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Namur, le 17 juin 2024

Il me revenait voici quelques jours que les négociateurs qui travaillent en vue d’élaborer un programme de législature avaient quelques difficultés à aborder la problématique de l’économie régionale. C’est une information difficile à croire notamment parce que les libéraux disposent depuis 2017 de ce département au sein du Gouvernement wallon, ensuite parce que l’Union wallonne des Entreprises (aujourd’hui dénommée AKT for Wallonia), l’Union des Classes moyennes et Agoria Wallonie possèdent des ressources utiles à fournir : un ensemble de policy papers, de notes, sans même évoquer le rapport de l’exercice de prospective opérationnelle Odyssée 2068 qui a rassemblé pas loin de 700 acteurs régionaux de 2019 à 2022.

Sur la table des négociateurs se trouve également un mémorandum particulièrement important et riche, déposé peu avant les élections par la direction générale Économie, Emploi et Recherche du  Service public de Wallonie (SPW EER). Arrivé beaucoup trop tard dans la campagne pour nourrir les programmes des partis politiques, ce document vient bien à point pour préparer les stratégies de la nouvelle législature. Loin de vouloir en faire une synthèse, notre propos sera plutôt de dire en quoi il nous semble particulièrement pertinent.

 

1. Les bases d’une stratégie de développement territorial des activités économiques

Une première ambition marquante du SPW EER est d’assumer un rôle d’anticipation des changements dans son écosystème d’acteurs en intégrant l’accélération des transformations du monde et en l’appliquant à « son rôle de régulateur, d’arbitre et de contrôleur » [1]. Cela implique évidemment une mission de veille stratégique, en connivence avec les acteurs, mais nécessite aussi un regard de long terme, probablement bien au-delà de 2030, qui n’est que l’an 1 de la prochaine législature. Notons que l’anticipation n’est pas que le regard lucide sur les choses qui surviennent, mais surtout l’action pour les éviter, s’y adapter ou les faire advenir.

La première intention que j’identifie comme particulièrement pertinente dans ce document est celle du développement d’une stratégie spatiale économique claire permettant d’objectiver le traitement des dossiers. Cette stratégie implique notamment la prise en compte de la dimension territoriale dans la conception des politiques industrielles et économiques en axant davantage leur conception sur des thématiques précises comme la motivation de l’utilité publique, la disponibilité de grands terrains, l’évaluation des besoins, etc. [2] Outre une dynamique de contractualisation entre la Région et les agences de développement territorial, il s’agit d’un pilotage blitzkrieg pour rencontrer les besoins de terrains pour une réindustrialisation rapide de la Wallonie. Cette stratégie implique – le document le mentionne – un dialogue avec des partenaires privés, mais aussi publics comme SNCB-Infrabel pour mobiliser des terrains de valeurs, souvent en friche depuis des décennies, et qui permettront non seulement de créer de l’activité, mais aussi de rencontrer les objectifs de zéro artificialisation nette. On le voit, cette dynamique construit les bases d’une stratégie de développement territorial des activités économiques.

 

2. Évaluer et, surtout, clarifier le périmètre des acteurs

Le mémorandum du SPW EER évoque également la nécessité d’évaluer le dispositif chèques-entreprises pour une optimisation de la pertinence des aides et de l’efficience du dispositif [3]. C’est en effet une nécessité tant pour les finances publiques que pour les entreprises et les consultants. On peut du reste se demander si ce n’est pas l’ensemble des aides aux entreprises qu’il faudrait à nouveau réformer en profondeur, mieux cibler et réduire : on se souvient de la formule du président de l’UWE, Pierre Mottet : la vocation d’une entreprise n’est pas d’être aidée par les pouvoirs publics. À l’heure où les investissements en recherche publique sont impératifs, il faut y songer. D’autant que la Recherche et l’Innovation, si elle est bien fléchée, bénéficie in fine aux entreprises.

À juste titre, l’économie sociale est valorisée et promue par le SPW EER comme un modèle de réponse aux défis des transitions inclusives disposant, au-delà du décret-cadre, de dispositifs et d’outils publics de financement [4]. L’ambition de définir et de piloter une nouvelle stratégie en matière d’économie sociale pour remplacer la dynamique Alternativ’ES Wallonia et moderniser les IDESS [5] pourrait être décisive – c’est moi qui l’ajoute – si le Gouvernement wallon veut enfin mettre fin au dispositif des Aides à l’Emploi (APE) et réintroduire une bonne partie de ces travailleuses et travailleurs dans le système économique.

La question centrale du paysage wallon de l’emploi et de la formation est évidemment abordée avec la nécessité impérative de clarifier le périmètre des acteurs, de les mettre davantage en synergie et de les embarquer dans une plus grande proactivité face à l’évolution du marché et des besoins des entreprises [6]. L’anticipation est là aussi un mot d’ordre avec des besoins grandissants de prospective des métiers. Ainsi s’ouvre le chantier de l’articulation entre les différentes missions du système de formation et d’emploi afin de le rendre plus cohérent et plus efficient. À lire les propositions du SPW EER, on observe néanmoins une nouvelle fois que les synergies ne pourront véritablement s’établir que par les changements institutionnels annoncés et attendus depuis longtemps entre la Communauté française et les régions. Pour ce qui concerne la récolte de données et l’anticipation de compétences des entreprises, l’Administration régionale pointe avec raison le peu de visibilité sur le travail réalisé par les différents membres de l’écosystème. La mise en place d’un réseau de veille des acteurs et opérateurs est assurément nécessaire, ainsi que la responsabilisation d’un acteur principal, tête de réseau, qui pourrait, en effet, être le SPW EER, reconfiguré selon ses ambitions.

 

3. Une rationalisation ambitieuse du paysage de la Recherche et de l’Innovation

Rappelant les différentes initiatives déjà prises dans le cadre du Plan de Relance, de Circular Wallonia, de la Stratégie de Spécialisation intelligente (S3), des Pôles de Compétitivité, ainsi que la mise en place d’un « nombre conséquent de mesures », la direction générale de l’Économie de l’Emploi et de la Recherche estime à juste titre que l’heure est venue d’évaluer « mesure par mesure » si et comment ces initiatives ont conduit à l’impact escompté [7]. Comme l’indique à L’Echo le directeur général du département, Lionel Bonjean, il faut mener une analyse d’impact des aides à la recherche, démarche véritablement pionnière, et miser sur les secteurs où la Wallonie est la plus forte. Derrière cette étude d’impact, ajoute-t-il, il faut faire en sorte que notre recherche soit toujours en avance afin de permettre à nos entreprises de continuer à faire du business [8].

Research Innovation – Nicoelnino – Dreamstime

Le SPW EER s’interroge également sur la complexité, la lisibilité et l’efficience de l’écosystème wallon de Recherche et d’Innovation, malgré les efforts de massification des centres de recherche agréés. On ne saurait mieux dire… Des évaluations de l’impact de l’ensemble des aides à la recherche et des mécanismes de R&I devraient donc permettre d’optimiser la pertinence des aides et l’efficience des dispositifs, de redéfinir le rôle et les missions des Pôles de compétitivité, de préparer la prochaine S3 post-2027 et d’accroître le fonctionnement collectif ainsi que l’impact des centres de recherche. Dès lors, une des ambitions majeures de l’Administration est-elle de rendre le Décret Recherche plus adapté aux enjeux politiques et internationaux en évolution ainsi que mieux répondre aux attentes des bénéficiaires (universités, hautes écoles, entreprises, centres de recherches agréés, etc.) en matière de simplification et de numérisation des procédures [9]. L’analyse de la DG EER met en évidence le fait que près de la moitié des centres de recherche agréés travaillent sur des thématiques proches, voire similaires. Cette situation aboutit à une dispersion des ressources et à une présence mitigée dans les programmes-cadres de recherche et d’innovation européens alors qu’ils pourraient jouer un rôle efficace pour relayer les avancées technologiques de la Wallonie et entraîner dans leur sillage ses PME [10]. On ne peut que se réjouir de la volonté de l’Administration de mettre en place une rationalisation ambitieuse du paysage des CRAs et créer un effet de levier économique d’ampleur. [11]

 

Conclusion : un acteur clé de la politique de double transition industrielle

Il ne fait pas de doute que l’ambition du SPW, dans ses différentes dimensions et départements – donc pas seulement l’EER -, est un atout majeur pour l’avenir de la Région. D’autres mémorandums du SPW méritent d’ailleurs d’être passés en revue, comme ceux de certains OIP d’ailleurs. Nous avons pu les mobiliser pour les travaux du Collège régional de Prospective 2023-2024 mis en place par l’Institut Destrée.

Au-delà de la volonté du département Économie Emploi et Recherche de trouver une meilleure articulation avec les outils d’innovation de la Région – on pense à Circular Wallonia ou Digital Wallonia –, il s’agit de trouver une nouvelle et vigoureuse efficience opérationnelle dans un nouveau partenariat avec les entreprises. À la lumière des crises récentes, des transitions nécessaires, mais aussi de l’importance de la dimension européenne mise en évidence lors de la présidence belge de l’Union, Lionel Bonjean et son équipe ont bien compris la nécessité de monter en compétence sur les outils de management du XXIe siècle : qualité et disponibilité des données, analyse préalable d’impact, sécurité et intelligence stratégiques, efficacité numérique.

Enfin, pour devenir l’acteur clé de la politique de double transition industrielle [12], le SPW EER veut développer ses capacités prospectives et anticipatrices [13]. Son dispositif apparaît double : d’une part, reconstituer les ressources de sa Cellule interdépartementale Europe et la faire évoluer en Cellule de prospective et de stratégie européenne, d’autre part, développer des connivences opérationnelles avec les parties prenantes wallonnes actives dans son périmètre de compétence.

On ne peut assurément qu’encourager cette administration wallonne ouverte et déterminée…

 

 

Philippe Destatte

@PhD2050

 

[1] Mémorandum 2024, Economie, Emploi, Recherche, Le SPW EER, moteur de la transition, p. 25, Namur, SPW-Ediwall, Juin 2024, 228 p.

[2] Mémorandum…, p. 39-41.

[3] Mémorandum…, p. 43sv.

[4] Mémorandum…, p. 61sv.

[5] Initiatives de Développement de l’Emploi Service de Proximité à finalité sociale, Mémorandum…, p. 65sv.

[6] Mémorandum… p. 79. – François-Xavier Lefèvre recense dans L’Echo 37 CEFA, 157 CISP, 13 CFISPA, 7 prestataires agréés dans l’octroi des chèques formation à la création d’entreprise, 84 opérateurs Digistart, 12 Saace, 11 MIRE, sans compter la promotion sociale, l’enseignement supérieur, l’IFAPME, le Forem, les Régies de quartier, les centres de compétences, les pôles de compétitivité, les opérateurs privés… François-Xavier LEFEVRE, L’administration élabore 38 fiches pour booster l’économie wallonne, dans L’Echo, 12 juin 2024. https://www.lecho.be/economie-politique/belgique/wallonie/l-administration-elabore-38-fiches-pour-booster-l-economie-wallonne/10551011.html

[7] Mémorandum.., p. 130sv.

[8] F-X LEFEVRE, L’administration élabore 38 fiches pour booster l’économie wallonne, dans L’Echo, 12 juin 2024.

[9] Mémorandum.., p. 141sv.

[10] Mémorandum…, p. 150.

[11] Mémorandum…, p. 151.

[12] Mémorandum, p. 193 sv.

[13] Mémorandum.., p. 191.

Paris, le 6 juin 2024

Fin mai 2024, François-Xavier Lefèvre, journaliste à L’Écho a demandé un petit devoir à cinq acteurs de l’écosystème wallon – Sylvie Marique, Philippe Defeyt, Thomas Deridder, Bernard Piette et votre serviteur – en vue de se positionner sur des chantiers à mettre en œuvre pour faire de la Wallonie une région durable, où l’entrepreneur peut s’épanouir, qui est efficace sur le plan administratif, inclusive pour l’ensemble des travailleurs et capable de saisir les opportunités de croissance. J’ai répondu à trois de ces enjeux dont l’essentiel a été reproduit dans L’Écho le 1er juin 2024. Voici, dans leur intégralité, les questions et mes réponses à ces trois chantiers [1].

 

François-Xavier Lefèvre : les finances de la Région sont sous pression. La Wallonie s’offre pourtant le luxe d’avoir des plans à tous les étages. Au-delà du saupoudrage politique, cette situation dilue l’efficacité des plans, crée un embouteillage administratif et ne permet pas à la Région de miser sur quelques thématiques stratégiques et porteuses. S’il n’y avait qu’un plan à retenir ou à envisager pour la Wallonie, quel serait-il ? Sur quoi doit miser la Wallonie pour améliorer sa situation socio-économique ?

Philippe Destatte : En soi, avoir des plans n’est pas un problème. Les entrepreneurs le rappelaient ce 25 mai 2024 en demandant aux politiques où est « le plan de réindustrialisation ? » [2]. Mais il est exact que l’archipellisation et la fragmentation des plans sont néfastes, notamment car une bonne mise en œuvre stratégique nécessite au moins trois conditions : d’abord, un nombre de priorités restreint, ensuite une transversalité et un caractère systémique des mesures, enfin des masses critiques de ressources humaines et budgétaires pour l’implantation de la stratégie, son pilotage et son évaluation.

La masse critique budgétaire est ce qui a le plus fait défaut dans la politique des gouvernements wallons depuis 2000 (Le Contrat d’avenir pour la Wallonie) jusqu’y compris les différents plans dits Marshall. En fait, les dépenses de reconversion de la Wallonie se sont toujours faites sur des marges relativement faibles comprises entre 3 et 6% des dépenses régionales. On observe un petit décollage avec le Plan de relance de l’actuel gouvernement. Mais on est encore loin d’un vrai business plan qui devrait activer au moins 80% des dépenses. Il faudrait alors s’interroger sur chaque dépense pour mesurer dans quelle mesure elle permettra d’atteindre les objectifs définis collectivement. Cela implique une analyse d’impact préalable de ces mesures, la fin des tabous budgétaires, un leadership fort et une volonté collective du gouvernement, du Parlement et des acteurs pour dépasser la logique de partage du gâteau entre partis et lobbies. Une révolution certes, mais à la mesure de l’enjeu que doit constituer une rupture avec le long palier horizontal des indicateurs qui dure depuis 20 ans.

S’il ne fallait choisir qu’une initiative importante favorisant le développement économique, avec un effet structurel, je mettrais en œuvre le Wallonia Institute of Technology qui mettrait fin à la fragmentation de la recherche et autonomiserait les dynamiques de l’innovation des jeux politiques au profit des universités, centres de recherche et entreprises [3].

 

François-Xavier Lefèvre : faut-il privatiser le Forem ? Cette question est volontairement provocatrice. Il n’existe probablement pas de remède miracle pour lutter contre le chômage, mais améliorer la mise à l’emploi est probablement la mesure qui pourrait faire la différence demain. Comment repenser la mise à l’emploi ? Comment mieux activer une réserve de main-d’œuvre dans un contexte où les entreprises font face à des pénuries ?

Philippe Destatte : la mise à l’emploi n’est pas exclusivement la tâche du Forem qui n’est qu’un acteur parmi d’autres, même si c’est un acteur budgétairement important.

Comme le rappelait voici peu Éric Domb, ce n’est ni le politique ni l’Administration qui créent des emplois sauf dans quelques domaines régaliens, mais où, par définition ces emplois sont comptés : leur inflation déstabilise la société toute entière [4]. L’initiative revient avant tout aux individus eux-mêmes et aux entreprises. Dans une société saine, les personnes sont motivées à contribuer à la collectivité en y prenant leur place économique et sociale : créer de la valeur pour assurer la survie de soi et des autres, prendre sa part dans l’éducation, la santé, la gestion, la sécurité, la défense de toutes et tous. Ce sont des finalités qui articulent bien-être personnel et collectif. Cela semble basique, mais c’est essentiel : c’est le sens de l’existence. Il s’apprend et se transmet. C’est lui qui fait société et fonde la solidarité, permet l’acceptation de l’impôt.

Photo Jean-Marc Pierard – Dreamstime

Le Forem est partie prenante de cette dynamique avec une quadruple mission : conseil aux Wallonnes et Wallons, formation de celles et ceux qui cherchent un emploi, appui aux entreprises qui recrutent des travailleurs, contrôle des demandeurs d’emploi, y compris en appliquant des sanctions. La Forem exerce également une fonction de gestion administrative. Ainsi, le Forem, même s’il développe des partenariats avec des dizaines de milliers d’entreprises et des centaines d’organismes de formations, n’est-il qu’un élément de l’écosystème d’éducation et de formation en Wallonie. Son premier grand problème, sur lequel il a peu de prise, est le fait que 42% des chercheurs d’emploi sont au plus diplômés de l’enseignement secondaire inférieur. A noter également que la moitié de ces 228.224 chercheurs d’emplois touchent des allocations de chômage, ce qui relativise toute recette miracle de suppression progressive des allocations. Le risque de ce type de mesure est d’ailleurs connu : d’abord accroître encore l’armée des 185.000 malades wallons de longue durée ou envoyer ces chômeurs aux CPAS bénéficier du RIS.

Trois initiatives devraient être prises, dont certaines sont connues depuis longtemps pour accroître la mise à l’emploi en Wallonie.

  1. La première, prioritaire, est de travailler sur le sens à donner à la société wallonne : pourquoi devons-nous toutes et tous contribuer à améliorer le bien-être des populations de cette Région ? Que voulons-nous faire ensemble de manière positive ? Qu’est-ce qui nous anime et doit nous animer et pourquoi ? C’est un projet commun de société qui doit être conçu et pensé en commun. C’est la priorité principale. Elle ne sera pas révélée par un quelconque Saint-Esprit, mais coproduite et le moment est maintenant. La valorisation de celles et de ceux qui s’inscriront dans cette dynamique collective, en particulier les acteurs économiques, sera essentielle.
  2. La seconde est l’élévation du niveau de compétences de l’ensemble des travailleurs wallons. Le Forem excelle dans ce domaine, au travers de ses centres de compétences, de ses initiatives en entreprise, de même que ses partenaires. Mais c’est insuffisant : compte tenu des besoins, c’est un écosystème apprenant nouveau, constitué par l’enseignement dual et la formation en alternance, à mettre en place, avec l’enseignement qualifiant, l’IFAPME et les entreprises, par bassin scolaire. Ce qui implique le transfert d’au moins ce type d’enseignement au niveau régional. Thomas Dermine a raison lorsqu’il dit qu’un ministre de l’enseignement doit s’asseoir au gouvernement wallon à côté des ministres de l’Économie et de l’Emploi [5].
  3. La troisième initiative doit viser le Forem, mais aussi tous les organismes de cet écosystème : il s’agit, par exemple, dans les cinq axes du contrat de gestion de remplacer l’obligation de moyens par l’obligation de résultat. Ainsi, il est remarquable d’observer que pas moins de 309.000 Wallonnes et Wallons ont été pris en charge par le Forem en 2023, qu’environ 113.000 d’entre eux ont reçu une formation professionnalisante [6]. Mais la question reste : combien ont été, parmi ceux-là, remis à l’emploi ? Le résultat dépend non seulement de la qualité des formations, mais aussi de l’accueil des entreprises et de la motivation des demandeurs d’emploi. Il s’agit donc d’un défi commun. Et c’est ce défi qu’il faut relever ensemble, en répondant aux échecs éventuels par des innovations sociales et les expérimentations qui doivent aller de pair.

Il s’agit donc, comme le préconisait le Collège de Prospective de Wallonie (2004-2020) de lier les deux mondes de l’enseignement qualifiant et de la formation des adultes afin de créer des filières de qualification s’inscrivant dans une logique de formation tout au long de la vie et en prise directe avec les réalités professionnelles.

 

 François-Xavier Lefèvre : comment profiter de la proximité des ports d’Anvers et de Rotterdam pour bâtir une véritable base arrière au niveau de la logistique à Liège (Chertal). Ces ports sont des atouts pour la Flandre. Mais aussi pour la Wallonie. Au-delà de cette question logistique, dans quels domaines la Flandre pourrait inspirer la Wallonie ? Que faut-il recopier de la Flandre que la Wallonie n’a pas pour améliorer la situation ?

Philippe Destatte : Si on part de la logique de développement de ports majeurs comme Rotterdam et Anvers, leurs principaux problèmes à l’âge de la containerisation mondialisée sont ceux de la congestion et de la nécessité de pouvoir disposer d’axes d’exfiltration permettant des flux de sortie, des capacités de stockage et de dispatching. Liège, avec son complexe portuaire et sa multimodalité – troisième port fluvial d’Europe – le Trilogiport et les nouvelles potentialités ouvertes à Chertal, dispose de capacités impressionnantes.

Au-delà des contingences techniques, le grand défi pour la Wallonie est double. D’une part, il s’agit de continuer à construire une relation crédible et durable avec les partenaires flamands et hollandais, ce qui nécessita à la fois diplomatie et compétences techniques et linguistiques. D’autre part, et pour éviter que la logique soit uniquement celle du transit, il s’agit d’articuler les chaînes de valeurs économiques avec les opportunités réelles de la logistique. Lors de travaux prospectifs en Normandie, j’ai souvent observé que, malgré toutes les capacités de Port 2000 au Havre, le problème du territoire restait le fait que les acteurs voyaient passer les EVP qui, en très grande majorité, n’étaient ouverts que dans la banlieue parisienne. C’est donc en fait là que la transformation et la plus-value s’opéraient. Il est donc essentiel de créer les synergies en termes d’activités locales (mécanique fine, économie circulaire, spatial, etc.) avec les capacités logistiques pour bénéficier des flux en Wallonie.

J’ajoute que, alors que, en matière portuaire, les Français, marqués par une approche « ingénieurs », pensent très fort avec le prisme de l’infrastructure, les Flamands et les Néerlandais réfléchissent davantage en termes de service et d’efficacité de la chaîne logistique (qui inclut tous les services annexes tels que dédouanement par exemple). S’ils veulent optimiser des partenariats forts avec Anvers et Rotterdam, les Wallons doivent activer et cultiver cette approche business propre au nord de l’Europe.

À cet effet, aux demandes pressantes flamandes de disposer de terrains sur la zone et d’y investir, la province de Liège et l’axe mosan doivent répondre par une main-d’œuvre wallonne sérieuse, formée et donc compétente dans l’ensemble des métiers non seulement de la logistique, mais aussi des activités potentielles de ces entreprises. L’articulation entre la logistique, le développement économique et l’emploi est plus que jamais nécessaire, ce qui implique une proactivité et une réactivité à la fois politique et administrative. Et beaucoup de bonne volonté. Des expériences comme les freins mis au développement de la 5G en Wallonie ne sont pas, sous cet aspect, rassurantes. Par contre, l’écosystème et les réseaux internationaux et territoriaux développés par le pôle de compétitivité Logistics in Wallonia constituent certainement un atout pour relever ces défis.

 

Philippe Destatte

@PhD2050

[1] François-Xavier LEFEVRE, Cinq chantiers qui pourraient changer la Wallonie, dans L’Écho, 1er juin 2024, p. 6-7.

https://www.lecho.be/economie-politique/belgique/wallonie/cinq-chantiers-qui-pourraient-changer-le-visage-de-la-wallonie/10549003.html

[2] Maxime PAQUAY et Maxime SAMAIN, L’appel des entrepreneurs belges au monde politique : où est le plan ? dans L’Écho, 25 mai 2024, p. 16-17.

[3] Philippe DESTATTE, Le Wallonia Institute of Technology au cœur de l’Université de Wallonie, Namur, Blog PhD2050, 22 décembre 2021. https://phd2050.org/2021/12/23/wit/ – Serge QUOIDBACH, Le territoire wallon, Mine d’or pour l’emploi, dans L’Écho, 18 décembre 2021.

https://www.lecho.be/economie-politique/belgique/wallonie/le-territoire-wallon-mine-d-or-pour-l-emploi/10354520.html

[4] « Ces emplois sont nés grâce à des femmes et des hommes qui ont pris des risques, qui y croient. Des entrepreneurs. » Anne MASSET et Raphaël MEULDERS, Eric Domb : « je ne comprends pas cette indifférence, ce cynisme, cet électoralisme », dans La Libre Eco, 10 mai 2024. https://www.lalibre.be/economie/entreprises-startup/2024/05/10/eric-domb-quelque-chose-de-grave-est-en-train-de-se-passer-je-ne-comprends-pas-ce-cynisme-ce-calcul-electoraliste-T2WPZTWFGJCLNJKE5KAUPIVTSQ/

[5] A l’Assemblée générale de l’UCM, Wavre, le 20 mars 2024.

[6] Données présentées par Raymonde Yerna, Administratrice générale du Forem, Charleroi, Cercle de Wallonie – A6K, 27 mai 2024.

 Namur, 12 mai 2024

Les observateurs doivent pouvoir prendre leurs distances avec les propos de campagne, qu’ils viennent de Flandre, de Bruxelles ou de la Wallonie pour regarder aussi sereinement que possible les finances de la Région wallonne [1].

 

1. La cigale de gauche et la fourmi de droite ?

Rejouer la fable de la cigale et la fourmi entre la Wallonie et la Flandre n’est pas plus pertinent que de tenter de décrédibiliser le gouvernement wallon en disant qu’il est dépensier, car il serait « à gauche ». Les libéraux, qui se revendiquent aujourd’hui de « la droite », disposent du ministre du Budget dans le gouvernement wallon depuis 2017 avec des personnalités comme Jean-Luc Crucke (aujourd’hui passé au mouvement Les Engagés) et Adrien Dolimont. Ce dernier, qui a repris le département du Budget et des Finances depuis janvier 2022 est un homme sérieux qui a déclaré à plusieurs reprises – notamment dans un débat qui nous a rassemblés au Cercle de Wallonie le 31 mai 2022 – que son allié le plus fidèle au sein du gouvernement pour maintenir la Wallonie dans la trajectoire budgétaire est le Premier wallon Elio Di Rupo lui-même. C’est un bel hommage qui montre que, si on oublie les caricatures et musculations de la campagne, on n’a pas eu, dans cette législature, des dépensiers d’un côté et des économes de l’autre. La question en fait porte davantage sur ce qui peut être considéré comme de l’investissement et ce qui constitue des dépenses courantes, entre ce qu’on appelle ailleurs l’ordinaire et l’extraordinaire…

D’ailleurs, le 8 novembre 2021 au Parlement de Wallonie, le regretté député socialiste Paul Furlan répétait la même phrase que son collègue libéral Hervé Cornillie, changeant seulement l’engagement politique libéral en identité socialiste : parce que je suis socialiste, je fais attention à l’utilisation de tous les deniers publics [2]. Il devrait en être de même pour tous les parlementaires wallons, de tous les groupes. Et également des entreprises, organismes, citoyennes et citoyens wallons qui, trop souvent, piaillent comme des moineaux dans leur nid.

En décembre 2023, l’agence de notation Moody’s n’a pas abaissé le ranking de la Région wallonne comme elle l’avait fait deux ans auparavant. Cela a été le cas pour Bruxelles par Standard & Poor’s en mars 2024 [3]. Rappelons que les Flamands participent à la gestion de Bruxelles-Capitale où Sven Gatz (Open VLD) est en charge du Budget. Au contraire, la dette de la Wallonie est actuellement considérée par Moody’s à un niveau A3 perspective stable. Sa gestion de la dette est vue comme sophistiquée, mais prudente avec un accès incontesté au marché malgré une économie qui se compare défavorablement à ses homologues nationaux et européens [4]. Ce commentaire prend tout son sens lorsqu’on sait que la présente législature a largement vu cette gestion modernisée et professionnalisée.

Selon les règles du Pacte de stabilité européen, les gouvernements doivent limiter leur déficit à 3% de leur PIB et ramener la dette de leurs administrations publiques à 60 % de leur PIB. Si on prend ce dernier critère, la Région wallonne en tant que telle ne semble pas dans la zone de danger [5].

En fait, cette observation est très contestable, car une entité fédérée a aujourd’hui moins de capacité qu’un État souverain d’activer la fiscalité sur les richesses qui y sont produites. On doit également relativiser ce calcul puisqu’il ne prend pas en compte la problématique importante des navetteurs qui contribuent aux PIB bruxellois ou luxembourgeois. De plus, on peut considérer que, dans un cadre étatique, la Wallonie devrait intégrer dans ce chiffre non seulement sa part de la dette de la Communauté française – plus de 10 milliards d’euros [6] – mais aussi, de surcroît, sa part dans celle creusée par le gouvernement fédéral et aussi en sécurité sociale. A politique inchangée, le gouvernement fédéral se dirigerait selon le Comité de Monitoring vers un déficit budgétaire de 45 milliards d’euros à l’horizon 2029 [7] et sa propre dette atteint plus de 520 milliards d’euros en ce début 2024 [8]. On ne saurait donc se satisfaire de ce raisonnement.

En fait, ce qui peut rendre confiance aux observateurs, c’est le fait que la Wallonie est la seule entité du fédéralisme belge à s’être fixé une trajectoire de maîtrise de son endettement en mettant en place une dynamique stratégique structurelle et graduelle pour assurer la soutenabilité de sa dette [9]. Compte tenu d’une trajectoire de dette et de déficit sous-tendue par des mesures structurelles qui seraient tenues d’année en année, la Région wallonne ne serait pas à mettre dans le même panier que des entités qui présentent un risque de surendettement ou de dette relativement peu soutenable [10].

 

2. Une prise de conscience salutaire

 Bien sûr, ne soyons pas euphoriques : la situation financière de la Wallonie reste difficile avec une dette brute consolidée de 34,5 milliards d’euros si on comptabilise la dette indirecte de 11,4 milliards [11]. Cette dernière englobe les emprunts que la Wallonie rembourse en financements alternatifs, amortissements du logement social, en missions déléguées ou pour le compte ou en garantie des institutions qui se trouvent dans son périmètre de consolidation : organismes d’intérêt public (OIP) et autres institutions de droit public dont elle assume les charges. Mais l’affirmation de Bart De Wever selon lequel la Wallonie s’enfonce irrémédiablement dans les dettes et la comparaison avec la quasi-faillite de la Grèce dans la crise de l’euro ne tiennent pas la route.

On peut évidemment observer, comme le fait la Cour des Comptes, que l’objectif d’équilibre du Gouvernement wallon au terme de la législature 2019-2024 exclut de la trajectoire wallonne les dépenses liées à la relance (7 Mds d’euros de 2020 à 2024, avec des dépenses budgétaires prévues jusqu’en 2027 [12]), à la gestion de la crise du Covid (plus de 3 Mds d’euros), aux inondations qui ont frappé la Wallonie (plus de 4 Mds d’euros) ainsi qu’à la guerre en Ukraine (accueil des réfugiés et crise énergétique plus de 500 millions d’euros). L’application d’une telle norme dérogatoire dépend en effet de la Commission européenne et non du Gouvernement de Wallonie [13].

Malgré les aléas qui ont touché la Wallonie lors de cette législature, ce qui marque sur le plan des finances publiques, c’est la prise de conscience de la nécessité d’anticiper dans ce domaine, c’est-à-dire d’agir concrètement dans le présent pour restaurer, sur le long terme, un équilibre réel qui permette, si de nouveaux événements dramatiques se produisent ou quand ils se produiront, d’amortir ces nouveaux chocs.

 

3. Rendre la dette wallonne soutenable

Ainsi, à l’initiative du Gouvernement wallon, un comité d’experts de premier plan a été créé en janvier 2021, au lendemain de la première année de pandémie de Covid-19. Sa mission était d’étudier la dette wallonne et de faire des recommandations au gouvernement. Outre son président Jean Hilgers, alors membre du comité de direction de la Banque nationale de Belgique, ce groupe de travail, était composée des économistes Benoît Bayenet, Henri Bogaert, Étienne de Callataÿ, Benoît Colmant, Philippe Donnay, Roland Gillet et Giuseppe Pagano, ainsi que de fonctionnaires spécialisés de la Région wallonne, du Bureau du Plan et de la Banque nationale.

Cette Commission externe sur la dette et les finances publiques a rendu ses conclusions en novembre 2021. Elle a confirmé la forte croissance de la dette wallonne de 2010 à 2016 faisant  suite aux déficits budgétaires de cette période qui lui ont fait atteindre 215 à 220 % des recettes régionales.

Après les transferts de compétences découlant de la réforme de l’État de 2014, le ratio s’est stabilisé, notamment grâce à l’accroissement de recettes liées à ces transferts. La dette est repartie à la hausse en 2019 et surtout en 2020 dans le cadre de la pandémie puis des inondations qui ont frappé la Wallonie. En 2021, cette dette s’élevait à environ 26 milliards d’euros, avec un déficit structurel d’environ 1 milliard d’euros par an… Le scénario de référence (Baseline) dessiné sur le moyen terme par le groupe de travail affichait une dette consolidée de la Région aux alentours des 50 milliards d’euros en 2030 avec un ratio entre dettes et recettes d’environ 280%.

Comme Jean Hilgers l’a souligné lors de son audition devant la Commission du Budget du Parlement de Wallonie, cette dette, telle que décrite n’était pas soutenable. Une dette publique est dite soutenable si un gouvernement est jugé capable d’en garder le contrôle, c’est-à-dire de parvenir à la stabiliser et puis à la réduire avec un degré de probabilité relativement élevé [14]. C’est également ce qu’un autre membre de la Commission, le professeur Benoît Bayenet a par ailleurs confirmé :

D’un point de vue économique, assurer la soutenabilité de la dette publique est une nécessité, une contrainte financière inévitable et pas un choix. En effet, la notion de soutenabilité est ancrée dans l’impératif de solvabilité (la capacité à assumer toutes ses obligations financières) qui prévaut pour tous les agents économiques, y compris les pouvoirs publics.

 Une dette publique est considérée comme soutenable lorsqu’il est hautement probable que son évolution sur le moyen à long terme est bien maîtrisée [15].

Dès lors, la commission des experts s’est posé la question suivante : « quelle serait la trajectoire budgétaire à se donner, et globalement l’effort à réaliser, pour faire en sorte que cette dette puisse revenir à une trajectoire qui régénère des marges de manœuvre pour la Région, dans un horizon donné avec un effort et une cadence donnés ? » [16] Les membres de la Commission ont dès lors estimé qu’une trajectoire budgétaire vertueuse serait celle qui ne casserait pas la dynamique de relance de la Région wallonne, maintiendrait les missions de service public, mais permettrait de ramener le taux d’endettement de la Wallonie à environ 230% des recettes à l’horizon 2030.

Impact sur le ratio d’endettement d’un effort structurel annuel de 1% des recettes totales jusqu’en 2030 (scénario de référence et scénario d’effort, en pourcentage des recettes)

Jean HILGERS, Commission externe sur la dette et les finances publiques (2021), Parlement de Wallonie, 8 novembre 2021.

L’effort structurel et graduel pour stabiliser puis infléchir la dette correspondrait une réduction annuelle du déficit équivalent à 1% des recettes de la Région, cumulatif à partir de 2022, soit environ 150-170 millions d’euros structurels par an. Sur la période 2022-2031, cela représente, à recettes constantes, une économie d’au moins 8,250 milliards, ce qui est loin d’être négligeable… Dès 2024, la dette pourrait ainsi se stabiliser puis connaître, en 2026, un point d’inflexion, elle culminerait à environ 250% des recettes, moment à partir duquel le ratio devrait diminuer. Pour autant bien entendu que le gouvernement maintienne rigoureusement la trajectoire. Ainsi, a-t-il économisé 150 millions d’euros en 2022, 250 en 2023 et a inscrit 100 millions au budget initial 2024, soit 500 millions en trois ans. Dans le budget 2024, le solde SEC semble poursuivre sa décrue à 2,209 milliards d’euros.

Cet effort est d’autant plus nécessaire que la situation économique postpandémie déjà difficile s’est encore dégradée avec la guerre en Ukraine, la crise de l’énergie, l’inflation et la hausse des taux d’intérêt. Ils sont désormais compris entre 3,5 et 4% selon les échéances d’emprunt, c’est-à-dire qu’ils ont doublé depuis 2022.

Cette trajectoire, qui intègre la diminution des recettes prévues par la loi spéciale de financement à partir de 2025, devait être accompagnée par deux dispositifs.

Le premier est celui du Budget Base Zéro. Initié lors de cette législature, il n’a pourtant pas donné les fruits attendus. L’Institut Destrée l’avait prôné à plusieurs reprises avec d’ailleurs l’appui de cadres du Service public de Wallonie. Malheureusement, le gouvernement a fait appel à une armée de consultants dits internationaux qui ont essayé d’expliquer aux fonctionnaires comment faire un métier que ces consultants ne connaissaient pas. C’est une chanson connue et coûteuse. Bien loin de l’expérience que, moi-même, j’ai connue au milieu des années 1990 au Fédéral, lorsque le ministre du Budget, Herman Van Rompuy, avait coconstruit avec les cabinets et les fonctionnaires une trajectoire pour faire converger la Belgique et la faire entrer dans l’euro. Mais le ministre avait lui-même mis les mains dans le cambouis et fait confiance à ses administrations pour l’accompagner dans sa tâche. Une autre dynamique… à retenter après le 9 juin 2024. On l’oublie, mais la plus grande vertu de ce BBZ est de créer de la mobilité dans le budget, donc de l’innovation.

Le second dispositif, qui avait également été préconisé par Jean Hilgers est celui d’un décret wallon instaurant la trajectoire définie comme règle d’or. C’était probablement la meilleure manière de contrôler les déficits, vérifier l’évolution de l’endettement devant le Parlement, ainsi que de passer le cap des législatures en crédibilisant la démarche vers l’extérieur, donc aussi vers les préteurs de la Région wallonne. Les jeux politiques ne l’ont pas permis. On doit le regretter et remettre là aussi l’ouvrage sur le métier de la prochaine législature.

En suivant toujours ces travaux, on pourrait imaginer un troisième dispositif au niveau fédéral : un Comité de Concertation budgétaire qui puisse mieux articuler les politiques des entités et répondre à la Commission européenne avec la définition d’un bien fédéral commun – incluant l’urgence climatique -, une meilleure loyauté et une véritable connivence fédérale.

 

Conclusion sémantique : rigueur vs austérité

Avec le cadre financier plus contraint et le durcissement des politiques monétaires que mettent en place les institutions européennes, tant au niveau régional que communautaire ou fédéral, des efforts budgétaires seront nécessaires. Suivant la Commission européenne, il s’agit à nouveau de ramener le déficit du solde de financement de la Belgique sous les 3% du PIB à l’horizon 2026. On peut penser que si les efforts ne sont pas réalisés d’initiative, ils seront imposés par l’Europe, avec un retour à des règles budgétaires strictes. S’y ajoutent déjà les nécessités d’une réindustrialisation stratégique et du nécessaire accroissement des dépenses militaires dans un monde qui gagne en incertitude tant à l’Est qu’à l’ouest de l’Europe.

Bien qu’on s’en défende en période électorale, les marges existent partout, même dans ce qui apparaît tabou comme la sécurité sociale, les soins de santé ou les allocations familiales où on utilise systématiquement des politiques d’appuis linéaires alors que davantage de péréquation serait nécessaire pour des politiques plus solidaires et moins coûteuses. Alors que je m’étonnais dernièrement du niveau important de remboursement d’un médicament, une pharmacienne me répondait :  » ne vous plaignez pas, il faut prendre ce qu’on nous donne « . Certes, mais combien sont-ils qui, en cette matière, auraient besoin d’un coup de pouce plus substantiel ? Mieux dépenser permet souvent de moins dépenser.

Pour expliquer cela à la population, il faut du courage politique, et des gouvernements soudés et solides aux différents niveaux de gouvernance dans lesquels les ministres et administrations puissent travailler en dehors de la politique partisane et en œuvrant pour l’intérêt général et le bien commun. Tâche difficile, qui apparaîtra naïve à certains en ces temps d’invectives.

Aujourd’hui, on se jette le terme d’austérité à la tête comme une menace ou un insulte, alors que nous avons probablement besoin de rigueur. Même si les deux termes ont longtemps été synonymes, les réalités économiques auxquelles ils font référence étant proches, rigueur budgétaire et austérité peuvent avoir des sens différents. La rigueur budgétaire apparaît comme l’application stricte des normes que nous avons choisies, tandis que l’austérité implique une gestion imposée, porteuse de conséquences restrictives sur la consommation avec une fiscalité accrue.

La dette wallonne n’est pas dangereuse parce qu’elle a pris un chemin bien tracé de limitation de sa croissance, de stabilisation puis de réduction structurelle… Elle ne sera pas dangereuse si elle reste sur la trajectoire Hilgers et soutient son effort d’assainissement de ses finances à l’horizon 2030. Elle le deviendra si elle sort de ce chemin, si difficile qu’il puisse être…

Néanmoins, la dette wallonne est coûteuse. Le déficit net à financer dans le budget 2024 initial est de 2,967 milliards d’euros, la dette annoncée fin de l’année se rapproche des 40 milliards [17]. Fin 2021, les charges d’intérêt s’élevaient à 692,1 millions, soit 3,38 % des dépenses [18]. Que ne ferait-on pas avec un tel budget en termes de nouvelles politiques publiques et collectives ?

Il faut poursuivre et accentuer la trajectoire Hilgers… La sagesse devrait même la faire considérer comme un objectif minimum et, pour mieux l’appliquer, mettre en place une gestion rigoureuse sur la base de quelques critères marquants tels que la contribution de la Région à l’Agenda 2030 des Nations unies, à la vision qui reste à construire de la Wallonie en 2050, comprenant notamment l’équité entre générations et l’application du principe de subsidiarité.

 

Philippe Destatte

@PhD2050

 

[1] Ce texte reprend et met en forme les notes qui ont servi à l’interview donnée à la journaliste Han RENARD, « Wallonië zit niet in de gevarenzone », « De kredietwaaedigheid van Wallonië is niet aangetast », zegt Waals historicus Philippe Destatte », in Knack, 24 avril 2024, p. 22. Mme Han Renard voulait me faire réagir à l’échange entre Bart De Wever et Paul Magnette dans De Tijd et L’Écho du samedi 20 avril 2024, p. 3-6. Dans L’Echo, Bart De Wever soulignait que la dette de la Région wallonne allait atteindre 300% des revenus, c’est-à-dire en fait des recettes de la Région (18 Mds par rapport à plus de 40 Mds de dette), non du PIB régional, comme l’a fait remarquer Paul Magnette.

[2] Parlement de Wallonie, Compte rendu intégral, n°52 (2021-2022), lundi 8 novembre 2021, p. 21.

[3] Pauline DEGLUME & Philippe GALLOY, Standard & Poor’s dégrade la note de la Région bruxelloise, dans L’Écho, 22 mars 2024.

https://www.lecho.be/economie-politique/belgique/bruxelles/standard-poor-s-degrade-la-note-de-la-region-bruxelloise/10535335.html

[4] Ce 13 décembre 2023, Moody’s a confirmé la notation de la Région wallonne au niveau A3, avec une perspective stable. Région wallonne, 13 décembre 2024, mis à jour 24 avril 2024.

https://finances.wallonie.be/home/actualites/actualites/lagence-de-notation-moodys-confirme-la-note-de-la-wallonie.html

Walloon Region (Belgium) : Update to credit analysis, Moody’s Investisors Service, Credit Opinion, 12 December 2023.

https://www.moodys.com/credit-ratings/Walloon-Region-credit-rating-600012460/reports?category=Ratings_and_Assessments_Reports_rc|Issuer_Reports_rc&type=Rating_Action_rc|Announcement_rc|Announcement_of_Periodic_Review_rc,Credit_Opinion_ir_rc

[5] Françoise WINANT, Regards sur la dette wallonne, Matinale de l’Évaluation et de la Prospective, Institut Destrée, 21 janvier 2022. Slide 14/19. https://www.institut-destree.eu/wa_files/2022-01-21_matinales_francoise-winant_regards-sur-la-dette-wallonne-v2.pdf

[6] 10, 310 milliards au 31 décembre 2022. Rapport annuel 2022, Dette publique Fédération Wallonie-Bruxelles / Communauté française de Belgique, Bruxelles, 2023. https://budget-finances.cfwb.be/fileadmin/sites/dgbf/uploads/documents/financement/rapport_annuel_de_la_dette/Dette_2022_FR_27-10.pdf

[7] Jean-Paul BOMBAERTS, Un déficit de 45 milliards d’euros à l’horizon 2029 dans L’Écho, 26 mars 2024.

https://www.lecho.be/economie-politique/belgique/federal/un-deficit-de-45-milliards-d-euros-se-profile-a-l-horizon-2029/10535954.html

[8] Agence fédérale de la Dette, février 2024. https://news.belgium.be/fr/agence-federale-de-la-dette

[9] François-Xavier LEFEVRE, « La Wallonie est la seule entité à s’être fixé une trajectoire de maîtrise de son endettement », dans L’Écho, 8 avril 2023.

https://www.lecho.be/economie-politique/belgique/wallonie/la-wallonie-est-la-seule-entite-a-s-etre-fixe-une-trajectoire-de-maitrise-de-son-endettement/10459404

[10] Audition de Jean Hilgers, Président de la Commission externe de la Dette et des Finances publiques, Parlement de Wallonie, Compte rendu intégral, Commission du Budget et des Infrastructures sportives, n°169 (2022-2023), Lundi 12 juin 2023, p. 3.

[11] 35e Cahier d’observations adressé par la Cour des Comptes au Parlement wallon, Communiqué de presse, Bruxelles, 30 octobre 2023, p. 3.

[12] Projets de décrets contenant les budgets de l’année 2024 de la Région wallonne, Cour des Comptes, 24 novembre 2024, p. 14. https://www.ccrek.be/sites/default/files/Docs/2023_43_Budget2024RW.pdf

[13] Ibidem, p. 8.  La Cour estime d’ailleurs dans ses conclusions, p. 27, que, sur base des positions déjà prises par la Commission européenne, la trajectoire présentée par le gouvernement wallon est au moins surestimée de 1,9 milliard d’euros en 2024.

https://www.ccrek.be/sites/default/files/Docs/2023_43_Budget2024RW.pdf

[14] Audition de Jean Hilgers, Président de la Commission externe de la Dette et des Finances publiques, Parlement de Wallonie, Compte rendu intégral , Commission du Budget et des Infrastructures sportives, n°169 (2022-2023), Lundi 12 juin 2023, p. 1.

[15] Benoît BAYENET et Xavier DEBRUN, La soutenabilité de la dette wallonne, Les finances publiques wallonnes : état des lieux et perspectives, Dynamiques régionales, n°14, p. 121, Namur, IWEPS, 2023. https://www.iweps.be/wp-content/uploads/2023/04/DR14.pdf

[16] Parlement de Wallonie, Compte rendu intégral de la Commission du Budget et des Infrastructures sportives, Lundi 21 novembre 2021, n°52, (2021-2022), p. 7.

[17] Adrien Dolimont au Parlement de Wallonie, Mercredi 13 décembre 2023, Séance plénière, Compte rendu intégral, p. 48-49. (CRI n08 2023-2024). – Selon le ministre du Budget, le déficit net à financer s’est amélioré de 1,15 milliard d’euros entre l’initial 2022 et l’initial 2024 et que le solde de financement SEC s’est amélioré de 800 millions d’euros sur cette même période (ibid, p. 52).

[18] 35e Cahier d’observations adressé par la Cour des Comptes au Parlement wallon, Communiqué de presse, Bruxelles, 30 octobre 2023, p. 3.  La Cour des Comptes observe que : Le ralentissement de l’inflation, combiné à la hausse probable du taux d’intérêt implicite et au maintien d’un déficit élevé, pourrait créer les conditions propices à l’activation de l’effet boule de neige des intérêts de la dette. En outre, une dégradation de la notation de la Région wallonne aurait un impact négatif sur l’étendue des possibilités de cette dernière d’obtenir un financement sur les marchés. – Dans son rapport du 24 novembre 2023, portant sur les projets de décrets contenant les budgets de l’année 2024 de la Région wallonne, la Cour des Comptes précise encore p. 33-34 : En raison des taux d’intérêt historiquement bas qui ont prévalu jusqu’au début de 2022, le taux d’intérêt implicite de la dette directe régionale (soit 1,34 % en septembre 2023) reste encore largement inférieur au taux d’inflation (9,6 % en 2022 et 4,1 % en 2023). Malgré l’existence d’un déficit important et le ralentissement de la croissance économique, cette situation permet d’éviter les conséquences néfastes découlant de l’activation de l’effet boule de neige des intérêts de la dette. Cependant, le ralentissement de l’inflation, qui retomberait sous les 2 % dès 2025, combiné à la hausse probable du taux d’intérêt implicite en raison de l’augmentation continue des taux de référence sur les marchés financiers depuis 2022 et au maintien prévu d’un déficit élevé, pourraient créer les conditions propices à l’activation de cet effet boule de neige. https://www.ccrek.be/sites/default/files/Docs/2023_43_Budget2024RW.pdf

Sur l’effet « boule de neige », voir G. PAGANO, Finances publiques, La Belgique fédérale dans l’Europe, p. 90-94, Mons-Charleroi, UMONS-Université ouverte, 2021.

Sur la dynamique du Budget Base Zéro (BBZ), on se référera aux pages 42sv de l’intéressant cahier du CRISP, publié après rédaction de ce papier :

Loris GATHY et Damien PiRON, Les finances de la Région wallonne à l’épreuve de l’Union européenne : normes comptables, budget base zéro (BBZ) et revue des dépenses, dans Courrier du CRISP, 2024/10, N°2595-2596.

Namur, le 22 décembre 2021

Lorsque Serge Quoidbach, m’a demandé, en même temps qu’aux trois autres participants à la table ronde sur l’avenir de la Wallonie de proposer un projet concret qui soit clair et lisible, mais aussi fédérateur de toutes les forces vives de la Région, je n’ai pas hésité un seul instant [1]. Le cahier des charges du rédacteur en chef adjoint du quotidien L’Écho s’inspirait de l’analyse de l’économiste Mariana Mazzucato qui avait évoqué l’idée, simple et facile à comprendre, du discours du président John Fitzgerald Kennedy à la Rice University de Houston le 12 septembre 1962 [2]. Dans sa tagline nous choisissons d’aller sur la lune au cours de cette décennie, le président des États-Unis incarnait tout le volontarisme des forces qui allaient se mobiliser, dans tous les cercles de la société. Pour l’auteure de Mission Economy, A Moonshot Guide to Changing Capitalism, et de The Entrepreneurial State [3], cette ambition, réussie en 1969 par la Mission Apollo 11, résultait d’une nouvelle forme de collaboration entre les pouvoirs publics et le monde des affaires, générant des avantages pour l’ensemble de la société.

 

1. Une wildcard devenue futur souhaitable…

Le projet de Wallonia Institute of Technology, inscrit dans la vision d’Odyssée Wallonie 2068, démarche de prospective opérationnelle lancée par l’Union wallonne des Entreprises, est de la même nature que l’ambition du président démocrate. Il correspond parfaitement au cahier des charges de L’Écho : il a été conçu dans un dialogue entre chercheurs, pouvoirs publics et représentants du monde de l’entreprise. Sans dévoiler de secret – toute cette dynamique a été menée de façon transparente et partenariale à l’initiative de l’Administrateur délégué de l’UWE, Olivier de Wasseige – le Wallonia Institute of Technology a été introduit comme une wildcard [4] en octobre 2019 lors d’un séminaire. Celui-ci portait sur les impacts des futures vagues technologiques dans le numérique et l’intelligence artificielle sur la société ainsi que les opportunités et nécessités induites pour le monde de l’entreprise. Ce séminaire, tenu en deux séances à Crealys puis à Wavre, et animé par Pascal Poty (Agence du Numérique) et Antonio Galvanin (Proximus), avait identifié à l’horizon 2030, une reprise du contrôle dans une trajectoire prospective estimée jusque-là chaotique. Dans l’esprit du groupe de travail, la création de ce Wallonia Institute of Technology correspondait au moment où les acteurs parviennent, de manière inattendue, à recomposer la société politique, territoriale, technologique wallonne et à fédérer leurs forces autour d’une idée novatrice. Moment séduisant, donc.

L’idée a fait florès dans le processus d’Odyssée Wallonie 2068. D’événement inespéré, l’institut wallon de la Technologie est devenu futur souhaitable et s’est inscrit comme réponse aux enjeux de long terme dans les finalités de la vision construite et validée par des dizaines de participants à l’exercice. Ainsi, y évoque-t-on la création d’un Wallonia Institute of Technology (WIT) comme un véritable outil structurant de la recherche-développement et de l’innovation, lancé conjointement et cofinancé par le Gouvernement de Wallonie en partenariat avec les entreprises. Dans la trajectoire de redéploiement de la Wallonie, les participants estiment que le WIT a probablement constitué la ressource la plus dynamique.

La vision précise cet instrument : s’appuyant sur des universités elles-mêmes rénovées, s’inspirant des modèles allemands Fraunhofer, des Instituts Carnot en France, des initiatives flamandes VIB (Vlaams Instituut voor Biotechnologie) et IMEC (Interuniversity MicroElectronics Centre), cette initiative structurante a mis fin à la logique de fragmentation de la recherche wallonne.

Grâce à la rationalisation de la galaxie des centres de recherche, la Wallonie a désormais atteint une taille critique européenne en matière de R&D.

Complémentairement, cette dynamique a constitué un modèle d’intégration pour tous les écosystèmes wallons datant du début du 21e siècle, trop individualistes, trop dispersés, trop locaux.

 Fondé sur la convergence des technologies, orienté vers un futur plus respectueux de la planète, le WIT a vocation à se saisir de solutions concrètes au profit de la société, par l’intermédiaire des entreprises, en s’appuyant sur les thématiques soutenues par les pôles de compétitivité dont les plans de transition énergétique, stockage d’énergie, captage de carbone à la source, villes durables et neutres sur le plan énergétique.

 Ces ressources ont favorisé la capitalisation de l’intelligence humaine qui a redonné sens et énergie aux nouvelles générations par leur maîtrise des technologies et leur compétitivité créatrice d’emplois [5].

Cette dynamique portée par l’UWE est toujours en progrès et fait l’objet d’adaptations et d’ajustements en prenant en compte le travail de veille sur les changements en cours. Le passage à la stratégie oblige aussi à s’interroger : le souhaitable est-il possible ? Cette question en fait se décline en deux autres : d’une part, est-on capable de fédérer les acteurs de la recherche pour constituer des masses critiques européennes, vaincre les causes – historiques et institutionnelles – de la fragmentation de la recherche ? D’autre part, dispose-t-on des moyens budgétaires pour mobiliser, comme la Flandre a pu le faire, les acteurs de la recherche et du développement ?

Ces questions ne sont pas nouvelles. Elles s’étaient posées au Collège régional de Prospective de Wallonie qui, lors de ses exercices Wallonie 2030 et Bifurcations 2019 et 2024 avait mis en débat les enjeux de long terme liés à la Recherche-développement. Ceux-ci s’étaient surtout focalisés sur la nécessaire masse critique de niveau européen répondant à la fragmentation des centres de recherche et à leurs concurrences flagrantes notamment dans cadre des appels à projets liés aux fonds structurels européens [6]. Parallèlement, les travaux menés par l’Institut Destrée  au profit du Pôle académique Liège-Luxembourg, menés en 2016 et 2017, nous ont fait apparaître la faiblesse des investissements publics de R&D en Wallonie parallèlement à la surperformance d’une province – le Brabant wallon – et d’un secteur particulier – les sciences du vivant, boostées par l’entreprise GSK. Ainsi, en 2017, sauf la nouvelle province, toutes les provinces wallonnes avaient un montant de dépenses totales de R&D par habitant inférieures à la moyenne européenne (628 euros/hab.), à la moyenne wallonne (743,3 euros/hab.) et à la moyenne belge (1045,5 euros/hab.). Les dépenses totales de R&D dans le Brabant wallon s’élevaient cette année-là, dernière année disponible dans les données Eurostat, à 3513, 6 euros par habitant…

Ainsi, faut-il rappeler qu’en Wallonie, 77% de la R&D est produite par les entreprises, 21% par les universités, et moins d’1% par les pouvoirs publics (Année 2017). De plus, comme le soulignait également le rapport du Conseil de la Politique scientifique en 2020, les pouvoirs publics, en tant qu’exécuteur de la R&D, jouent un rôle très marginal en Région wallonne. Ceci s’explique par le fait que la Région wallonne dispose de peu de centres de recherches publics [7].

Ces données, mettant en évidence la fragilité du paysage wallon de la R&D, motivaient donc la nécessité de créer un processus de rapprochement des centres de recherche, au-delà de l’effort de mise en réseau réalisé par Wal-Tech pour les centres de recherches agréés [8]. Néanmoins, d’une part, cette dynamique apparaît bien modeste à la lueur des enjeux que nous connaissons et, d’autre part, les contacts avec le terrain montrent que les intentions des acteurs paraissent bien loin d’une intégration, chacun veillant jalousement sur son bout de gras… généralement d’ailleurs assez maigre. En fait, la question est bien là et a été formulée : qui peut penser que la Région serait en mesure de mobiliser annuellement 600 ou 700 millions d’euros pour créer un IMEC wallon ?

 

2. Le rythme exponentiel du développement des technologies nécessite une communalité d’intérêt et de ressources

Fin observateur des évolutions technologiques, l’analyste et multi-entrepreneur Azeem Azhar récusait l’idée que la technologie serait une force neutre et indépendante de l’humanité qui se développerait en dehors de la société. Elle est pourtant intimement liée à la manière dont nous l’appréhendons, même s’il reste fondamentalement difficile, à l’ère des technologies exponentielles, de dire comment les nouvelles innovations transformeront notre société. Ces innovations interagissent constamment dans les relations que nous entretenons avec l’économie, le travail, nos lieux de vie et aussi la politique. À mesure que l’ère exponentielle s’accélère, observe Azhar, les technologies à usage général perturbent nos règles, normes, valeurs et attentes et affectent toutes nos institutions. C’est pourquoi, conclut-il, nous avons besoin de nouvelles formes d’organisation politique et économique [9]. Il songe bien sûr, des institutions suffisamment résilientes, c’est-à-dire solides pour gérer le changement constant, flexibles également, pour s’adapter rapidement. Mais nous devons surtout construire des institutions qui permettent à des groupes disparates de personnes de travailler ensemble, de coopérer et d’échanger des idées, ce que Azhar appelle en anglais commonality [10], et que je nomme communalité. Davantage qu’une simple coopération ou qu’un partenariat, cette communalité apparaît comme une véritable mise en commun des intérêts, des ressources et des moyens disponibles pour relever les enjeux [11].

Cette idée de communalité, c’est celle qui, voici quelques années nous a fait plaider pour une Université de Wallonie fondée sur cinq ou six pôles géographiques : l’Université de Wallonie à Mons, l’Université de Wallonie à Charleroi, l’Université de Wallonie à Liège, l’Université de Wallonie à Louvain-la-Neuve, l’Université de Wallonie à Namur, l’Université de Wallonie à Bruxelles – si l’ULB et Saint-Louis veulent s’inscrire dans cette logique [12]. Le FNRS serait intégré dans cet ensemble, d’autant qu’il nous paraît exemplaire à certains égards. Les droits et les pouvoirs de l’Université de Wallonie seraient exercés par l’Assemblée de ses gouverneurs, administrateurs : le président de l’Université, les recteurs de chacune des universités constituantes durant la durée de leur mandat, les représentants de la communauté universitaire (étudiants, personnel scientifique, corps professoral, personnel technique), huit personnes qualifiées nommées par le Gouvernement de Wallonie parmi lesquelles quatre personnalités étrangères de renom et quatre personnalités du monde de la recherche privée et des affaires. L’Assemblée des gouverneurs serait présidée par le président de l’Université de Wallonie, nommé pour cinq ans par le gouvernement de Wallonie, sur proposition de l’Assemblée des gouverneurs. Le président devrait s’occuper exclusivement du travail et des devoirs de sa fonction. Le président et l’Assemblée des gouverneurs assurent la cohérence et la coordination de la recherche et des enseignements entre les universités constituantes par une politique d’excellence, de spécialisation et d’intégration des différents services, départements, instituts et centres de recherche. L’Université de Wallonie intègre également l’ensemble des hautes écoles et des établissements d’enseignement supérieur de type court de Wallonie.

Cette réforme se fonde sur une autonomisation radicale et une responsabilisation du monde universitaire qui dispose ainsi d’une chaîne de décision cohérente pour atteindre des objectifs fixés collectivement avec des représentants de la société. Enfin, elle permet que chaque entité d’enseignement supérieur et de recherche prenne sa place dans un ensemble et participe à l’élaboration d’une trajectoire et d’un projet communs tant au service de la société et des citoyennes et citoyens que des entreprises, y compris les associations. Ces dernières peuvent d’autant plus participer au financement de la recherche et de la formation universitaire qu’elles en sont proches et y sont impliquées [13].

Ajoutons que, c’est dans ce cadre repensé fondamentalement de notre paysage wallon de l’enseignement supérieur et de la recherche que nous souhaitons positionner le Wallonia Institute of Technology (WIT), non en s’inspirant du MIT américain dans une logique de privatisation, mais plutôt dans une logique d’excellence de qualité, d’ouverture au monde, à la société, aux entreprises. Ce cadre universitaire wallon reformaté doit également s’inscrire dans la logique d’indépendance scientifique et de potentiel de créativité, inspirée également par le FNRS [14], et qui représente le meilleur côté de ces institutions. C’est donc la logique de communalité qui devra les inspirer, y compris celles qui ne sont pas aujourd’hui dans leur giron.

 

3. Wallonia Institut of Technology : « Y’a qu’à, faut qu’on » ?

 Eh bien non, ce projet n’est pas simple à mettre en œuvre à l’horizon 2030. Pas plus que ne l’a été pour JFK et la NASA de faire alunir des Américains. Mais c’était le cahier des charges de L’Écho. J’ai dit également que c’était – bien avant – le projet d’Odyssée Wallonie 2068, de l’UWE et de ses plus de 600 partenaires individuels et institutionnels…

Je me jetterai à l’eau en décrivant le Wallonia Institute of Technology, puis en évoquant les principes puis le financement de cet organe au sein de l’Université de Wallonie.

3.1. Le Wallonia Institute of Technology

Le WIT est, comme son homologue du Massachusetts, un institut de recherche multidisciplinaire s’inscrivant dans une logique de convergence des technologies et dédié aux sciences et à l’innovation. Il s’agit d’une création fondamentale de la nouvelle Université de Wallonie, mais aussi du Gouvernement de l’entité fédérée Wallonie qui a contractualisé avec l’ensemble des anciennes universités pour engendrer une nouvelle dynamique de recherche-développement et innovation au profit des citoyennes, des citoyens et  des entreprises. Aux moyens de recherches fondamentales et appliquées anciennement mobilisés par la Région wallonne et la Communauté française au profit des universités, le Gouvernement a ajouté un milliard d’euros annuel pour fonder cette initiative. Ces moyens ont été transférés depuis les enveloppes régionales d’aides aux entreprises, à l’emploi et à la recherche (3,3 milliards d’euros au budget initial 2019 de la Région wallonne). L’initiative est portée et intégrée au sein de l’écosystème économique wallon par l’Université qui jouit dorénavant de la pleine autonomie, les pouvoirs publics assurant l’évaluation partenariale des impacts et résultats et le contrôle de la légalité des choix et des dépenses en fonction du contrat de gestion qui devrait être élaboré.

3.2. Les principes qui fondent le WIT dans l’Université de Wallonie

3.2.1. Ni l’Université de Wallonie ni le Wallonia Institute of Technology n’appellent de structures supplémentaires. Il s’agit d’intégrer les outils existants dans une logique polycentrique avec la philosophie de mise en commun des ressources, en les optimalisant en fonction d’une vision commune dans laquelle sont clairement redéfinies les missions à l’égard de la science, de l’éducation et de la société.

3.2.2. L’autonomie, y compris budgétaire, de l’Université et du WIT sont totales à l’égard du Gouvernement, en dehors du contrôle de l’analyse d’impact de l’enveloppe annuelle qui doit être conforme au décret redéfinissant le paysage et ayant accordé l’autonomie stratégique à l’Université de Wallonie, comprenant le WIT. Michel Morant et Emmanuel Hassan ont, pour le réseau LIEU, rappelé dernièrement les avantages de l’autonomie des universités en s’inspirant des travaux de l’European University Association : l’autonomie académique, permettant de décider de l’accueil des étudiants, des critères de sélection, des programmes et contenus, etc., l’autonomie organisationnelle, permettant de sélectionner, nommer, récuser  les autorités académiques selon leurs critères, d’inclure des membres externes dans leurs organes de gouvernance, etc., l’autonomie financière, permettant de gérer les surplus dont elles disposent, d’emprunter, de fixer les frais d’inscription des étudiants, etc., et enfin l’autonomie de gestion des ressources humaines, permettant aux universités de décider des procédures de recrutement du personnel académique et des cadres administratifs, de fixer les salaires, les critères de promotion, etc. Selon les auteurs, la croissance de l’autonomie des universités apparaît comme un facteur contribuant grandement à l’institutionnalisation du transfert des connaissances [15]. Toutes ces autonomies devraient être applicables à l’Université de Wallonie qui aurait vocation à faire converger les différentes normes dans un souci d’efficience.

3.2.3.  Le contrôle et l’évaluation partenariale du nouvel ensemble sont pilotés par la Cour des Comptes, à l’initiative du Parlement de Wallonie.

3.2.4. Le Wallonia Institute of Technology est intégrateur de recherche fondamentale stratégique ainsi que de recherche appliquée de très haut niveau. Il pratique la convergence des technologies et se focalise sur quelques axes précis, en étant piloté par le Conseil des Gouverneurs de l’Université et appuyé par son comité scientifique.

3.2.5. La finalité de l’Université reste l’universel et son territoire l’Europe et le monde. L’Université de Wallonie capitalisera donc sur les réseaux et partenariats internationaux et interrégionaux construits par chacune des institutions qui la composent. Le renforcement de son poids dans le monde de la recherche et de l’enseignement supérieur européens devrait lui permettre d’accroître le niveau et la qualité de ses interlocuteurs.

3.3. Le financement de l’Université de Wallonie et du WIT

3.3.1. L’Université de Wallonie bénéficie d’une enveloppe globale annuelle d’environ deux milliards d’euros provenant des moyens de la Communauté française de Belgique (1,6 milliard d’euros) [16] et de la Région wallonne (environ 300 millions d’euros). Le budget du FNRS et des fonds associés (une centaine de millions d’euros de la Communauté française) s’inscrit dans ce périmètre [17].

3.3.2. Le Wallonia Institute of Technology dispose d’un montant nouveau d’un milliard d’euros, provenant de l’enveloppe aide aux entreprises, à l’emploi et à la recherche de la Région wallonne.

3.3.3. Les centres de recherche agréés ont vocation à entrer dans ce dispositif, avec leur financement régional, ce qui devrait être encouragé par la Région et approuvé par l’Université de Wallonie.

Le Gouvernement, son administration, seront-ils mis sur la touche par l’autonomie de ce dispositif ? m’a-t-on demandé. Assurément pas. L’un comme l’autre cède leur pouvoir d’initiative au prix d’un rôle de garde-fou en amont et en aval du processus. Car, même un indécrottable optimiste comme moi sait le risque majeur qui guette ce projet : que les universités restent attachées au paradigme ancien : celui des compromis et des partages de moyens, d’influences, de territoires. Et on sait qu’elles excellent à ce jeu. Tout le contraire de la communalité dont ce texte se veut le promoteur.

 

Conclusion : la condition d’une vraie rupture dans les stratégies et les modes de pensées

La constitution d’un Wallonia Institute of Technology, attracteur de laboratoires et centres de recherches dans le cadre universitaire à véritables capacités stratégiques et budgétaires que constitue l’Université de Wallonie peut être le moment de mise en place d’un autre régime que ceux que Nathan Charlier a décrits pour la Flandre et la Wallonie et qui ne correspondent finalement ni aux attentes des gouvernements et des sociétés ni à celles des chercheuses et chercheurs [18]. Un nouveau modèle ambitieux, conçu dans un cadre d’autonomie et de pragmatisme, pourrait dépasser les régimes de Science, Endless Frontier et d’économisation de la valeur attribuée à la recherche par une science stratégique, sans être indifférents ni à la société ni à la valorisation industrielle. Une réhabilitation de la recherche fondamentale pourrait s’opérer en Wallonie par les choix indépendants du Conseil des Gouverneurs, qui se rappellerait les préceptes de l’ancien commissaire européen Philippe Busquin qui a toujours estimé nécessaire d’attribuer une forte proportion des moyens à la recherche fondamentale considérant qu’elle est, dans le temps long, un élément clé de l’innovation [19]. Sans toutefois négliger la recherche appliquée attentive, voire en alerte constante à l’égard de l’environnement entrepreneurial.

Des outils comme Welbio [20] ou Trail [21] seraient précieux pour jouer les interfaces, mais il en existe d’autres dans d’autres domaines. Les pôles de compétitivité, peut-être en nombre resserré et mieux financés, pourraient poursuivre leur rôle d’intégrateurs d’activités entrepreneuriales, de recherche et de formation dans des domaines précis, croisés et porteurs, tant aux niveaux régional qu’international.

De plus, les enjeux ne sont pas seulement ceux de la recherche. Alors qu’on évoque si souvent – et à juste titre – l’importance des sciences, technologies, ingénierie et mathématiques (STEM), il est également temps, nous rappelle Azeem Azhar, de réconcilier les deux cultures, scientifiques et littéraires (humanities), déjà mises en évidence en 1959 par Charles Percy Snow [22] et qui n’ont cessé de se distancier. De nouvelles frontières sont à franchir là en matières d’éducation et d’enseignement supérieur. Du reste, Mieke De Ketelaere, spécialiste de l’Intelligence artificielle, soulignait dernièrement l’importance à long terme des compétences humaines : les enfants, écrit-elle, doivent donc se préparer à un avenir digital dans lequel les aptitudes sociales ont leur place. Ne leur enlevons pas cela en les faisant penser comme des ordinateurs [23], concluait la chercheuse à l’IMEC.

Comme aller sur la lune dans les années soixante, la création du Wallonia Institute of Technology au cœur de l’Université de Wallonie constitue un formidable défi pour la région et un véritable levier de sa nécessaire transformation. Dans son discours de 1962 déjà évoqué, le Président Kennedy précisait sa motivation, qui pourrait être la nôtre.

Nous choisissons d’aller vers la lune. Nous choisissons d’aller sur la lune au cours de cette décennie et de faire les autres choses, non pas parce qu’elles sont faciles, mais parce qu’elles sont difficiles, parce que cet objectif servira à organiser et à mesurer le meilleur de nos énergies et compétences, car ce défi est un que nous sommes prêts à accepter, un que nous ne voulons pas reporter et que nous avons l’intention de gagner, et les autres aussi [24].

Ce chemin nécessite que nous réalisions une vraie rupture dans nos stratégies et nos modes de pensées. Que nous nous sublimions.

Certains diront que c’est impossible. D’autres, sur lesquels nous comptons, se mettront au travail.

 

Philippe Destatte

@PhD2050

 

 

 

[1] Ce texte est fondé sur le background paper écrit en vue du panel organisé par le journal L’Écho, Quatre personnalités se penchant sur l’avenir de la Wallonie, Le territoire wallon mine d’or pour l’emploi, Panel animé par Serge QUOIDBACH, Alain NARINX, François-Xavier LEFEVRE et Benoît MAHIEU, avec Florence Bosco, Isabelle Ferreras, Marie-Hélène Ska, et Philippe Destatte, dans L’Écho, 18 décembre 2021, p. 15-18.

[2] Mariana MAZZUCATO, Mission Economy, A Moonshot Guide to Changing Capitalism, p. 3, Dublin, Allen Lane, 2021.

[3] M. MAZZUCATO, The Entrepreneurial State, Debunking Public vs Private Sector Myths, New York, Public Affairs, 2015.

[4] En prospective, une wildcard est un événement inattendu, surprenant, peu probable, qui peut avoir des effets considérables s’il survient.

[5] Odyssée 2068, Une vision commune porteuse de sens, Finalité 2 : https://www.odyssee2068.be/vision

[6] Voir aussi Ph. DESTATTE, La Wallonie doit reprendre confiance !, dans Wallonie, revue du Conseil économique et sociale de la Wallonie, n°129, Février 2016, p. 51-53 : https://phd2050.org/2016/03/02/cesw/  – Ph. DESTATTE, Des jardins d’innovations : un nouveau paradigme industriel pour la Wallonie, Blog PhD2050, Namur, 11 novembre 2018 : https://phd2050.org/2016/11/11/ntiw/

[7] Évaluation de la politique scientifique de la Wallonie et de la Fédération Wallonie-Bruxelles, 2018 et 2019, p. 48/103, CESE Wallonie, Pôle Politique scientifique, Décembre 2020.

[8] Wal-Tech, Mission : https://www.wal-tech.be/fr/mission/

[9] Azeem AZHAR, Exponential, How Accelerating Technology is leaving us behind and what to do about it?, p. 254-258, London, Random House Business, 2021.

[10] A. AZHAR, Exponential…, p. 255.

[11] Commonality, the state of sharing features or attributes, a commonality of interest ensures cooperation. Angus STEVENSON ed., Oxford Dictionary of English, Oxford University Press, 3rd ed., 2010.

[12] L’intégration de L’ULB et des implantations de l’UCLOUVAIN à Bruxelles, y compris St-Louis, permettrait de dépenser des débats difficiles comme ceux évoqués par Vincent VANDENBERGHE, Réflexions en matière de financement de l’enseignement supérieur en Fédération Wallonie-Bruxelles, Louvain-la-Neuve, 8 juillet 2021.

https://perso.uclouvain.be/vincent.vandenberghe/Papers/Memo_financementEnsSup_2021.pdf

[13] Ph. DESTATTE, L’Université de Wallonie pour pousser jusqu’au bout la logique de mutualisation, Blog PhD2050, Namur, le 14 avril 2014, https://phd2050.org/2014/04/14/uw/

[14] Je pense au débat induit par le Ministre Jean-Marc Nollet en juillet 2013 au sujet de la notion d’impacts sociétaux potentiels des recherches. Voir Nathan CHARLIER, Gouverner la recherche entre excellence scientifique et pertinence sociétale, Une comparaison des régimes flamand et wallon de politique scientifique, p. 73-74, Liège, Presses universitaires de Liège, 2021.

[15] Michel MORANT et Emmanuel HASSAN, Vers un nouveau modèle pour la valorisation universitaire ? Étude d’impact et d’évolution visant à améliorer la valorisation des résultats de la recherche universitaire, Rapport élaboré pour le ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, p. 149-150, Liège, Réseau Liaison Entreprises-Universités, 31 octobre 2020.

[16] Projets de décrets comprenant les budgets pour l’année 2022 de la Communauté française, Rapport approuvé par la Chambre française de la Cour des Comptes, 26 novembre 2021, p. 27/63.

[17] Les montants ont été identifiés sur base du budget initial 2019.

[18] Nathan CHARLIER, Gouverner la recherche entre excellence scientifique et pertinence sociétale…, p. 272sv.

[19] Laurent ZANELLA, L’Europe a besoin de plus d’Europe, avec Philippe Busquin, dans FNRS News, 121, Février 2021, p. 42.

[20] Welbio est un institut virtuel qui déploie des programmes de recherche dans le domaine de la santé (cancer, immunologie, neurobiologie, microbiologie, maladies métaboliques, l’asthme, la cardiologie, etc.). Welbio est intégré comme mission déléguée de la Région wallonne au Fonds de la Recherche fondamentale stratégique (FRFS), fonds spécialisé du FNRS. Welbio, dans FNRS News, Juin 2021, n°122, p. 16. – Céline RASE, WELBIO : le pas de la recherche fondamentale vers l’industrie, dans FNRS News, Octobre 2019, p. 52-53.

[21] Lancé le 10 septembre 2020, TRAIL (TRusted AI Labs) a pour objectifs de mettre à disposition de l’ensemble des acteurs du tissu socio-économique l’expertise et les outils développés dans le domaine de l’intelligence artificielle par les cinq universités francophones (UCLouvain, UMONS, ULB, ULiège et UNamur) et les quatre centres de recherche agréés actifs en IA (Cenaero, CETIC, Multitel et Sirris) en partenariat avec l’Agence du Numérique et AI4Belgium. TRAIL permet de mobiliser les capacités de recherche et d’innovation des régions wallonnes et bruxelloises au service de leur développement socio-économique dans le domaine de l’Intelligence artificielle en cohérence avec les politiques régionales menées dans ce domaine. https://trail.ac/

[22] Charles Percy SNOW, The Two Cultures, Cambridge University Press, 2012. – A. AZHAR, op. cit., p. 7.

[23] Geertrui Mieke DE KETELAERE, Homme versus machine, L’intelligence artificielle démystifiée, p. 168, Kalmthout, Pelckmans, 2020.

[24] We choose to go to the moon. We choose to go to the moon in this decade and do the other things, not because they are easy, but because they are hard, because that goal will serve to organize and measure the best of our energies and skills, because that challenge is one that we are willing to accept, one we are unwilling to postpone, and one which we intend to win, and the others, too. John F. KENNEDY, Moon Speech – Rice Stadium, September 12, 1962, https://er.jsc.nasa.gov/seh/ricetalk.htm