l’évaluation à cette « nouvelle frontière » que constitue le partenariat entre les administrations, les citoyens et les organisations de la société civile dans l’élaboration et le suivi des politiques [21].

Le degré d’association des parties prenantes est bien au centre de la problématique de l’évaluation. Cette association éclaire la culture de l’évaluation car elle permet de clarifier ce qui relève de l’audit, du contrôle, du suivi, de la vérification. Seule l’évaluation ouverte apparaît ainsi porteuse de sens dans le cadre de la nouvelle gouvernance. Cette clarification est indispensable pour les associations-sœurs que sont la Société française d’Evaluation et la Société wallonne de l’Evaluation et de la Prospective. Peut-être pourraient-elles, sur ce sujet important, mener une réflexion conjointe débouchant sur une vision francophone ou européenne, face à la confusion anglo-saxonne en cette matière. Cette confusion, nous ne manquerons pas de la retrouver sur notre route lors de la constitution prochaine et formelle du réseau mondial de l’évaluation IOCE [22].

L’une de nos prochaines assises constituerait une excellente occasion d’aborder cette réflexion fondamentale.

 

 

Philippe Destatte

@PhD2050

 

[1] Cet exposé a été donné en séance plénière des Quatrièmes journées françaises de l’évaluation, organisées par la Société française de l’Évaluation à Lille, au Nouveau Siècle, le 5 juin 2002 sous le titre : La nouvelle gouvernance en Wallonie : les parties prenantes au cœur même de la conception de l’évaluation.

[2] Jean-Louis DETHIER, Sept réponses à sept questions sur la pratique  de l’évaluation et la Wallonie, dans Philippe DESTATTE dir., Evaluation, prospective et développement régional,  p. 177, Charleroi, Institut Jules-Destrée, 2001.

([3]) Luc VANDENDORPE, De l’évaluation des politiques régionales à une politique régionale de l’évaluation en Wallonie, dans Christian DE VISSCHER et Frédéric VARONE éd., Evaluer les politiques publiques, Regards croisés sur la Belgique,  p. 67-78, Louvain-la-Neuve, Bruylant-Academia, 2001.

[4] Jean-Marie AGARKOW et Luc VANDENDORPE, L’évaluation des politiques publiques en Wallonie, dans Ph. DESTATTE, Evaluation…, p. 83-95. – Carine JANSEN et Jean-Paul SANDERSON, La pratique de l’évaluation en Région wallonne : l’exemple des plans sociaux intégrés, dans Ph. DESTATTE dir., Evaluation…., p. 97-104. – Charles DEBOUCHE, Evaluation environnementale de l’agriculture, dans Ph. DESTATTE dir., Evaluation…, p. 105-124. –  Olivier LOHEST et Béatrice VAN HAEPEREN, Evaluation du fonctionnement du parcours d’insertion en Région wallonne, coll. Discussion Papers, Service des Etudes et de la Statistique, Avril 2001. – Alain SCHOON, L’évaluation des politiques publiques en Région wallonne : la vision d’un évaluateur, dans Christian DE VISSCHER et Frédéric VARONE éd., Evaluer les politiques publiques…, p. 79-94.

[5] Le Programme d’Ecolo pour renforcer la démocratie, Fiche 1, Délibérer et évaluer les politiques publiques, Namur, Ecolo,1999. – Le Programme Fonction publique d’Ecolo, Fiche 2, Une autre manière de gouverner avec l’administration, Namur, Ecolo, 1999. – Le Programme Fonction publique d’Ecolo, Fiche 3, Evaluer et choisir les instruments adaptés, Namur, Ecolo, 1999.

[6] Gérard FIGARI, Évaluer : quel référentiel ? coll. Méthodologie de la recherche, p. 27-29, Bruxelles, De Boeck, 1994.

[7] Manière dont sont disposées les pièces, les organes d’un appareil; le mécanisme lui-même – (Petit Robert, 1993).

[8] La Wallonie au futur, Sortir du XXème siècle : Évaluation, innovation, prospective, coll. Etudes et documents, Charleroi, Institut Jules-Destrée, 1999. – Sur cette dynamique, voir Ph. DESTATTE, Les questions ouvertes de la prospective wallonne ou quand la société civile appelle le changement, dans Territoires 2020, Paris, Datar, Juin 2001, p. 139-153.

[9] Luc LEFEBVRE, Rapport du Groupe Éthique, modèles et standards, dans Ph. DESTATTE dir., Evaluation…, p. 367-376.

[10] Guide des meilleures pratiques à suivre pour l’évaluation, PUMA, Note de synthèse n°5,  Paris, OCDE, Mai 1998.

[11] Michel QUEVIT, Quel travail de prospective pour la Wallonie ?, dans Ph. DESTATTE dir., Evaluation, prospective et développement régional…, p. 319.

[12] On trouvera la Charte de la Société wallonne de l’Evaluation et de la Prospective en annexe de l’ouvrage susmentionné : Ph. DESTATTE dir., Evaluation, prospective et développement régional….

[13] Guide des meilleures pratiques à suivre pour l’évaluation, PUMA, Note de synthèse n°5…,  p. 3.

PUMA_Guide-Meilleures-pratiques_Evaluation_OCDE_Mai-1998

[14] William WITHERELL, Le gouvernement d’entreprise : un fondement essentiel de l’économie mondiale, OCDE, Direction des Affaires financières, fiscales et des entreprises, 16 novembre 2000 (document aimablement communiqué par Serge Roland).

[15] Interview de Pierre Richard par Jean-Pierre Elkkabach, le 18 mars 2002 sur Europe 1 à 30.

[16] Eric MONNIER, Etat des pratiques d’évaluation dans les pays européens, dans Christian DE VISSCHER et Frédéric VARONE éd., Evaluer les politiques publiques, p.  63.

[17] E. MONNIER, État des pratiques d’évaluation dans les pays européens,  p. 58.

[18] E. MONNIER, État des pratiques d’évaluation dans les pays européens, p. 56.

[19] L’expression est de Steve JACOB et Frédéric VARONE, L’évaluation des politiques publiques : état des lieux au niveau fédéral, dans Administration publique, Revue de droit public et des sciences administratives,  Bruxelles, Bruylant, t.2/2001, p. 121.

[20] Pour une typologie fine mise en discussion, voir Richard MURRAY, Citizen’s Control of Evaluations, Formulating and Assessing Alternatives, dans Evaluation, vol. 8, 1, Janvier 2002, p. 81-100.

[21] Des citoyens partenaires, Information, consultation et participation à la formulation des politiques publiques, p. 56, Paris, OCDE, 2001.

[22] International Organization for Cooperation in Evaluation (IPCE) : https://ioce.net

Intervention de Philippe Destatte en synthèse à la journée d’étude

Progresser dans les outils de transformation de la Wallonie

Namur, Parlement de Wallonie, 21 mars 2025

 

Madame la Présidente de la Cour des Comptes,

Mesdames, Messieurs,

Chères et chers collègues,

Cette journée d’étude fut, assurément, riche en réflexion et enseignements pour ses participantes, participants et aussi pour ses organisateurs.

La volonté d’organiser la rencontre de ce 21 mars 2025 s’est imposée à nous dès cet été. En effet, pour transformer la Wallonie, la Déclaration de politique régionale du 11 juillet 2024 appelle à construire des politiques publiques de long terme, ajustables, transparentes et objectivées [1]. Ce positionnement rejoint celui de la Commission européenne qui, particulièrement depuis 2017, souhaite que les gouvernements adoptent une manière de travailler permettant de garantir des décisions politiques préparées de manière ouverte et transparente, éclairées par les meilleures données factuelles disponibles et soutenues par la participation des parties prenantes [2]. Ainsi, dans le cycle de la conception de politiques publiques et collectives efficientes, la disponibilité et la qualité des données, la pertinence des objectifs, la cohérence des décisions, l’allocation des ressources, et le suivi de la mise en œuvre apparaissent comme des phases essentielles dont il faut améliorer les outils. Ces sont également ces enjeux qui ont fait l’objet des trois tables rondes de cette rencontre. C’est pour cette raison qu’il a semblé important de rappeler l’existence, au moins théorique, du processus des politiques publiques et collectives [3].

 

Parlement de Wallonie – 21 mars 2025 – Photo Li Bia Moment – Copyright Institut Destrée – Droits SOFAM

 

Cette journée d’étude avait donc pour finalités de contribuer à ouvrir ce chantier et à susciter d’autres initiatives plus spécialisées, ainsi que des dynamiques d’apprentissage et de formation.

À l’issue de cette après-midi intense, je commencerai mon intervention par remercier :

– Madame la Présidente de la Cour des Comptes, Florence Thys, qui a structuré nos travaux, tant par son discours introductif qu’en acceptant de veiller, au perchoir, sur le bon déroulement de nos travaux ;

– l’ensemble des intervenantes et intervenants des différentes tables rondes et leurs animatrices et animateur : Emma Ortmann, Agnès  Flémal et Christian Bastin, par leur travail de préparation en amont et leur animation rigoureuse, ils ont sans nul doute favorisé l’innovation ;

– vous toutes et vous tous pour votre intérêt et votre présence dans la maison de la démocratie wallonne ;

– toute l’équipe du Parlement de Wallonie pour son accueil et son appui technique ;

– enfin, l’équipe de l’Institut, sous la direction de Paul Delforge, ainsi que celle de Li Bia Moment pour les photos et captations vidéos, de même que le traiteur Jonathan Minne pour ses douceurs.

Madame la Présidente Thys, ce n’est ni pour vous séduire ni vous faire venir à cette tribune que j’avais écrit mon admiration pour la Cour des Comptes, son travail et son éthique. En effet, toute ma carrière professionnelle, à différentes fonctions, a été marquée par des relations d’une très haute qualité avec des conseillers et auditeurs de la Cour qui, chaque fois, ont porté ces valeurs essentielles de l’action publique avec un très haut professionnalisme. Ils m’ont également beaucoup appris. Je veux en citer trois en particulier : Pierre Joly, qui fut – comme conseiller budgétaire – mon plus proche collègue et ami à la Politique scientifique fédérale,  Franz Wascotte avec qui nous avons participé à la fondation de la Société française d’Évaluation (SFE) puis, avec d’autres ici, à la Société wallonne de l’Évaluation et de la Prospective (SWEP), et enfin, Serge Roland. Je partage encore beaucoup de temps avec ce dernier, non seulement parce que c’est un spécialiste en gouvernance et évaluation des politiques publiques, mais aussi parce qu’il est, depuis que je préside l’Institut Destrée, trésorier de notre asbl. Dans les temps d’incertitude que chacun connaît, cela contribue fortement à la crédibilité de la gestion de nos finances.

Ce que vous avez dit dans votre keynote, Madame la Présidente, me paraît essentiel, en particulier sur base des exemples et audits que vous avez mentionnés. Ils sont particulièrement éclairants sur la gouvernance wallonne et confortent, sans cruauté excessive, nos constats sur des questions fondamentales. J’ai notamment relevé :

– la problématique de la formulation des objectifs à atteindre ;

– la vision des finalités à poursuivre ;

– la disponibilité et la collecte de données exploitables et fiables ;

– l’accessibilité et la réalité des moyens budgétaires ;

– la nécessité d’analyses prospectives et d’impact préalable en amont des constructions de politiques publiques ;

– l’adéquation des ressources humaines mobilisées (en nombre et en expertise) ;

– la maîtrise de l’information sur le pilotage des politiques ;

– la transparence de la mise en œuvre ;

– la capacité de corriger, d’infléchir ou d’accélérer les politiques lancées.

Toutes ces exigences constituent un chantier permanent dont vous nous avez rappelé à la fois l’ampleur, mais aussi l’ambition et la nécessité de s’en saisir.

Pour progresser dans les outils de transformation de la Wallonie, et après avoir entendu votre exposé et les trois tables rondes, je relève cinq défis transversaux pour lesquels nous devrons toutes et tous nous mobiliser.

 

1. Le premier défi est celui de l’élévation du niveau de qualité de ce que nous produisons et délivrons : les données, les objectifs, la décision publique, les actions, les mesures et les produits

Dans ces matières, tout regard complaisant est ennemi de la qualité ou de l’excellence que nous voulons atteindre. Toute donnée statistique pertinente est une information précieuse pour les politiques publiques, toute évaluation est source d’apprentissage et non un jugement qui sanctionne.

Travailler en aveugle est la pire chose qu’on puisse imaginer pour construire des politiques publiques, a dit Jean Hindriks. Or, comme l’a rappelé d’emblée Emma Ortmann, disposer de données de qualité reste un défi en Belgique. La qualité est d’abord celle de l’heuristique. Quand vous n’avez pas d’accord sur ce qu’est le réel, quand vous n’avez pas d’objectivation de ce qu’est le réel, alors tout devient une opinion, a justement rappelé Sébastien Brunet. Or, dans un régime démocratique, cette donnée est une construction sociétale qui doit prendre en compte les besoins citoyens.

 

Dans un État fédéral, l’interopérabilité des données doit être exemplaire. Non seulement, au niveau horizontal, entre les administrations et services d’un même niveau de gouvernance, mais également entre ces niveaux. Il s’agit d’un facteur de succès du fédéralisme belge, comme de l’intégration européenne. Or, au niveau wallon, l’interopérabilité n’est pas suffisamment pensée, a-t-on observé : de nombreux systèmes coexistent. Dès lors, les gestionnaires de données opèrent quasi tous de manière un peu différente.

Le principe de l’amélioration continue nécessite de ne plus faire moins bien qu’avant, a rappelé Philippe Defeyt. C’est particulièrement vrai pour les données qui manquent dans certains domaines de connaissance comme celui, dorénavant tellement important, du vieillissement. Rendre accessibles les données, tout comme les rapports de recherche, est essentiel. En Wallonie, les Cabinets et les administrations cultivent encore une culture du secret d’un autre âge, préjudiciable à la transparence démocratique, mais surtout à la qualité de la recherche. Il faut donc améliorer de manière tangible tant la collecte que le stockage et la diffusion des données, condition du bon pilotage des politiques publiques et collectives. Cette transparence, Michaël Van Cutsem l’a rappelé, est également une vertu à appliquer aux rapports d’évaluation.

On ne saurait non plus négliger la nécessité de se projeter dans le futur avant même la mise en œuvre d’une politique : évaluation prospective, anticipation, analyse préalable d’impact, recherche des effets systémiques et implication des acteurs dans les analyses sont des démarches qui ont été mentionnées. Le contexte budgétaire difficile – pas seulement en Wallonie – rend l’évaluation de plus en plus compliquée, voire menaçante pour les acteurs concernés. Ce qui la rend probablement aussi de plus en plus nécessaire.

Dans une démocratie qui se veut vivante et efficiente, le Parlement de Wallonie est un lieu appelé à jouer un rôle de plus en plus important pour prendre des initiatives en matière d’audit, d’évaluation, d’analyses anticipatrices. La Présidente Florence Thys a confirmé l’intérêt du Bureau du Parlement d’aller en ce sens, notamment par une sollicitation accrue de la Cour des Comptes.

En matière d’évaluation, la question du temps, de la temporalité est centrale. Il faut pouvoir identifier suffisamment tôt (early warning) que l’on n’atteindra pas l’objectif attendu, que les moyens budgétaires, les dispositifs opérationnels ou les processus administratifs ne permettront pas de délivrer les résultats attendus dans les temps requis. Sans vouloir évaluer tout, tout le temps et dans tous les sens, Pol Fyalkowski a préconisé une forme de planification par le gouvernement des politiques qui seraient évaluées pendant la législature, en ciblant les processus les plus utiles, et dont les résultats feraient l’objet d’une communication. Cette dernière n’a de sens que si la connaissance produite est appropriable et traduite en options opérationnalisables de politiques publiques et collectives. Il est également possible, comme l’a relevé Paul-Louis Colon, de faire de l’économie circulaire de la connaissance évaluatrice, c’est-à-dire de capitaliser sur ce qui a été analysé dans des circonstances proches, réutiliser, recycler ce qui existe.

 

 2. Le deuxième défi est celui de l’apprentissage pour élever le niveau de compétences dans les outils de transformation

Élever le niveau de compétences constitue assurément la première étape pour surmonter ce strategic gap cher à l’Américain Igor Ansoff (1918-2002) et à Agnès Flémal. L’ancien directeur de projet à la Rand Corporation et grand concepteur du management stratégique faisait en effet de la qualité du capital humain un levier majeur pour atteindre les objectifs visés : les écarts de compétences permettent de mieux cerner les transformations nécessaires [4].

Il s’agit également de placer dans l’organisation ou le dispositif, les bonnes personnes au bon endroit. Il est également essentiel de développer en interne des compétences pour être en capacité de les activer quand elles sont nécessaires et, ainsi, gagner en autonomie. C’est surtout important de trouver des personnalités qui disposent des capacités et des expériences de transformation du système et de gestion du changement. Frédéric Panier a indiqué à quel point cette tâche était complexe et nécessitait souvent de faire appel à de nouveaux profils, extérieurs à l’organisation et capables de l’activer. Il faut également former des personnels à l’accompagnement du changement et leur permettre de développer des expériences dans ce domaine pour véritablement professionnaliser les acteurs du changement.

Si les savoir-faire sont nécessaires pour les processus, ils le sont également pour les données. Il s’agit d’un travail d’apprentissage de grande ampleur : dès l’école, une acculturation à la grammaire statistique est nécessaire, en développant, comme l’a souligné Vanessa Baugnet, la capacité de s’abreuver aux bonnes sources, de les collecter, de les critiquer également. Stéphane Vince a insisté sur l’apprentissage de la présentation des données, de manière ouverte, transparente et complète. Comme on se trompe parfois tant dans le reporting, le calcul ou l’interprétation, cette transparence permet les corrections d’erreur.  Personnellement, je pratique cette méthode depuis longtemps qui consiste à copier sous mon graphique les lignes et colonnes de données qui ont servi à l’élaborer. Cela permet aux lecteurs attentifs et bienveillants, comme mon collègue administrateur de l’Institut Destrée, Luc Simar, d’attirer mon attention sur mes distractions.

Renforcer la culture de l’évaluation, l’appropriation de ses travaux, constitue également, comme Cécilia De Decker l’a souligné, une nécessité d’ordre pédagogique. Cela doit se pratiquer également avec les citoyennes et citoyens à qui on doit donner un feedback sur les résultats, en particulier quand ils se sont investis dans la démarche.

 

3. Le troisième défi est celui de l’ambition et de la hauteur des ressources mobilisées et donc également, de la concentration des actions et des moyens pour atteindre des masses critiques, faire levier et permettre la transformation

Ajouter des priorités à des priorités pour que tout semble devenir prioritaire n’a évidemment aucun sens. C’est également pour cette raison que les plans ne sont pas toujours opérationnels, car, fondamentalement, ils dispersent les objectifs, les moyens, les ressources et les efforts. Il faut donc apprendre à faire des choix stratégiques. La question de la granularité des objectifs et des impacts attendus est centrale, ainsi que plusieurs intervenants l’ont souligné. Olivier Vanderijst a demandé qu’on évite le spray and pray (vaporiser et prier), ce qui implique d’être sélectif, de s’interroger sérieusement sur les priorités, sur les moyens, sur les effets désirés et attendus, sur l’efficacité et l’efficience de ce qui va être entrepris, sur la cohérence des mesures d’autant que l’on construit des approches transversales.

Il s’agit également de pouvoir, quand c’est nécessaire, mettre des moyens importants et adéquats en place, tout en vérifiant, de manière itérative, les conditions de leur mise en œuvre. Cela doit se faire dans des logiques de long terme, dépassant les rythmes des agendas politiques quinquennaux. Tout en évitant, Raymonde Yerna l’a observé, de laisser des politiques conjoncturelles dériver de manière non fondée en politiques structurelles, sans autre raison que le fait qu’on n’ait ni pensé à les réinterroger ni programmé de remettre en cause leur pertinence. La gestion par objectifs, livrables et délais est donc essentielle.

Le contexte budgétaire régional, mais aussi global s’est transformé et est devenu critique : il faut désormais simplifier, rationaliser, pour amplifier, créer des synergies, mutualiser les ressources. Dans le même temps, il est indispensable d’armer les opérateurs et acteurs, y compris l’administration en leur ouvrant un surcroît de capacités et d’autonomie. Ainsi, le mandataire, sur le terrain, doit être celui qui doit avoir l’initiative d’engager les ressources, humaines et budgétaires, qui permettront d’obtenir les résultats attendus. Responsabiliser sans donner du pouvoir est absurde, a-t-on dit. La confiance est donc ici aussi essentielle.

Oser aborder les enjeux de front, adresser les problèmes de fond en élevant notre ambition est essentiel si nous souhaitons surmonter les difficultés, les dysfonctionnements, les insuffisances de nos stratégies publiques et collectives.

 

4. Le quatrième défi est celui de la création de sens pour identifier une situation désirée de moyen ou de long terme qui pousse à la transformation

Pourquoi agir ? Pourquoi créer de la valeur ? Pourquoi décarboner ? Pourquoi performer ? Pourquoi la Wallonie ? sont des questions auxquelles beaucoup n’ont pas de réponses.

Rendre la fonction publique plus sexy, plus attractive peut, cela a été dit, donner plus de sens à l’action des agents. On peut aussi évoquer les incitants financiers inspirés du monde privé marchand. La noblesse de faire partie de la fonction publique doit être une réalité, dans le vécu comme dans le regard qu’on lui porte. Cela ne veut pas dire qu’il faut que cette fonction publique vive dans la misère.

Et puis surtout, le sens passe par la responsabilisation des personnes, responsabilisation qui leur donne un cap, un horizon clair, une mission qui les motive, pour autant que les élues, élus et responsables n’essayent pas de tout baliser, tout réglementer, qu’ils laissent des latitudes et des choix pour celles et ceux qui sont quotidiennement sur le terrain. La condition sine qua non de la transformation, a-t-on dit, c’est de laisser de la liberté de gestion, de laisser au management la capacité de choisir ses collaboratrices et collaborateurs, de choisir ses ressources. Autant il est important que le politique accompagne la mise en œuvre, autant il doit laisser aussi de la liberté de prendre des initiatives adaptées à l’évolution de l’environnement.

La question du sens passe aussi, on l’a dit, par une meilleure prise en compte des dimensions et des enjeux sociétaux, des enjeux nouveaux de la société, des nouveaux types de données, d’indicateurs. Cela implique aussi de produire des données qui elles-mêmes ont du sens, qui font véritablement avancer la connaissance au profit de la société, comme le préconisent les Nations unies en insistant sur l’utilisation d’indicateurs de soutenabilité.

Et puis, dans ce registre du sens, la question de la raison d’être des politiques publiques a été posée. On peut en effet parfois se demander quelles sont l’actualité et la réalité dans le moment présent de finalités et d’objectifs, qui ont été identifiés voilà bien longtemps, même dans certains cas, voici quelques décennies. Cette observation nous rappelle l’importance de la rénovation des enjeux, rénovation notamment déterminée par des outils prospectifs. Cela nous renvoie évidemment à l’indispensable processus de veille permanente qui était sur l’image du cycle des politiques publiques et collectives, en première page du feuillet présentant le programme de cette journée d’étude [5].

 

5. Le cinquième défi est celui de la communalité, de notre capacité à construire un monde commun

Vous vous souvenez peut-être de ce mot commonality qui a été développé notamment par l’entrepreneur britannique Azeem Azhar dans son ouvrage Exponential [6]. Ce concept pose la question de ce que pouvons mettre en commun pour réussir la transformation.

Cela signifie qu’il faut cesser de penser que la transformation est juste l’affaire du gouvernement ; qu’elle ne relève ni de ma responsabilité, ni de mes budgets, nie de mes ressources, ni de mon temps. Ce concept pose donc la question du faire ensemble, de travailler avec ses pairs, de chasser en meute comme on dit dans les entreprises d’innovation ouverte ou de coopétition, c’est-à-dire d’abord mettre en cohérence les efforts qui, hier, étaient disparates. Seule cette implication collective est de nature à nous permettre de faire face au nouveau paradigme. Travailler le plus possible ensemble, pour renforcer nos apports mutuels et avoir davantage d’efficacité, a-t-on dit lors de la table ronde animée par Christian Bastin.

Cette mobilisation est également celle des citoyennes et des citoyens, dans une logique de Citizen science ou de renforcement de l’expertise des acteurs et aussi de l’expertise d’usage avec les acteurs de terrain, celles et ceux qui sont témoins des réalités, celles et ceux qui les vivent.

Communalité rime aussi avec transformation culturelle, c’est-à-dire changer de modèle. Comment entrer dans un modèle où culturellement, au niveau des mentalités, la qualité de la mise en œuvre, l’efficacité, l’efficience et la performance prennent une place suffisante, qu’elle ne soit pas localisée dans une partie du pays, dans une partie de la région, mais aussi qu’elle soit inscrite dans tous nos regards, comme devrait l’être l’esprit d’entreprendre.

Comment pouvons-nous changer tous ensemble et pas avec, d’une part, certains qui tirent, et, d’autre part, d’autres qui se laissent tirer ? Et, c’est aussi un point qui a été souligné, quand faut-il que le décideur s’empêche d’écouter les acteurs pour forcer des décisions ? Notamment, quand on veut éviter le plus petit dénominateur commun qui n’aura aucun impact sur le système.

 

Conclusion : le temps, la patience et l’action quotidienne

Permettez-moi de conclure.

Heuristique rigoureuse, suivi ouvert des données, évaluations ex ante, in itinere, ex post, analyse préalable d’impact, prospective et anticipation, spending review, monitoring, etc. quand, comment et pourquoi mobiliser ces outils, avec quelles philosophie, compétences et ressources ? Voici quelques questions qui ont été abordées lors de cette journée dont le fil conducteur a été l’activation de politiques publiques performantes.

Les objectifs de la rencontre étaient les suivants :

– prendre conscience des forces et faiblesses des acteurs de la Wallonie en matière de policy design ;

– réaffirmer la volonté d’une amélioration de la trajectoire de développement de la Wallonie au travers de la mobilisation des outils et démarches permettant de rencontrer les exigences de politiques publiques orientées vers les résultats plutôt que construites autour de la consommation des ressources ;

– échanger sur les bonnes pratiques déjà existantes dans l’administration et les entreprises afin de porter le changement vers une Wallonie plus performante.

Seuls un peu de recul et une analyse sérieuse nous permettront d’affirmer que nous avons atteint ces objectifs que nous voulions ambitieux.

Mais tout n’est pas dans les outils.

Les temps présents nous font vivre des transformations majeures où la violence d’État, qui est, elle aussi, une forme d’action publique et collective, nous apporte chaque jour son lot de dévastations et de drames humains : dans les Grands Lacs, aux frontières de l’Ukraine et de la Russie, au Soudan, au Yémen, en Syrie et bien sûr en Palestine et en particulier à Gaza.

Remettre sur sa table de chevet La Guerre et la Paix de Léon Tolstoï (1828-1910) est, en cette période, plus utile que jamais. Dans l’épilogue de son livre magistral, publié de 1863 à 1869, le romancier de la complexité pose deux questions.

La première question de Léon Tolstoï est : qu’est-ce que le pouvoir ?

Le pouvoir, répond-il, découle des rapports d’un personnage déterminé avec d’autres personnages, et il ajoute : ces rapports sont tels que, moins ce personnage prend part à l’action commune, plus il exprime d’opinions, d’hypothèses, de justifications, au sujet de cette action en cours [7].

Surtout dans la politique collective, démocratiquement contractualisée, l’élu ne saurait être au balcon. Il doit être en première ligne, donner le sens, l’impulsion, veiller constamment à la mise en œuvre, pour enfin pouvoir se dire et mettre en évidence à la fin de son mandat le fait qu’il a atteint ses objectifs, qu’il a – comme on l’a souligné – obtenu des gains d’efficacité, gagné en efficience. Et que, pour cette raison, il sera réélu. Il l’aura fait avec un soft leadership, bien entendu. Le despotisme que certains cultivent ou appellent aujourd’hui de leurs vœux peut donner à la société le repos, non le salut écrivait déjà en 1892 le titulaire de la chaire d’Économie politique de l’Université de Liège, Émile de Laveleye (1822-1892), dans le Gouvernement dans la démocratie [8].

La seconde question de Léon Tolstoï est : quelle est la force qui met les peuples en mouvement ?

Il répond que le mouvement des masses n’est produit ni par le pouvoir ni par l’activité intellectuelle, ni par l’union de l’un et de l’autre (…), mais par l’activité de tous ceux qui prennent part aux événements (…) [9]

Cette problématique de la gouvernance démocratique me tient à cœur depuis longtemps [10]. Le CEO d’AKT for Wallonia l’a rappelé : c’est celle de l’équilibre de la cocréation avec et entre les acteurs et le leadership politique.

En effet, nous ne pouvons pas douter du fait que les portes de la transformation s’ouvrent par le bas, par le travail quotidien des parties prenantes – parmi lesquelles, bien entendu l’Administration -, les acteurs, les citoyennes et les citoyens. Comme l’observait Luc Bernier, professeur à l’École nationale d’Administration du Québec, qui lui aussi fréquente l’auteur d’Anna Karénine, c’est le cumul des décisions dans les tranchées administratives qui finit par composer ce qui est mis en œuvre [11]. Je dirai de mon côté que l’implémentation des politiques collectives est d’abord un dur travail de fantassin dans les tranchées de la gouvernance démocratique.

On l’a compris, la réussite de la transformation de la Wallonie n’est pas une mince affaire. Soyez-en persuadés : la qualité de la gouvernance doit être la force qui met la Wallonie en mouvement. Cette transformation nécessite de s’y mettre immédiatement. Elle s’inscrira, soyons-en certains, dans la durée.

Rappelons-nous que la devise du Maréchal Michaïl Koutouzov (1745-1813), si cher à Tolstoï, vainqueur de Napoléon, était : TEMPS ET PATIENCE.

Nous avons fait nôtre depuis longtemps cette maxime du prince de Smolensk. Ce qui ne nous empêche pas d’agir au quotidien, avec volontarisme, comme nous l’avons fait ensemble aujourd’hui.

Je vous en remercie.

 

Philippe Destatte

@PhD2050

Sur le même sujet : Pour une gouvernance démocratique capable de construire des politiques publiques et collectives performantes (12 mars 2025)

 

[1] Déclaration de Politique régionale wallonne, Avoir le courage de changer pour que l’avenir s’éclaire, Législature 2024-2029, Namur, 11 juillet 2024.

https://www.wallonie.be/sites/default/files/2024-07/DPR2024-2029.pdf

[2] Better Regulation Guidelines, Commission Staff Working Document, p. 5sv, 7 Juillet 2017 (SWD (2017) 350). https://www.europarl.europa.eu/RegData/docs_autres_institutions/commission_europeenne/swd/2017/0350/COM_SWD(2017)0350_EN.pdf

[3] Philippe DESTATTE, Pour une gouvernance démocratique capable de construire des politiques publiques et collectives performantes, Blog PhD2050, Namur, le 12 mars 2025. (Background paper pour la journée d’étude du 21 mars 2025 au Parlement de Wallonie Progresser dans les outils de transformation de la Wallonie).

https://phd2050.org/2025/03/12/gouvernance-democratique-performante/

[4] Igor H. ANSOFF, Strategic Management, London, Palgrave Macmillan, 1979. – I. H. ANSOFF, Corporate Strategy, London, Penguin Books, 1988.

[5] Processus des politiques publiques et collectives, dans Feuillets de la Wallonie, mars 2025, p. 1. https://www.institut-destree.eu/wa_files/2025-03-21_institut-destree_outils-transformation_journee-etude.pdf

[6] Azeem AZHAR, How Accelarating Technology is leaving us behind and what to do about it, p. 254-258, London, Random House, Business, 2021.

[7] Léon TOLSTOÏ, La Guerre et la Paix, coll. Bibliothèque de la Pléiade, p. 1586-1587, Paris, Gallimard-NRF, 1952.

[8] Émile de LAVELEYE, Le gouvernement dans la démocratie, t. 2, p. 208-211, Paris, Félix Alcan, 2ed., 1892.

[9] et, ajoute Tolstoï, fort de son observation de la Révolution française, qui se groupent de telle façon que ceux qui agissent le plus directement sont les moins responsables, et réciproquement. Ce qui vaudrait une autre analyse…

[10] Voir Ph. DESTATTE, La coconstruction, corollaire de la subsidiarité en développement territorial, Hour-en-Famenne, Blog PhD2050, 3 août 2023, https://phd2050.org/2023/08/03/la-coconstruction-corollaire-de-la-subsidiarite-en-developpement-territorial/ – Ph. DESTATTE dir., Contrats, territoires et développement régional, Charleroi, Institut Destrée, 1999.

http://www.wallonie-en-ligne.net/1999_Contractualisation/Philippe-Destatte_dir_Contrats-territoires-et-developpement-regional_Institut-Destree_1999.pdf

[11] Luc BERNIER, La mise en œuvre des politiques publiques, dans Stéphane PAQUIN, Luc BERNIER et Guy LACHAPELLE, L’analyse des politiques publiques, p. 257, Montréal, Les Presses de l’Université de Montréal, 2010.

Hour-en-Famenne, le 15 mars 2025 [1]

Ce matin, le gouvernement a prêté serment devant le Roi. Ce fut un moment solennel et important, à la lumière de la gravité de la situation que nous vivons. Le mode de fonctionnement tout à fait inhabituel du Parlement ces jours-ci en témoigne d’ailleurs. Je me trouve aujourd’hui devant la Chambre, lucide, déterminée et entièrement dévouée à la mission qui s’impose à nous.

 Le monde, l’Europe et la Belgique traversent actuellement une période sans précédent. Le COVID-19 constitue un grave péril pour la santé de la population. Il nécessite la prise de mesures inédites et exceptionnelles pour protéger tout un chacun. C’est pourquoi nous devons collaborer dans un esprit d’unité nationale, main dans la main. (…)  [2]

C’est ainsi que s’exprime – en néerlandais – Sophie Wilmès, ancienne et nouvelle Première ministre, à la Chambre des Représentants le 17 mars 2020 après-midi, devant moins de quinze députés et uniquement le groupe restreint de ministres qu’on désigne par Kern.

Photo Dreamstime – Coronalert

 

1. Les effets alarmants d’une maladie méconnue

En effet, depuis quelques semaines, le coronavirus appelé Covid-19 se répand en Belgique comme dans le reste du monde. Ce qui est désigné alors comme une pandémie a pris un caractère officiel et dramatique depuis l’annonce du directeur général de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) le 11 mars : 118.000 cas sont recensés dans 114 pays, 4291 décès ont été établis. Même si l’organisation se veut volontariste, l’inquiétude de l’OMS est patente. Comme l’annonce son patron : nous n’avions jamais vu auparavant de pandémie déclenchée par ‎un coronavirus. Il s’agit de la première pandémie causée par un ‎coronavirus. ‎Et jusqu’à présent, nous n’avons jamais vu de pandémie qui, dans le ‎même temps, peut être maîtrisée.  [3]

Ainsi, citoyennes et citoyens sont appelés à la prudence devant les effets alarmants d’une maladie qui est alors largement méconnue. Les entités fédérées dont les gouvernements, sont en place depuis l’été 2019, ainsi que les pouvoirs locaux, prennent ou appliquent, avec plus ou moins d’enthousiasme et de détermination, les premières mesures préconisées. Dès le 10 mars, la Région wallonne interdit les visites dans les maisons de repos où les locataires sont considérés comme des cibles fragiles du virus qui semble très agressif [4]. La crise au niveau belge est suivie par le Conseil national de Sécurité (CNS) auquel participent les représentants des entités fédérées.

Depuis les élections législatives du 26 mai 2019, le gouvernement fédéral est en affaires courantes. La Première ministre Sophie Wilmès pilote, depuis le 27 octobre 2019, une équipe composée du MR, du CD&V (les sociaux-chrétiens flamands) et de l’Open VLD pendant que les négociations de formation d’un gouvernement se poursuivent entre partis politiques. Le 13 mars 2020, le plan fédéral d’urgence est déclenché sur base des déclarations de l’OMS et des réunions du CNS des 10 et 12 mars [5].

 

2. 18 mars 2020 – 11 mars 2022 : des mesures exceptionnelles

Le nouveau gouvernement minoritaire Wilmès II, mis en place le 17 mars, prend dès le lendemain des mesures exceptionnelles qui laissent la population sous le choc et la plongent dans l’incrédulité et le désarroi. En effet, l’arrêté ministériel portant des mesures d’urgence pour limiter la propagation du coronavirus Covid-19, dispose que :

Article 1er. Les commerces et les magasins sont fermés, à l’exception : – des magasins d’alimentation, y compris les magasins de nuit ; – des magasins d’alimentation pour animaux ; – des pharmacies ; – des librairies ; – des stations-service et fournisseurs de carburants et combustibles ; – des coiffeurs, lesquels ne peuvent recevoir qu’un client à la fois et sur rendez-vous. Les mesures nécessaires doivent être prises pour garantir le respect des règles de distanciation sociale, en particulier le maintien d’une distance d’1,5 mètre entre chaque personne. (…)

 Art. 2. Le télétravail à domicile est obligatoire dans toutes les entreprises non essentielles, quelle que soit leur taille, pour tous les membres du personnel dont la fonction s’y prête.

Pour les fonctions auxquelles le télétravail à domicile ne peut s’appliquer, les entreprises doivent prendre les mesures nécessaires pour garantir le respect des règles de distanciation sociale, en particulier le maintien d’une distance d’1,5 mètre entre chaque personne. Cette règle est également d’application pour les transports organisés par l’employeur.

Les entreprises non essentielles dans l’impossibilité de respecter les mesures précitées doivent fermer. (…) [6]

L’arrêté ministériel interdit également les rassemblements, les activités privées ou publiques culturelles, sociales, festives, folkloriques, sportives et récréatives, celles des mouvements de jeunesse, ainsi que les cérémonies religieuses. Les cours sont suspendus dans l’enseignement maternel, primaire et secondaire. L’enseignement supérieur et les universités ne peuvent plus appliquer que l’enseignement à distance. Tous les voyages non essentiels au départ de la Belgique sont interdits.

Ainsi donc – et c’est l’article 8 du document – les personnes sont tenues de rester chez elles. Il est interdit de se trouver sur la voie publique et dans les lieux publics, sauf en cas de nécessité et pour des raisons urgentes. Celles-ci portent sur les déplacements vers les lieux dont l’ouverture est autorisée, et en revenir, l’accès aux distributeurs de billets des banques et des bureaux de poste, l’accès aux soins médicaux, l’assistance et les soins aux personnes âgées, aux mineurs, aux personnes en situation de handicap et aux personnes vulnérables, les déplacements professionnels, en ce compris le trajet domicile-lieu de travail.

Les articles 9, 10 et 11 de l’arrêté contiennent les dispositions à prendre par les services de police, les peines liées aux infractions, ainsi que les fermetures d’entreprises, les contraintes et les forces applicables [7].

Ce confinement strict se poursuit jusqu’au 30 avril 2020. Tout semble immobile sur le réseau routier. Les vagues de Covid se succèdent ensuite pendant deux ans, et au-delà. Avec de nouvelles mesures de confinement en octobre 2020 et octobre 2021, prises alors par le gouvernement du libéral flamand Alexander De Croo, gouvernement cette fois majoritaire et joliment dénommé Vivaldi, avec le renfort des écologistes flamands et francophones. Il succède au gouvernement Wilmès à partir du 1er octobre 2020.

Après le premier lock-down de 2020, des retours à la normalité s’organisent, avant de nouvelles restrictions liées à l’évolution du virus et à l’apparition de nouveaux variants : télétravail, port obligatoire du masque, distanciation sociale, « bulle » familiale réduite, traçage électronique des contaminés, couvre-feu, système de passeport numérique du Covid Safe Ticket (CST) comme condition d’accès aux activités et déplacements, etc. Cette situation stressante pour la population se poursuit jusqu’à l’abrogation de l’état d’urgence épidémique par l’arrêté royal du 11 mars 2022. Même si le virus poursuit sa carrière dans un contexte rendu pour lui plus difficile compte tenu des succès de la vaccination.

 

3. Plus d’un juriste songeur…

Au fil du temps, le Comité de Concertation (CoDECO), créé par les articles 31, 32 et 33 de la loi ordinaire de réformes institutionnelles du 9 août 1980 [8] – généralement inconnu du public jusqu’alors – va devenir le lieu de pilotage de la crise, et donc de la démocratie belge, durant cette inquiétante période. Retransmises à la radio et à la télévision, commentées sur les réseaux sociaux, les conférences de presse de ce Codeco laissent songeur plus d’un juriste.

Dans une réflexion amorcée avec ses étudiantes et étudiants de l’École de Droit de l’Université de Mons au cœur même de la crise, la professeure Anne-Emmanuelle Bourgaux a finement analysé les dérives et travers politiques, juridiques et institutionnels de la crise du Coronavirus. Dans Covid-19, la démocratie confinée, la constitutionnaliste observe une gestion surexécutive de la pandémie, menée par les chefs d’exécutif réunis au sein du Codeco. Ainsi, ont-ils concentré la décision entre leurs mains, reléguant les parlements dans l’ombre et en faisant fi de la répartition des compétences. Ainsi, cette gestion a-t-elle été privée des contrepoids inscrits dans notre ordre constitutionnel [9]. Pour la professeure à l’UMONS, les conséquences de cette politique ne sont pas minces : 1) l’État s’emballe, par une avalanche de normes provenant de différents niveaux et sources du fédéralisme belge, rendant l’action publique illisible, brouillonne et fragile juridiquement , 2) l’État punit , menant une politique répressive de plus en plus rigoureuse et intrusive sur des normes pénales qui ne sont pas toujours « claires, prévisibles et accessibles» , 3) l’État divise (activement et passivement), car la gestion de crise se fonde sur une distinction entre vaccinés et non vaccinés, entre activités nécessaires à la protection des besoins vitaux de la Nation et des besoins de la population, et celles qui ne le seraient pas, entre secteurs essentiels et non essentiels, avec des effets sur les familles et les activités professionnelles, 4) l’État sacrifie les jeunes. Pour Anne-Emmanuelle Bourgaux, compte tenu des données de l’organisme de santé publique Sciensano portant sur les risques sanitaires qu’ils couraient l’État belge a fait preuve d’un mélange de négligence et de sévérité à leur égard qui n’est pas justifié par leur bien-être, mais par le bien-être de leurs aînés, évoquant une maltraitance institutionnelle. [10]

 

4. Conclusion : 32.606 morts, une traversée de la peur, et ensuite ?

La crise du Covid, en 2020 et dans les années qui ont suivi, a constitué une expérience exceptionnelle pour toutes les sociétés qui l’ont vécue, et donc aussi pour les sociétés belges. En Belgique, le virus a tué 32.606 personnes en sept vagues, de mars 2020 à septembre 2022 [11]. Cette crise a avant tout été celle d’une peur collective, qui rappelait celles des grandes pandémies ancestrales, même en plein XXIe siècle, et avec une capacité scientifique qui a fait ses preuves, malgré tout. Traverser la peur a été, comme le rappelle Aurélien Rousseau, historien et directeur général de l’Agence de Santé d’Île-de-France pendant la crise du Covid, le lot de toutes celles et de tous ceux qui ont été en responsabilité, responsabilité des autres, et responsabilité de soi-même [12]. Alors qu’on aurait pu craindre des difficultés dans le travail des administrations de la santé récemment régionalisées après la réforme de l’État de 2014, celles-ci ont manifestement relevé l’essentiel des défis qui leur étaient assignés si on considère le défaut initial d’anticipation des risques [13]. En particulier celui de la vaccination massive de la population dans des délais d’urgence.

Cette traversée de la peur, n’en doutons pas, a ajouté au malaise citoyen qui avait été amorcé dès les années 1970. Il restera à en déterminer et à en mesurer l’ampleur et la profondeur quand le temps aura fait son œuvre.

 

Philippe Destatte

@PhD2050

[1] Ce texte a été écrit en 2024 et est extrait de mon ouvrage : Ph. DESTATTE, Histoire de la Belgique contemporaine, Société et institutions (1790-2020), coll.de l’École de Droit UMONS-ULB, p. 391-397, Bruxelles, Larcier-Intersentia, 2024.

https://www.larcier-intersentia.com/fr/histoire-belgique-contemporaine-9782807947436.html

[2] Chambre des Représentants, Compte rendu analytique, Séance plénière, 17 mars 2020, p. 1-2.

[3] WHO Director-General’s opening remarks at the media briefing on Covid-19 – 11 March 2020.

https://www.who.int/director-general/speeches/detail/who-director-general-s-opening-remarks-at-the-media-briefing-on-covid-19—11-march-2020 (2025-03-15)

[4] Éric DEFFET, Coronavirus : la Wallonie interdit les visites dans les maisons de repos, dans Le Soir, 10 mars 2020.

[5] Arrêté ministériel du 13 mars 2020 portant des mesures d’urgence pour limiter la propagation du coronavirus COVID-19, Moniteur belge, 13 mars 2020.

https://www.ejustice.just.fgov.be/cgi/article_body.pl?language=fr&caller=summary&pub_date=20-03-13&numac=2020030302

[6] Arrêté ministériel portant des mesures d’urgence pour limiter la propagation du coronavirus Covid-19…, 18 mars 2020.

[7] Ibidem.

[8] Moniteur belge du 15 août 1980.

[9] Anne-Emmanuelle BOURGAUX, Covid-19, La démocratie confinée, coll. Débats, Bruxelles, Éditions de l’Université libre de Bruxelles, 2023, p. 95.

[10] A.-E. BOURGAUX, Covid-19, La démocratie confinée…, p. 96-137. – Voir également François OST, Abécédaire d’une pandémie, Ce que le Covid révèle de notre société, Limal, Anthémis, 2022.

[11] J. JURCEVIC, R. EKELSON, S. NGANDA, N. BUSTOS SIERRA, C. VERNEMMEN, Épidémiologie de la mortalité de la COVID-19 en Belgique, de la vague 1 à la vague 7 (mars 2020 – 11 septembre 2022), Bruxelles, Sciensano, Juin 2023, p. 13. https://www.sciensano.be/sites/default/files/epidemiologie_de_la_mortalite_covid-19_en_belgique_de_la_vague_1_a_7.pdf

[12] Aurélien ROUSSEAU, La blessure et le rebond, Dans la boîte noire de l’État face à la crise, Paris, Odile Jacob, 2022, pp. 252-253. Ancien directeur de Cabinet d »Elisabeth Borne, Aurélien Rousseau a été ministre de la Santé et de la Prévention de la République française, du 20 juillet au 20 décembre 2023

[13] Voir : Évaluation des réponses au COVID-19 de la Belgique, Panorama, Paris, OCDE, 2023.

Cliquer pour accéder à evaluation-des-reponses-au-covid-19-de-la-Belgique-panorama.pdf

Namur, le 12 mars 2025

 

1. La capacité à élaborer des politiques publiques et collectives

 La manière dont un gouvernement aborde les problèmes de la société et la mesure dans laquelle il y parvient ne sont pas des questions abstraites, mais dépendent fortement de sa capacité à élaborer des politiques publiques et collectives (policy capacity) [1]. Les gouvernements qui performent aujourd’hui sont ceux qui ont compris que la gouvernance démocratique passe par une meilleure maîtrise des outils qui renforce cette capacité et que la complexité des enjeux nécessite une forte implication des acteurs dépassant de loin les anciens modes de consultation et de concertation [2]. C’est cette logique qui, depuis longtemps, me fait parler de politiques publiques et collectives, tant la contractualisation impliquant la coopération forte entre les différentes sphères de la gouvernance [3] apparaît comme la seule voie possible pour atteindre des finalités et les objectifs communs. Comme l’écrivaient en 2020 les professeurs Michael Howlett, M. Ramesh et Anthony Perl :

Il est important de noter que pour comprendre la capacité politique, il faut étendre l’examen au-delà du gouvernement lui-même, en reconnaissant qu’un large éventail d’organisations, telles que les partis politiques, les ONG, les entreprises privées et les organisations internationales, ainsi que de multiples agences gouvernementales, sont impliquées dans les processus politiques et que leurs capacités affectent donc les performances du gouvernement. En d’autres termes, les compétences et les ressources des gouvernements ont une contrepartie dans les ONG orientées vers la politique, qu’il convient d’entretenir pour que le gouvernement puisse être efficace. Par conséquent, si la capacité politique du gouvernement joue un rôle clé dans la détermination des résultats politiques, la capacité des autres parties prenantes dans l’élaboration des politiques est également un facteur important qui contribue à ce qui sera accompli [4].

Cette approche induit l’importance et l’utilité de l’amélioration des compétences et des aptitudes des acteurs, et donc aussi des citoyennes et citoyens, en matière de gouvernance lorsqu’il s’agit de faire face aux enjeux et besoins du présent et aussi d’anticiper ceux des futurs possibles.

Notons également que de nombreux analystes considèrent qu’il n’est plus de politique publique digne de ce nom qui ne soit collective [5]. Dès lors, leur définition de la politique publique elle-même intègre l’interaction des acteurs publics et privés, plus rarement des citoyennes et citoyens [6].

 

2. À la recherche d’un modèle de cycle des politiques publiques

C’est une longue tradition en science politique, depuis le professeur de Yale, Harold Lasswell (1902-1978) [7], que celle de tenter de construire, de manière davantage normative que descriptive, un modèle de cycle des politiques publiques (policies) pour favoriser la qualité des décisions et leur mise en œuvre. De sept étapes au départ, ce modèle a évolué et se transforme encore au gré des innovations des policy sciences, mais aussi des regards et expériences que portent et mènent les chercheurs et praticiens sur ces processus. D’autres modèles sont connus et surtout plus récents : on pense notamment à l’Harvard Policy Cycle [8] ou à celui de l’European Geosciences Union (EGU) [9], sans oublier de mentionner les travaux de Charles E. Lindblom et Edward J. Woodhouse [10], Thomas R. Dye [11], Paul Cairney [12], Michael Hill et Frédéric Varone [13], pour ne citer que ceux qui m’ont directement inspiré sur cette question. Tous sont d’accord pour considérer que la politique publique se modélise sous forme de cycle malgré le fait que ce processus est un phénomène extrêmement complexe qui rassemble un très grand nombre d’initiatives, de décisions et d’actions prises par une multitude d’acteurs et d’organisations. Du reste, eux-mêmes sont influencés tout au long de l’itération par d’autres opérateurs agissant à l’intérieur ou dans l’environnement du système [14]. Ce processus, malgré les représentations qui en sont faites, n’est évidemment pas linéaire dans la mesure où des va-et-vient et des rétroactions le font parfois ressembler à une procession d’Echternach. Quant à leurs utilités normatives, pratiques et descriptives, elles peuvent évidemment être mises en discussion [15].

Parallèlement, chacune et chacun peut observer que, durant cette période qui va de Harold Lasswell à Frédéric Varone, le paysage de la construction des politiques (policy design) a lui également fondamentalement changé et influé sur les processus. C’est peu dire que, malgré quelques résistances toujours visibles ou exprimées, nous sommes passés en quelques décennies du gouvernement orthodoxe [16] de l’État-nation démocratique à la gouvernance multiacteurs. Cette dernière tend peut-être à cette forme de gouvernementalité chère au philosophe français Michel Foucault (1926-1984) dans laquelle les citoyennes et citoyens participeraient activement à leur propre gouvernance puisque le gouvernement ne serait plus synonyme de l’État [17]. C’est, dans tous les cas, une préoccupation actuelle de la science et de la sociologie politique, [18] mais, convenons que nous sommes encore loin de cette formule : les associations font souvent écran aux citoyennes et citoyens, comme les syndicats aux travailleuses et travailleurs et les associations patronales aux entreprises.

Cette transformation de la gouvernance publique – le professeur Jacob Torfing de l’Université de Roskilde l’a bien décrite – est, dans le monde occidental, porteuse d’au moins dix évolutions :

– le passage d’une souveraineté fondée sur la représentation de l’intérêt général au leadership politique interactif avec les acteurs et les citoyens qui soutiennent les élus, en vue d’apporter des solutions nouvelles aux enjeux qu’ils leur font remonter ;

– le passage de la mise en œuvre conforme de programmes de politiques publiques vers la création de valeur pour les utilisateurs, les citoyens et la collectivité ;

– le passage d’une gouvernance et d’une gestion fondées sur le contrôle rigide vers une gouvernance et une gestion fondées sur la confiance, stimulant le dialogue entre les parties ;

– le passage de l’utilisation efficace des ressources publiques existantes vers la mobilisation de nouvelles ressources en mettant de plus en plus l’accent sur la coproduction et la cocréation ;

– le passage d’une coordination monocentrique vers une coordination multicentrique fondée sur la négociation avec une pluralité d’acteurs ;

– le passage de la gouvernance du pouvoir central en matière de réglementation économique et de politique sociale vers la gouvernance multiniveaux, depuis le local jusqu’à l’international ;

– le passage progressif de la puissance dure (hard power), fondée sur la coercition juridique et politique, vers l’utilisation d’une puissance douce (soft power) basée sur des normes volontaires et un dialogue continu ;

– le passage du leadership intraorganisationnel vers un leadership interorganisationnel dans les réseaux et les partenariats, qui ouvrent des espaces pour collaborer et mobiliser des ressources de l’économie et de la société civile ;

– le passage d’organisations publiques fondées sur la stabilité et l’amélioration continue vers des formes d’innovation disruptives pour résoudre des problèmes épineux en période d’incertitude ;

– le passage de la démocratie classique passive du citoyen-spectateur, électeur et client vers une démocratie interactive basée sur la participation directe et la délibération politique [19].

Cette nouvelle orthodoxie de la gouvernance publique est également promue et, dans une certaine mesure, portée par les institutions internationales – Banque mondiale, FMI, Nations Unies voire OCDE et Commission européenne – qui insistent sur les valeurs et les pratiques qui fondent la bonne gouvernance démocratique : le respect des droits humains et de l’État de droit, la transparence et l’imputabilité [20] du gouvernement, l’efficacité et l’efficience administratives, l’absence de corruption, l’inclusion démocratique, etc. [21].

Évidemment, je suis conscient que, depuis le début du XXIe siècle, ce modèle est challengé tant par les pratiques de l’économie numérique que par des tendances illibérales [22] qui modifient les styles de gouvernements, ce que le Brexit a révélé : le Royaume-Uni  est revenu à un ancien style, celui du gouvernement churchillien, alors que Downing Street avait été, depuis les années 1990, un lieu pionnier en matière de gouvernance [23]. Ces nouveaux changements de style s’appuient sur les évolutions technologiques : contrôle de l’internet, déploiement de réseaux sociaux sans réelle régulation, utilisation massive et désordonnée de l’intelligence artificielle, etc. Les styles de gouvernements ont également été profondément transformés par les effets de la pandémie de Covid-19 en 2020 et 2021 et sont affectés par les incertitudes que le changement climatique fait peser sur l’avenir. Ont été marquants les événements climatiques brutaux comme ceux qu’ont connus les régions de Rhénanie-Palatinat, de Rhénanie du Nord-Westphalie et de Wallonie en 2021. Derrière un discours très affirmé sur le retour de l’État comme sauvegarde et pilier de la civilisation, ces émergences ont d’abord constitué autant de stress tests sur la capacité des acteurs publics, mais aussi privés, à répondre aux enjeux dans des contextes de crises majeures. Ces émergences ont également constitué un terreau favorable pour l’apparition de personnalités populistes et messianiques qui, surfant sur des systèmes institutionnels souvent illisibles par le citoyen, challengent les règles et conduites de la démocratie libérale héritée du XVIIIe siècle. Leurs outrances renforcent encore davantage la nécessité d’une conduite rationnelle des politiques, appuyée par la recherche scientifique. Même si on connaît les limites de l’evidence-based policy [24]. Sous prétexte de bon sens et fort de leur propre leadership, ces personnalités négligent tant les enseignements de base des sociologues Michel Crozier (1922-2013) et Erhard Friedberg sur l’implication des acteurs comme condition du changement du système [25], que les démonstrations de l’économiste Mariana Mazzucato sur les capacités d’innovation de l’acteur public et la nécessité de construire des organisations publiques dynamiques [26]. Ils oublient également que l’effort de rationalité de l’action publique se fonde avant tout sur l’heuristique [27] et sur la justesse, la qualité, la disponibilité ainsi que la transparence des données, indicateurs et mesures [28] sans lesquelles la délibération tourne au café du commerce ou – devrait-on dire en mars 2025 – en Bureau ovale…

 

3. Un processus pour des politiques publiques et collectives de notre temps

Le modèle ici valorisé comprend le processus ou cycle politique lui-même (en bleu). Il est accompagné tout au long de son cheminement de deux dynamiques continues que nous avons voulu distinguer : le processus de veille (en orange) et celui d’évaluation (en vert). Ils couvrent l’ensemble du cycle. Le centre (en jaune) attire notre attention sur le fait que les parties prenantes sont impliquées durant l’ensemble du cycle (et pas seulement au début) pendant lequel elles interagissent avec les opérateurs des politiques publiques et collectives. Du reste, elles en sont également les opératrices.

Processus des politiques publiques et collectives (PhD2050, Mars 2025)

Les cinq phases du processus des politiques publiques et collectives sont les suivantes :

– l’identification des besoins et des enjeux ;

– la (co)construction et la compréhension des objectifs, des impacts et choix des ressources ;

– la légitimation gouvernementale, contractuelle, législative, réglementaire ;

– la mise en œuvre, le pilotage et le suivi, en adéquation avec les ressources ;

– l’analyse, les corrections, la poursuite ou l’arrêt des politiques.

 

3.1. L’identification des besoins et des enjeux

La science politique postule qu’il n’y a pas de naturalité des problèmes publics, aucun fait social ne constituant en lui-même un enjeu [29]. Tout problème est dès lors un construit social, produit de l’action volontaire et organisée par de nombreux acteurs en interactions [30].

Ainsi, la définition – sociale, puis politique – d’un problème représente toujours une construction collective, directement liée aux perceptions, aux représentations, aux intérêts et aux valeurs des acteurs concernés à titre d’individus ou de groupes organisés. Toute réalité sociale doit donc être appréhendée comme une construction historique, située dans le temps et dans l’espace ; par conséquent, elle dépend toujours des personnes affectées par le problème ou dont le comportement est identifié, à tort ou à raison, comme étant à la base de ce problème [31].

Dès lors, des problèmes privés ou sociaux sont émis ou portés par la société civile, les entreprises ou les institutions internationales, et ceux que les professeurs de science politique John Kingdom et Paul Cairney appellent les policy entrepreneurs. Ces derniers sont à la recherche d’opportunités (policy windows) pour mettre des enjeux à l’agenda politique et s’investir dans leur résolution [32]. Les demandes ou exigences d’intervention publique ne deviennent des problèmes publics que lorsqu’ils sont véritablement mis à l’agenda politique et que les pouvoirs publics en prennent la responsabilité. Il faut également noter que des problèmes reconnus hier comme publics peuvent également être renvoyés à la sphère privée. Ils sont généralement saisis en fonction de leur intensité, de leur étendue, de leur nouveauté, de leur urgence, de leur opérationnalisation possible ou de la pression que les acteurs, notamment les médias, exercent pour leur mise à l’agenda [33].

Il est commun d’affirmer que toute politique publique et collective nécessite une définition claire et précise de ses objectifs. Ce travail de mise à l’agenda n’est pas innocent, car la manière dont un problème est identifié, donc construit, va conditionner pour partie les manières de l’appréhender, de le considérer et de le traiter [34]. Certes, la mise à l’agenda politique relève en partie de la veille qui permettra l’anticipation, c’est-à-dire d’agir pour éviter que certaines menaces n’émergent ou pour favoriser la venue d’opportunités. Ce processus, élaboré avec et par les acteurs et les institutions [35], accompagne l’ensemble du cycle politique et interagit avec lui. Les temporalités sont telles en effet, qu’il ne saurait être question de changement politique tangible sans maintien constant d’une écoute et d’un regard sur l’environnement et son évolution. Néanmoins, en lien avec les multiples défis liés au climat, à l’énergie, aux risques géopolitiques et financiers et à la sécurité, l’élaboration des politiques est devenue extrêmement politisée dans les États européens et, par conséquent, au niveau du processus décisionnel. Ces difficultés renforcent le rôle et l’importance de l’administration et des fonctionnaires, qui contribuent à définir les problèmes et à fixer l’agenda politique, et donc les politiques qui seront mises en œuvre [36].

Le rôle joué par la prospective en tant qu’outil de gouvernance dans la définition de l’agenda politique est bien connu de tous les praticiens, en particulier lorsque cette prospective est hautement participative et délibérative et  implique les parties prenantes, les acteurs et même les citoyennes et citoyens [37]. L’objectif de la gouvernance anticipative est de s’assurer que l’agenda n’est pas constamment défini par des événements dramatiques martelés quotidiennement et des crises successives.

Les besoins [38] et les enjeux [39] sont évidemment nombreux, voire infinis. Comment sont-ils définis ? Comment sont-ils appropriés ? Comment sont-ils filtrés ? Ils peuvent provenir des élues et élus eux-mêmes (via par exemple les partis politiques), de l’extérieur à cette sphère (via des acteurs sociaux, des scientifiques ou des institutions internationales). Des faits sociaux peuvent prendre un caractère politique par un processus de politisation – l’immigration en est un exemple. L’appropriation de l’enjeu constitue donc sa mise à l’agenda politique, son institutionnalisation. La manière de formuler le besoin ou l’enjeu est déterminante, car il s’agit de déterminer clairement la question précise à laquelle la politique va devoir répondre, la délimitation du périmètre de l’intervention, c’est-à-dire les éléments qui seront pris en compte. La connaissance du champ de l’intervention –  les thématiques, niveaux d’analyse (macro, méso, micro) et les différents sous-systèmes abordés (économique, social, aménagement, etc.) –  est également essentielle pour bien circonscrire le besoin.

 

3.2. La (co)construction et la compréhension des objectifs, des impacts et le choix des ressources

Dans la dynamique de la coconstruction, les acteurs partagent leur compréhension du besoin ou de l’enjeu, confrontent leur point de vue et recherchent des convergences pour trouver des solutions innovantes qui permettent de résoudre le problème (policy formulation) [40]. Ce processus implique de rendre visibles les alternatives possibles, les différentes options en fonction des ressources mobilisables, directement disponibles ou non. Il ne s’agit pas uniquement d’un travail de type diplomatique, mais cette phase nécessite de s’appuyer sur des travaux méthodologiques plus élaborés de type témoignages d’acteurs et d’interlocuteurs sociaux, auditions d’experts, consultations publiques formelles, conférences consensus, évaluations ex ante ou analyses préalables d’impact. Par ce dernier outil, il s’agit de tenter d’établir une comparaison aussi objective que possible entre ce qui se passera avec l’initiative politique qui va être prise et ce qui se serait passé si le programme ou la mesure n’était pas mis en œuvre [41]. Quand les acteurs ont un accord, ils élaborent un narratif [42] et s’engagent formellement en tant que partie prenante sur la politique à mener, afin de la porter ou de la soutenir.

C’est sur la base de ces travaux que des objectifs clairs pourront être consolidés puis fixés, c’est-à-dire la description précise de l’état qui devra être atteint grâce à la solution qui sera adoptée et aux ressources de toute nature qui lui seront allouées. Ce travail délibératif de formulation de la politique n’a jamais d’effets neutres. Même quand il est réalisé avec toute l’objectivité requise, quelqu’un gagne et quelqu’un perd [43]. À moins que des solutions vraiment gagnant-gagnant ne prévalent… Les parlements sont généralement assez bien outillés pour préparer cette tâche de formulation des politiques publiques.

La question budgétaire est évidemment centrale. Voulant répondre aux enjeux et aux besoins, les élues et élus, mais aussi tous les autres acteurs et parties prenantes, sont confrontés à cette contrainte : les moyens étant toujours limités sinon rares tant par des normes nationales ou européennes [44] que par les équilibres macro-économiques qui fondent le système global. Hors des questions budgétaires, il faut aussi mentionner les contraintes liées aux normes juridiques internationales et constitutionnelles qui balisent elles aussi les politiques publiques et mobilisent la créativité des policy-makers. On voit dès lors, les exigences de la tâche à accomplir. Comme l’écrit le professeur canadien Michael Howlett, la formulation exige donc au minimum que les gouvernements comptant un nombre important de fonctionnaires possèdent un minimum de capacité analytique, définie comme l’aptitude à accéder à des connaissances techniques et scientifiques et à des techniques d’analyse et à les appliquer [45].

Au-delà des objectifs, les éléments opérationnels définissent les instruments et les modalités d’intervention, les mesures à prendre pour atteindre les objectifs, concrétiser les intentions vers les groupes cibles (procédures de régulation, délégations, incitants et désincitations financiers, subventions, partenariats, co-productions, entreprises publiques, création de marchés, investissements, réorganisations institutionnelles, etc.). Le nombre des méthodes qui mène à la formulation est sans limites : arbres de décisions, analyses coûts-bénéfices, modélisation de systèmes complexes, etc.  Il s’agit d’une ingénierie qui s’articule avec le travail de légitimation gouvernementale, contractuelle, législative, réglementaire qui va déterminer le format de la mise en œuvre.

 

3.3. La légitimation gouvernementale, contractuelle, législative, réglementaire

Il s’agit ici de transformer le mandat politique au sens large et de le légitimer par l’ensemble des normes et des actes réglementaires nécessaires pour appliquer la politique publique. Cela peut prendre la forme d’un Programme politico-administratif (PPA). Celui-ci définit en termes juridiques le mandat politique formulé par le législateur à titre de solution au problème public à résoudre, c’est-à-dire les objectifs à atteindre et les droits et obligations imposés aux groupes cibles [46].

Même si le processus de décision est itératif et parcourt l’ensemble du cycle, depuis la détermination des enquêtes et études préalables, les rencontres d’acteurs, le choix et la formulation des enjeux, des décisions formelles sont prises dans le cadre des normes choisies ou imposées : signature d’un contrat mobilisant les parties prenantes pour construire l’avenir, vote d’un décret, arrêté du gouvernement, etc. [47]

Le plan d’action est constitué de l’ensemble des projets de décisions et fixe les priorités dans le temps et dans l’espace à l’égard des groupes qui feront l’objet de la politique menée, ainsi que de l’affectation précise et des conditions de la consommation des ressources. Il s’agit aussi de déterminer l’opérateur de la mise en œuvre tout en s’assurant qu’il dispose des capacités, des moyens, de l’influence pour mener à bien la politique jusqu’à la réalisation des objectifs dans le périmètre et la temporalité choisis [48].

 

3.4. La mise en œuvre, le pilotage et le suivi, en adéquation avec les ressources

La mise en œuvre constitue l’ensemble des processus et des actes (outputs) qui, après la phase de légitimation, visent la réalisation concrète des objectifs d’une politique publique ou collective. En fait, la mise en œuvre représente la confrontation à la réalité du terrain, le moment où les prestations, les actions prioritaires et secondaires vont montrer leur capacité de stabilisation ou de transformation de la cible. La mise en œuvre d’une politique est par essence un processus sociopolitique dont le déroulement et les résultats substantiels et institutionnels demeurent souvent peu prévisibles [49]. L’interaction avec les acteurs et les opérateurs, y compris non gouvernementaux, ne cesse pas. Ceux-ci accélèrent ou ralentissent la mise en œuvre, voire l’empêchent en fonction de leur culture, leur appropriation du programme, leur implication et leur motivation. Un véritable jeu d’acteurs peut être observé au centre ou à la périphérie de la mise en œuvre : ceux qui portent la politique publique ou collective, les groupes cibles, les bénéficiaires finaux, les groupes tiers dans l’environnement des décisions : ceux qui vont profiter de la politique, ceux qui vont être lésés par celle-ci. La question se pose également du pouvoir des fonctionnaires sur la formulation des politiques, mais aussi sur leur mise à l’agenda politique et leur mise en œuvre [50].

L’échec de la mise en œuvre peut, selon Paul Cairney, être attribué à au moins quatre facteurs principaux : une mauvaise exécution, lorsqu’elle n’est pas réalisée comme programmée ; une mauvaise politique, lorsqu’elle est implémentée correctement, mais n’a pas l’effet escompté ; la malchance, lorsque la politique mise en œuvre devrait fonctionner, mais qu’elle est sapée par des facteurs échappant au contrôle des décideurs politiques ; enfin, les écarts trop importants entre les attentes et les réalisations, en particulier si les attentes sont irréalistes [51].

Quant aux critères de réussite, ils sont connus :

– les objectifs de la politique sont clairs, cohérents bien communiqués et compris, ne faisant pas l’objet d’interprétations multiples ;

– la politique repose sur une théorie solide des relations entre les causes et les effets, ce qui favorise sa programmation et sa mise en œuvre ;

– les ressources nécessaires sont affectées au programme (budgets, personnel, matériel physique, etc.) et portées par un opérateur pertinent et fiable;

– la politique est mise en œuvre par des fonctionnaires et acteurs compétents et respectueux des règles ;

– les relations de dépendance sont minimales, ce qui signifie qu’il existe peu de freins, de points de veto ou de liens dans la chaîne des délivrables ;

– le soutien de groupes influents est maintenu tout au long du processus, même s’il est inscrit dans la longue durée ;

– des conditions indépendantes de la volonté des décideurs politiques ne peuvent pas compromettre le processus de manière significative (conditions socio-économiques, naturelles, démographiques, etc.) [52].

La recherche de la cohérence de l’ensemble des actions est certainement aussi un critère de réussite, la nécessité que les mesures se renforcent l’une l’autre, plutôt qu’impacter le système en le tirant dans des directions contraires.

 

3.5. L’analyse, les corrections, la poursuite ou l’arrêt des politiques

Il est difficile de traduire en français l’adage selon lequel policy determines politics, c’est-à-dire que les nouvelles politiques sont souvent mises en œuvre en grande partie pour résoudre les problèmes causés par les anciennes. Souvent les politiques publiques se poursuivent, sont juste un peu rhabillées, sinon maquillées, par simplicité ou paresse, mais surtout parce que l’innovation est difficile. Il est plus aisé d’amender une politique que d’en créer une nouvelle [53].

Ajoutons qu’il faut beaucoup de courage et quelques bons arguments pour arrêter une politique mise en œuvre depuis un certain temps, surtout quand elle n’est pas marquée du sceau d’un adversaire politique, qu’elle est populaire ou s’adresse à des bénéficiaires qui vous apprécient. Ce qui ne signifie évidemment pas qu’elle soit efficiente…

Le risque du cycle, c’est sa vocation : se poursuivre sans cesse. Tourner sur lui-même en courant après la résolution des mêmes enjeux et des mêmes besoins.

 

3.6. Le processus permanent de veille

La construction d’un problème est un processus continu, non linéaire et ouvert tout au long du cycle politique. On l’a dit : les aller-retour sont possibles et même souhaitables : l’environnement, les acteurs, les groupes cibles, le problème lui-même évoluent. À chaque étape de la construction de la politique et de sa mise en œuvre, il s’agit de se poser la question de savoir dans quelle mesure le contenu, les acteurs et le contexte institutionnel de la politique étudiée sont restés liés à la définition initiale du problème à résoudre. La veille est donc indispensable : elle doit être organisée de manière professionnelle et doit rendre compte, non pas par de rares rendez-vous (milestones), mais de manière continue. Il importe en outre de s’imposer la traçabilité de certains enjeux [54].

Comme l’écrivent Peter Knoepfel et ses collègues, une approche séquentielle des politiques publiques qui ne tiendrait pas compte du processus continu de redéfinition pourrait occulter un enjeu fondamental de toute action publique qui consiste à prendre en compte les éventuels changements substantiels ou institutionnels de la politique en cours. En effet, une redéfinition du problème à résoudre (par exemple en raison de l’interprétation révisée des données objectives initiales ou de la connaissance de nouveaux faits) devrait se traduire par un changement de politique, et vice-versa [55].

 Il s’agit également, tout au long du processus, d’identifier les changements de comportement des groupes cibles et les effets induits auprès des bénéficiaires finaux et d’apprécier la pertinence, l’effectivité, l’efficacité et l’efficience des politiques publiques et collectives appliquées, en lien avec le processus d’évaluation et pour le nourrir [56].

La mise en place de ce dispositif de veille implique donc de considérer la réelle agilité des décideurs publics et collectifs et donc leur capacité de renoncer, par exemple en cours de législature à des intentions affirmées avant ou pendant leur accession aux responsabilités.

 

3.7. Le processus d’évaluation : démocratique et continu

En mode de gouvernance démocratique, l’évaluation des politiques publiques et collectives consiste en l’analyse – en termes de pertinence, d’efficacité, d’efficience, de cohérence, de durabilité et de viabilité – des politiques, des programmes, des projets, menée en vue d’améliorer la qualité des décisions, de mieux affecter les ressources et de rendre compte tant aux acteurs qu’à la citoyenne et au citoyen. Toute évaluation nécessite la collaboration et le dialogue de ses principaux participants, à savoir les élues et élus, les mandataires, les évaluateurs, les bénéficiaires des politiques, programmes, projets ou fonctions, ainsi que les parties prenantes, c’est-à-dire les particuliers et les organismes qui s’intéressent à la politique ou au programme évalué ainsi qu’aux résultats de l’évaluation.

Ainsi comprise, l’évaluation ne peut être qu’une démarche d’appropriation par les acteurs eux-mêmes de la réflexion sur les pratiques et les résultats de la matière évaluée. Les indicateurs comme les analyses doivent être validés à chaque étape, et l’évaluation doit permettre l’expression permanente. Ce qui doit caractériser l’évaluateur par rapport aux actions évaluées, c’est la modestie de sa démarche et non un rapport conflictuel avec ses interlocuteurs, qui débouchera toujours sur un échec de l’évaluation [57].

L’évaluation peut se dérouler ex ante, c’est-à-dire avant même que la politique ne soit mise en œuvre, de manière concomitante (in itinere) en accompagnant son exécution ou ex post, c’est-à-dire quand la mise en œuvre est achevée. De même, l’évaluation des effets des mesures mises en œuvre devrait porter avant tout sur leur contribution à la résolution du problème public relevé au départ [58]. L’évaluation mobilise des critères et construit des indicateurs d’effectivité (les impacts réels sur le groupe cible sont-ils en adéquation avec les objectifs – impacts précis –  et la mise en œuvre opérationnelle du programme ?), d’efficacité (les effets escomptés – outcomes – sont-ils en relation avec les objectifs et ce qu’on peut observer sur le terrain ?), d’efficience (les effets voulus et les outputs sont-ils à la mesure – coûts-bénéfices – des ressources engagées ?), de pertinence (le problème posé est-il résolu par le programme ? [59]).

En outre, la raréfaction des deniers publics impose de plus en plus la pratique de l’évaluation économique des programmes. Celle-ci vise à quantifier en numéraires monétaires la valeur ajoutée associée à un programme en considérant à la fois tous les coûts engendrés par ce programme et tous les avantages qui y sont liés, tout compte fait et dans une perspective fondée sur les intérêts de la collectivité dans son ensemble [60]. On ne saurait nier son importance dans le contexte actuel…

Malgré la complexité de sa mise en œuvre [61], l’évaluation des politiques publiques et collectives constitue un outil précieux, producteur de connaissances, visant à informer, piloter, valider, améliorer, légitimer ou arrêter les politiques menées tant par les opérateurs que pour les acteurs qui en attendent des résultats. La vraie question reste de mesurer les effets réels d’une politique publique ou collective sur le terrain, les impacts et les effets voulus (outcomes), de constater si et comment la situation s’est améliorée sur base de la situation initiale et des évolutions du système, de déterminer si ces améliorations ou transformations sont directement imputables aux mesures qui ont été prises. En effet, les changements peuvent avoir été provoqués par d’autres facteurs qu’il s’agit d’identifier.

Malgré plusieurs décennies d’efforts, le champ de l’évaluation reste largement ouvert aux innovations et au développement d’une culture et de pratiques qui allient ses capacités politiques et techniques, voire scientifiques [62]. La contribution la plus importante de l’évaluation des politiques est celle du contrôle démocratique de l’exercice du pouvoir par les responsables publics, observait récemment Peter van der Knaap. Le directeur du service d’évaluation indépendant pour les Affaires étrangères aux Pays-Bas (IOB) et vice-président de la Société européenne d’Évaluation rappelait que la fonction-clef de l’évaluation est l’amélioration du gouvernement démocratique et qu’elle doit figurer en tête de notre agenda collectif [63].

Ce discours n’est pas nouveau. C’est sa mise en œuvre réelle qui le serait.

 

3.8. Les interactions avec les parties prenantes

Tous les produits d’une politique publique résultent de facto d’un processus de décision particulier, c’est-à-dire d’interactions répétées entre des acteurs identifiables mobilisant différentes ressources, rappellent justement les auteurs de l’ouvrage Analyse et pilotage des politiques publiques  [64].

Ces interactions doivent se maintenir de manière continue durant toutes les séquences du cycle. Les parties prenantes participent ainsi à un processus d’apprentissage collectif qui renforce la cohésion des acteurs et doit permettre la mobilisation autour des objectifs en vue de leur réalisation. Cet apprentissage permet la formation d’un capital cognitif qui pourra être à nouveau mobilisé dans l’avenir pour autant que les acteurs aient été respectés. Un processus de management de la connaissance est indispensable pour favoriser ces interactions.

 

4. Conclusion : des politiques publiques à la hauteur des complexités et des défis

Malgré les différentes avancées et nouveaux modèles utilisés pour l’analyse de l’action publique, Paul Cairney rappelait l’intérêt que revêt l’image elle-même du processus des politiques publiques. La représentation du cycle nous rappelle que l’idée de la politique publique est sa propre cause [65]. Cette formule met en évidence la façon dont le processus politique peut devenir autoentretenu et se dissocier des objectifs politiques initiaux. Dans ce cas, la politique publique elle-même devient le principal moteur des actions politiques ultérieures, plutôt qu’une réponse directe aux besoins ou aux problèmes de la société. L’élaboration des politiques peut ainsi apparaître comme une fin en soi, plutôt qu’un moyen de parvenir à une fin. L’image du processus nous montre également les étapes que les élues et élus franchissent avant qu’une décision, qui peut paraître autoritaire, soit prise. Elle met enfin en évidence la différence et l’écart entre la décision et sa mise en œuvre. Le professeur de Politique et de Politiques publiques à l’Université britannique de Stirling note également que le scepticisme qui pourrait frapper le modèle du cycle est aussi lié à la perte d’optimisme que les citoyennes et les citoyens, mais aussi les chercheuses et les chercheurs, ont à l’égard de la capacité des gouvernements de résoudre des problèmes sur base d’analyses scientifiques [66].

Ce scepticisme était déjà celui de Philippe Garraud lorsqu’il écrivait en 2014 dans le Dictionnaire des Politiques publiques de Science-Po Paris qu’une exigence d’intervention politique ne relève pas nécessairement de la résolution d’un problème de manière rationnelle, que d’autres réponses peuvent être apportées, moins opérationnelles, comme des effets d’annonce. Enfin, Philippe Garraud se demandait – avec une certaine cruauté – si l’action publique a jamais véritablement « résolu » un problème en tant que tel. Les réponses des autorités publiques sont toutes provisoires, soumises à de nombreuses contraintes et souvent circonstancielles [67].

Ces considérations nous rappellent que nous ne devons, bien sûr, céder à aucune illusion technocratique ou positiviste, les politiques publiques s’élaborant généralement davantage de manières relationnelles que rationnelles. Elles nous indiquent aussi que le processus des politiques publiques et collectives est également impacté et rythmé, sinon conduit, par l’agenda politique et le cycle électoral (Political Business Cycles) [68], voire par celui des mandats qu’illustre bien l’acronyme NIMTO (Not in My Term Office). Les coalitions politiques, de plus en nécessaires, fondent des consensus fragiles, voire factices, qui rendent leur mise en œuvre difficile [69], d’autant que les élues et élus, leurs forts discours terminés, abandonnent souvent le travail concret de terrain aux opérateurs qui héritent des ambiguïtés des accords, des textes et des chiffres.

Loin de me laisser aller au pessimisme, qui n’est pas dans ma nature, je partage plutôt le volontarisme du professeur de la KULeuven Geert Bouckaert lorsque l’ancien président du United Nations Committee of Experts on Public Administration (CEPA), dont je suis les travaux avec assiduité, affirme que :

nos sociétés ont besoin de systèmes de gouvernance avec des politiques publiques qui sont à la hauteur de leurs complexités et de leurs défis, avec des capacités de flexibilité pour rester à cette hauteur. Les systèmes publics doivent garantir aux sociétés au moins trois activités en même temps : fournir des services, gérer des crises et réaliser des innovations. Il nous faut des politiques publiques qui savent combiner ces trois exigences simultanément [70].

Cela résonne probablement partout, mais certainement ici.

J’ajouterai une nouvelle fois que, pour atteindre une gouvernance démocratique capable de construire des politiques publiques performantes, ces politiques ne peuvent être que collectives ; c’est-à-dire mobiliser l’ensemble des forces disponibles, au-delà de la sphère publique, parmi les académiques, les associations et surtout les entreprises, vecteurs de transformation sur le terrain concret.

 

Philippe Destatte

@PhD2050

 

 

 

 

[1] Michael HOWLETT, M. RAMESH & Anthony PERL, Studying Public Policy, Principles and processes, p. 13, Don Mills, ON, Oxford University Press, 2020. – Je veux remercier mes collègues Coline Generet, Christian Bastin et Serge Roland pour leur relecture constructive de ce texte. Aucun travers ne pourrait leur être attribué.

[2] Philippe DESTATTE, La coconstruction, corollaire de la subsidiarité en développement territorial, Hour-en-Famenne, Blog PhD2050, 3 août 2023, https://phd2050.org/2023/08/03/la-coconstruction-corollaire-de-la-subsidiarite-en-developpement-territorial/

[3] Ph. DESTATTE dir., Contrats, territoires et développement régional, Charleroi, Institut Destrée, 1999.

[4] M. HOWLETT, M. RAMESH & A. PERL, Studying Public Policy…, p. 14.

[5] Le professeur Luc Bernier de l’École nationale d’Administration publique du Québec (ENAP) écrit : la mise en œuvre des politiques publiques doit être négociée avec les parties prenantes. L. BERNIER, La mise en œuvre des politiques publiques, dans  Stéphane PAQUIN, Luc BERNIER et Guy CHAPELLE, L’analyse des politique publiques, p. 255, Montréal, Les Presses de l’Université de Montréal, 2011.

[6] Ainsi en est-il de Peter KNOEPFEL, Corinne LARRUE, Frédéric VARONE et Jean-François SAVARD, Analyse et pilotage des politiques publiques, France, Suisse, Canada, p. 145, Québec, Presses de l’Université du Québec, 2015 qui définissent une politique publique comme un ensemble de décisions et d’activités résultant d’interactions répétées entre des acteurs publics et des acteurs privés dont les comportements sont influencés par des ressources qu’ils ont à leur disposition et par des règles institutionnelles générales (concernant le fonctionnement global du système politique) et spécifiques (au domaine d’intervention étudié).

[7] Harold D. LASSWELL, The decision process: Seven categories of functional analysis, College Park, University of Maryland, 1956.

[8] A Simplified View of the Policy Process, Harvard Catalyst, 2025. https://catalyst.harvard.edu/community-engagement/policy-research/unknown-61015f3cbb252-61015f57f388a-610bf6bb39406-610bf6ca02c07-610bf6d25a626

[9]  European Geosciences Union (EGU) Policy Cycle, 2025.  https://www.egu.eu/policy/cycle

[10] Charles E. LINDBLOM & Edward J. WOODHOUSE, The Policy-Making Process, Upper Saddle River NJ, Prentice Hall, 1993.

[11] Thomas R. DYE, Understanding Public Policy, London, Pearson, 14th ed., 2013.

[12] Paul CAIRNEY, Understanding Public Policy, Theories and issues, coll. Textbooks in Policy Studies, London-Oxford-New York, Bloomsbury Academic, 2020.

[13] Michael HILL & Frédéric VARONE, The Public Policy Process, London & New York, Routledge, 8th ed, 2021.

[14] Michael HOWLETT, M. RAMESH & Anthony PERL, Studying Public Policy…, p. 8sv. – P. CAIRNEY, op. cit., p. 17.

[15] P. CAIRNEY, Understanding Public Policy, p. 34.

[16] C’est Jacob Torfing qui appelle public governance orthodoxy la combinaison de formes nationales de démocratie représentative et de bureaucratie publique comportant des éléments de Nouvelle Gestion publique (NPM). Jacob TORFING, Rethinking Public Governance, p. 2, Cheltenham, UK, Northampton MA, Edwar Elgar, 2023. – Sur le New Public Management et son impact : M. HILL & Fr. VARONE, The Public Policy Process…, p. 320-325. – voir aussi Luc BERNIER et Sébastien ANGERS, Le NMP ou le nouveau management public, dans S. PAQUIN, L. BERNIER et G. CHAPELLE dir., op. cit., p. p. 229-254.

[17] Par ce mot de « gouvernementalité », je veux dire trois choses. Par « gouvernementalité », j’entends l’ensemble constitué par les institutions, les procédures, analyses et réflexions, les calculs et les tactiques qui permettent d’exercer cette forme bien spécifique, quoique très complexe, de pouvoir, qui a pour cible principale la population, pour forme majeure de savoir l’économie politique, pour instrument technique essentiel les dispositifs de sécurité. Deuxièmement, par « gouvernementalité », j’entends la tendance, la ligne de force qui, dans tout l’Occident, n’a pas cessé de conduire, et depuis fort longtemps, vers la prééminence de ce type de pouvoir qu’on peut appeler le « gouvernement » sur tous les autres : souveraineté, discipline, et qui a amené, d’une part, le développement de toute une série d’appareils spécifiques de gouvernement [et, d’autre part, ] le développement de toute une série de savoirs. Enfin par « gouvernementalité », je crois qu’il faudrait entendre le processus, ou plutôt le résultat du processus par lequel l’État de justice du Moyen Âge, devenu aux xve et xvie siècles État administratif, s’est retrouvé petit à petit « gouvernementalisé ». Michel FOUCAULT, Sécurité, Territoire, Population, Cours au Collège de France (1977-1978), p. 111-112 , Paris, EHESS-Gallimard-Seuil, 2004. – Le concept de gouvernementalité conçoit le « gouvernement » comme l’ exercice d’un pouvoir politique organisé par une nation ou un État. Il étend cette définition pour y inclure le consentement actif des individus qui participent à leur propre gouvernance. Il suggère que le gouvernement par l’État ne constitue qu’une forme de gouvernement, que les termes « État » et « gouvernement » ne sont pas synonymes, et que l’État ne peut parvenir à ses fins lorsqu’il entreprend des actions seul. Richard HUFF, Gouvernementalité, dans Encyclopaedia Universalis, 3 mars 2025. https://www.universalis.fr/encyclopedie/gouvernementalite/. – voir aussi Pascale LABORIER, Gouvernementalité, dans Jean-François BERT & Jérôme LAMY éd., Michel Foucault, un héritage critique, Paris, CNRS Éditions, 2014. https://books.openedition.org/editionscnrs/51252?lang=fr

[18] Voir en particulier : Nathalie SCHIFFINO et Virginie VAN INGELCOM, Citoyens et politiques publiques, dans Steve JACOB & N. SCHIFFINO, Politiques publiques, Fondements et prospective pour l’analyse de l’action publique, p. 331-384, Bruxelles, Bruylant, 2021.

[19] J. TORFING, Rethinking Public Governance…, notamment p. 227.

[20] M. HILL & Fr. VARONE, The Public Policy Process…, p. 310-319.

[21] J. TORFING, Rethinking…, p. 10.

[22] Boris VORMANN & Michael D. WEINMAN ed., The Emergence of Illiberalism, Understanding a Global Phenomenon, London, Routledge, 2021. – Voir aussi : Philippe DESTATTE, Les « nouveaux » modèles de gouvernance démocratique, Blog PhD2050, Hour-en-Famenne, 30 décembre 2018. https://phd2050.org/2019/01/09/gouvernance1/

[23] Michael HOWLETT and Jale TOSUN ed, Policy Styles and Policy-Making, Exploring the Linkages, Routledge, 2018. – M. HOWLETT and J. TOSUN ed, The Routledge handbook of policy styles, London, Routledge, 2021. – Le concept de style politique vise à expliquer la propension à long terme des gouvernements à fonctionner de manière largement identique en ce qui concerne la formulation, la prise de décision et la mise en œuvre des politiques. Les styles politiques s’intéressent à deux dimensions : la manière dont les groupes d’intérêt sont impliqués dans la prise de décision et le fait que les décisions prises visent à résoudre des problèmes qui se sont déjà concrétisés ou à les traiter avant qu’ils ne se concrétisent. Cette perspective met en évidence les contraintes et les orientations à long terme des objectifs politiques. – Jeremy RICHARDSON, The changing British policy style: From governance to government? in British Politics, 2018, vol. 13 (2), p. 215-233. https://link.springer.com/article/10.1057/s41293-017-0051-y

[24] P. CAIRNEY, Understanding Public Policy…, p. 19. – Nancy CARTWRICGHT & Jeremy HARDIE, Evidence-based Policy, A Practical Guide to doing it better, Oxford – New York, Oxford University Press, 2012. – M. HOWLETT, M. RAMESH & A. PERL, Studying Public Policy…, p. 185-186.

[25] Michel CROZIER et Erhard FRIEDBERG, L’acteur et le système, Paris, Seuil, 1977.

[26] Mariana MAZZUCATO, The Entrepreneurial State, Debunking Public vs. Private Myths in Risk and Innovation, London, Anthem Press, 2013. – M. MAZZUCATO, L’État entrepreneur, Pour en finir avec l’opposition public-privé, p. 42sv, Paris, Fayard, 2020. – Angelina ARMANDY & Marina RIVAL, Innovation publique et nouvelles formes de management public, Paris, La Documentation française, 2021.

[27] Ph. DESTATTE, Les opinions partiales altèrent la rectitude du jugement, Heuristique et critique des sources dans les sciences, Conférence présentée à la Salle académique de l’Université de Mons, dans le cadre du Réseau EUNICE, le 21 octobre 2021, Blog PhD2050, 1er novembre 2021. https://phd2050.org/2021/11/01/heuristique/

[28] – Alain DESROSIERES, Pour une sociologie historique de la quantification, L’argument statistique I, L’argument statistique II, Paris, Les Presses Mines ParisTech, 2 vol, 2008. – M. HOWLETT, M. RAMESH & A. PERL, Studying Public Policy… p. 114-115.

[29] Roger W. COBB & Charles D. ELDER, Participation in American Politics, The Dynamics of Agenda-building, p. 172, Baltimore, Johns Hopkins University Press, 1983. – M. HILL & Fr. VARONE, The public policy process…, p. 150-151.

[30] La mise à l’agenda (agenda-setting) est l’étude et la mise en évidence de l’ensemble des processus qui conduisent des faits sociaux à acquérir un statut de « problème public » ne relevant plus de la fatalité (naturelle ou sociale) ou de la sphère privée, et faisant l’objet de débats et de controverses médiatiques et politiques. Philippe GARRAUD, Agenda / émergence, dans Laurie BOUSSAGUET, Sophie JACQUOT et Pauline RAVINET, Dictionnaire des politiques publiques, p. 58-59, Paris, Presses de Science-Po, 2014.

[31] P. KNOEPFEL, C. LARRUE, F. VARONE et J-F. SAVARD, Analyse et pilotage des politiques publiques…, p. 161.

[32] Surfers waiting for the big wave rather than controllers of the sea. John W. KINGDOM, Agendas, Alternatives and Public Policies, p. 173, Boston, Little-Brown, 1984. – Paul CAIRNEY, Understanding Public Policy, Theories and issues, p. 103, London-Sydney, Bloomsbury Academic, 2020. – M. HILL & Fr. VARONE, The public policy process…, p. 151. – Se basant sur J. W. Kingdom, Steve Jacob et Nathalie Schiffino définir les entrepreneurs de politiques publics (policy entrepreneurs) comme des promoteurs qui investissent des ressources (temps, énergie, argent, réputation, etc.) pour porter le problème et une solution. S. JACOB & N. SCHIFFINO, Politiques publiques… p. 19.

[33] P. KNOEPFEL, C. LARRUE, F. VARONE et J-F. SAVARD, Analyse et pilotage des politiques publiques…, p. 169-174.

[34] Ph. GARRAUD, Agenda / émergence, dans L. BOUSSAGUET, S. JACQUOT et P. RAVINET, Dictionnaire des politiques publiques…, p. 58.

[35] M. HOWLETT, M. RAMESH & A. PERL, Studying Public Policy… p. 100-104.

[36] Lucia VESNIC ALUJEVIC, Eckhard STOERMER, Stress-testing of policy options using foresight scenarios: a pilot case, Publications Office of the European Union – JRC, Luxembourg, 2023.

[37] Ph. DESTATTE, Citizens ‘Engagement approaches and methods in R&I foresight, Brussels, European Commission, Directorate-General for Research and Innovation, Horizon Europe Policy Support Facility, 2023.

https://op.europa.eu/en/publication-detail/-/publication/d5916d5f-1562-11ee-806b-01aa75ed71a1/language-en/format-PDF/source-288573394

[38] On peut définir le concept de besoin comme l’ensemble des nécessités naturelles et sociales qui conditionnent la vie matérielle des êtres humains vivant en société. On distingue les besoins naturels (se nourrir, se loger, se vêtir) des besoins sociaux et au sein de ces derniers, les besoins individuels des besoins collectifs. Marie-Claude MALHOMME dir., Glossaire de l’évaluation, p. 18, Paris, AFIGESE – Collectivités territoriales, Groupe de travail « Evaluation des politiques publiques », 2000. – André Lalande précise à ce sujet que la conscience du besoin suppose en général la connaissance de la fin poursuivie et des moyens qui permettront de l’atteindre. Lalande insiste aussi sur la distinction entre désir et besoin, le second relevant du nécessaire et du légitime. André LALANDE, Vocabulaire technique et critique de la philosophie, p. 111, Paris, PuF, 1976.

[39] L’enjeu peut être défini comme une problématique identifiée qui porte en elle un potentiel de changements, qu’ils soient positifs (opportunités) ou négatifs (risques) et qu’il est nécessaire de prendre en compte pour construire une prospective et déterminer une stratégie. Ph. DESTATTE et Ph. DURANCE dir., Les mots-clés de la prospective territoriale, p. 23, Paris, La Documentation française, 2009.

[40]  Michel FOUDRIAT, La co-construction en actes, Comment l’analyser et la mettre en œuvre, p. 17-18, Paris, ESF, 2021. – M. FOUDRIAT, La Co-construction. Une alternative managériale, Rennes, Presses de l’EHESP, 2016. – Yves VAILLANCOURT, De la co-construction des connaissances et des politiques publiques, dans SociologieS, 23 mai 2019, 39sv. http://journals.openedition.org/sociologies/11589 – Y. Vaillancourt, La co-construction des politiques publiques. L’apport des politiques sociales, dans Bouchard M. J. (dir.), L’Économie sociale vecteur d’innovation. L’expérience du Québec, p. 115-143, Québec, Presses de l’Université du Québec, 2011. – Y. Vaillancourt, La co-construction des politiques publiques : balises théoriques, dans L. Gardin & F. Jany-Catrice dir., L’Économie sociale et solidaire en coopérations, Rennes, p. 109-116,  Presses universitaires de Rennes, 2016.

[41] Ph. DESTATTE, Accroître la rationalité des décisions par l’analyse préalable d’impact, Namur, 4 octobre 2020, Blog PhD2050, https://phd2050.org/2020/10/04/impact/

[42] P. CAIRNEY, Understanding Public Policy…, p. 24.

[43] Selon Charles Jones, cité par M. HOWLETT, M. RAMESH & A. PERL, Studying Public Policy… p. 133.

[44] Voir notamment Michel CORNELIS et Jean HINDRIKS ea, Manuel des finances publiques, p. 65-118, Bruxelles, Politeia, 2024.

[45] M. HOWLETT, M. RAMESH & A. PERL, Studying Public Policy… p. 137.

[46] P. KNOEPFEL, C. LARRUE, F. VARONE et J-F. SAVARD, Analyse et pilotage des politiques publiques…, p. 190-191.

[47] Ph. DESTATTE dir., Contrats, territoires et développement régional, Charleroi, Institut Destrée, 1999.

http://www.wallonie-en-ligne.net/1999_Contractualisation/Philippe-Destatte_dir_Contrats-territoires-et-developpement-regional_Institut-Destree_1999.pdf

[48] P. CAIRNEY, Understanding Public Policy…, p. 27.

[49] P. KNOEPFEL, C. LARRUE, F. VARONE et J-F. SAVARD, Analyse et pilotage des politiques publiques…, p. 155. – M. HOWLETT, M. RAMESH & A. PERL, Studying Public Policy…, p. 210sv.

[50] M. HILL & Fr. VARONE, The Public Policy Process…, p. 195-196. – Voir aussi : Ph. DESTATTE et Filippo SANNA dir., L’excellence opérationnelle dans les services publics, Namur, Institut Destrée – Mielabelo, 2014.

[51] P. CAIRNEY, Understanding Public Policy…, p. 28.

[52] P. CAIRNEY, Understanding Public Policy…, p. 28. – M. HOWLETT, M. RAMESH & A. PERL, Studying Public Policy…, p. 212.

[53] P. CAIRNEY, Understanding Public Policy…, p. 33.

[54] M. HOWLETT, M. RAMESH & A. PERL, Studying Public Policy… p. 107-108.

[55] P. KNOEPFEL, C. LARRUE, F. VARONE et J-F. SAVARD, Analyse et pilotage des politiques publiques, p. 163.

[56] P. KNOEPFEL, C. LARRUE, F. VARONE et J-F. SAVARD, Ibid., p. 147-148.

[57] Je reprends ici quasi mot pour mot la définition de l’évaluation adoptée en 2000 lors de la fondation de la Société wallonne de l’Évaluation et de la Prospective, texte produit en commun et dont j’avais tenu la plume avec Jean-Louis Dethier, en nous inspirant fortement de la culture de la Société européenne d’Évaluation. Ph. DESTATTE, Évaluation, prospective et développement régional, p. 379-380, Charleroi, Institut Destrée, 2001. – – Voir également Christian de VISSCHER et Frédéric VARONE ed., Évaluer les politiques publiques, Regards croisés sur la Belgique, Louvain-la-Neuve, Bruylant-Academia, 2001. – F. VARONE, Steve JAVOB, Pirmin BUNDI, Handbook of Public Policy Evaluation, Cheltenham, UK, Northampton, MA, Edward Elgar, 2023.

[58] P. KNOEPFEL, C. LARRUE, F. VARONE et J-F. SAVARD, Analyse et pilotage des politiques publiques, p. 152.

[59] Une politique publique est dite pertinente si les objectifs qui sont formulés explicitement ou implicitement dans le programme politico-administratif, et parfois concrétisés dans les plans d’action, sont adaptés à la nature même et à la distribution temporelle et socio-spatiale du problème qu’elle est censée résoudre. De fait, la question de la pertinence d’une politique publique représente la dimension la plus « politique », donc la plus délicate et la plus sensible, qu’une évaluation ait à examiner. Aussi les responsables politico-administratifs l’excluent-ils souvent du champ d’évaluation qu’un expert externe doit étudier dans le cadre de son mandat. P. KNOEPFEL ea, p. 293.

[60] Moktar LAMARI, Performance économique des politiques publiques, Évaluation des coûts-avantages et analyse d’impacts contrefactuels, p. 18, Québec, Presses de l’Université du Québec, 2022.

[61] P. CAIRNEY, Understanding Public Policy…, p. 32.

[62] Marie-Hélène L’HEUREUX et Steve JACOB, Évaluation des politiques publiques, dans S. JACOB & N. SCHIFFINO, Politiques publiques.., p. 265-327.

[63] Peter van der KNAAP, Evaluation without democracy: learning for what, accountable to whom?, European Evaluation Society, December 3, 2024. https://europeanevaluation.org/2024/12/03/evaluation-without-democracy-learning-for-what-accountable-to-whom/ – Voir également P. van der KNAAP, Valérie PATTYN & Dick HANEMAAYER, Beleidsevaluatie in theorie en praktijk, Het ontwerpen en uitvoeren van evaluatie- en rekenkameronderzoek, p. 58-60, De, Haag, Boom Bestuurskunde, 2023.

[64] P. KNOEPFEL, C. LARRUE, F. VARONE et J-F. SAVARD, Analyse et pilotage des politiques publiques, p. 148.

[65]Policy as its own cause‘. P. CAIRNEY, Understanding Public Policy…, p. 36.

[66] P. CAIRNEY, Understanding Public Policy…, p. 34-36.

[67] Philippe GARRAUD, Agenda / émergence, dans Laurie BOUSSAGUET, Sophie JACQUOT et Pauline RAVINET, Dictionnaire des politiques publiques, p. 63, Paris, Presses de Science-Po, 2014

[68] M. HOWLETT, M. RAMESH & A. PERL, Studying Public Policy… p. 111-112.

[69] Luc BERNIER, La mise en œuvre des politiques publiques, dans  Stéphane PAQUIN ea dir., L’analyse des politique publiques…, p. 259.

[70] Geert BOUCKAERT, Pourquoi aurons-nous besoin, au XXIe siècle, de plus et d’autres politiques publiques ? Préface à S. JACOB & N. SCHIFFINO, Politiques publiques, Fondements et prospective pour l’analyse de l’action publique…, p. 11. – voir aussi : Geert BOUCKAERT & Christopher POLLITT, Public Management Reform: A Comparative Analysis, Into the Age of Austerity, Oxford University Press, 2017.

Mons, le 26 août 2024

 

1. Des parcours thématiques, balisés chronologiquement

Dans la préface à la Nouvelle histoire politique de la Belgique contemporaine, publiée voici presque vingt ans, les quatre directeurs de cette belle initiative, les professeurs Michel Dumoulin, Vincent Dujardin, Emmanuel Gérard et Mark Van den Wijngaert, avaient rappelé la double difficulté d’un tel travail : d’une part, le recul du savant individuel tétanisé par la comparaison avec l’œuvre monumentale d’Henri Pirenne (1862-1935), de l’autre, la difficulté de former une équipe de chercheurs qui puisse épouser la complexité de ce que recouvre l’histoire d’un tel État. De 2005 à 2009, ces quatre historiens en mobilisèrent toutefois d’autres et, ensemble, relevèrent le défi avec un réel succès. Ils renoncèrent toutefois à leur première intention de proposer des parcours thématiques couvrant l’ensemble de la période, pour s’en tenir à un parcours chronologique traditionnel, sauf pour ce qui concerne l’histoire coloniale [1].

Devant son auditoire, le professeur en charge de l’Histoire de la Belgique contemporaine à l’Université de Mons ne peut avoir ces hésitations. Certes, les générations de collègues historiennes et historiens sont bien là, avec leurs productions dans lesquelles il peut puiser : non seulement les travaux de synthèse récents ou plus lointains, mais aussi les textes d’une histoire qui s’écrit sans cesse, dans les livres, les articles, sur l’internet. Quant aux parcours thématiques, il ne peut plus y renoncer. D’abord, parce qu’il sait depuis le début de ses enseignements à l’Athénée de Liège, fin des années 1970, que c’est la meilleure manière d’intéresser et d’impliquer les étudiantes et étudiants sans jamais d’ailleurs renoncer aux cadres chronologiques [2] ; ensuite parce qu’il s’agit de la meilleure manière d’ouvrir un débat scientifique qui réalise une synergie effective entre enseignement et recherche [3] ; enfin, parce que cela correspond à une conception de l’histoire explicative du présent et donc d’une discipline réellement opérationnelle et utile.

 

2. La traversée de trois siècles en quatorze problématiques

Ainsi, dans la deuxième édition de cette Histoire de la Belgique contemporaine, Société et institutions, 1790-2020 [4], je problématise les questions traitées tout en leur conservant leur caractère diachronique. Les chapitres traversent trois siècles, prennent en compte les grandes évolutions et étudient les crises majeures de notre histoire lointaine ou récente, les révolutions politiques et sociales, les guerres, mais aussi les transitions climatiques et énergétiques ou encore la pandémie de Covid-19.

En début de chacun des quatorze chapitres de cet ouvrage, un enjeu est formulé permettant la mise en perspective et l’actualisation du questionnement

  1. La Révolution industrielle (1770-1847) : comment les différentes dimensions de la société (économique, culturelle, technologique, sociale, démographique, politique, juridique, institutionnelle, etc.) peuvent-elles évoluer pour passer d’un paradigme sociétal ancien à un modèle nouveau ? La compréhension de cette mutation peut être éclairante pour regarder et mesurer les transformations actuelles des sociétés industrielles vers des sociétés post-industrielles : numériques, décarbonées, etc.
  2. La Révolution belge (1789-1839) : comment le pouvoir qui se met en place à Bruxelles en septembre 1830, va prendre – ou pas – en considération les aspirations linguistiques, culturelles, économiques et sociales des populations de ce qui devient la Belgique ?
  3. Le Mouvement social (1848-1979) : comment les acteurs sociaux des XIXe et XXe siècles vont s’organiser pour répondre aux défis nouveaux que la Révolution industrielle et l’extension du capitalisme imposent à la société et aux institutions ?
  4. La question nationale (1838-1914) : comment et pourquoi, dans un contexte de suffrage censitaire et d’affirmation de l’existence d’un État belge où prédomine la langue française, des mouvements flamand puis wallon, porteurs d’identités régionales voire nationales, vont rapidement émerger au point de concurrencer et de remettre en cause la jeune nation belge ?
  5. L’évolution des partis politiques de 1846 à 1894 : comment, dans une Belgique catholique censitaire, libérale et bourgeoise, vont s’organiser les partis politiques pour donner vie au régime parlementaire et tenter d’y laïciser l’État ?
  6. Colonisation et décolonisation du Congo (1885-1965) : pourquoi la Belgique s’est-elle engagée dans l’aventure coloniale européenne en Afrique au XIXe siècle ? Comment a-t-elle géré cette situation ? Et ensuite, fait face au processus de décolonisation encouragé par les Nations unies puis finalement revendiqué par les populations elles-mêmes ?
  7. La Grande Guerre (1914-1918) : comment la démocratisation et l’industrialisation, qui modifient la société à la fin du XIXe et au début du XXe siècle, ont-elles transformé la manière de mener une guerre au point de faire de 1914-1918 une rupture majeure de la civilisation, partout en Europe et donc aussi en Belgique ?
  8. La démocratisation des institutions (1919-2024) : comment, dans un État libéral et censitaire, le droit de suffrage s’est-il progressivement élargi pour constituer une démocratie moderne ? La démocratie s’est-elle étendue sans cesse, de manière linéaire, comme le croyait le philosophe français Alexis de Tocqueville (1805-1859) en 1835 ou s’inscrit-elle dans une évolution discontinue ?
  9. L’accroissement de l’interdépendance (1919-2020) : comment la Belgique, d’abord confinée dans une stricte neutralité internationale va-t-elle s’adapter à l’interdépendance croissante des nations et établir des liens privilégiés avec ses voisins européens et atlantiques ?
  10. La Seconde Guerre mondiale et l’Affaire royale (1938-1950) : comment une Belgique, déjà fragilisée par des tensions intérieures et de profondes dissensions politiques va-t-elle faire face aux formidables coups de boutoir qui vont la frapper de 1938 à 1950 ? Comment la société et les institutions de la Belgique vont supporter et réagir à un embrasement idéologique et militaire mondial, sans précédent par sa violence ? Quelles vont être, enfin, les conséquences des deux politiques qui cohabiteront pendant cette période de troubles et de grandes misères ?
  11. La (con)fédéralisation (1919-2020) : comment, en prenant en compte la question nationale, et chronologiquement à la suite de cet enjeu, étudié de 1815 à 1914 dans cet ouvrage, Flamands, Wallons, Bruxellois, puis Belges germanophones (OstBelgien) ont tenté de transformer l’État belge pour qu’il réponde à leurs aspirations et besoins réciproques ?
  12. La contestation de la modernité (1945-2024) : comment la Belgique va se reconstruire sur les plans moral, idéologique et politique au sortir de la Seconde Guerre mondiale ?
  13. L’avènement politique et social des femmes (1880-2020) : comment les femmes vont-elles progressivement s’émanciper du système social dans lequel les institutions belges les ont enfermées au XIXe siècle ?
  14. Le profond malaise citoyen (1970-2020) : comment les citoyens belges des différentes régions ont-ils progressivement pris leur distance avec les institutions représentatives de l’État, particulièrement avec les mondes politiques et judiciaires ?

3. Une porte vers d’autres savoirs

Étudiant toutes ces problématiques, qui font constamment l’objet d’interactions, je veux redire ma conviction de l’importance pour la société de notre métier d’historien. Cette conviction se renforce par la nécessité de faire face à plusieurs formes de délitement de la pensée par un laisser-aller quasi généralisé du référencement et un manque de rigueur certain dans l’heuristique, y compris la critique des sources. C’est un phénomène qu’historiens américains, mais aussi français [5] ont bien perçu et auquel notre société n’échappe pas non plus : le fact-checkingcollecte d’éléments factuels et objectifs pour vérifier la véracité des faits ou l’exactitude des chiffres présentés [6] – auquel procèdent certaines institutions et agences de presse, est parfois accablant pour les producteurs de discours, y compris parfois à vocation scientifique.

Il m’a été donné l’occasion de le rappeler en octobre 2021 lors du lancement du réseau EUNICE rassemblant les universités de Brandenburg, Cantabria, Catania, Lille – Hauts de France, Poznań, Vaasa et Mons [7]. J’y insistais notamment sur le fait que former nos étudiants à la rigueur, à la précision et à la critique, c’est assurément contribuer à en faire, au-delà de chercheurs de qualités, des intellectuels conscients, à l’esprit courageux, c’est-à-dire aptes à se saisir des contenus les plus difficiles ou les plus farfelus, s’en délivrer, et ne communiquer que sur l’exact et le certain.

Cela nous demande, comme l’affirmait Raymond Aron, des vertus élémentaires de discipline, de consentement à l’autorité, de compétence technique, mais aussi de courage intellectuel [8]. D’autant qu’il s’agissait, au moment où l’historien l’écrivait, de tenter de sauver les valeurs auxquelles notre civilisation était attachée. C’était en 1939…

Questionnante, l’approche historique de l‘Histoire de la Belgique contemporaine, Société et institutions (1790-2020) se veut particulièrement ouverte sur le monde. Bien que l’État belge, sa société, ses institutions constituent les objets centraux de l’ouvrage, des questions comme l’interdépendance, la critique de la modernité, l’avènement politique et social des femmes, le malaise citoyen, prennent largement en compte les interactions avec l’extérieur des frontières nationales ou fédérales, voire européennes.

Transdiscipilinaire, cette histoire a comme finalité la compréhension du monde présent en faisant appel aux disciplines mobilisables : le droit, la philosophie, la sociologie, la science politique, l’économie, etc. Une attention particulière est portée à la définition et à la compréhension des concepts.

D’abord fondé sur l’expérience d’un enseignement destiné à de futurs juristes, économistes, sociologues et politologues, cet ouvrage est destiné à permettre à chacune et chacun de comprendre la Belgique d’aujourd’hui, ses enjeux et ambitions. En même temps, ce livre constitue également un ouvrage de référence précieux pour le professeur de l’enseignement secondaire qui y trouvera matière pour préparer ses cours. Mais surtout, il se veut une porte vers d’autres savoirs, en ramenant le lecteur constamment à la réalité, grâce aux nombreux extraits de documents qu’il comprend, ainsi que par une bibliographie organisée par chapitre.

 

Philippe Destatte

@PhD2050

 

[1] Michel DUMOULIN, Vincent DUJARDIN, Emmanuel GERARD et Mark VAN DEN WIJNGAERT, Préface, Nouvelle Histoire de Belgique, vol. 1, 1830-1905, p. XII-XIV, Bruxelles, Complexe, 2005.

[2] Ma dette est grande à cet égard vis-à-vis de l’historienne Francine Faîte-Nagels (1936-2023), mais aussi de l’inspecteur René Van Santbergen (1920-2001) qui m’avaient en juin 1980 incité à présenter à l’Université de Liège la première leçon d’agrégation en histoire dans le mode enseignement rénové. Pari osé à l’époque, mais moins risqué qu’annoncé puisque sanctionné d’une grande distinction.

[3] Première introduction à de nouvelles approches pédagogiques : 1. Le principe du débat scientifique dans un enseignement, un choix didactique qui réalise une synergie effective entre enseignement et recherche, Cellule de Pédagogie universitaire et de Qualité de l’Université de Mons, 30 octobre 2012.

[4] Philippe DESTATTE, Histoire de la Belgique contemporaine, Société et institutions, 1790-2020, coll. de l’École de Droit UMONS-ULB, Bruxelles, Larcier, 2024, 442 p. https://www.larcier-intersentia.com/fr/histoire-belgique-contemporaine-9782807947436.html

[5] Kevin M. KRUSE & Julian E. ZELIZER ed., Myth America, Historians take on the biggest legends and lies about our past, New York, Basic Books, 2022. – Alya AGLAN, Laurent JOLY, André LOEZ, Gérard NOIRIEL ea, Zemmour contre l’histoire, Paris, Gallimard, 2022.

[6] Fact-checking, Bruxelles, Centre de Crise national : https://centredecrise.be/fr/fact-checking

[7] Ph. DESTATTE, « Opinions which are partial have the effect of vitiating the rectitude of judgement », Heuristics and criticism of sources in science, University of Mons, 21 October 2021. https://phd2050.org/2021/10/26/heuristics/

[8] Raymond ARON, Communication devant la Société française de philosophie, 17 juin 1939, dans R. ARON, Croire en la démocratie, 1933-1944, p. 102, Paris, Arthème-Fayard – Pluriel, 2017.

Paris, 4 juillet 2024

Législatives 2024 : « Nous, historiennes et historiens, ne nous résignons pas à une nouvelle défaite, celle des valeurs qui, depuis 1789, fondent le pacte politique français »

Cette Tribune est publiée dans Le Monde du 1er juillet 2024.

Photo Digikhmer – Dreamstime

Pour la première fois depuis la Seconde Guerre mondiale, l’extrême droite est aux portes du pouvoir en France. Historiennes et historiens, venant d’horizons politiques différents, attachés aux valeurs démocratiques et à l’Etat de droit, nous ne pouvons garder le silence face à cette perspective effrayante à laquelle nous pouvons encore résister.

Malgré le changement de façade, le Rassemblement national [RN] reste bien l’héritier du Front national, fondé en 1972 par des nostalgiques de Vichy et de l’Algérie française. Il en a repris le programme, les obsessions et le personnel. Il s’inscrit ainsi dans l’histoire de l’extrême droite française, façonnée par le nationalisme xénophobe et raciste, par l’antisémitisme, la violence et le mépris à l’égard de la démocratie parlementaire. Ne soyons pas dupes des prudences rhétoriques et tactiques grâce auxquelles le RN prépare sa prise du pouvoir. Ce parti ne représente pas la droite conservatrice ou nationale, mais la plus grande des menaces pour la République et la démocratie.

La « préférence nationale », rebaptisée « priorité nationale », reste le cœur idéologique de son projet. Elle est contraire aux valeurs républicaines d’égalité et de fraternité et sa mise en œuvre obligerait à modifer notre Constitution. Si le RN l’emporte et applique le programme qu’il annonce, la
suppression du droit du sol introduira une rupture profonde dans notre conception républicaine de la nationalité puisque des personnes nées en France, qui y vivent depuis toujours, ne seront pas Françaises, et leurs enfants ne le seront pas davantage.

De même, l’exclusion des binationaux de certaines fonctions publiques aboutira à une discrimination intolérable entre plusieurs catégories de Français. Notre communauté nationale ne sera plus fondée sur l’adhésion politique à un destin commun, sur le « plébiscite de tous les jours » qu’évoquait Ernest Renan, mais sur une conception ethnique de la France.

Au-delà, le programme du RN comporte une surenchère de mesures sécuritaires et liberticides. Inutile de recourir à un passé lointain pour prendre conscience de la menace. Partout, lorsque l’extrême droite arrive au pouvoir par les urnes, elle s’empresse de mettre au pas la justice, les médias, l’éducation et la recherche. Les gouvernements que Marine Le Pen et Jordan Bardella admirent ouvertement, comme celui de Viktor Orban en Hongrie, nous donnent une idée de leur projet : un populisme autoritaire, où les contre-pouvoirs sont affaiblis, les oppositions muselées, et la liberté de la presse restreinte.

 

Profonde inquiétude

Il n’existe pas de démocratie sans un espace public libre et dynamique, sans une information de qualité, indépendante du pouvoir politique comme des puissances financières. La privatisation de l’audiovisuel public, qui figure dans le programme du RN, aboutirait à détruire un pan essentiel de
notre vie publique. Imagine-t-on Vincent Bolloré, soutien objectif de l’extrême droite, absorber demain France Culture, France Inter et France 2 dans son empire médiatique, comme il l’a fait avec Le Journal du dimanche, Europe 1 ou Hachette, avec les conséquences que l’on connaît ?

Attachés à la pratique scientifique de l’histoire, nous ne pouvons qu’être profondément inquiets devant les instrumentalisations du passé qui se profilent et les attaques à venir contre la liberté de la recherche. Le programme éducatif du RN, entièrement tourné vers le retour à une histoire nationale, et même nationaliste, nostalgique et édiante, est aux antipodes des exigences de la recherche historique, fondée sur la méthode critique, l’esprit de nuance et la coopération internationale.

Enfin, le RN n’a jamais caché sa fascination à l’égard de Vladimir Poutine allant jusqu’à s’afficher ostensiblement à ses côtés, au Kremlin, en 2017. Au moment même où le président russe présente un danger mortel pour l’Europe et ne cesse d’armer son hostilité virulente aux sociétés démocratiques occidentales, pouvons-nous permettre l’arrivée au pouvoir d’un parti qu’il a financé et adoubé ? Comment peut-on envisager d’affaiblir ainsi l’Europe au moment où celle-ci a tant besoin, au contraire, d’armer son unité et sa détermination ?

La France ne doit pas tourner le dos à son histoire. Jusqu’à ce jour, l’extrême droite n’est arrivée au pouvoir que dans la tourmente d’une défaite militaire et d’une occupation étrangère, en 1940. Nous ne nous résignons pas à une nouvelle défaite, celle des valeurs qui, depuis 1789, fondent le pacte politique français et la solidarité nationale.

Cette élection n’est pas une élection ordinaire. Il s’agit de défendre la démocratie et la République contre leurs ennemis, d’être au rendez-vous de notre histoire. Au premier tour, nous n’avons pas voté pour les mêmes candidats, ni pour les mêmes partis. Dimanche prochain, nous appelons à voter dans chaque circonscription pour battre le candidat ou la candidate du RN.

Parmi les premiers signataires : Joëlle Alazard, présidente de l’Association des professeurs d’histoire-géographie ; Stéphane Audoin-Rouzeau, directeur d’études à l’Ecole des hautes études en sciences sociales (EHESS) ; Patrick Boucheron, professeur au Collège de France ; Raphaëlle Branche, professeure à l’université Paris Nanterre ; Arlette Farge, directrice de recherche au CNRS ; Jean-Noël Jeanneney, président du Conseil scientifique des Rendez-vous de l’histoire de Blois ; Laurent Joly, directeur de recherche au CNRS ; Audrey Kichelewski, maîtresse de conférences à l’université de Strasbourg ; Vincent Lemire, professeur à l’université Gustave-Eiffel ; Antoine Lilti, professeur au Collège de France ; Gérard Noiriel, directeur d’études à l’EHESS ; Pierre Nora, membre de l’Académie française ; Mona Ozouf, directrice de recherche émérite à l’EHESS ; Michelle Perrot, professeure émérite d’histoire contemporaine à l’université Paris-Diderot ; Jacques Revel, ancien président de l’EHESS ; Pierre Rosanvallon, professeur honoraire au Collège de France ; Anne Simonin, directrice de recherche au CNRS ; Lucette Valensi, directrice d’études émérite à l’EHESS ; Annette Wieviorka, directrice de recherche honoraire au CNRS ; Michel Winock, professeur émérite à Sciences Po, Claire Zalc, directrice de recherche au CNRS.

Liste des 1000 premiers signataires (suit en-dessous la liste des signataires suivant·e·s)

ABDELAZIZ Khalil. Professeur certifié d’histoire-géographie

ABÉCASSIS Frédéric. Maître de conférences en histoire contemporaine (ENS de Lyon, LARHRA)

ACKER Antoine. Professeur d’histoire (Université de Genève)

ADANE Virginie. Maîtresse de conférences en histoire moderne

ADANKPO-LABADIE Olivia. Maître de conférences en histoire médiévale

ADJEMIAN Boris. Directeur de la bibliothèque Nubar, chercheur associé (CRH)

ALAZARD Florence. Maîtresse de conférences en histoire (Université de Tours)

ALAZARD Joelle. Professeure en CPGE, présidente de l’APHG.

ALBERT Anaïs. Maîtresse de conférences (Université Paris Cité)

AMALVI Christian. Professeur émérite d’histoire contemporaine (Université Paul-Valéry Montpellier)

AMAR Marianne. Chercheuse associée à l’ISP (IC Migrations)

AMBROISE-RENDU Anne-Claude. Professeure des universités (UVSQ)

AMÉRICI Laurence. Maîtresse de conférences en histoire contemporaine (Aix-Marseille Université)

ANDREAU Jean. Directeur d’études émérite (EHESS)

ANDRETTA Elisa. Directrice de recherche en histoire moderne (CNRS-LARHRA)

ANDRIANOPOULOS Christos. Docteur en histoire (CRH/EHESS)

ANDRISSEN Noël. Doctorant en histoire sociale des mondes du travail (Paris Nanterre)

ANDRO-UEDA Makiko. MCF en études japonaises

ANGOTTI Claire. Maîtresse de conférence en Histoire médiévale (Université de Reims Champagne-Ardennes)

ANHEIM Etienne. Directeur d’études (EHESS/CRH)

ANTÓNIO DE ALMEIDA Mendes. MCF (Nantes Université)

APRILE Sylvie. Professeure d’histoire contemporaine (Paris Nanterre)

ARAUJO Christophe. Docteur en histoire et maître de conférences en civilisation portugaise (Université Paris Nanterre).

ARCHAMBAULT-KÜCH Marie-Laure. ATER en histoire contemporaine (PSL-ENS)

ARTIÈRES Philippe. Historien

ASTRUC Clément. Historien

ATTAL Frédéric. Professeur d’histoire contemporaine (Université Polytechnique Hauts-de-France)

ATTALI Michaël. Professeur d’histoire (Université Rennes 2)

AUBIN David. Professeur d’histoire des sciences (Sorbonne Université)

AUDEBRAND Justine. Docteure et ATER en histoire médiévale (Université de Poitiers)

AUDOIN-ROUZEAU Stéphane. Directeur d’études (EHESS)

AUGUSTYNOWICZ Rémy. Agrégé d’histoire

AZEDINE ER-REGUIEG Mohamed. (Université Paris 8)

AZOULAY Vincent. Directeur d’études (EHESS)

BACHELET Pierre-Emmanuel. Maître de conférences (ENS de Lyon)

BACIOCCHI Stéphane. Ingénieur de recherche (EHESS)

BADEL Laurence. Professeure (Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne)

BALOUZAT-LOUBET Christelle. Maître de conférences en histoire médiévale (Université de Lorraine)

BANCEL Nicolas. Historien, professeur ordinaire (Université de Lausanne)

BARAT Claire. Maîtresse de conférences en histoire ancienne (Université Polytechnique Hauts-de-France)

BARD Christine. Professeure des universités en histoire contemporaine, membre senior (IUF)

BARDY Yannick. Maître de conférences (Université de Lille)

BARILLÉ Claire. MCF en histoire contemporaine (Université de Lille)

BARLES Sabine, Professeure des Universités

BARRAGAN Marie-Isabelle. Doctorante chargée d’enseignement

BARRE Louis. Postdoctorante

BARRERA Caroline. Maîtresse de conférences en histoire contemporaine (INU Champollion)

BARRETO Joana. Maîtresse de conférences en histoire de l’art moderne (Université Lumière Lyon 2)

BARREYRE Nicolas. Maître de conférences (EHESS)

BARRIÈRE Jean-Paul. Professeur d’histoire contemporaine (Université de Franche-Comté)

BARTHÉLÉMY Pascale. Historienne (ENS de Lyon)

BARZMAN John. Professeur émérite d’histoire contemporaine (Université Le Havre Normandie/IDEES UMR 6266 CNRS)

BASTOEN Julien. Maître de conférences en histoire et cultures architecturales (ENSA Paris-Belleville)

BAT Jean-Pierre. Archiviste paléographe, chargé de cours (PSL Université)

BAUDRY Robinson. MCF

BEAUPRÉ Nicolas. Professeur en histoire contemporaine (ENSSIB)

BECHINI Thibault. Membre scientifique (École française de Rome)

BECK Corinne. Professeure émérite d’histoire et d’archéologie médiévales (Université de Valenciennes)

BECK Patrice. Professeur honoraire en histoire médiévale (Université de Lille)

BECKA Léo. Doctorant en histoire contemporaine

BECKER Annette. Professeure émérite (Paris Nanterre)

BECKER Audrey. Professeure d’histoire romaine (Université de Franche-Comté)

BEGHIN Cécile. Historienne (Université de Cergy)

BEHTMONT Rémy. Professeur d’histoire et civilisation britanniques (Université Paris 8)

BÉLIGAND Nadine. MCF en histoire moderne (Université Lumière-Lyon 2)

BELLAVITIS Anna. Professeure d’histoire moderne (Université de Rouen Normandie)

BEN OTHMANE Houssam. Enseignant du second degré en histoire-géographie

BÉNÉVENT Christine. Professeur (École nationale des chartes)

BERDAH Jean-Bernard. Maître de conférences HDR (Université Toulouse 2 Jean-Jaurès)

BERGERON Andrée. Maîtresse de conférences en histoire des sciences (Museum national d’histoire naturelle)

BÉRIOU Nicole. (Académie des Inscriptions et Belles-Lettres)

BERNARD Amaury. Docteur en histoire contemporaine

BERNARD Mathias. Professeur d’histoire contemporaine (Université Clermont Auvergne)

BERNARDI Philippe. Directeur de recherches (CNRS)

BERNAT Chrystel. MCF en histoire moderne

BERNINI Julie. Maître de conférences en histoire ancienne (Université de Lille)

BERTINET Arnaud. Historien du patrimoine, MCF (Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne)

BERTRAND Romain. Directeur de recherche (CERI, Sciences Po-CNRS)

BESSON Florian. Médiéviste 

BEUCHER Benoît. Maître de conférences en histoire de l’Afrique contemporaine (Université Paris Cité)

BIDAUT Guillaume. Doctorant en histoire (Paris 1 Panthéon Sorbonne)

BIGG Charlotte. Historienne (CNRS)

BIHL Laurent. MCF (Paris 1 Panthéon-Sorbonne)

BILLARD Hugo. Professeur d’histoire-géographie et géopolitique en CPGE

BLAIS Hélène. Professeure d’histoire (ENS-PSL)

BLANC Julien. ATER en histoire contemporaine (UGE)

BLANC Julien. Historien (EHESS)

BLANC-CHALEARD Marie-Claude. Professeure émérite d’histoire contemporaine

BLOCH Suzette. Petite-fille de Marc BLOCH

BLUM Françoise. Ingénieure de recherche (CNRS), Historienne

BLUMENTHAL Edward. Maître de conférences en civilisation de l’Amérique latine (Université Sorbonne Nouvelle Paris 3)

BOCQUET Jérôme. PR en histoire contemporaine (Université de Tours)

BOEHRINGER Sandra. Maîtresse de conférences en histoire ancienne et études de genre (Université de Strasbourg)

BOESTAD Tobias. Maître de conférences en histoire médiévale

BOILLEY Pierre. Professeur des universités, histoire de l’Afrique contemporaine

BOITEL Isaure. Maîtresse de conférences en histoire moderne (Université Picardie Jules Verne)

BOLLENOT Vincent. Maître de conférences (Université de Caen)

BONNARD Jean-Baptiste. Maître de conférences en histoire (Université de Caen)

BONNEFOY Baptiste. Maître de conférences en histoire moderne (Université Paris Nanterre)

BONZON Anne. Professeure d’histoire moderne (Université Paris 8)

BONZON Thierry Serge. Maître de conférences en histoire contemporaine (Université Gustave Eiffel)

BOQUET Damien. Professeur d’histoire du Moyen Âge (Aix-Marseille Université)

BORDES Etienne. Chercheur postdoctorant

BOSC Yannick. (Université de Rouen Normandie)

BOSC-TIESSE Claire. Directrice de recherche (CNRS) – Directrice d’études (EHESS)

BOSSAERT Marie. Maîtresse de conférences (Université Clermont Auvergne)

BOST Hubert. Directeur d’études (EPHE-PSL)

BOUCHERON Patrick. Professeur d’histoire (Collège de France)

BOUDERBALA Sobhi. Maître assistant en histoire médiévale (Université de Tunis)

BOUDET Jean-Patrice. Professeur émérite d’histoire médiévale (Université d’Orléans)

BOUDON Jacques-Olivier. Professeur d’histoire contemporaine (Sorbonne Université)

BOUGEARD Christian. Professeur émérite d’histoire contemporaine (université de Bretagne Occidentale, Brest) 

BOUHAÏK-GIRONÈS Marie. Directrice de recherche (CNRS)

BOUJU Marie-Cécile. Maître de conférences

BOULOUX Nathalie. Maîtresse de conférences en histoire médiévale (Université de Tours)

BOUQUET Olivier. Professeur (Université Paris Cité, IUF)

BOURDEU Etienne. Professeur d’histoire-géographie, chercheur associé au CRH (CNRS-EHESS)

BOURDIN Juliette. Maître de conférences en histoire des États-Unis

BOURDIN Philippe. Professeur d’histoire moderne (Université Clermont Auvergne)

BOURDON Étienne. Historien

BOURGUET Marie-Noelle. Professeur émérite d’histoire moderne (Université Paris Cité)

BOURQUIN Laurent. Professeur d’histoire moderne (Le Mans Université)

BOUTOULLE Frédéric. Professeur d’histoire médiévale

BOUTRY Philippe. (Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne)

BOVE Boris. Professeur d’histoire médiévale (Université de Rouen-Normandie)

BOYER Anne. Retraitée Historienne du livre et de la police pour la période moderne

BOZZOLO Carla. Histoire intellectuelle du Moyen Âge tardif, Directeur de recherche (CNRS), retraitée

BRAC DE LA PERRIÈRE Éloïse. Professeure d’histoire de l’art et d’archéologie des mondes de l’Islam (Sorbonne Université – INHA)

BRANCHE Raphaëlle. Professeure d’histoire contemporaine (Université Paris-Nanterre)

BRASSART Laurent. Maître de conférences en histoire moderne

BRAYARD Florent. (CNRS)

BRELOT Claude-Isabelle. Professeur honoraire (Université Lyon 2)

BRET Patrice. Historien

BRÉTÉCHÉ Marion. Enseignante-chercheure (Université d’Orléans)

BRETIN Karen. Maître de conférences (Université de Bourgogne)

BRIAN Éric. Directeur d’études (EHESS, CRH)

BRIAN Isabelle. Professeur d’histoire moderne (Université de Lorraine)

BRIFFAULT Véronique. Professeure agrégée d’histoire

BRIOIST Pascal. Professeur des universités

BRUHNS Hinnerk. Directeur de recherche émérite (CNRS, CRH)

BRUNEL Françoise. MCF honoraire histoire moderne (Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne)

BRUNNER Thomas. Maître de conférences en histoire du Moyen Âge (Université de Strasbourg)

BRUZZONE Anna. Historienne, chercheuse associée (Institut des mondes africains)

BUBENICEK Michelle. Professeur des universités

BUFFET Jules. ATER (Université Paris Nanterre)

BUGNON Fanny. Maîtresse de conférences en histoire contemporaine et études sur le genre (Université Rennes 2)

BUR Clément. Maître de conférences en histoire ancienne (INU Champollion, Albi)

BURGAUD Pierre. Professeur agrégé d’histoire, enseignant (lycée Frédéric Mistral à Fresnes)

BURGDORFF Celia. Historienne, chercheuse associée (Fondation pour la recherche stratégique)

BURRI Sylvain. (TRACES UMR 5608 CNRS-Université Toulouse Jean-Jaurès)

BYRDY-DÉPATY Emmanuelle. Agrégée d’histoire

CABADI Marie. Doctorante en histoire contemporaine

CABANES Bruno. Professeur (Ohio State University, USA)

CABESTAN Jean-François. Historien de l’architecture

CABY Cécile. Professeure en histoire du Moyen Âge (Sorbonne Université)

CAHEN Fabrice. Chargé de recherches (Ined)

CALAFAT Guillaume. MCF (Université Paris 1)

CALLARD Caroline. Directrice d’études en histoire moderne (EHESS).

CANO Delphine. Professeure agregée en histoire, Conservatrice en chef du patrimoine

CANTEAUT Olivier. Maître de conférences en histoire (École nationale des chartes)

CANTIN Yann. Maître de conférences (Université Paris 8)

CAPDETREY Laurent. Professeur d’histoire grecque (Université Bordeaux Montaigne)

CAPO Dorothée. Enseignante en histoire-géographie, vacataire à l’université

CARANTON Julien. Maître de conférences en histoire contemporaine  (Université Grenoble Alpes)

CARBONELL Mauve. Maître de conférences en histoire contemporaine (Aix-Marseille Université)

CARBONNET Adrien. Maitre de conférences (Sorbonne Université)

CARBONNIER Youri. Professeur en histoire moderne (Université d’Artois)

CARDON Thibault. Chargé de recherche (CNRS)

CARDON-QUINT Clémence. Professeure des universités en histoire contemporaine (Université Paul-Valéry Montpellier 3)

CARON Jean-Claude. Professeur émérite d’histoire contemporaine (Université Clermont Auvergne)

CARPENTIER Florence. Maîtresse de conférences en histoire (Université de Rouen-Normandie)

CARRANGEOT Delphine. MCF en histoire moderne (UVSQ/Paris-Saclay)

CARRAZ Damien. Professeur d’histoire médiévale (Université Toulouse 2 Jean-Jaurès / Framespa-UMR 5136)

CARRIBON Carole. Maîtresse de conférences en histoire contemporaine (Université Bordeaux Montaigne)

CARVAIS Robert. Directeur de recherches émérite (CNRS)

CASSAN Michel. Professeur émérite des universités (Poitiers, Limoges)

CASTAGNEZ Noëlline. Professeure d’histoire contemporaine (Université d’Orléans)

CASTAN-VICENTE Florys. Historienne du sport et du genre, MCF (Université Paris Saclay)

CASTELNUOVO Guido. Professeur d’histoire du Moyen Âge (Avignon Université)

CASRIGLIONI Maria Paola, MCF en histoire ancienne (Université Grenobles Alpes)

CAUSARANO Pietro. (Università di Firenze)

CAVAILLÉ Jean-Pierre. Maître de conférences (EHESS)

CAZES Quitterie. Professeure d’histoire de l’art (Université de Toulouse Jean-Jaurès)

CÉLINE Dhers. Professeur d’histoire-géographie-emc en collège

CERMAN Jérémie. Professeur des universités en histoire de l’art contemporain (Université d’Artois, CREHS)

CERTIN Aude-Marie. Maîtresse de conférences (Université de Haute-Alsace)

CHABOD Antoine. Ingénieur-chercheur

CHAIX Gérald. PR émérite, histoire moderne (Université de Tours)

CHAMPEAUD Grégory. Enseignant et historien

CHANDELIER Joël. Maître de conférences (Université Paris 8)

CHANDEZON Christophe. Professeur d’histoire ancienne (Université Montpellier 3)

CHANET Jean-François. Professeur (IEP de Paris)

CHAPERON Sylvie. Professeure d’histoire contemporaine (Université de Toulouse Jean-Jaurès)

CHAPPEY Jean-Luc. Professeur d’histoire des sciences (Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne) 

CHAPUIS-DESPRÉS Stéphanie. Maîtresse de conférences en civilisation germanique (Université Paris Cité)

CHAREILLE Pascal. MCF Histoire médiévale (Université de Tours)

CHARLE Christophe. (Paris 1-Panthéon Sorbonne)

CHARPENTIER Pierre-Frédéric. Historien (Lycée Berthelot, Toulouse)

CHARPY Manuel. Historien (CNRS)

CHARRIER Loman-Pierre. Doctorants en histoire contemporaine (CHEC/UCA)

CHARTIER Roger. Professeur émérite (Collège de France)

CHASTANET Monique. Chargée de recherche honoraire (CNRS)

CHASTANG Pierre. Professeur (UVSQ-Université Paris-Saclay)

CHATELAN Olivier. Maître de conférences HDR en histoire contemporaine (Université Jean-Moulin, Lyon 3)

CHATENET-CALYSTE Aurélie. Maîtresse de conférences en histoire moderne (Université Rennes 2)

CHATRIOT Alain. Professeur des universités (SciencesPo)

CHATZIVASILIOU Despina. Chercheur (Collège de France)

CHAUVARD Jean-François. Professeur d’histoire moderne (Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne)

CHENY Anne-Marie. Historienne

CHERQAOUI Walid. Doctorant-chercheur à l’Institut d’histoire du temps présent (IHTP – CNRS/Paris 8)

CHIRIO Maud. MCF en histoire contemporaine (Université Gustave Eiffel)

CHOVAUX Olivier. Professeur d’histoire contemporaine (Université d’Artois)

CHRISTEN Carole. Professeure d’histoire contemporaine (Université Le Havre Normandie)

CIREFICE Virgile. Maître de conférences d’histoire contemporaine (Université de Limoges)

CLASTRES Patrick. Professeur d’université (UNIL)

CLAUSTRE Julie. Professeure des universités

CLAVERT Frédéric. Professeur assistant (maître de conférence) (C2DH, Université du Luxembourg)

CLEMENTZ Elisabeth. Maîtresse de conférences HDR (Université de Strasbourg)

CLERET Camille. Docteur agrégé d’histoire

COCAIGN Elen. MCF en histoire britannique (Université Paris 8)

COEUR Denis. Historien-conseil, directeur d’ACTHYS-DIffusion

COEURÉ Sophie. (Université Paris Cité)

COGNÉ Albane. Maître de conférences en histoire moderne (Université de Tours)

COHEN MULLER RIna. MCF en histoire contemporaine (INALCO)

COHEN Muriel. MCF en histoire contemporaine (Le Mans Université)

COHEN Yves. Directeur d’études émérite (EHESS)

COHN Danièle. Professeure émérite (Paris 1 Panthéon-Sorbonne)

COLLARD Franck. Professeur d’histoire médiévale (Université Paris-Nanterre), Directeur de l’UFR SSA

COLLET Pauline. Doctorante (Université de Toulouse Jean-Jaurès)

COLLINET Cécile. Professeure de sociologie (Université Gustave-Eiffel)

COMPAGNON Olivier. Professeur d’histoire contemporaine (Université Sorbonne Nouvelle-IHEAL / Institut Universitaire de France)

CONCHON Anne. Enseignante-chercheure

COQUERY Natacha. Professeure à l’université (Lumière Lyon 2)

COQUERY-VIDROVITCH Catherine. Professeure émérite (Université Paris Cité)

CORNU Pierre. Professeur d’histoire contemporaine et d’histoire des sciences en détachement (INRAE)

COUEFFE Louis. ATER en histoire contemporaine (Avignon Université)

COURRIER Cyril. MCF HDR Histoire romaine (Aix-Marseille Université-IUF)

COURTEMANCHE Danielle. Historienne médiéviste, MCF (ULCO)

COUSINIÉ Frédéric. Professeur d’histoire de l’art (Université de Rouen Normandie)

COYO Philippe. Professeur (Lycée Champollion)

CRONIER Emmanuelle. Professeure d’histoire contemporaine (Université de Picardie Jules-Verne)

CROUZET Denis. Professeur émérite d’histoire moderne

CROUZET-PAVAN Elisabeth. Professeur émérite d’histoire médiévale

CUNDEKOVIC Jérémy. Ingénieur d’études et doctorant en histoire moderne

CUVELIER Laurent. Maître de conférences en histoire moderne (Université de Tours)

D’ENFERT Renaud. Professeur émérite en sciences de l’éducation

D’ERCOLE Cecilia. Historienne (EHESS)

DA COSTA Valérie. Professeure (Paris 8)

DA ROCHA CARNEIRO François. Historien (CREHS, Université d’Artois)

DAKHLI Leyla. Chargée de recherche (CNRS)

DARRIULAT Philippe. Professeur des universités en histoire contemporaine (Sciences Po Lille)

DAUDIN Guillaume. Professeur (Université Paris Dauphine-PSL)

DAUMALIN Xavier. Professeur d’histoire contemporaine (Aix-Marseille Université)

DAVID Jean-Michel. Professeur des universités émérite

DAVION Isabelle. Maîtresse de conférences HDR (Sorbonne Université)

DE BAECQUE Antoine. Professeur (ENS/PSL)

DE COCK Laurence. Historienne.

DE LAS HERAS Amélie. Maîtresse de conférences en histoire médiévale (Université d’Artois)

DE MATHAN Anne. Professeure des universités en histoire moderne (Université de Caen Normandie), directrice de l’unité de recherche HisTeMé

DE OLIVEIRA Matthieu. (Université de Lille)

DEBAIL Thibault. Chercheur rattaché (EHESS – CRH)

DÉBAX Hélène. Professeur d’histoire médiévale (Université Toulouse Jean-Jaurès)

DECHAND Oriane. ATER en histoire moderne

DEFRANCE-JUBLOT Fanny. Docteure en histoire (EPHE-GSRL)

DEHOUX Esther. Maître de conférences en histoire du Moyen Âge

DEJOUX Marie. MCF en histoire médiévale

DELACROIX Christian. Historien

DELALANDE Nicolas. Professeur (Centre d’histoire de Sciences Po)

DELATTRE-DESTEMBERG Emmanuelle. MCF en histoire contemporaine (Université Polytechnique Hauts-de-France, Valenciennes)

DELAURENTI Béatrice. Directrice d’études (EHESS-CRH)

DELEPLACE Marc. Maître de conférences en histoire contemporaine (Centre d’histoire du XIXe siècle, Sorbonne Université)

DELPORTE Christian. Professeur émérite (Université de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines)

DELUERMOZ Quentin. Professeur d’histoire contemporaine (Université Paris Cité)

DELZANT Jean-Baptiste. Maître de conférences en histoire du Moyen Âge (Université Paris Cité)

DEMARTINI Anne-Emmanuelle. Professeure d’histoire contemporaine (Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne)

DEMONT Vincent. Maître de conférences (Université Paris Nanterre, IDHES)

DENIS Vincent. Professeur d’histoire moderne (Université de Rouen)

DERRIEN Marie. Maîtresse de conférences en histoire contemporaine (Université de Lille)

DESABRES Pascal. Enseignante

DESBUISSONS Frédérique. (Université de Reims Champagne-Ardenne)

DESCENDRE Romain. Professeur des universités (ENS Lyon)

DESROSIERS Sophie. MCF retraitée (EHESS-CRH)

DESSI Rosa Maria. PU en histoire (Université Côte d’Azur)

DESTATTE Philippe. Maître de conférences à l’Université de Mons, Université Paris Cité et Reims Champagne-Ardenne

DESTEMBERG Antoine. Maître de conférences en histoire médiévale (Université d’Artois)

DIAZ Delphine. Maîtresse de conférences en histoire contemporaine (Université de Reims Champagne-Ardennes)

DIETSCHY Paul. professeur d’histoire contemporaine (Université de Franche-Comté)

DITTMAR Pierre-Olivier. Maître de conférences (EHESS)

DODMAN Thomas. Historien

DOL Catherine. 

DOMERGUE Cloarec. Professeur honoraire (Montpellier 3)

DONNAT Sylvie. Professeure d’égyptologie (Université de Lille)

DORNEL Laurent. Historien (UPPA)

DORSO Simon. Archéologue, historien

DOSQUET Émilie. Maîtresse de conférence en histoire moderne (CY Cergy Paris Université)

DOSSE François. Historien, professeur émérite (Université Paris 12)

DOUCET Hervé. Maître de conférences en histoire de l’art contemporain (Université de Strasbourg)

DOUKI Caroline. MCF en histoire (Université Paris 8)

DOUZOU Laurent. Professeur émérite des universités

DROIT Emmanuel. Professeur des universités (Sciences Po Strasbourg)

DUBALD Déborah. Maîtresse de conférences (Université de Strasbourg)

DUBASQUE François. Maître de conférences en histoire contemporaine (Université de Poitiers)

DUCEPPE-LAMARRE François. Docteur en archéologie, professeur agrégé d’histoire

DUCLOS-GRENET Pauline. Enseignante

DUCREUX Marie-Elizabeth. Directrice de recherche émérite (CNRS, CRH)

DUCROS Victor. Doctorant contractuel en histoire médiévale (Université de Paris 1 Panthéon Sorbonne)

DUFAUD Grégory. Professeur des universités (Université Polytechnique Hauts-de-France)

DUFOURMONT Eddy. Professeur des universités

DUFRAISSE Sylvain. Maître de conférences (Nantes Université)

DULGUEROVA Elitza. Maîtresse de conférences en théorie et histoire de l’art (Université Paris 1 Panthéon Sorbonne)

DUMAS Hélène. (CNRS-EHESS)

DUMONT Juliette. Maîtresse de conférences en histoire (Université Sorbonne Nouvelle – Paris 3)

DUNYACH Jean-François. Maître de conférences en histoire moderne (Sorbonne Université)

DUPONT Alexandre. MCF en histoire contemporaine (Université de Strasbourg), membre junior (Institut universitaire de France)

DUPONT Anne-Laure. Maître de conférences (Sorbonne Université)

DUPRAT Annie. Professeure des universités émérite

DURAND Antonin. Maître de conférences (Sorbonne Université)

DUROCHER Maxime. Maître de conférences en arts de l’Islam (Sorbonne Université)

DUSSERRE Aurélia. MCF en histoire contemporaine (Université d’Aix-Marseille)

EISMANN Gaël. Maîtresse de conférences en histoire contemporaine (Université Caen-Normandie)

ENDERS Armelle. Professeure d’histoire contemporaine (Université Paris 8/FG Lab)

ERVIEL Jérémiah. Professeur d’histoire 

ESMEIN Jean. Sociétaire SGDL

ESTEVE Romane. Professeure d’histoire-géographie

ETTER Anne-Julie. MCF (CY Cergy Paris Université)

EVANS Bruno. Historien, chercheur associé (laboratoire FRAMESPA)

EXBALIN Arnaud. Professeur (Université Paris Nanterre)

EYMÉOUD Juliette. Docteure en histoire moderne, conservatrice des bibliothèques

FABRE Mélanie. Maîtresse de conférences (Université de Picardie Jules-Verne)

FAGES Volny. maître de conférences (ENS Paris-Saclay)

FAGET Daniel. MCF en histoire moderne (Aix-Marseille Université)

FAINGNAERT Victor. (Doctorant en histoire)

FARGE Arlette. (CNRS)

FASSIO Lucas. Doctorant en histoire médiévale (Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne)

FAURE Justine. Professeure d’histoire contemporaine (Université de Lille)

FAVIER Irène. MCF en histoire contemporaine

FAYOLLE Caroline. Maîtresse de conférences en histoire contemporaine (Université de Montpellier)

FELLER Laurent. Professeur des universités émérite (Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne)

FERIEL Cédric. Maître de conférences en histoire (Université Rennes 2)

FERRADOU Mathieu. Maître de conférences en histoire moderne (Université Paris Nanterre)

FERRAGU Gilles. MCF (Université Paris Nanterre)

FERRAND Antoinette. Membre scientifique (Institut français d’archéologie orientale)

FERRER-BARTOMEU Jérémie. Chargé de recherches en histoire moderne (F.R.S.-FNRS)

FERRIER-VIAUD Pauline. Maîtresse de conférences en histoire moderne (Université d’Artois)

FLÉCHET Anaïs. Professeure d’histoire contemporaine (Sciences Po Strasbourg)

FOA Jérémie. MCF HDR (Aix-Marseille Université)

FOLIARD Daniel. (Université Paris Cité)

FONTAINE Marion. Professeure (Sciences Po)

FONTAINE–GASTAN Marie. Doctorante

FOREST Alain. Professeur retraité d’histoire et de civilisation de la Péninsule indochinoise (Université Paris Cité)

FORLIN Olivier. Maître de conférences en histoire contemporaine (Université Grenoble Alpes)

FORONDA François. Historien médiéviste

FOURNIER Patrick. Maître de conférences (Université Clermont-Auvergne)

FRABOULET Danièle. Professeur émérite d’histoire contemporaine (Université Sorbonne Paris Nord)

FRAY Sébastien. Maître de conférences en histoire du Moyen Âge (Université Jean Monnet, Saint-Etienne)

FREDJ Claire. (Université Paris Nanterre)

FRIOUX Stéphane. MCF en histoire contemporaine

FRÖHLICH Pierre. Professeur d’histoire grecque (Université de Bordeaux)

FROISSART Rosella. Directrice d’études (EPHE-PSL)

FROMENT Delphine. Maîtresse de conférences en histoire contemporaine (Université de Lorraine)

FULLA Mathieu. Chercheur (Centre d’histoire de Sciences Po)

FUREIX Emmanuel. Professeur d’histoire contemporaine (Université Paris-Est Créteil)

FURST Benjamin. Ingénieur de recherche (Université de Haute-Alsace)

GAILLARD Norbert. Consultant indépendant, spécialiste de l’histoire du risque souverain

GAILLAUD Sylvain. Docteur en histoire contemporaine, chercheur associé (Paris 1 Panthéon-Sorbonne – SIRICE)

GAL Stéphane. Maître de conférences HDR en histoire moderne, directeur délégué du LARHRA (Université Grenoble-Alpes)

GALLAND Catherine. MCF, Histoire (Université Paris Nanterre)

GALLIAN Nastasia. Maîtresse de conférences en histoire de l’art (Sorbonne Université)

GALLO Daniela. Professeure émérite (Université de Lorraine)

GALLON Floriant. Maître de conférences en histoire médiévale (Université Toulouse Jean-Jaurès)

GALLOT Fanny. Historienne

GALVEZ-BEHAR Gabriel. 

GANTET Claire. Professeure d’histoire moderne (Université de Fribourg)

GARCIA Patrick. Historien (Cergy Paris Université)

GARNER Guillaume. Maître de conférences en histoire (ENS de Lyon)

GAROT PUYAU Marion. Historienne et docteure en études germaniques

GAUBERT Aymeric. Doctorant en histoire à (Université de Tours)

GAUDICHARD Franck. Historien, professeur des universités (Toulouse)

GAUDIN Guillaume. Maître de conférences HDR en histoire moderne (Université Toulouse Jean-Jaurès)

GAUTHIER Christophe. Professeur (École nationale des chartes)

GAUVARD Claude. Professeure émérite d’histoire médiévale (Paris 1 Panthéon-Sorbonne)

GEBEIL Sophie. Maître de conférences en histoire

GÉLIN Maëlle. Doctorante (Centre d’histoire de Sciences Po)

GÉLIS Jacques. Professeur émérite (Paris 8 Saint-Denis)

GÉNARD Elsa. Postdoctorante (Harvard University)

GENET-DELACROIX Jean-Philippe. Professeur d’Histoire médiévale (Paris 1 Panthéon-Sorbonne)

GENET-DELACROIX Marie-Claude. Professeur d’Histoire de l’art (Université de Reims-Champagne-Ardennes)

GENIS Nicolas. Maître de conférences en histoire ancienne (Université de Lille)

GENTIL Louise. Doctorante en histoire médiévale (Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne)

GEORGI Frank. Professeur d’histoire contemporaine (Université d’Évry Paris-Saclay)

GHERCHANOC Florence. Professeure des universités (Université Paris Cité)

GHERMANI Naïma. Professeure d’histoire moderne (Université Grenoble Alpes, ICM)

GIBIER Céline. Professeure certifiée d’Histoire Géographie

GIMENEZ Irène. Postdoctorante (Université Paris Est Créteil)

GIOANNI Stéphane. Professeur (Université Lumière-Lyon 2)

GIRAUDIER Fanny. Agrégée et docteure en histoire, chercheuse associée (LARHRA)

GIRAULT Bénédicte. Maîtresse de conférences en histoire contemporaine (CY Cergy Paris Université)

GISPERT Hélène. Historienne des sciences, professeure émérite (Université Paris Saclay)

GISPERT Marie. Historienne de l’art, maîtresse de conférences HDR (Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne)

GIUDICELLI Christophe. Professeur (Sorbonne Université)

GLESENER Thomas. Maître de conférences en histoire moderne (Aix-Marseille Université)

GODINEAU Dominique. Professeure d’histoire moderne (Université Rennes 2)

GODINEAU Laure. MCF en Histoire contemporaine (Université Sorbonne Paris Nord)

GOESCHEL Pascale. Professeure d’histoire contemporaine (Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne)

GOLDBERG Sylvie Anne. Directrice d’études émérite, (EHESS, Centre d’études Juives)

GOLDIN Gabriela. Postdoctorante

GOMEZ Corinne. Ingénieure (CNRS, Histoire)

GONZALEZ BERNALDO Pilar. Professeur d’histoire contemporaine de l’Amérique latine (Université Paris Cité)

GOSSOT Anne. PU émérite (Université Bordeaux-Montaigne)

GOUPIL-LUCAS-FONTAINE Marie. Professeure agrégée (Université du Mans)

GRANCHER Romain. Chargé de recherche (CNRS)

GRAND-CLÉMENT Adeline. Professeure d’histoire grecque (Université de Toulouse Jean-Jaurès)

GRENET Mathieu. Maître de conférences (INU Champollion, Albi)

GRÉVIN Benoît. Directeur de recherches (CNRS, CRH)

GREVSMUHL Sebastian. Chercheur (CNRS)

GRIDAN Irina. MCF en histoire contemporaine (Inalco)

GRIFFATON Vianney. Doctorant (Centre d’histoire de Sciences Po)

GRILLÈRE Diane. Enseignante

GRIVAUD Gilles. Professeur émérite d’histoire médiévale (Université de Rouen)

GRIVEL Luc. Maître de conférences

GRUMBERG Zoé. agrégée d’histoire et docteure en histoire contemporaine

GRYNBERG Anne. professeure émérite des Universités (INALCO, Paris)

GUEGEN Cécile. Professeur d’histoire géographie

GUGELOT Frédéric. Professeur d’histoire contemporaine (Université de Reims)

GUICHARD Charlotte. Historienne de l’art (CNRS/ENS-PSL)

GUICHARROUSSE Romain. Maitre de conférences en histoire (Université Paris 1 Panthéon Sorbonne)

GUIDI Andreas. Maître de conférences (INALCO)

GUIGNARD Laurence. Professeure en histoire contemporaine (UPEC/Inspé), co-présidente d’Historiennes et historiens du contemporain

GUIGNET Lucie. Doctorante

GUILHAUMOU Jacques. Directeur de recherche honoraire (CNRS)

GUILLOREL Éva. Maîtresse de conférences en histoire moderne (Université Rennes 2)

GUIZARD Fabrice. Maître de conférences HDR en histoire du Moyen Âge (Université Polytechnique des Hauts-de-France)

GUYON Anthony. Historien

HAAN Bertrand. Maître de conférences (Sorbonne Université)

HACHEZ-LEROY Florence (Université d’Artois)

HAGIMONT Steve. Maître de conférences en histoire contemporaine (Université de Versailles Saint-Quentin)

HAMON Philippe. Professeur des universités en histoire

HANDOURTZEL Rémy. Historien, ex-chargé de cours (Paris-X Nanterre) et lauréat de l’Académie française

HANQUIEZ Delphine. Maître de conférences en histoire de l’art médiéval (Université d’Artois)

HAOUR Pauline. Historienne (EPHE-PSL)

HASENOHR Claire. Professeur d’histoire ancienne (Université Bordeaux-Montaigne)

HATZFELD Nicolas. Professeur (Université Évry-Saclay)

HAUTCOEUR Pierre-Cyrille. Directeur d’études (EHESS et Paris school of economics)

HAYES Ingrid. enseignante-chercheuse (Université Paris Nanterre)

HAZIZA Typhaine. MCF en histoire ancienne (Université de Caen)

HÉBRARD Véronique. Professeure d’histoire de l’Amérique latine (Université de Lille)

HEIMBURGER Franziska. MCF (Sorbonne Université)

HELLER Anna. Professeure d’histoire ancienne (Université de Tours)

HELVÉTIUS Anne-Marie. Professeure d’Histoire du Moyen Âge (Université Paris 8 Vincennes-Saint-Denis)

HERMANT Héloïse. Enseignante-chercheuse

HERMENT Laurent. Historien, directeur de recherche (CNRS)

HERRMANN Irène. Professeure d’histoire transnationale (Université de Genève)

HERVÉ Pierre-André. Doctorant en histoire (École pratique des hautes études)

HEULLANT-DONAT Isabelle. Professeure d’histoire médiévale (Université de Reims-Champagne-Ardenne)

HILAIRE-PÉREZ Liliane. Professeur (Université Paris Cité) et directrice d’études (EHESS)

HIPPLER Thomas. Professeur d’histoire contemporaine (Université de Caen)

HOBSON FAURE Laura. Professeure des universités (Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne)

HOUBRE Gabrielle. Enseignante-chercheuse (Université Paris Cité)

HOULLEMARE Marie. Professeure (Université de Genève)

HOURS Bernard. Professeur d’histoire moderne (Université Jean-Moulin Lyon 3)

HOUSSAYE MICHIENZI Ingrid. Historienne médiéviste, chargée de recherche (CNRS)

HOUSSIN-MONELLO Matteo. Professeur agrégé d’histoire

HOUTE Arnaud-Dominique. Professeur d’histoire contemporaine (Sorbonne Université)

HUGON Anne. PR histoire contemporaine de l’Afrique (Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne)

HURLET Frédéric. Professeur des universités

HUSQUIN Caroline. MCF en histoire ancienne (Université de Lille)

IOGNA-PRAT Dominique. Directeur d’études (EHESS)

IRACHILO Erwan. Doctorant en histoire contemporaine (laboratoire ITEM)

IRIBARREN Isabel. Professeure d’histoire médiévale (Université de Strasbourg)

ISMARD Paulin. Professeur d’histoire ancienne (Aix Marseille Université)

JACOB-ROUSSEAU Nicolas. Maître de conférences en géographie (Lyon)

JAKOBI Marianne. Professeure d’histoire de l’art (Université Clermont Auvergne)

JALABERT Laurent. Professeur d’histoire contemporaine (Université de Pau)

JANNIARD Sylvain. MCF en histoire romaine (Université de Tours)

JANSEN Sabine. Professeure des universités

JARNOUX Philippe. PR en histoire moderne (Université de Brest)

JEAN-MARIE Laurence. enseignante-chercheure, histoire du Moyen Âge

JEANNENEY Jean-Noël. Professeur émérite (Sciences Po)

JÉGOU Laurent. Professeur d’histoire médiévale (Université Paris Nanterre)

JÉHANNO Christine. Maîtresse de conférences en Histoire médiévale (Université du Littoral-Côte d’Opale)

JETTOT Stéphane. MCF (Sorbonne Université)

JOIN-LAMBERT Odile. Professeure (Paris Saclay-UVSQ, Laboratoire Printemps)

JOLLET Anne. Maîtresse de conférences en histoire moderne (Université de Poitiers)

JOLLET Etienne. Professeur d’histoire de l’art moderne (Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne)

JOLY Laurent. (CNRS)

JOSCHKE Christian. Professeur d’histoire de l’art (ENSBA de Paris)

JOUHAUD Christian. (EHESS, Centre de recherches historiques)

JOUTY Fabienne. Doctorante

JUAN Myriam. MCF (Université de Caen Normandie)

JUCHS Jean-Philippe. (LAMOP)

JUDDE DE LARIVIÈRE Claire. (Université de Toulouse Jean-Jaurès)

JULIA Dominique. Directeur honoraire de recherche (CNRS)

JULLIARD François-René. ATER (Université polytechnique des Hauts-de-France)

JUSSEAUME Anne. Maîtresse de conférences en histoire contemporaine

KAPLAN Michel. Professeur émérite (Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne)

KAPLAN Steven L. Historien, universitaire retraité

KARILA-COHEN Karine. Maîtresse de conférences HDR en histoire grecque (Université Rennes 2)

KARILA-COHEN Pierre. Professeur d’histoire contemporaine (Université Rennes 2)

KEREN Célia. Maîtresse de conférences en histoire contemporaine (Sciences Po Toulouse)

KERMOGARD Zoé. Maître assistante en histoire contemporaine (Université de Zurich)

KICHELEWSKI Audrey. MCF histoire contemporaine (Université de Strasbourg), codirectrice de la Revue d’histoire de la Shoah.

KIEN Julien. Professeur d’histoire-géographie

KIKUCHI Catherine. Maîtresse de conférences en histoire médiévale (Université de Versailles Saint-Quentin)

KISS Gergely. Professeur d’histoire médiévale (Hongrie)

KNITTEL Fabien. Maître de conférences HDR en histoire contemporaine (Université de Franche -Comté)

KOERING Jérémie. Professeur ordinaire en histoire de l’art des temps modernes, chargé de recherche (CNRS), en détachement

KOKKINOU Maria. Anthropologue (EHESS)

KÖNIG-PRALONG Catherine. Directrice d’études (EHESS)

KOTT Sandrine. Professeure (Université de Genève)

KOUAMÉ Nathalie. Professeure en histoire du Japon (Université Paris Cité)

KOUAMÉ Thierry. Professeur d’histoire médiévale (Université de Franche-Comté)

KOWALSKI Hélène. Doctorante en histoire contemporaine et environnementale

KRAMPL Ulrike. Professeure d’histoire moderne (Université de Tours)

KRUMENACKER Yves. Professeur émérite (Université Lyon 3 Jean-Moulin)

KUCAB Anne. Docteure en histoire médiévale

KUNTH Anouche. Historienne (CNRS)

KYBURZ Josef. (CNRS)

L’HÉRITIER Maxime. Maître de conférences en histoire médiévale

LABBÉ Jean-Luc. Doctorant en histoire contemporaine (Université de Limoges)

LABBÉ Morgane. (EHESS)

LABONNE Marie-Pierre. Enseignante chercheuse et docteure en histoire contemporaine

LABORIE Léonard. Chargé de recherche (CNRS)

LABOULAIS Isabelle. Professeure d’histoire moderne (Université de Strasbourg-SAGE)

LACHAISE Bernard. Professeur honoraire d’histoire contemporaine (Université Bordeaux Montaigne)

LACHAUD Frédérique. Professeure d’histoire médiévale (Sorbonne Université) 

LACHAUD Stéphanie. Maîtresse de conférences en histoire moderne (Université Bordeaux-Montaigne)

LACOUE-LABARTHE Isabelle. Historienne (Sciences Po Toulouse)

LACROIX Annick. Maîtresse de conférences à (Université Paris Nanterre)

LAFONT Anne. Historienne de l’art

LAGORCE Constantin. Doctorant médiéviste

LAKS Déborah. Chargée de recherche (CNRS)

LALANNE Sophie. Maîtresse de conférences (Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne)

LALLEMENT Jérôme. Professeur des universités émérite (UMR 8174 – CES – Centre d’économie de la Sorbonne)

LANCEREAU Guillaume. Max Weber Fellow (European University Institute)

LANDI Elisabeth. Professeur d’histoire en CPGE (Fort de France, Martinique)

LANDOT Aymeric. Professeur d’histoire en classes préparatoires littéraires

LANEYRIE-DAGEN Nadeije. Professeure d’histoire de l’art (ENS)

LAOT Françoise F.. socio-historienne de l’éducation et de la formation

LARDIN Philippe. Maître de conférences honoraire (Université de Rouen)

LARGESSE Pierre. Président-Fondateur (Société de l’histoire d’Elbeuf), fondateur (Institut CGT d’Histoire sociale de la Seine-Maritime), chevalier des Arts et des Lettres

LARGUIER Gilbert. Professeur émérite d’histoire moderne (Université de Perpignan)

LARRERE Mathilde (Université Gustave-Eiffel)

LAUNAY Maxime. Docteur en histoire contemporaine

LAUWERS Michel. Professeur des universités, Histoire du Moyen Âge (Université Côte d’Azur)

LAVILLE Béatrice. Professeure émérite (Université Bordeaux Montaigne)

LE BIHAN Jean. maître de conférences en histoire contemporaine (Université Rennes 2)

LE BONHOMME Fanny. MCF en histoire contemporaine (Université de Poitiers)

LE BOT Florent. Maitre de conférences en histoire économique et sociale contemporaine

LE BRAS Anatole. Historien, chercheur postdoctorant (Centre for History and Economics in Paris)

LE GALL Jean-Marie. Professeur d’histoire moderne (Paris 1 Panthéon-Sorbonne)

LE JAN Régine. Professeure émérite (Université Paris1 Panthéon-Sorbonne)

LE PAGE Dominique. Professeur honoraire d’histoire moderne (Université de Bourgogne)

LE PORT Eliane. Historienne et enseignante

LE QUELLEC Jean-Loïc. Directeur de recherche émérite (CNRS)

LE ROUX Muriel. Historienne (CNRS, IHMC)

LE ROUX Nicolas. Professeur d’histoire moderne (Sorbonne Université)

LÉCHOT Timothée. Professeur assistant

LECONTE-LE BIHAN Elsa. Professeur d’histoire-géographie-EMC

LECUIR Jean. MCF retraité

LECUPPRE-DESJARDIN Élodie. Professeur d’histoire médiévale (Université de Lille)

LEDOUX Sébastien. Maître de conférences (UPJV)

LEFEBVRE Philippe. Enseignant-chercheur (Mines Paris PSL)

LEFERME-FALGUIÈRES Frédérique. Professeure agrégée, docteur en histoire

LEFEUVRE Morgan. Historienne du cinéma, spécialiste des années 1930

LEFEUVRE Philippe. MCF en histoire médiévale (Université de Tours)

LEFÈVRE Corinne. Chargée de recherche (CNRS)

LEGOY Corinne. Professeure d’histoire contemporaine (Université d’Orléans)

LEGRIS Patricia. MCF histoire contemporaine (Université Rennes 2)

LEHOËRFF Anne. Professeur des universités

LEICHTER-FLACK Frédérique. Professeure des universités (Sciences Po)

LEMAITRE Nicole. Professeur émérite (Paris 1 Panthéon-Sorbonne, école d’histoire de la Sorbonne)

LEMBRÉ Stéphane. Professeur d’histoire contemporaine (Université de Lille)

LEMIRE Vincent. (Université Gustave-Eiffel)

LENFANT Dominique. Professeure d’histoire grecque (Université de Strasbourg)

LENORMAND Paul. Maître de conférences en histoire contemporaine (Université Paris-Nanterre)

LÉONARD Julien. Maître de conférences en histoire moderne (Université de Lorraine)

LÉONARD Yves. Chercheur (Centre d’Histoire de Sciences Po, CHSP)

LEPRÊTRE Matti. ATER (Sciences Po Paris)

LESAGE Sylvain. Maître de conférences en histoire contemporaine (Université de Lille)

LESPINET-MORET Isabelle. Professeure (Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne)

LESTREMAU Arnaud. MCF en histoire du Moyen Âge (Université Paris-Nanterre)

LETT Didier. Professeur émérite d’histoire médiévale (Université Paris Cité)

LEVANT Marie. Marie Curie Fellow (École française de Rome)

LIBEAU Samuel. Doctorant en histoire contemporaine (Paris 1 Panthéon-Sorbonne)

LIGNEREUX Yann. Professeur d’histoire moderne

LILTI Antoine. Professeur d’histoire (Collège de France)

LINDEPERG Sylvie. Professeure (Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne)

LION Brigitte. Professeure (Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne)

LOCHER Fabien. Chargé de recherche (CNRS)

LOISEAU Jérôme. Professeur d’histoire moderne (Université de Bourgogne)

LOISEAU Julien. Professeur d’histoire médiévale (Aix-Marseille Université)

LORCIN Jean. Professeur honoraire d’histoire contemporaine (Université Lyon 2)

LOSTEC Fabien. Chargé de cours (Université Rennes 2)

LOUZON Victor. Maître de conférences en histoire (Sorbonne Université)

LOYER Emmanuelle. Professeure d’histoire (Sciences Po)

LUCIANI Isabelle. MCF en histoire moderne

LUSSET Élisabeth. Chargée de recherche (CNRS)

LYAUTEY Margot. Postdoctorante (Université Helmut-Schmidt, Hambourg)

LYON-CAEN Judith. Directrice d’études (EHESS)

LYON-CAEN Nicolas. Chargé de recherche (CNRS)

MABBOUX Carole. MCF (Université Paris 8)

MACÉ Laurent. Professeur d’histoire médiévale (Université Toulouse Jean-Jaurès)

MACHU Laure. Maîtresse de conférences en histoire contemporaine (Université de Paris Nanterre)

MADEIRA-SANTOS Catarina. Directrice d’études (EHESS)

MADELINE Fanny. MCF (Université Paris 1 Panthéon Sorbonne)

MAGNANI Eliana. Chargée de recherche (CNRS)

MAGRI Michèle. Chercheur postdoctoral en histoire contemporaine (Université de Padoue)

MAHE Camille. Maîtresse de conférences (Université de Strasbourg)

MAHIEU Floride. Professeure d’histoire-géographie

MAIREY Aude. Directrice de recherche (CNRS)

MAITTE Corinne. Professeure d’histoire moderne (Université Gustave-Eiffel, directrice du laboratoire ACP)

MAK Ariane. MCF en histoire britannique

MALAPRADE Sébastien. Maître de conférences en histoire moderne (UPEC)

MALATESTA Maria. (Université de Bologne – Italie)

MALDAVSKY Aliocha. Professeure d’histoire moderne (Université Paris Nanterre)

MANAC’H Laurine. Doctorante en histoire (Université Paris 1 Panthéon Sorbonne), ATER en histoire du droit et des institutions (Université Paris Cité)

MANCERON Gilles. Président de l’Association histoire coloniale et postcoloniale

MANE Perrine. Chercheur émérite (CNRS)

MANIGOT Vincent. Enseignant-chercheur 

MARACHE Corinne. Professeure d’histoire contemporaine (Université Bordeaux Montaigne)

MARANTZ Eléonore. Maître de conférences en histoire de l’architecture contemporaine (Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne)

MAREC Yannick. Professeur émérite d’histoire contemporaine

MARIOTTI Nadège. MCF en histoire contemporaine

MARMURSZTEJN Elsa. Historienne médiéviste (Université de Reims)

MARPEAU Benoît. Maître de conférences en histoire contemporaine (Université de Caen-Normandie)

MARQ Etienne. Doctorant (EPHE. Centre de recherches sur les civilisations d’Asie Orientale)

MARRAUD Mathieu. Chercheur (CNRS, Centre de recherches historiques)

MARREC Anaël. Postdoctorante en histoire contemporaine

MARTIN Jean-Clément. (Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne

MARTIN Virgine. Maître de conférences en histoire

MARTINE Tristan. Maître de conférences en histoire médiévale (Université de Lille, IRHiS-UMR 8529)

MARTINEZ AURIOL Violeta. Professeure agrégée honoraire. Bi-nationalite franco-espagnole

MARTINEZ Michel. MCF-HDR en civilisation de l’Espagne contemporaine (Université Toulouse Capitole)

MARZAGALLI Silvia. Professeur des universités en histoire moderne

MATHERON Jonas. Doctorant et ATER en histoire contemporaine (Université Paris 1 Panthéon Sorbonne)

MATHIEU Florian. ATER (CNAM)

MATHIS Charles-François. Professeur d’histoire contemporaine (Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne), Co-président d’Historiennes et historiens du Contemporain (H2C)

MATTEONI Olivier. Professeur des universités en histoire du Moyen Âge (Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne)

MAURER Catherine. Professeure d’histoire contemporaine à l’université de Strasbourg

MAVRIDORAKIS Valérie. Professeur d’histoire de l’art contemporain (Sorbonne-Université)

MAYEUR-JAOUEN Catherine. Professeure des universités en histoire contemporaine

MAZEAU Guillaume. MCF en histoire moderne (Université Paris 1 Panthéon Sorbonne)

MAZEL Florent. Professeur d’histoire médiévale (Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne)

MAZUREL Hervé. Historien, MCF (Université de Bourgogne)

MEISS Marjorie. Maître de conférences en histoire moderne (Université de Lille)

MENCHERINI Robert. Professeur honoraire des universités

MÉOUCHY Nadine. Historienne

MERCIER Charles. Professeur d’histoire contemporaine (Université de Bordeaux)

MÉRIAUX Valentin. Doctorant en histoire contemporaine

METIVIER Sophie. Professeur (Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne)

METZ Bernhard. Archiviste retraité

MEYZIE Vincent. Maître de conférences en histoire moderne (Université Paris Nanterre)

MICHALLET-LANZARONE Lucas. Doctorant contractuel et chargé d’enseignement (Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne)

MICHEL Aurélia. Maîtresse de conférences HDR (Université Paris Cité)

MICHEL Henri. Professeur retraité d’histoire moderne

MICHEL Nicolas. Professeur des universités (Aix-Marseille Université)

MICHON-PERFETTINI Marie-Odile. Professeure d’histoire-géographie, retraitée

MIGANI Guia. Maitresse de conférences (Université de Tours)

MILLERON Juliette. Doctorante en histoire moderne (Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne)

MILLIOT Vincent. Professeur d’Histoire moderne (Université Paris 8)

MINGOUS Gautier. Agrégé et docteur en histoire moderne

MINK Georges. Directeur de recherche émérite (CNRS), professeur (Collège d’Europe campus à Varsovie)

MIOT Claire. (Sciences Po, Aix)

MIRANDE Loanh. Doctorante en histoire

MOATTI Claudia. Professeure émérite d’histoire romaine (Université de Paris 8)

MOINE Caroline. Professeure en histoire contemporaine (UVSQ)

MOISAND Jeanne. MCF en histoire contemporaine (Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne)

MOLINIÉ Anne-Sophie. Maître de conférences en histoire de l’art moderne. Directrice adjointe (Institut supérieur du professorat et de l’éducation, Sorbonne Université)

MOLLIER Jean-Yves. Professeur émérite d’histoire contemporaine (Université Paris-Saclay/Versailles Saint-Quentin)

MONGE Mathilde. MCF en histoire moderne (Université de Toulouse Jean-Jaurès)

MONNET Pierre. Directeur d’études (EHESS)

MONTÈGRE Gilles. Maître de conférences HDR en histoire moderne (Université Grenoble Alpes)

MONTEIX Nicola. Maître de conférences en histoire et archéologie romaine (Université de Rouen-Normandie)

MONTEL Laurence. MCF en histoire contemporaine (Université de Poitiers)

MONTENACH Anne. Professeure d’histoire moderne (Aix-Marseille Université)

MORANA BURLOT Delphine. maîtresse de conférences en histoire de l’art (Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne)

MORELLE Chantal. Professeure d’histoire honoraire en classes préparatoires

MORERA Raphaël. Chargé de recherche (CNRS, CRH-EHESS)

MORET Frédéric. Professeur d’histoire contemporaine (Université Gustave-Eiffel)

MORIN Gilles. Docteur en histoire, chercheur associé (Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, Centre d’histoire sociale des mondes contemporains)

MORSEL Joseph. Professeur émérite (Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne)

MORTAL Patrick. Chargé de séminaire, retraité (Université Lille 3)

MOTTE Christine. Professeure d’histoire-géographie et EMC en collège

MOUQUET Cyril. Professeur agrégé d’histoire-géographie

MOURLANE Stéphane. Maitre de conférences HDR en histoire contemporaine (Aix-Marseille Université)

MOUYSSET Sylvie Anne. Professeur d’histoire moderne (Université Toulouse Jean-Jaurès)

MULLER Christel. 

MULLIER-PLOUZENNEC Yvon. Maître de conférences (ENSA de Paris-Belleville)

NABONNAND Philippe. Historien des sciences

NAIWELD Ron. Chargé de recherche en histoire juive (Centre de recherches historiques)

NARCY Gilles. Doctorant (Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne)

NATHALIE Chevolot-Vergne. Professeure d’histoire-geographie et EMC (Collège Le Parc, Saint-Maur-des-Fossés)

NERARD François-Xavier. (Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne)

NEVEJANS Pierre. Postdoctorant (LabEX COMOD-Université de Lyon)

NICOUD Marilyn. (Avignon Université)

NIETO-PELLETIER Sylvia. Directrice de recherche (CNRS)

NIJENHUIS-BESCHER Andreas. Professeur des Universités

NOËL David. Professeur d’histoire-géographie, docteur en histoire contemporaine

NOËL Jean-Sébastien. Maître de conférences en histoire contemporaine (Université de La Rochelle)

NOGUÈS Boris. Maître de conférences (ENS de Lyon)

NOIRIEL Gérard. Directeur d’étude honoraire (EHESS)

NOIZET Hélène. Histoire médiévale (Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne)

NORA Pierre. Historien (Académie française)

NOUGARET Christine. Conservatrice générale honoraire du patrimoine

NOUGARET Roger. Conservateur en chef honoraire du patrimoine

NUQ Amélie. Maîtresse de conférences en histoire contemporaine (Université de Grenoble-Alpes)

ODE Benoît. Archéologue, conservateur du patrimoine

OFFENSTADT Nicolas. MCF HDR (Université de Paris 1 Panthéon-Sorbonne)

OLAYA PELAEZ Ivan. Chercheur postdoctoral (Université de Lille-IRHIS)

OLLIVIER Serge. Professeur d’histoire-géographie, chercheur associé (Centre d’histoire sociale (CHS) des mondes contemporains).

ONNEN Marine. Professeure agrégée d’histoire-géographie

ORAIN Arnaud. Directeur d’études (EHESS)

ORBAN Laura. doctorante (Université Paris 8/IHTP/LabToP)

ORTLIEB Jean-Baptiste. ATER (Université de Strasbourg)

OUALDI M’hamed. Professeur des universités (Sciences Po Paris, Centre d’histoire)

OUERFELLI Mohamed. Maître de conférences en histoire médiévale, (Aix Marseille Université)

OULMONT Philippe. Professeur retraité

OUVRARD Jade. Étudiante en histoire à l’École normale supérieure de Lyon

OZOUF Mona. Historienne

PALIERAKI Eugénia. (Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne) 

PANFILI Didier. MCF HDR histoire du Moyen Âge (Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne)

PANZANI Ludivine. Doctorante en histoire moderne

PANZIERA Sophie. ATER en histoire contemporaine (Unviersité Bretagne-Sud)

PAPACONSTANTINOU Arietta. Professeure d’histoire du monde byzantin (Aix-Marseille Université)

PARESYS Isabelle. MCF en histoire culturelle (Université de Lille)

PASQUALI Paul, CR (CNRS)

PASQUIER Émilie. Doctorante (Centre d’histoire de Sciences Po)

PASSINI Jean. Directeur de recherche émérite (CNRS)

PATIN Nicolas. Maître de conférences en histoire contemporaine (Université Bordeaux Montaigne)

PATTIEU Sylvain. Maître de conférences (Paris 8)

PAVARD Bibia. Maîtresse de conférences en histoire contemporaine (Université Paris Panthéon-Assas, IUF)

PAYAN Paul. Maître de conférences (Avignon Université)

PECH Rémy. Professeur émérite d’histoire contemporaine (Université Toulouse Jean Jaurès)

PELLEGRIN Nicole. Chargée de recherche retraitée (CNRS)

PENNETIER Claude. Chercheur honoraire (CNRS), directeur honoraire (Maitron)

PÉQUIGNOT Stéphane. Historien, directeur d’études (EPHE)

PERETZ Pauline. MCF en histoire contemporaine (Université Paris 8, Institut d’histoire du temps présent)

PEREZ TISSERANT Emmanuelle. MCF en histoire contemporaine (Université Toulouse 2 Jean-Jaurès)

PERRIER Antoine. Chargé de recherche (CNRS) 

PERRIN Anne. Professeur des universités en histoire de l’art (Université Toulouse Jean-Jaurès)

PERROT Françoise. Directeur de recherche honoraire (CNRS)

PERROT Michèle, Professeure émérite d’histoire contemporaine (Université Paris Cité).

PESTEL Anne-Lise. Prag en histoire romaine (Université de Rouen)

PETER Aurélien. ATER (Collège de France), doctorant en histoire moderne (Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne)

PETERS-CUSTOT Annick. Professeur des universités en histoire du Moyen Âge (Nantes Université)

PETIOT Aurélie. MCF en histoire de l’art (Université Paris Nanterre)

PETITEAU Natalie. Professeure d’histoire contemporaine (Avignon Université)

PHAY Soko. PR en histoire et théorie de l’art, directrice (Laboratoire AIAC-Arts des images et art contemporain).

PHELIPPOT Geoffroy. Docteur (EHESS)

PHILIP Marion. Docteure en histoire moderne (Sorbonne Université-EHESS)

PHILIPPE Yann. MCF en histoire et civilisation des États-Unis (URCA)

PHILIPPON Anne. Agrégée, enseignante d histoire géographie 

PICCO Dominique. Maîtresse de conférences honoraire histoire moderne (Université Bordeaux Montaigne)

PIERLOVISI Romane. Titulaire d’un Master en histoire, future doctorante

PIERRE Eric. Ancien doyen de l’UFR LLSH (Université d’Angers)

PIERROT Loïc. Doctorant et enseignant en histoire médiévale (Université de Reims)

PIGENET Michel. Professeur émérite d’histoire contemporaine (Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne)

PIGNOT Manon. Historienne

PIKETTY Thomas. Directeur d’études (EHESS)

PINET Guillaume. ATER en histoire moderne

PIOT Céline. Maîtresse de conférences en histoire et didactique de l’histoire (Université de Bordeaux/INSPE)

PIRENNE-DELFORGE Vinciane. Professeure (Collège de France)

PIRON Sylvain. Directeur d’études (EHESS)

PITON Florent. Enseignant-chercheur contractuel (Université d’Angers)

PITTELOUD Cyrian. Maître de conférences (Université de Lille)

PIVOTEAU Sébastien. Enseignant en histoire contemporaine (Université de Reims Champagne-Ardenne)

PLANAS Natividad. (Université Clermont Auvergne)

PLOUVIEZ David. Maitre de conférences histoire moderne (Université de Nantes)

PLUMAUZILLE Clyde. Historienne, chargée de recherche (CNRS)

POIRRIER Philippe. Professeur en histoire contemporaine (Université de Bourgogne)

POISSON Emmanuel. Professeur (Université Paris Cité)

POLLACK Guillaume. Docteur en histoire contemporaine (Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne), chercheur spécialiste de la Seconde Guerre mondiale

POLO DE BEAULIEU Marie-Anne. Historienne (Centre de recherches historiques, Paris)

POMIAN Krzysztof. Directeur de recherche émérite (CNRS)

PONSARD Nathalie. Maîtresse de conférences en histoire (Université Clermont-Auvergne)

POTOFSKY Allan. Professeur d’histoire moderne (Université Paris Cité)

POYAU Pierre-Louis. Doctorant (Paris 1 Panthéon-Sorbonne)

PRATI Bruno. Chercheur associé (Centre Lucien Febvre, Université de Franche-Comté)

PRIGENT Vivien. Directeur de recherche (CNRS)

PROCHASSON Christophe. Directeur d’études (EHESS)

PROVOST Alain. Professeur d’histoire du Moyen Âge

QUÉNU Benjamin. Maître de conférences en études interculturelles (Université de Strasbourg)

QUEQUET Sebastien. Professeur d’histoire contemporaine (Université de Bordeaux)

QUERTIER Cédric. Chargé de recherche (CNRS)

QUILLE Lionel. Docteur en études politiques (Centre de Recherches Historiques, EHESS)

RABREAU Daniel. Professeur d’histoire de l’art honoraire (Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne)

RADEFF Anne. Professeure honoraire des universités

RADTKA Catherine. Historienne des sciences et des techniques

RAGON Pierre. Professeur d’histoire émérite (Université Paris-Nanterre)

RAINHORN Judith. Professeure (Université Paris 1-Panthéon-Sorbonne)

RAJ Kapil. Directeur d’études en histoire coloniale et histoire des sciences (EHESS)

RAMONDY Karine. Historienne (Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne – SIRICE)

RAMOS Manon. Doctorante en histoire politique

RAPOPORT Michel. Professeur honoraire d’histoire contemporaine

RASMUSSEN Anne. Historienne, Directrice d’études (EHESS)

RAUNER Anne. Docteure en histoire et agrégée d’histoire

RÉAL Isabelle. Maîtresse de conférence en histoire médiévale (Université Toulouse 2-Jean Jaurès, UMR 5608 TRACES)

REBOLLEDO-DHUIN Viera. MCF en histoire moderne et contemporaine (UPEC)

RECASENS Maïté. Doctorante en histoire

REDON Bérangère. Chargée de recherche (CNRS)

REGNARD Céline. professeure d’histoire contemporaine (Aix-Marseille Université)

REGOURD François. MCF histoire moderne (Université Paris Nanterre)

RENOUX Christian. Maître de conférences en histoire moderne (Université d’Orléans)

RENOUX Thierry Serge. Professeur émérite (Aix-Marseille Université)

REVEL Jacques. Directeur d’études (EHESS)

REY Matthieu. Directeur des études contemporaines (IFPO)

REY Sarah. Maîtresse de conférences en histoire ancienne (Université de Valenciennes)

REYNAUD-PALIGOT Carole. (Centre d’histoire du XIXe siècle)

RIBARD Dinah. Directrice d’études (EHESS-CRH)

RIBERT Évelyne. Sociologue (CNRS)

RICHARD Elodie. (CNRS – LIER-FYT)

RICHARD Ronan. Chercheur associé (Université de Rennes 2)

RICHAUD-MAMMERI Jean-David. Chargé de cours (Paris 8 Vincennes St-Denis & PLP Lettres-Histoire).

RIDEAU Gael. Professeur d’histoire moderne

RINUY Paul-Louis. Professeur (Université Paris 8)

RIPART Laurent. Professeur d’histoire du Moyen Age (Université Savoie Mont Blanc)

RIVES Danielle. Agrégée d’histoire retraitée

RIVOAL Solène. Maîtresse de conférences en histoire moderne (Université d’Albi – Université de Toulouse)

ROBERT Jean-Louis. Professeur émérite (Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne)

ROBERT Vincent. Maître de conférences honoraire (Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne)

ROBERT-BARZMAN Élisabeth. PRCE en histoire médiévale. Directrice de l’UFR Lettres et Sciences humaines (Université Le Havre Normandie)

ROBIC-PINSARD Paulette. MCF-HDR

ROBINET Françoise. Maître de conférences en histoire (Université Versailles Saint-Quentin)

ROBINET Romain. Maître de conférences en histoire contemporaine (Université d’Angers)

ROCCA Pauline. Doctorante

ROCCATI Claude. Chercheuse associée (CHS-Mondes contemporains)

ROCHEFORT Suzanne. ATER (Université de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines)

ROLLAND-SIMION Monique. Docteure en histoire contemporaine et enseignante retraitée

ROMANO Antonella. Directeur d’études (EHESS)

RONSIN Juliette. ATER en histoire contemporaine (Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne)

ROSANVALLON Pierre. (Collège de France)

ROSÉ Isabelle. Enseignant-chercheur en histoire médiévale (Université Rennes 2)

ROSENLIEH Émilie. Historienne médiéviste

ROSENTAL Paul-André. (Sciences Po, Paris)

ROSSIGNEUX-MÉHEUST Mathilde. Maîtresse de conférences en histoire contemporaine

ROUBAUD-QUASHIE Guillaume. Agrégé et docteur en histoire, chercheur associé (CHSMC, Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne/CNRS)

ROULET Eric. Professeur des universités

ROULLET Antoine. CR (CNRS)

ROUSSEL Diane. Historienne (Université Gustave-Eiffel)

ROUSSELOT Nathan. ATER en histoire contemporaine (Sciences Po Grenoble-UGA)

ROUSTAN Frédéric. MCF en histoire contemporaine de l’Asie

ROUX Pierre-Emmanuel. Maître de conférences (Université Paris Cité)

ROYNETTE Odile. Professeure d’histoire contemporaine (Université de Bourgogne)

ROYO Manuel. Professeur d’histoire de l’art et d’archéologie

RUELLET Aurélien. mcf histoire moderne (Le Mans Université)

RUFIN SOLAS Aliénor. maîtresse de conférences en histoire ancienne

RUIZ Émilien. Historien

RUSCIO Alain. Historien

SAIDI Hedi. Historien

SAINCLIVIER Jacqueline. Professeur honoraire d’histoire contemporaine (Université Rennes 2)

SAKAI Cécile. Professeur émérite (Université Paris Cité)

SALAZARD Joëlle. Professeure agrégée d’histoire-géographie, retraitée

SALY-GIOCANTI Frédéric. Maître de conférences en histoire contemporaine (Université Gustave-Eiffel)

SALZER Tim. Doctorant en histoire (EHESS)

SÁNCHEZ Esther. professeur d’histoire économique (Université de Salamanca, Espagne)

SANCHEZ Evelyne. Historienne (CNRS, IHTP)

SANCHEZ Romy. (CNRS-Université de Lille)

SANDRON Dany. Professeur d’histoire de l’art du Moyen Âge (Sorbonne Université, Faculté des Lettres)

SANNA Francesca. Maîtresse de conférences en histoire contemporaine (Université Toulouse 2 Jean-Jaurès)

SANTINELLI-FOLTZ Emmanuelle. Professeure d’histoire médiévale (Université Polytechnique Hauts-de-France)

SAPIRO Gisèle. Directrice d’études (EHESS) et directrice de recherche (CNRS)

SARLIN Simon. Maître de conférences en histoire contemporaine (Université Paris Nanterre)

SAUTHIER Etienne. enseignant en histoire-géographie (Académie de Créteil)

SAUZEAU Thierry. Professeur d’histoire moderne (Université de Poitiers)

SAVY Pierre. Maître de conférences en histoire du Moyen Âge (Université Gustave Eiffel)

SCHAPIRA Nicolas. Professeur d’histoire moderne (Université Paris Nanterre)

SCHAUB Marie-Karine. Maîtresse de conférences HDR en histoire moderne (Université Paris Est Créteil)

SCHERMAN Matthieu. Maître de conférences en histoire médiévale (Université Gustave-Eiffel)

SCHICK Sébastien. Maître de conférences (Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne)

SCHMIT Élisabeth. Docteure en histoire (Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne)

SCHMITT Jean-Claude. Directeur d’étude (EHESS)

SCHNAKENBOURG Éric. Professeur d’histoire moderne, directeur (Centre de recherches en histoire internationale et atlantique, Nantes Université)

SCHNEIDER Jens. Ingénieur de recherche (Université Gustave-Eiffel)

SCHNEIDER Pierre. (Université d’Artois)

SEBASTIANI Silvia. Directrice d’études (EHESS)

SÉBILLOTE CUCHET Violaine. PR (Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne)

SÉNÉCHAL Philippe. Professeur d’histoire de l’art moderne (Université de Picardie Jules-Verne)

SENS Stéphanie. Professeure d’histoire-géographie-EMC

SÉQUIN Caroline. historienne (Lafayette College)

SERADJ Lara. Doctorante en histoire contemporaine (Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne)

SERFATY Laurence. Journaliste documentariste

SERNA Pierre. Professeur (Université Paris 1 Panthéon Sorbonne, IHRF-IHMC)

SERRA Régine. Spécialiste des questions internationales en Asie du nord-est (Sciences Po)

SIBEUD Emmanuelle. Professeure d’histoire contemporaine, Université Paris 8

SIGNORET Véronique. Professeure d’histoire-géographie-EMC

SIMONIN Anne. (CNRS)

SINGARAVELOU Pierre-Frédéric. Professeur d’histoire contemporaine (Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne)

SMITH Darwin. Directeur de recherche émérite (CNRS)

SOREL Patricia. MCF HDR en histoire contemporaine

SOUBIGOU Alain. Maître de conférences en histoire de l’Europe centrale contemporaine (Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne)

SOUBIGOU Gilles. Docteur en histoire de l’art, Conservateur en chef du patrimoine

SOURIAC Pierre-Jean. (Université Jean-Moulin, Lyon 3)

SOUSSEN Claire. Professeure d’histoire du Moyen Âge

STANZIANI Alessandro. Directeur d’études (EHESS), directeur de recherche (CNRS)

STEINBERG Sylvie. Directrice d’études (EHESS)

STELLA Alessandro. CRH (EHESS-CNRS)

STORA Benjamin. Historien, ancien président du Musée de l’immigration

STUTZMANN Dominique. 

SUREMAIN (DE) Marie-Albane. MCF en histoire (Université de Paris Est Créteil)

SURUN Isabelle. Professeure d’histoire contemporaine (Université de Lille)

SYNOWIECKI Jan. Maître de conférences en histoire moderne (Université Caen Normandie).

SZANTO Mickaël. historien de l’art, maître de conférences (Sorbonne Université)

SZCZECH Nathalie. Maîtresse de conférences en histoire moderne (Université Bordeaux Montaigne)

SZCZEPANSKA Ania. Maîtresse de conférences en histoire du cinéma (Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne)

TADDEI Ilaria. Professeure d’histoire médiévale (Université Grenoble Alpes), directrice (Laboratoire Luhcie)

TAHIR Nadia. (Université de Caen Normandie)

TAMAGNE Florence. MCF en histoire contemporaine (Université de Lille)

TARDY Jean-Noël. Agrégé et docteur en histoire, membre associé (Centre d’histoire du XIXe siècle, Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne)

TARTAKOWSKY Danielle. Professeur émérite histoire contemporaine

TARTAKOWSKY Ewa. Chargée de recherche (CNRS)

TAYARA Bassam. Maître de conférence dépt. Japon, retraité

TELLIEZ Romain. Maître de Conférences en histoire (Sorbonne Université)

TERADA Sumie. Professeure émérite des universités (Inalco)

TERRIER Didier. PR emerite Histoire moderne et contemporaine (Université Polytechnique des Hauts-de-France)

TESNIÈRE Valérie. Directrice d’études émérite (EHESS)

TEULIÈRES Laure. Maîtresse de conférences en histoire contemporaine (Université Jean-Jaurès)

TEYSSIER Pauline. Doctorante en histoire moderne (Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne)

THÉBAUD Françoise. Professeure émérite (Université d’Avignon)

THÉBAUD SORGER Marie-Cécile. (CNRS)

THEIS Valérie. Professeure (ENS-PSL)

THEOFILAKIS Fabien. Maître de conférences (université Paris 1 Panthéon Sorbonne)

THÉRY Julien. Professeur des universités

THÉRY Stanley. Doctorant en histoire médiévale (LaMOP)

THIBAUD Clément. Directeur d’études (EHESS)

THIBAULT Estelle. Professeure en histoire et culture architecturales (ENSA Paris)

THIVEND Marianne. Enseignante chercheuse

THOMAS Romain. Maître de conférences en histoire de l’art moderne (Université Paris Nanterre)

TIGNOL Eve. Chargée de recherche (CNRS-CESAH/EHESS)

TISON Stéphane. Maître de conférences en Histoire contemporaine (Le Mans Université)

TISSERAND Eric. Docteur en histoire contemporaine, agrégé , professeur en CPGE (Besançon)

TISSIER Michel. Maître de conférences, histoire contemporaine (Université Rennes 2)

TIXIER DU MESNIL Emmanuelle. Professeure d’histoire médiévale (Université Paris-Nanterre)

TOUCHELAY Béatrice. Professeure d histoire contemporaine (Université de Lille-IRHiS umr CNRS 8529)

TOURNÈS Ludovic. Professeur d’histoire globale (Université de Genève)

TRAN Claire Thi Liên. Maîtresse de conférences, histoire de l’Asie du Sud-Est (Université Paris Cité)

TRAVERSIER Mélanie. Professeure d’histoire moderne (Université de Lille)

TRELLU Anaïs. Professeure d’histoire-géographie, collège (Vitry sur Seine)

TRESPEUCH Hélène. MCF HDR en histoire de l’art contemporain (Université Montpellier 3)

TRESPEUCH-BERTHELOT Anna. Maîtresse de conférences en histoire contemporaine (Université Caen Normandie)

TRÉVISI Marion. MCF habilitée, histoire moderne (UPJV Amiens)

TRISTANI Philippe. Agrégé d’histoire -géographie, docteur en histoire des relations internationales et de l’Europe

TROUSSET Guillaume. Docteur en histoire contemporaine (Centre d’histoire sociale des mondes contemporains, Paris Sorbonne)

TRUCHUELO Susana. Membre associée (CRH-EHESS, Paris) et Profesora Titular d’histoire moderne (Universidad de Cantabria, Espagne)

TSIKOUNAS Myriam. Historienne, professeure émérite des universités

UYAR Ulas. Professeur formateur (INSPE-UPEC)

VADELORGE Loïc. Professeur d’histoire contemporaine (Université Gustave-Eiffel)

VAGNON-CHUREAU Emmanuelle. (CNRS – Université de Paris 1 Panthéon-Sorbonne)

VALENSI Lucette. Directrice d’études émérite (EHESS, Paris)

VALLY Richard. Professeur émérite d’histoire contemporaine (Rennes 2 / UMR Arènes)

VAN DAMME Stéphane. Professeur d’histoire moderne (ENS/PSL)

VAN RENTERGHEM Vanessa. PU, histoire médiévale (INALCO)

VASSET Sophie, Professeur des universités (Paul Valery, Montpellier)

VAUGHAN Géraldine. Professeure des universités (Université de Lille)

VAZ Céline. Maîtresse de conférences en histoire contemporaine (Université Polytechnique Hauts-de-France)

VENAYRE Sylvain. Professeur d’histoire contemporaine (Université Grenoble-Alpes)

VERDEIL Chantal. Professeure des universités (INALCO)

VERDO Geneviève. PU histoire contemporaine (Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne)

VERLAINE Julie. Professeure d’histoire contemporaine (Université de Tours)

VERNET Guillaume. Mcf, école d’histoire de l’art et archéologie (Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne)

VERNEY-CARRON Nicole. Maîtresse de conférences en histoire contemporaine retraitée (Université de Bourgogne)

VERNOT Nicolas. Docteur en histoire, chercheur invité (CY Cergy Paris Université)

VÉROT Jean-Baptiste. Maître de conférences en histoire moderne (Université de Franche-Comté)

VERSCHUEREN Pierre. Maître de conférences en histoire contemporaine

VEYSSERYE Géraldine. Maîtresse de conférences habilitée à diriger les recherches (Sorbonne-Université, Lettres).

VEZYROGLOU Dimitri. Maître de conférences HDR (Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne)

VICTOR Sandrine. (PU NU Champollion / Framespa)

VIDAL Cécile. Directrice d’études (EHESS)

VIDAL-NAQUET Clémentine. (Université Picardie Jules Verne)

VIDON Hugo. Doctorant en histoire médiévale

VIDONI Nicolas. Maître de conférences en histoire moderne (Aix-Marseille Université)

VIET Vincent. Historien

VIGNA Xavier. Professeur d’histoire contemporaine (Université Paris Nanterre) 

VILLERBU Soazig. Professeure d’histoire contemporaine (Université de Limoges)

VINCENT Alexandre. Professeur d’histoire romaine (Université Lyon 2)

VINCENT Bernard. directeur d’études (EHESS Paris)

VIRLOUVET Catherine. Professeur émérite d’histoire ancienne (Aix-Marseille Université)

VLAMOS Alexandre. (Université de Lille)

VO-HA Paul. Maître de conférences en histoire moderne (Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne)

VOGEL Jakob. Historien franco-allemand

VORMS Charlotte. Maîtresse de conférences (Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne)

WAHNICH Sophie. Directrice de recherche (CNRS), historienne de la Révolution française

WALSBY Malcolm. Professeur d’histoire du Livre

WANECQ Charles-Antoine. Postdoctorant (CNRS-CHS)

WARLOUZET Laurent. Professeur d’histoire (Sorbonne Université)

WENKEL Christian. Historien franco-allemand et MCF (Université d’Artois)

WICKY Érika. CPJ

WIEVIORKA Annette. (CNRS)

WIEVIORKA Olivier. (ENS Paris-Saclay)

WILMART Mickaël. Ingénieur d’études (EHESS)

WINOCK Michel. Professeur émérite (Sciences Po)

WYLER Stéphanie. Maîtresse de conférence (Université Paris Cité)

ZALC Claire. (CNRS-EHESS)

ZAMBONIN Francesco. Doctorant contractuel (Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne)

ZANCARINI-FOURNEL Michelle. historienne (Université de Lyon, LARHRA)

ZAPPI Lola. Maîtresse de conférences (Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne)

ZINK Anne. Professeur honoraire

ZOUACHE Abbès. Chercheur au CNRS, directeur des études (Institut français d’archéologie orientale du Caire)

ZUBER Valentine. DE (EPHE-PS)

ZURBACH Julien. (Département d’histoire de l’ENS, AOROC)

Liste des signataires suivant·e·s

ABADIE Shahram. Maître de conférences en histoire et cultures architecturales (ENSAS)

ABBE Gabrielle. Docteur en histoire contemporaine

ACCOULON Damien. Enseignant-chercheur (Université d’Orléans)

AGUER Laura. Membre scientifique (Institut français d’archéologie orientale)

ALIX Sébastien-Akira. Maître de conférences (Université Paris-Est Créteil)

ALLELY Annie. Maîtresse de conférences émérite en histoire romaine (Université du Mans)

ASSAN Valérie. (Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne)

AUGIER Bertrand. Maître de conférences en histoire romaine (Nantes Université)

BADIER Benjamin. Docteur en histoire contemporaine, ATER

BALARD Michel. Professeur émérite (Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne)

BALLAND Vincent. Docteur en histoire médiévale

BANTIGNY Ludivine. Historienne (Université de Rouen)

BARET Estelle. Professeure d’histoire-géographie et docteure en histoire contemporaine

BARTOLOMEI Arnaud. Professeur d’histoire moderne et contemporaine (Université Côte d’Azur)

BEAUCHAMP Alexandra. Historienne

BECOT Renaud. Maître de conférences en histoire contemporaine

BELHOSTE Bruno. Professeur émérite d’histoire des sciences

BELLANGER Emmanuel. Directeur de recherche (CNRS)

BERNUSSOU Jérôme. Docteur en histoire, professeur d’histoire-géographie

BERTHEREAU Estelle. Chercheuse (Université du Luxembourg)

BESSE Laurent. Maître de conférences en histoire contemporaine (Université de Tours)

BETELU Claire. Maître de conférences (EHAAS, Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne)

BEUTIN David. Professeur d’histoir-géographie

BIGNON François. PRAG (Université des Antilles)

BIREBENT Christian. Agrégé d’histoire-géographie, docteur en histoire

BIRNBAUM Pierre. Professeur émérite (Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne)

BLANCHARD Emmanuel. Maître de conférences HDR (Sciences Po)

BLEGER Anne. Docteure en histoire contemporaine (Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne)

BOLLE Gauthier. Professeur en histoire et cultures architecturales 

BON François. Professeur de Préhistoire (Université de Toulouse Jean Jaurès)

BONHOMME Eric . Professeur de CPGE honoraire

BONNET Marie-Jo. Historienne

BONNEUIL Christophe. Directeur de recherche (CNRS)

BONNIN Judith. Maîtresse de conférences en histoire contemporaine (Université Bordeaux Montaigne)

BORLEE Denise. Maître de conférences en histoire de l’art médiéval (Université de Strasbourg)

BORRELL Alexandre. Docteur en histoire, MCF en SIC (UPEC)

BOSTYN Françoise. Professeure d’archéologie protohistorique (Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne)

BOUHYER Jonathan. Professeur certifié d’histoire-géographie et chargé de cours en histoire romaine (Université d’ANgers)

BOURDIN Stéphane. Professeur d’archéologie (Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne)

BOURGEOIS David. Docteur en histoire (Cresat / UHA)

BOURGOIS Alice. Archéozoologue, ATER (Université Paris 8)

BOUTET Marjolaine. Historienne

BRODIEZ Axelle. Directrice de recherche (CNRS)

BUCHHOLZER Laurence. Maîtresse de conférences (Université de Strasbourg)

CALVET Stéphane. Enseignant au lycée, chargé de conférences (Sciences Po Poitiers)

CANTIER Jacques. Professeur d’histoire contemporaine (Université de Toulouse Jean Jaurès)

CARRE Benoît. Chercheur en histoire (Université de Trèves)

CASTA Jérôme. Professeur certifié d’histoire-géographie

CASTELNAU-L’ESTOILE Charlotte. Professeure d’histoire moderne (Sorbonne Université)

CAUVIN Thomas. Professeur associé (Université du Luxembourg)

CELIUS Carlo A.. Historien et historien de l’art, directeur de recherche au CNRS (IMAF)

CENTRES Julien. Docteur et chercheur associé

CESAR Marc. Enseignant et chercheur (Université Sorbonne Paris Nord)

CHABROL Jean-Paul. Agrégé d’histoire et de géographie 

CHAOUKY Hamida. Docteur en histoire (Université Toulouse Jean Jaurès)

CHAUOU Amaury. Historien médiéviste (Université Rennes 2) 

CHEKROUN Amélie. Chargée de recherche (CNRS)

CHILA Roxane. Historienne médiéviste (Université Bordeaux Montaigne)

CHRISTIN Olivier. (EPHE)

CLAUDE Marion. Membre scientifique (Institut français d’archéologie orientale)

CLERC Louis. Professeur, histoire contemporaine (Université de Turku, Finlande)

COQUERY VIDROVITCH Catherine. Historienne

CORREALE Francesco. (CNRS)

COULON Damien. Maître de conférences HDR (Université de Strasbourg)

COURNARIE Paul. Maître de conférences en histoire ancienne (Université de Bordeaux)

DALLET Jean-Marie. Professeur des universités (Paris 1 Panthéon-Sorbonne)

DEBAT Guillaume. Agrégé et docteur en histoire

DELOIGNON Olivier. Professeur d’histoire du lyivre et de la typographie (Haute école des arts du Rhin, Strasbourg)

DEMOULE Jean-Paul. Professeur émérite d’archéologie (Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne)

DENOEL Charlotte. Conservatrice en chef (Bibliothèque nationale de France)

DEVICTOR Agnès. Historienne du cinéma (Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne)

DEVIENNE Elsa. Maîtresse de conférences (Université de Northumbria, GB)

DEZ Bastien. Ancien professeur d’histoire-géographie

DROCOURT Nicolas. (Nantes Université)

DRYANSKY Larisa. Maîtresse de conférences en histoire de l’art (Sorbonne Université)

DUBOIS Jean-Etienne. Historien et enseignant (Nantes Université)

DUMA Jean. Professeur émérite d’histoire moderne

DUMAS Margaux. Docteure en histoire contemporaine (Université Paris Cité)

DUMONT Marc. Historien de la musique

DUPIN Arnaud. Docteur en histoire et professeur d’histoire-géographie

DURELLE-MARC Yann-Arzel. Maître de conférences en histoire du droit (Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne)

DUTEIL Chloé. Chercheuse post-doctorante en histoire environnementale

ERNOULT Nathalie. (Paris Cité, ANHIMA)

FELICITE Indravati. Professeure d’histoire moderne

FEVRIER Chantal. IA-IPR d’histoire-géographie retraitée

GELORMINI Marilu. Enseignante (Toulon)

GIBERT Clara. Doctorante en histoire ancienne (Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne)

GINESTET Esther. Doctorante en histoire (Sciences Po, Northwestern)

GINISTY Bruno. Professeur d’histoire

GIRARD Frédéric. Directeur d’études émérite (Ecole française d’Extrême-Orient)

GRACIEUX Christophe. Professeur d’histoire (CPGE)

GRADVOHL Paul. Professeur d’histoire contemporaine (Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne)

GROENINGER Fabien. Maître de conférences (Université de Montpellier)

GUIGON Philippe. Docteur en archéologie médiévale

GUILLON Elodie. Historienne de l’Antiquité (Université de Toulouse Jean Jaurès

GUINAND Julien. Enseignant-chercheur (UCLy)

GULTIERREZ Manuel. Professeur émérite (Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne)

HAMON Etienne. Professeur d’histoire de l’art (Université de Lille)

HASSINE Jonathan. ATER en histoire (Sorbonne Université)

HUMM Michel. Doyen de la Faculte des Sciences historiques (Université de Strasbourg)

IRIBARREN Isabelle. Professeure d’histoire médiévale (Université de Strasbourg)

JAMBU Jérôme. Professeur des universités en histoire moderne (Université Le Havre Normandie)

JEANNESSON Stanislas. Professeur d’histoire contemporaine (Nantes Université)

JOUSSE Emmanuel. Maître de conférences en histoire contemporaine (Sciences Po Lyon)

JUBAULT Sara. Doctorante en histoire économique et sociale (IDUP)

JULIEN Pascal. Professeur d’histoire de l’art (Université de Toulouse Jean Jaurès)

KACI Maxime. Maître de conférences en histoire (Université de Franche-Comté)

KAHN Sylvain. Professeur agrégé (Centre d’histoire de Sciences Po)

KERGOMARD Zoé. Maitre-assistante en histoire contemporaine (Université de Zurich)

KETABI Salomé. Doctorante en histoire (EHESS)

KHALLOUFI Youness. Doctorant en Islam médiéval

KIENLE Eberhard. Directeur de recherche (CNRS)

KLEIN Jean-François. Professeur d’histoire contemporaine (Université de Bretagne-Sud)

KOTT Christina. Maîtresse de conférences (Université Paris-Panthéon-Assas)

KURDZIEL Emilie. Maîtresse de conférences en histoire médiévale (Université de Poitiers)

LA BARBERA Lucas. ATER en histoire de l’art médiéval

LACOUR-ASTOL Catherine. Historienne, IPA-IPR histoire-géographie

LAFARGE Ivan. Archéologue et enseignant en histoire des techniques (Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne)

LAFON Alexandre. Professeur agrégé d’histoire, docteur en histoire contemporaine

LAFUENTE Annabelle. Doctoranter en histoire moderne

LAGARON Anna. Membre scientifique (Institut français d’archéologie orientale)

LAIGNOUX Raphaëlle. Maître de conférences en histoire romaine (Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne)

LARGEAUD Jean-Marc. Maître de conférences en histoire contemporaine (Université de Tours)

LAUVERJAT Alexandre. Doctorant (CNRS et Sorbonne Université)

LE GAC Julie. Maîtresse de conférences en histoire contemporaine

LE QUANG Grégoire. Maître de conférences à l’Institut catholique de Paris

LELEU Laurence. Maîtresse de conférences en histoire du Moyen Âge (Université d’Artois)

LEMESLE Bruno. Professeur émérite (Université de Bourgogne)

LESCURE Jean-Claude. Professeur d’histoire contemporaine (CY Universités)

LETHUILLIER Jean-Pierre. Maître de conférences honoraire en histoire moderne (Rennes 2)

LEVANTIS Laetitia. Professeur d’histoire de l’art et d’art plastique

LEVY Tania. Maîtresse de conférences en histoire moderne (Université de Bretagne Occidentale)

LEVY-MITATRE Sébastien. Professeur d’histoire-géographie

LIBERA Martial. Professeur d’histoire contemporaine (Université de Strasbourg)

LOMNE Georges. Maître de conférences en histoire contemporaine (Université Gustave Eiffel)

LOSYTE Vilma. Docteure en histoire (Université Toulouse-Jean Jaurès)

LUGUERN LIEM-KHE. Historienne (IRIS EHESS)

LURIN Emmanuel. Maître de conférences en histoire de l’art moderne (Sorbonne Université)

MADINIER Rémy. Directeur de recherche (CNRS)

MAFFRE Stéphanie. Maîtresse de ocnférences en histoire contemporaine (UT2J Toulouse)

MALANDAIN Gilles. Professeur d’histoire contemporaine (Université de Versailles Saint-Quentin)

MALEGUE Fanny. ATER en histoire moderne (Université Paris Nanterre / EHESS)

MARCHESI Julien. Maître de conférences en histoire contemporaine (Université de Pau et des Pays de l’Adour)

MARCHI VAN CAUWELAERT Vannina. Maîtresse de conférences en histoire médiévale (Université de Corse)

MARES Antoine. Professeur émérite des Universités (Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne)

MARQUET Julie. Maîtresse de conférences en histoire contemporaine (ULCO)

MARTIN Jean-Hubert. Historien d’art, directeur honoraire du musée national d’art moderne Centre Pompidou

MARTIN Sébastien. Maître de conférences en histoire moderne (Université du Littoral Côte d’Opale)

MARTINAN DE PRENEUF Jean. Maître de conférences en histoire contemporaine (Université de Lille)

MARTINI Manuela. Professeure en histoire contemporaine (Université Lumière Lyon 2)

MATARD-BONUCCI Marie-Anne. Professeure d’histoire contemporaine (Université Paris 8)

MAUBERT François-Matthias. Professeur certifié d’histoire-géographie

MAURIN Cédric. Enseignant d’histoire-géographie, doctorant en histoire

MEIMON Julien. Enseignant (Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne)

MELTZ Renaud. Directeur de recherche (CNRS)

MICHAUD Eric . Directeur d’études (EHESS)

MICHEAU Françoise. Professeur émérite (Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne)

MICHEL Cécile. Historienne du Moyen-Orient ancien, directrice de recherche (CNRS)

MINNAERT Jean-Baptiste. Professeur d’histoire de l’art contamporaine (Sorbonne Université)

MIOCHE Philippe. Professeur émérite d’histoire contemporaine

MIRTI Lola. Doctorante (EHESS-IMAF)

MOREAU Octave. (Université de Caen-Normandie)

MOULENE Lucas. Agrégé d’histoire et doctorant en histoire médiévale (UGA)

NAQUET Emmanuel. Historien (Sciences Po Paris)

NATIVEL Colette. Professeur des universités émérite (Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne)

NATIVEL Didier. Professeur d’histoire de l’Afrique et de l’océan Indien (Université Paris Cité)

NAUDET Hélène. (FNSP)

NEUFVILLE Camille. Doctorante en histoire contemporaine (Université de Strasbourg)

NICOLAS Claire. Chercheuse FNS (Université de Genève)

OLLIVIER Anne-Laure. Professeure d’histoire

ORANGE-LEROY Raphaël. ATER en histoire contemporaine (Nantes Université)

PAGES Emilien. Etudiant de Master en histoire

PALLUAU Nicolas. Chercheur associé (Aix Marseille Université)

PANATA Sara. Chargée de recherche en histoire contemporaine (CNRS)

PÂRIS DE BOLLARDIERE Constance. Historienne (The American University of Paris)

PECH Pierre. Professeur des universités (Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne)

PELLETIER Jérôme. Professeur agrégé d’histoire, docteur en histoire contemporaine

PERE-NOGUES Sandra. 

PERNIN Isabelle. Maître de conférences HDR en histoire grecque (Aix Marseille Université)

PETITJEAN Louis. Doctorant (Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne)

PEUCH Loan. Doctorant en histoire

PEYRIERE Monique. Chercheuse en histoire du cinéma

PHILIPPON Camille. Doctorante en histoire de l’art

PICQUART David. ATER en histoire de l’art contemporain (Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne)

PIKETTY Guillaume. Professeur d’histoire contemporaine (Sciences Po Paris)

PILETTE Perrine. Chargée de recherche (CNRS)

PINOL Jean-Luc. Professeur émérite (ENS de Lyon)

PIQUET Clément. Agrégé d’histoire

PLUCHART Jean-Jacques. Professeur émérite (Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne)

POILPRE Anne-Orange. Professeure d’histoire de l’art médiéval (Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne)

POLET Jean. Professeur émérite d’histoire de l’art et d’archéologie de l’Afrique subsaharienne (Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne)

POMADERE Maia. Maîtresse de conférences en archéologie (Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne)

PORHEL Vincent. Maître de conférences en histoire contemporaine (Université Lyon 1)

PORTE Guillaume. Ingénieur d’études (Université de Strasbourg)

POTOSNIAK Florence. Doctorante en histoire contemporaine (Université de Rouen)

POUBLANC Sébastien . Historien, ingénieur de recherche (CNRS)

POUEY-MOUNOU Yannick. Doctorant en histoire contemporaine

POUTRIN Isabelle. Professeure d’histoire moderne (Université de Reims Champagne-Ardenne)

PRUDENT Philippe. Professeur en CPGE, secrétaire général de l’APHG

PUDAL Romain. Directeur de recherche (CNRS)

RABEYROLLES Bénédicte. Enseignante en histoire-géographie

RASAMOELINA Arlène. Enseignante vacataire

RENARD Thomas. Maître de conférences en histoire de l’art (Nantes Université)

RENDU LOISEL Anne-Caroline. Maîtresse de conférences en assyriologie (Université de Strasbourg)

RICHARD Olivier. Professeur d’histoire médiévale (Université de Fribourg)

RIGGI Georges. Professeur d’histoire géographie en lycée

RIVIERE Antoine. Maître de conférences (Université Paris 8)

ROSELL Léo. Agrégé d’histoire et doctorant en histoire contemporaine

ROSSIGNOL Benoît. Professeur d’université (Avignon Université)

ROUGEMONT Françoise. Chargée de recherche (CNRS)

ROUQUET François. Professeur d’histoire contemporaine (Université de Caen-Normandie)

ROUX Benoît. Ingénieur d’études et docteur en histoire moderne (Université de Rouen Normandie)

ROWE Naël. Masterant en histoire médiévale (Strasbourg)

RUPPEN COUTAZ Raphaëlle. Maître d’enseignement et de recherche -Lausanne)

SALVIANI Clément. Professeur agrégé d’histoire

SAMBUIS Yann. Agrégé et docteur en histoire, enseignant

SCHNAPP Alain. Professeur émérite (Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne)

SEMELIN Jacques. (CNRS)

SERINA Guillaume. Enseignant en histoire géographie 

SERRIER Thomas. Professeur (Université de Lille)

SIMIEN Côme. Maître de conférences en histoire moderne (Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne)

SOLTANI Bahram. Professeur des universités émérite

SOMAGLINO Claire. Maîtresse de conférences en histoire (Sorbonne Université)

SOWELS Nicholas. Maître de conférences (Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne)

SPILLEMAEKER Frédéric. Chercheur postdoctorant (Institut Français d’Etudes Andines)

STUDNICKI Mickael. Historien

TALLET Gaëlle. Professeure d’archéologie de l’Orient hellénistique et romain (Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne)

THOMAS Jack. Professeur émérite d’histoire (Université de Toulouse Jean Jaurès)

TOCK Benoît-Michel. Professeur d’histoire du Moyen Âge (Université de Strasbourg)

TOUCHAIS Gilles. Professeur émérite (Paris 1 Panthéon-Sorbonne)

TOURENC Bastien. Doctorant (Université Lyon 2)

TRANOY Laurence. Maîtresse de conférences en histoire ancienne (La Rochelle Université)

VAISSET Thomas. Maître de conférences en histoire contemporaine (Université Le Havre Normandie)

VARITILLE Florie. Maîtresse de conférences en histoire médiévale (Université Côte d’Azur)

VAST Cécile. Docteur en histoire

VERCLYTTE Thomas. Professeur de Chaire supérieure (Bordeaux)

VIGUIER-DUTHEIL Florence. Conservatrice en chef du Patrimoine

VILLACEQUE Noémie. Maîtresse de conférences en histoire ancienne (Université de Reims Champagne-Ardenne)

VILLEMUR Frédérique. Historienne de l’art (ENSAM)

VILLENEUVE François. Professeur émérite d’archéologie (Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne)

VINCENT Marie-Bénédicte. Professeure d’histoire contemporaine (Université de Franche-Comté)

WAGNON Sylvain. Professeur (Université de Montpellier)

WAQUET Jean-Claude. Directeur d’études (EPHE)

WARLOUZET Laurent. Professeur d’histoire (Sorbonne Université)

WENZEK Florence. ATER (Université Lyon 2)

WILMART Julien. Docteur en histoire moderne (Sorbonne Université)

Namur, le 22 juin 2024

Ce texte est une version longue, complétée à partir de mes notes, de l’interview donnée au journaliste Christophe Degreef, que je remercie, et publiée dans Doorbraak le 24 juin 2024 [1].

 

Christophe Degreef : quel regard portez-vous sur les élections du 9 juin 2024 et sur la nouvelle dynamique de centre droit à l’œuvre en Wallonie depuis lors ?

Philippe Destatte : nous avons évité la fragmentation politique. Mon espoir était grand de voir se créer une majorité composée de deux partis politiques au plus. Il est préférable qu’un gouvernement compte le moins de belles-mères possible. C’est la première façon d’améliorer la gouvernance. Plus le nombre de partis est grand autour de la table du Conseil des ministres, davantage chacun reste sur ses positions et défend son programme bec et ongles. Ce n’est pas ainsi que l’on crée et met en œuvre un projet politique ambitieux et commun. Le soir des élections, il était clair que le MR et Les Engagés avaient fait un score important et que, grâce aux choix des électrices et des électeurs, il serait possible de former une coalition avec seulement deux partenaires. C’est une bonne chose, avec ou sans le PS du reste. Désormais, il faut viser l’intérêt régional et travailler au redressement. Et l’opposition doit jouer le jeu en donnant sa chance à la nouvelle majorité. La Wallonie est aujourd’hui à la croisée des chemins. Le changement est dans l’air. Mais la question est de savoir s’il sera profond et durable. Ce narratif de changement se retrouve aujourd’hui dans les slogans, mais il reste encore à le concrétiser.

 

Christophe Degreef : comment amener ce changement ?

On ne peut pas nier qu’il existait depuis très longtemps une sorte de flemme wallonne, une forme d’indolence, une disposition à mesurer ses efforts. Dans une certaine mesure, la Région s’est étouffée elle-même. Et je n’évoque pas nécessairement son gouvernement, mais tous les acteurs. J’ai souvent répété la formule de Jules Destrée : qui donc éveillera la Wallonie qui dort ? [2] Peut-être est-ce le moment de le faire. La Région se situe à un point de bifurcation. Mais elle en a connu d’autres qui n’ont débouché sur rien, ou presque. Voici plus de trente ans, dans un texte adressé au Conseil d’administration de l’Institut Destrée, j’avais déjà repris cette belle formule de l’écrivain Jean Louvet tirée de sa pièce L’homme qui avait le soleil dans sa poche : on va voir ce qu’on va voir, on n’a rien vu du tout [3].

L’impact du nouveau gouvernement va se mesurer à sa capacité de mobiliser les acteurs, non dans une logique féodale de clientélisme, mais dans une dynamique de contractualisation et d’additionalité des moyens entre acteurs publics et privés, y compris associatifs. Les Wallonnes et les Wallons devront apprendre à faire davantage par eux-mêmes. Georges-Louis Bouchez, président du MR, et Maxime Prévot, président des Engagés, entrent à présent en négociation pour conclure un nouveau contrat wallon de cohabitation avec la population. Ils n’ont pas à le faire dans une logique destinée à contenter une partie des électeurs, mais pour que la société wallonne – entreprises, société civile, citoyennes et citoyens – apporte et porte elle-même des solutions avec eux. Ce qui remonte du terrain, c’est une très grande envie de transformation, de redressement de la Wallonie, assortie toutefois d’une peur des conséquences de cette transformation. Les exigences des entrepreneurs sont grandes également et ce qu’ils demandent, c’est davantage une vision commune, des objectifs clairs, de la simplification institutionnelle et administrative, une rigueur budgétaire que des aides et des moyens financiers.

Aujourd’hui, l’argent public manque : paradoxalement, cela peut faire avancer naturellement les choix de société vers un monde plus durable et décarbonné, mais aussi plus productif de valeur économique pour y parvenir. La question de la trajectoire budgétaire est au coeur de la gouvernance wallonne. C’est elle qui impose aussi les trajectoires politique et économique. Elle constitue également une opportunité pour transformer la Région. La fin progressive des transferts entre la Vlaamse Gewest et la Région wallonne à partir de 2025 représente une diminution des recettes de 3,3 milliards sur dix ans, l’effort de 1% cumulé de la trajectoire Hilgers (limiter la dette à 230 % des recettes en 2030 au lieu de 280% si on ne fait rien) représente lui 8,25 milliards de 2022 à 2031 [4], donc 7,75 milliards puisque 500 millions ont déjà été épargnés en trois ans. Il faut y ajouter les amortissements des chocs passés et les dépenses qui se pousuivent du plan de relance. Ce dernier reste essentiel pour rassurer les agences de notation sur l’avenir de la région. De plus, la crédibilité et les nouvelles exigences budgétaires de l’Europe imposeront probablement d’accentuer cette trajectoire d’assainissement. Tout cela ne sera pas simple mais constitue le paysage et peut être un vecteur de la transformation.

Le nouveau gouvernement wallon devra apprendre à compenser chaque euro dépensé par des recettes réelles et structurelles et réduire un certain nombre de dépenses tout en maintenant – et même en développant – des capacités d’innovation et de R&D qui sont beaucoup trop faibles actuellement. La société wallonne devra sans nul doute recevoir moins et contribuer plus. Le MR et Les Engagés ont d’ailleurs des propositions en ce sens dans leurs programmes. Il faudra aussi multiplier les partenariats public-privé. Il faudra intervenir dans les politiques de l’emploi. Non pas avec la chicotte et le bâton, mais par un discours enthousiasmant et mobilisateur. Je pense qu’ils en sont capables.

La question budgétaire wallonne passe aussi par la clarification et la transparence du budget. Une réforme des aides à l’emploi (APE) peut contribuer à augmenter le nombre d’emplois productifs et à relever le taux d’emploi wallon (seulement de 65,8 %), inférieur de 11 points à celui de la Flandre. N’oublions pas que cette enveloppe des APE (un milliard d’euros) existe au détriment des emplois qui manquent dans la recherche, l’innovation, l’éducation ou l’industrie. La réorientation des moyens financiers vers ces secteurs est essentielle. Un nouveau et plus participatif Budget Base Zéro (BBZ) est annoncé. Il faut le voir comme une opportunité pour réorienter les dépenses, notamment vers l’innovation, comme inscrit dans les programmes du MR et des engagés. La recherche wallonne et francophone doit être défragmentée, rassemblée, les universités également. Alors que selon les derniers chiffres d’Eurostat, la Wallonie dépensait 1136,5 euros par habitant en recherche, la Flandre en dépensait 1623 euros, soit 43% en plus. Mais en Wallonie ce chiffre de dépenses en R&D est favorablement accru par l’ampleur des dépenses de la recherche privée, notamment GSK, localisée dans le Brabant wallon. Cette province atteint 5901,5 euros par habitant pour 503 euros par habitant consacrés à la recherche dans le Hainaut. Je prône depuis longtemps une dynamique comme celle menée en Flandre avec l’IMEC [5]. Le Wallonia Institute of Technology pourrait nécessiter un milliard d’euros supplémentaires, que l’on pourrait aller chercher dans les aides directes et parfois trop clientélistes aux entreprises [6]. J’ai déjà également parlé des APE.

De nombres observateurs évoquent la nécessité de remettre la Wallonie toute entière au travail, notamment les chômeurs de longue durée, mais aussi d’activer certains malades de longue durée : pas loin de 200.000 personnes en Wallonie. J’observe également une volonté de dépilariser, désidéologiser le paysage associatif, qui est trop souvent au service des partis, des groupes et des idéologies, qui ont loti l’État et ont créé des relations incestueuses avec le pouvoir. Il faut aussi oublier les logiques de partage du gâteau que des mécanismes comme la clef D’Hondt ont favorisé. Il n’est pas normal que, dans des domaines comme la formation, on puisse identifier à ce point des acteurs aussi pilarisés. Que l’on regarde à qui on a attribué des APE et on verra se dessiner ce paysage…

Christophe Degreef : qu’en est-il des administrations wallonnes ? Peuvent-elles bloquer une politique de centre droit ?

Les élections ont provoqué un réel espoir chez de nombreux fonctionnaires wallons. Ils disent avoir vécu une expérience intéressante de 2017 à 2019 : les ministres libéraux avaient été à leur écoute, avaient travaillé avec l’Administration et avaient rendu du sens à leur métier. Parce que le MR avait besoin de la fonction publique pour faire avancer les dossiers et découvrir les nouveaux enjeux. De cette manière, les fonctionnaires avaient le sentiment que leur travail était vraiment utile. Une machine de guerre comme le PS dispose d’un grand département d’études et de cabinets chevronnés. Dès lors, un tel parti pense qu’il sait tout mieux que les autres et ne fait souvent pas appel à l’administration. Ce n’est pas très agréable pour un fonctionnaire. On préfère alors un adversaire idéologique qui écoute, plutôt qu’un système politique qui ignore. De nombreux fonctionnaires ont su montrer leur loyauté à l’intérêt général. D’ailleurs, j’entends dans les couloirs du Service public de Wallonie, un changement de mentalité. Je suis aussi frappé par la qualité des différents mémorandums déposés par le SPW avant les élections et qui aideront à construire des feuilles de route. Beaucoup parmi ceux-là cherchent et proposent un nouveau modèle de développement.

La responsabilisation des citoyennes et citoyens est au coeur du programme du MR, comme finalité de l’action politique. Les Engagés veulent placer l’humain et son bien-être au coeur de ses priorités, ce n’est pas incompatible, mais cela nécessitera des ajustements et donc des discussions. Ils veulent rendre du sens, et cela, c’est au coeur des aspirations. Le MR a probablement une approche assez pragmatique, que l’on retrouve d’ailleurs aussi chez certains sociaux-démocrates.

 

Christophe Degreeef : en fait, comment se fait-il que la Wallonie veuille soudain changer, après avoir freiné le bateau pendant des années ?

Soyons particulièrement prudents. Toutes les Wallonnes et tous les Wallons n’ont pas voté pour le MR ou pour Les Engagés. Certains acteurs sont également très contrariés et déçus par le résultat des élections et les réductions budgétaires annoncées. À ce stade, rien n’est joué pour le nouveau gouvernement en matière de capacité de transformation.

Nous devons attendre que des mesures concrètes soient prises. Les syndicats réagiront probablement à certaines. Mais il en va de même pour les chefs d’entreprise qui ont reçu ou attendent de l’argent public pour s’engager dans certains projets. N’oublions pas qu’en 2020 encore, j’ai échangé avec des ministres MR qui ne voulaient pas réformer le système en place parce que leurs électeurs recevaient des subsides des caisses régionales. Les Engagés permettront-ils des réformes ou des réductions budgétaires dans les soins de santé, alors qu’ils disent d’emblée que pour eux ce n’est pas possible ? Pour eux, il existe des dossiers sensibles : les allocations familiales représentent une masse budgétaire d’environ 3 milliards d’euros – pas loin de 20% du budget régional – à laquelle le précédent gouvernement n’a pas voulu toucher, contrairement à la Flandre qui a réduit l’indexation. Pourquoi la Wallonie ne fait-elle pas comme la France : ne rendre les allocations familiales accessibles qu’à partir du deuxième enfant ? Cela permettrait non seulement de diminuer l’enveloppe budgétaire qui y est consacrée, mais aussi de réaliser des péréquations au profit des plus démunis. Une aide linéaire en cette matière, comme dans d’autres, n’a guère de sens au XXIe siècle. On se préoccupe davantage des équilibres à la belge – un enfant francophone égale un enfant flamand – que d’une politique sur mesure et bien réfléchie. Je pense que Georges-Louis Bouchez a compris que la Wallonie ne peut mener que des politiques fondées sur la situation économique et budgétaire de la région, et non sur une logique politique flamande ou belge. Mais j’ai des doutes sur Les Engagés concernant cette question qui constituait le core-business du PSC et du cdH.

Anibal Trejo, Parlement de Wallonie, Dreamstime

Christophe Degreef : comment évaluez-vous le rôle de Bart De Wever dans cette nouvelle dynamique wallonne ? Il bénéficie d’une presse francophone remarquablement meilleure qu’auparavant et a également mené une campagne fédérale avec des listes francophones. Cela a-t-il contribué à convaincre la Wallonie de la nécessité d’un changement ?

Je pense que l’impact de la N-VA en Wallonie a été plutôt faible. Certains candidats choisis ont d’ailleurs positionné ce parti bien plus à droite que ne l’est le bourgmestre d’Anvers. Mais l’attitude de Bart De Wever le soir des élections a fait la différence. Il s’est montré conciliant, ouvert, non dogmatique. Ce n’est qu’à ce moment-là que certains Wallons ont compris à quel point il était différent de Tom Van Grieken. La différence entre la NVA et le Belang est quelque chose que j’ai du mal à expliquer en Wallonie depuis des années. Même si quelqu’un comme le député Théo Francken brouille parfois, par ses discours, l’image et la frontière entre ces deux formations politiques. J’ai toujours cru Bart De Wever quand il affirmait qu’il ne s’allierait jamais au Vlaams Belang. Mais beaucoup de Wallons pensaient et pensent encore qu’il fait semblant et qu’il finira par faire cette alliance.

 

Christophe Degreef : les réformes promises aujourd’hui au niveau fédéral sont principalement socio-économiques. Qu’en est-il de la réforme de l’État visant à faire de la Belgique un confédéralisme à quatre, que vous préconisez depuis longtemps ?

Je préconise un fédéralisme à quatre États fédérés. Mais, dans les circonstances actuelles, la réforme de l’État ne me paraît pas vraiment un problème. Du côté francophone, ma préoccupation va à la simplification des institutions au profit du Parlement et du gouvernement de Wallonie. Au niveau fédéral, j’ai l’impression qu’on se focalise exagérément sur la majorité parlementaire des deux tiers, une des conditions nécessaires à une loi spéciale et donc à une réforme constitutionnelle de l’État. Mais les réformes de l’État se sont déroulées différemment dans la Belgique des années 1960. On avait longuement préparé le terrain, notamment grâce aux travaux du Centre Harmel. Et puis, le travail s’est fait par étapes. Par exemple, en créant d’abord deux ministères de l’Education nationale : l’un francophone et l’autre néerlandophone, décision du gouvernement de Théo Lefèvre en 1961, mise en œuvre par l’arrêté royal du 4 janvier 1963 et renforcée par deux arrêtés royaux en mars 1963 et en septembre 1969 [7]. Ce mécanisme a quand même tenu jusqu’en 1988-1989, plus de vingt-cinq ans ! On pourrait aussi évoquer l’ingénierie de la loi Perin-Vandekerckhove de régionalisation préparatoire [8], en attendant la réforme constitutionnelle enfin réalisée par le gouvernement Martens-Spitaels en 1980, puis par le gouvernement Martens-Moureaux en 1988-1989.

Si Bart De Wever se mettait à parler systématiquement de « fédéralisme étendu » au lieu de « confédéralisme », ce qui est juste un toilettage sémantique compte tenu de son programme, je pense que les francophones pourraient avoir une attitude plus constructive par rapport à la réforme de l’État. Il me semble qu’il pourrait également convaincre le PS dans l’opposition de s’orienter vers une Belgique à quatre États fédérés. En 2011, lorsque Johan Vande Lanotte a dû sortir les négociations gouvernementales du marasme, il a également prôné quatre États fédérés [9]. La balle est maintenant dans le camp du président de la NVA pour former un gouvernement. En soi, une réforme de l’État n’est donc pas un problème insurmontable.

C’est aussi ce positionnement constructif que doivent adopter les Wallons pour ouvrir le dialogue et mettre sur la table un projet aussi clair que celui de la NVA. Aujourd’hui, le projet des quatre États fédérés, reconfiguré par l’Institut Destrée en 2022 est le plus élaboré du côté francophone [10].

J’aimerais aussi que l’on prenne davantage en compte la Wallonie dans les institutions actuelles. Un exemple qui est flagrant : le cas du Conseil des ministres. Alors que la Constitution dispose en son article 99 de la nécessité d’une parité au gouvernement fédéral entre ministres d’expression française et d’expression néerlandaise, aucune disposition n’impose la présence de Wallonnes et de Wallons. Ainsi, demain, vous pourriez découvrir un Conseil des ministres composé uniquement de Flamands et de Bruxellois francophones. Ce n’est pas une mince anomalie.

Comme le disait Elie Baussart, La Flandre et la Wallonie ne sont pas faites pour la Belgique ; la Belgique est faite pour la Flandre et la Wallonie. Comme l’État est fait pour le citoyen et non le citoyen pour l’État [11]. J’ajoute évidemment Bruxelles et l’OstBelgien. C’est depuis longtemps la logique qui sous-tend les réformes de l’État. La finalité ce n’est pas le nationalisme belge, c’est le bien-être de toutes et tous, l’équilibre entre les populations des quatre collectivités politiques, leur cohésion dans le cadre européen. Nous pouvons poursuivre ce modèle avec quatre États fédérés. Non pas par nationalisme, mais parce qu’un tel modèle reste la meilleure garantie de la paix et de la prospérité au sein de la Belgique.

On pourrait bien sûr tenir un discours belliqueux comme Jules Destrée avant la Première Guerre mondiale en disant qu’à tout nationalisme flamand, on opposera notre nationalisme wallon. Mais cela ne mène pas loin. Je préfère le Destrée de 1929 qui travaille avec son homologue Kamiel Huysmans à un compromis des Belges et abolit le bilinguisme en Flandre et en Wallonie pour construire les bases d’un fédéralisme régional.

 

Philippe Destatte

@PhD2050

[1] Christophe DEGREEF, Philippe Destatte: ‘Wallonië moet eindelijk af van zijn wafelijzerlogica’, in Doorbrak, 24/6/2024.

https://doorbraak.be/philippe-destatte-walloni-moet-af-van-de-wafelijzerlogica-die-er-nog-altijd-bestaat/?dbcode=e7770321472&u=263532186

[2] Jules DESTREE, Comme le fit Siegfried en la forêt germaine, dans Wallonia, 13 décembre 1912, n°12, p. 647-648.

[3] Jean LOUVET, L’Homme qui avait le soleil dans sa poche, Textes pour Didascalies, p. 34, Bruxelles, Ensemble théâtral mobile, 1982.

[4] Ph. DESTATTE, Finances wallonnes :  il faut poursuivre et accentuer la trajectoire Hilgers…, Blog PhD2050, Namur, 12 mai 2024 https://phd2050.org/2024/05/12/hilgers/

[5] L’IMEC, Institut de micro-électronique et composants, est un institut de recherche inter-universitaire flamand en micro-électronique et nanotechnologies situé à Leuven. Il emploie environ 3 500 personnes de 75 nationalités.

https://www.imec-int.com/en/about-us

[6] Ph. DESTATTE, Le Wallonia Institute of Technology au cœur de l’Université de Wallonie, Namur, Blog PhD2050, 22 décembre 2021. https://phd2050.org/2021/12/23/wit/

[7] Marnix BEYEN et Philippe DESTATTE, Nouvelle Histoire de Belgique, 1970-2000, Un autre Pays, p. 282-283, Bruxelles, Le Cri, 2009.

[8] Philippe DESTATTE, La Région wallonne a (presque) 50 ans (1974-2024), Blog PhD2050, Namur, 24 février 2024. https://phd2050.org/2024/02/25/1974-2024/

[9] Johan VANDE LANOTTE, De Belgische Unie bestaat uit vier deelstaten, 2011, 24p.

[10] Un fédéralisme fort et simplifié, Contribution de l’Institut Destrée au débat public sur l’avcenir institutionnel de la Belgique, Namur, 13 juin 2022, 14p. https://www.institut-destree.eu/wa_files/institut-destree_gtri_federalisme_fort-et-simplifie_2022-06-13.pdf

[11] Elie BAUSSART, 1930 verra-t-il la faillite de 1830 ?, dans La Terre wallonne, Octobre 1928, p. 24.

Paris, le 6 juin 2024

Fin mai 2024, François-Xavier Lefèvre, journaliste à L’Écho a demandé un petit devoir à cinq acteurs de l’écosystème wallon – Sylvie Marique, Philippe Defeyt, Thomas Deridder, Bernard Piette et votre serviteur – en vue de se positionner sur des chantiers à mettre en œuvre pour faire de la Wallonie une région durable, où l’entrepreneur peut s’épanouir, qui est efficace sur le plan administratif, inclusive pour l’ensemble des travailleurs et capable de saisir les opportunités de croissance. J’ai répondu à trois de ces enjeux dont l’essentiel a été reproduit dans L’Écho le 1er juin 2024. Voici, dans leur intégralité, les questions et mes réponses à ces trois chantiers [1].

 

François-Xavier Lefèvre : les finances de la Région sont sous pression. La Wallonie s’offre pourtant le luxe d’avoir des plans à tous les étages. Au-delà du saupoudrage politique, cette situation dilue l’efficacité des plans, crée un embouteillage administratif et ne permet pas à la Région de miser sur quelques thématiques stratégiques et porteuses. S’il n’y avait qu’un plan à retenir ou à envisager pour la Wallonie, quel serait-il ? Sur quoi doit miser la Wallonie pour améliorer sa situation socio-économique ?

Philippe Destatte : En soi, avoir des plans n’est pas un problème. Les entrepreneurs le rappelaient ce 25 mai 2024 en demandant aux politiques où est « le plan de réindustrialisation ? » [2]. Mais il est exact que l’archipellisation et la fragmentation des plans sont néfastes, notamment car une bonne mise en œuvre stratégique nécessite au moins trois conditions : d’abord, un nombre de priorités restreint, ensuite une transversalité et un caractère systémique des mesures, enfin des masses critiques de ressources humaines et budgétaires pour l’implantation de la stratégie, son pilotage et son évaluation.

La masse critique budgétaire est ce qui a le plus fait défaut dans la politique des gouvernements wallons depuis 2000 (Le Contrat d’avenir pour la Wallonie) jusqu’y compris les différents plans dits Marshall. En fait, les dépenses de reconversion de la Wallonie se sont toujours faites sur des marges relativement faibles comprises entre 3 et 6% des dépenses régionales. On observe un petit décollage avec le Plan de relance de l’actuel gouvernement. Mais on est encore loin d’un vrai business plan qui devrait activer au moins 80% des dépenses. Il faudrait alors s’interroger sur chaque dépense pour mesurer dans quelle mesure elle permettra d’atteindre les objectifs définis collectivement. Cela implique une analyse d’impact préalable de ces mesures, la fin des tabous budgétaires, un leadership fort et une volonté collective du gouvernement, du Parlement et des acteurs pour dépasser la logique de partage du gâteau entre partis et lobbies. Une révolution certes, mais à la mesure de l’enjeu que doit constituer une rupture avec le long palier horizontal des indicateurs qui dure depuis 20 ans.

S’il ne fallait choisir qu’une initiative importante favorisant le développement économique, avec un effet structurel, je mettrais en œuvre le Wallonia Institute of Technology qui mettrait fin à la fragmentation de la recherche et autonomiserait les dynamiques de l’innovation des jeux politiques au profit des universités, centres de recherche et entreprises [3].

 

François-Xavier Lefèvre : faut-il privatiser le Forem ? Cette question est volontairement provocatrice. Il n’existe probablement pas de remède miracle pour lutter contre le chômage, mais améliorer la mise à l’emploi est probablement la mesure qui pourrait faire la différence demain. Comment repenser la mise à l’emploi ? Comment mieux activer une réserve de main-d’œuvre dans un contexte où les entreprises font face à des pénuries ?

Philippe Destatte : la mise à l’emploi n’est pas exclusivement la tâche du Forem qui n’est qu’un acteur parmi d’autres, même si c’est un acteur budgétairement important.

Comme le rappelait voici peu Éric Domb, ce n’est ni le politique ni l’Administration qui créent des emplois sauf dans quelques domaines régaliens, mais où, par définition ces emplois sont comptés : leur inflation déstabilise la société toute entière [4]. L’initiative revient avant tout aux individus eux-mêmes et aux entreprises. Dans une société saine, les personnes sont motivées à contribuer à la collectivité en y prenant leur place économique et sociale : créer de la valeur pour assurer la survie de soi et des autres, prendre sa part dans l’éducation, la santé, la gestion, la sécurité, la défense de toutes et tous. Ce sont des finalités qui articulent bien-être personnel et collectif. Cela semble basique, mais c’est essentiel : c’est le sens de l’existence. Il s’apprend et se transmet. C’est lui qui fait société et fonde la solidarité, permet l’acceptation de l’impôt.

Photo Jean-Marc Pierard – Dreamstime

Le Forem est partie prenante de cette dynamique avec une quadruple mission : conseil aux Wallonnes et Wallons, formation de celles et ceux qui cherchent un emploi, appui aux entreprises qui recrutent des travailleurs, contrôle des demandeurs d’emploi, y compris en appliquant des sanctions. La Forem exerce également une fonction de gestion administrative. Ainsi, le Forem, même s’il développe des partenariats avec des dizaines de milliers d’entreprises et des centaines d’organismes de formations, n’est-il qu’un élément de l’écosystème d’éducation et de formation en Wallonie. Son premier grand problème, sur lequel il a peu de prise, est le fait que 42% des chercheurs d’emploi sont au plus diplômés de l’enseignement secondaire inférieur. A noter également que la moitié de ces 228.224 chercheurs d’emplois touchent des allocations de chômage, ce qui relativise toute recette miracle de suppression progressive des allocations. Le risque de ce type de mesure est d’ailleurs connu : d’abord accroître encore l’armée des 185.000 malades wallons de longue durée ou envoyer ces chômeurs aux CPAS bénéficier du RIS.

Trois initiatives devraient être prises, dont certaines sont connues depuis longtemps pour accroître la mise à l’emploi en Wallonie.

  1. La première, prioritaire, est de travailler sur le sens à donner à la société wallonne : pourquoi devons-nous toutes et tous contribuer à améliorer le bien-être des populations de cette Région ? Que voulons-nous faire ensemble de manière positive ? Qu’est-ce qui nous anime et doit nous animer et pourquoi ? C’est un projet commun de société qui doit être conçu et pensé en commun. C’est la priorité principale. Elle ne sera pas révélée par un quelconque Saint-Esprit, mais coproduite et le moment est maintenant. La valorisation de celles et de ceux qui s’inscriront dans cette dynamique collective, en particulier les acteurs économiques, sera essentielle.
  2. La seconde est l’élévation du niveau de compétences de l’ensemble des travailleurs wallons. Le Forem excelle dans ce domaine, au travers de ses centres de compétences, de ses initiatives en entreprise, de même que ses partenaires. Mais c’est insuffisant : compte tenu des besoins, c’est un écosystème apprenant nouveau, constitué par l’enseignement dual et la formation en alternance, à mettre en place, avec l’enseignement qualifiant, l’IFAPME et les entreprises, par bassin scolaire. Ce qui implique le transfert d’au moins ce type d’enseignement au niveau régional. Thomas Dermine a raison lorsqu’il dit qu’un ministre de l’enseignement doit s’asseoir au gouvernement wallon à côté des ministres de l’Économie et de l’Emploi [5].
  3. La troisième initiative doit viser le Forem, mais aussi tous les organismes de cet écosystème : il s’agit, par exemple, dans les cinq axes du contrat de gestion de remplacer l’obligation de moyens par l’obligation de résultat. Ainsi, il est remarquable d’observer que pas moins de 309.000 Wallonnes et Wallons ont été pris en charge par le Forem en 2023, qu’environ 113.000 d’entre eux ont reçu une formation professionnalisante [6]. Mais la question reste : combien ont été, parmi ceux-là, remis à l’emploi ? Le résultat dépend non seulement de la qualité des formations, mais aussi de l’accueil des entreprises et de la motivation des demandeurs d’emploi. Il s’agit donc d’un défi commun. Et c’est ce défi qu’il faut relever ensemble, en répondant aux échecs éventuels par des innovations sociales et les expérimentations qui doivent aller de pair.

Il s’agit donc, comme le préconisait le Collège de Prospective de Wallonie (2004-2020) de lier les deux mondes de l’enseignement qualifiant et de la formation des adultes afin de créer des filières de qualification s’inscrivant dans une logique de formation tout au long de la vie et en prise directe avec les réalités professionnelles.

 

 François-Xavier Lefèvre : comment profiter de la proximité des ports d’Anvers et de Rotterdam pour bâtir une véritable base arrière au niveau de la logistique à Liège (Chertal). Ces ports sont des atouts pour la Flandre. Mais aussi pour la Wallonie. Au-delà de cette question logistique, dans quels domaines la Flandre pourrait inspirer la Wallonie ? Que faut-il recopier de la Flandre que la Wallonie n’a pas pour améliorer la situation ?

Philippe Destatte : Si on part de la logique de développement de ports majeurs comme Rotterdam et Anvers, leurs principaux problèmes à l’âge de la containerisation mondialisée sont ceux de la congestion et de la nécessité de pouvoir disposer d’axes d’exfiltration permettant des flux de sortie, des capacités de stockage et de dispatching. Liège, avec son complexe portuaire et sa multimodalité – troisième port fluvial d’Europe – le Trilogiport et les nouvelles potentialités ouvertes à Chertal, dispose de capacités impressionnantes.

Au-delà des contingences techniques, le grand défi pour la Wallonie est double. D’une part, il s’agit de continuer à construire une relation crédible et durable avec les partenaires flamands et hollandais, ce qui nécessita à la fois diplomatie et compétences techniques et linguistiques. D’autre part, et pour éviter que la logique soit uniquement celle du transit, il s’agit d’articuler les chaînes de valeurs économiques avec les opportunités réelles de la logistique. Lors de travaux prospectifs en Normandie, j’ai souvent observé que, malgré toutes les capacités de Port 2000 au Havre, le problème du territoire restait le fait que les acteurs voyaient passer les EVP qui, en très grande majorité, n’étaient ouverts que dans la banlieue parisienne. C’est donc en fait là que la transformation et la plus-value s’opéraient. Il est donc essentiel de créer les synergies en termes d’activités locales (mécanique fine, économie circulaire, spatial, etc.) avec les capacités logistiques pour bénéficier des flux en Wallonie.

J’ajoute que, alors que, en matière portuaire, les Français, marqués par une approche « ingénieurs », pensent très fort avec le prisme de l’infrastructure, les Flamands et les Néerlandais réfléchissent davantage en termes de service et d’efficacité de la chaîne logistique (qui inclut tous les services annexes tels que dédouanement par exemple). S’ils veulent optimiser des partenariats forts avec Anvers et Rotterdam, les Wallons doivent activer et cultiver cette approche business propre au nord de l’Europe.

À cet effet, aux demandes pressantes flamandes de disposer de terrains sur la zone et d’y investir, la province de Liège et l’axe mosan doivent répondre par une main-d’œuvre wallonne sérieuse, formée et donc compétente dans l’ensemble des métiers non seulement de la logistique, mais aussi des activités potentielles de ces entreprises. L’articulation entre la logistique, le développement économique et l’emploi est plus que jamais nécessaire, ce qui implique une proactivité et une réactivité à la fois politique et administrative. Et beaucoup de bonne volonté. Des expériences comme les freins mis au développement de la 5G en Wallonie ne sont pas, sous cet aspect, rassurantes. Par contre, l’écosystème et les réseaux internationaux et territoriaux développés par le pôle de compétitivité Logistics in Wallonia constituent certainement un atout pour relever ces défis.

 

Philippe Destatte

@PhD2050

[1] François-Xavier LEFEVRE, Cinq chantiers qui pourraient changer la Wallonie, dans L’Écho, 1er juin 2024, p. 6-7.

https://www.lecho.be/economie-politique/belgique/wallonie/cinq-chantiers-qui-pourraient-changer-le-visage-de-la-wallonie/10549003.html

[2] Maxime PAQUAY et Maxime SAMAIN, L’appel des entrepreneurs belges au monde politique : où est le plan ? dans L’Écho, 25 mai 2024, p. 16-17.

[3] Philippe DESTATTE, Le Wallonia Institute of Technology au cœur de l’Université de Wallonie, Namur, Blog PhD2050, 22 décembre 2021. https://phd2050.org/2021/12/23/wit/ – Serge QUOIDBACH, Le territoire wallon, Mine d’or pour l’emploi, dans L’Écho, 18 décembre 2021.

https://www.lecho.be/economie-politique/belgique/wallonie/le-territoire-wallon-mine-d-or-pour-l-emploi/10354520.html

[4] « Ces emplois sont nés grâce à des femmes et des hommes qui ont pris des risques, qui y croient. Des entrepreneurs. » Anne MASSET et Raphaël MEULDERS, Eric Domb : « je ne comprends pas cette indifférence, ce cynisme, cet électoralisme », dans La Libre Eco, 10 mai 2024. https://www.lalibre.be/economie/entreprises-startup/2024/05/10/eric-domb-quelque-chose-de-grave-est-en-train-de-se-passer-je-ne-comprends-pas-ce-cynisme-ce-calcul-electoraliste-T2WPZTWFGJCLNJKE5KAUPIVTSQ/

[5] A l’Assemblée générale de l’UCM, Wavre, le 20 mars 2024.

[6] Données présentées par Raymonde Yerna, Administratrice générale du Forem, Charleroi, Cercle de Wallonie – A6K, 27 mai 2024.