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Aux élections européennes du 12 juin 1994, le Front national belge et le groupuscule liégeois Agir avaient totalisé 216.872 voix tandis que le Vlaams Blok rassemblait 461.350 suffrages. C’est alors le message Wallons d’abord, immigrés dehors, qui avait porté ces partis dans les provinces wallonnes. Le 15 juillet 1994, prenant la parole lors du vernissage de l’exposition Le vent de la Liberté, organisée à Welkenraedt dans le cadre du cinquantième anniversaire de la Libération, j’avais eu l’occasion de faire le discours suivant qui avait été reproduit en carte blanche du journal Le Soir, p. 2, le 19 août 1994.

Trente ans après, en 2024, alors que les opinions fascisantes sont de plus en plus banalisées, mieux vaut prévenir que guérir…

D’autant que les noms changent mais que, derrière les masques, les idées persistent.

 

Lettre personnelle à celui qui vota Front national ou Agir

La démocratie et la liberté ont permis que votre choix électoral puisse se porter, ce 12 juin, sur une liste fasciste présentée en Wallonie à l’occasion des élections européennes. Ensemble, les partis Front national et Agir ont obtenu près de 10 % des suffrages : respectivement 7,2 % et 2,2 %.

Sous ma plume d’historien, ce mot de fasciste ne constitue pas une insulte puisque j’ai souvent écrit ou expliqué que, avec d’autres, je pensais que le fascisme n’était pas une parenthèse de l’histoire, limitée à l’Entre-Deux-Guerres, mais qu’il avait pu constituer une idéologie non-conformiste, véritablement révolutionnaire, dont le projet a été, dans certains pays, une force de rupture.

Vous avez voté pour un parti fasciste, comme 168.000 autres électeurs en Wallonie, et je n’ignore pas que vous participez ainsi au soutien d’un mouvement qui, en Europe, va du Mouvement social italien ou du Front national français à ces autres fascismes qui se prénomment Républicains en Allemagne, Parti libéral démocrate en Russie, ou Vlaamse Blok en Flandre.

Vous avez voté pour un parti fasciste et pourtant, en tant qu’électeur, vous ne vous sentez pas nécessairement solidaire d’Alessandra Mussolini, de Vladimir Jirinovski ou encore de Jean-Marie Le Pen. De même, vous ne pensez probablement pas devoir assumer les nostalgies révisionnistes ou négationnistes des idéologues de la Nouvelle Droite française ou de tous ceux qui osent contester la tragique réalité des chambres à gaz et affectionnent le port des aigles déchues de l’hitlérisme.

Monument aux victimes du fascisme, à Plaszow (Cracovie), Pologne (Wojcicka, Dreamstime)

Vous avez voté pour un parti fasciste parce que vous vivez la pauvreté en direct ou que vous la côtoyez au quotidien et que, dans un cas comme dans l’autre, cette société malade dont nous faisons partie vous révolte. La promiscuité de la misère, le dépérissement de l’habitat industriel, l’insécurité que l’une et l’autre engendrent, aggravent votre ressentiment contre le pouvoir démocratique en place.

Vous avez voté pour un parti fasciste parce que, à cette désespérance, s’ajoutent l’apparente indifférence des pouvoirs publics, l’incompréhension administrative et la détérioration des conditions de vie par le chômage et, pire, par l’exclusion.

Vous avez voté pour un parti fasciste parce que le regard que vous posez sur les responsables politiques et économiques ne peut vous rassurer : le manque d’imagination face à la crise est manifeste, les entreprises fuient leurs responsabilités sociales, le déficit de représentation des partis est flagrant, qu’ils participent à la majorité ou à l’opposition.

Vous avez voté pour un parti fasciste à cause des affaires judiciaires qui frappent le monde politique et financier qui a trop joué avec l’argent. Même si, souvent et jusqu’ici, l’apparence des images livrées par les médias l’emporte sur les faits, le citoyen démuni que vous êtes jette un regard affolé sur le système politique qui a permis de tels débordements, et le renie dans sa totalité.

Ignorez-vous que, traditionnellement, le jeu du fascisme consiste précisément à marginaliser toutes les formations politiques et à les amalgamer en les considérant comme responsables de tous les maux, permettant au fascisme d’apparaître comme le seul recours et de se démarquer comme différent ?

Ainsi, c’est de la société elle-même que vous vous éloignez.

Cet éloignement est une fuite, une fuite devant la peur, une peur de vous-même devant l’avenir.

Nos sociétés, lorsqu’elles ne se maîtrisent plus, lorsqu’elles ont le sentiment que les enjeux ont échappé à ceux qu’elles avaient chargés de les piloter, connaissent régulièrement ces malheurs et ces effrois. Pourtant, elles peuvent trouver dans la démocratie la force de surmonter leurs angoisses, et non utiliser cette peur – comme le fait le fascisme – en sacrifiant la liberté et le respect d’autrui.

Mais la démocratie n’est pas naturelle, c’est, dit René Rémond, le produit de l’histoire, une construction de la raison, maintenue par la volonté.

Comme d’autres et avec d’autres, les habitants de Wallonie ont montré leur attachement fondamental à la démocratie et leur capacité à la défendre.

Dans les années trente, les Wallons se sont dressés contre le rexisme et contre la montée du nazisme en Allemagne et du fascisme en Italie. Nombreux sont ceux qui, de toutes tendances philosophiques et politiques, ont pris la parole ou la plume avant de prendre les armes contre les forces qui menaçaient nos libertés démocratiques. Ils s’appelaient Jean Rey, Marcel Thiry, Elie Baussart, Maurice Bologne, l’Abbé Mahieu, Arille Carlier, Georges Truffaut, Luc Javaux, Fernand Massart, Léon-E. Halkin, François Bovesse, Edouard Gérard et … tant d’autres !

Nombreux sont ceux qui, chasseurs ardennais, résistants, soldats engagés dans les armées alliées, ont sacrifié leur vie et reposent aux côtés de centaines de milliers de soldats du monde entier venus, voici cinquante ans, libérer l’Europe du fléau fasciste.

Ce même fléau fasciste qui a, lors des dernières élections, recueilli votre suffrage.

Il ne doit pas y avoir de fatalisme dans ce choix, comme il ne doit pas y avoir de démission de la part des entrepreneurs et des responsables politiques face à la dégradation économique et sociale de notre société.

Réfléchissez bien aujourd’hui à ces années où la Wallonie a montré son attachement à la démocratie et mené un combat victorieux contre le fascisme. Peut-être lui retirerez-vous votre soutien ?

Sinon, souvenez-vous de ces mots de Jean Rey dans L’Action wallonne du 15 septembre 1938 :

Le peuple de Wallonie, actuellement mieux éclairé qu’en 1936 sur la pensée véritable et les mobiles réels de la tourbe rexiste, saura montrer, avec toute la clarté requise, […] sa colère et son mépris, et il se débarrassera d’une engeance née dans l’équivoque et nourrie aujourd’hui dans la trahison.

 

Philippe Destatte

@PhD2050

Historien et prospectiviste, Philippe Destatte est président de l’Institut Destrée où il a fondé le Centre interuniversitaire d’Histoire de la Wallonie et du Mouvement wallon, ainsi que le Wallonia Policy Lab. Maître de conférence à l’Ecole de Droit et à la Faculté Warocqué d’Economie et de Gestion de l’Université de Mons, il y enseigne l’Histoire de la Belgique contemporaine, Société et institutions. Depuis le début des années 2000, il donne cours de Méthode de la prospective à l’Université de Paris Diderot (Paris-Cité) et tient un séminaire à la faculté d’Economie et de Gestion de l’Université de Reims sur la Prospective appliquée au développement durable et aux transitions.

Les commandes avec facturation se font à l’adresse suivante, en précisant éventuellement le numéro de TVA : commandes [at] institut-destree.eu 

Namur, le 21 mai 2024

Les membres de l’Institut Destrée se sont réunis en Assemblée générale, et ont approuvé sept nécessités autour desquelles des stratégies collectives solides devraient être construites, opérationnalisées et mises en œuvre dans les meilleurs délais.

Ces sept nécessités sont formulées à quelques semaines d’élections particulièrement importantes pour l’avenir de l’Europe, de la Belgique ainsi que de la Wallonie. Le présent document aborde l’avenir des différents niveaux de pouvoirs concernés par les élections du 9 juin 2024.

1. Une Europe souveraine, ouverte et respectée

Tout d’abord, l’Union européenne que nous voulons ne peut être que celle de ses fondateurs, qui incarne un continent cultivant les valeurs de liberté, de démocratie, d’unité dans la diversité, d’ouverture au monde et fondant sa crédibilité sur la soutenabilité de son développement dans tous les domaines d’action.

L’Union européenne à venir est une entité qui respecte ses engagements internationaux et ses objectifs propres quant à la résolution concrète des enjeux liés au changement climatique, à l’environnement et à la biodiversité. Il s’agit, en particulier, du respect strict de la trajectoire du Green Deal et de la réduction des émissions de GES de 55% en 2030 par rapport à 1990, et ce afin d’atteindre la neutralité des émissions en 2050. Il s’agit d’une trajectoire que l’UE s’est elle-même fixée, et les conditions de réussite de cette trajectoire doivent être évaluées pour adapter des stratégies volontaristes permettant de l’atteindre dans les délais impartis.

Enfin, l’Union européenne ne sera véritablement souveraine et respectée sur la scène internationale que si, par une défense intégrée, elle assume elle-même la protection des Européennes et des Européens, diplomatiquement et militairement, tout en menant des missions de paix couvertes par les Nations Unies. Ayant démontré sa capacité à maintenir la paix entre ses pays membres, l’Union européenne peut désormais affirmer son indépendance stratégique vis-à-vis de tous les acteurs extérieurs, qu’il s’agisse des États-Unis, de la Russie, de la Chine ou de l’Inde.

 

2. Un fédéralisme belge au service de la démocratie et des droits de l’être humain

Le bien-être durable de la population vivant sur le territoire reste l’objectif principal de l’action de tous les responsables, chacune et chacun contribuant selon ses moyens au meilleur épanouissement de toutes et de tous. À cette fin, les politiques publiques mises en œuvre sont évaluées, tant a priori qu’a posteriori, notamment avec des critères d’équité intra et inter générationnelle, afin de pouvoir être modifiées ou ajustées.

En matière d’organisation de l’État belge, fédéralisme et confédéralisme ont les mêmes finalités : l’autonomie des entités qui composent et incarnent l’État tout en construisant une solidarité interpersonnelle entre les citoyennes et citoyens de celui-ci. La participation des composantes fédérées – ou confédérées – aux décisions et à l’activité des organes fédéraux, associée au principe de subsidiarité, est essentielle à l’avenir de l’État, comme l’ont bien montré, avec succès, les mécanismes mis en œuvre pour faire face à la crise de la Covid-19, en 2020-2021.

Le modèle d’un fédéralisme fort et simplifié, présenté le 13 juin 2022 à Namur par l’Institut Destrée, constitue sa vision de l’avenir institutionnel de la Belgique fédérale future. Cette vision est construite autour de quatre États fédérés égaux en droit, mobilisant au moins les compétences communautaires et régionales actuelles : la Flandre, Bruxelles, l’OstBelgien et la Wallonie. L’État fédéral a vocation à soutenir et à protéger au mieux ces quatre entités, sans nuire à leur épanouissement.

Pour l’Institut Destrée, la lisibilité de l’organisation politique et administrative contribue à l’adhésion des citoyennes et des citoyens et permet leur participation. Cette lisibilité va de pair avec la responsabilisation. À ce sujet, l’Institut Destrée regrette la simultanéité des différentes élections le 9 juin 2024. Le fait que ces rendez-vous démocratiques se déroulent tous en même temps nuit à l’examen et à la compréhension des enjeux des différents niveaux de gouvernance et contribue à brouiller les responsabilités des décideurs politiques à l’égard des compétences exercées pendant les législatures.

 

3. Une Wallonie qui a du sens

La Wallonie peut renouer avec l’ambition partagée de ses concepteurs de construire un espace commun d’émancipation mettant en son centre la liberté d’être et d’entreprendre, l’égalité en droit, la fraternité fondée sur le respect de l’autre, la tolérance et la solidarité.

Plutôt que de la considérer comme ce qu’il reste de la Belgique quand on a retiré le nord du pays et Bruxelles, la Wallonie est en réalité un projet de vivre ensemble, une collectivité politique et sociale, bref : une société. Il ne s’agit pas uniquement d’une entité institutionnelle, et pas uniquement d’un territoire physique : les deux correspondent et se répondent.

Elle mérite que le centre de conception des politiques qui y sont menées soit réellement situé sur les bords de la Meuse namuroise, au sein de son Parlement, le Saint-Gilles, et de l’Elysette, moteur des différentes composantes de son gouvernement.

La Wallonie bien comprise doit se construire comme une démocratie exemplaire, à la gouvernance inclusive des citoyennes et citoyens, ouverte, participative, délibérative, éthique, car respectueuse des lois et des normes. A la qualité de cette démocratie répond la qualité d’un développement, fondamentalement créateur de valeur et respectueux de la planète, de la biodiversité, ainsi que des femmes et des hommes qui y ont pris place.

Enfin, nous voulons rappeler que la cohésion sociale est au centre du projet de la Wallonie : assurer l’égalité des chances et des conditions, l’accès effectif aux droits fondamentaux et au bien-être économique, social et culturel, lutter contre la précarité, permettre à chacune et à chacun de participer activement à la société et d’y être reconnu, quel qu’il soit, et d’où qu’il ou qu’elle vienne. Cette solidarité est indissociable de la responsabilité personnelle : elle implique que chaque Wallonne et chaque Wallon s’investisse dans la société commune et y contribue par sa volonté, par son engagement et par son travail.

 

4. Une Wallonie à la hauteur des grands enjeux actuels et à venir

Une Wallonie à la hauteur des enjeux du XXIe siècle est une Wallonie résiliente et robuste, c’est-à-dire dont les citoyennes et les citoyens, les entreprises et les organisations, le Parlement et le gouvernement sont capables d’affronter les défis du présent et de l’avenir pour favoriser le bien-être de chacune et de chacun, et pour transmettre le meilleur héritage possible aux générations futures.

Tout d’abord, les enjeux du changement climatique et de la transition énergétique retiennent toute notre attention, concentrent toutes les forces et nous imposent d’inscrire résolument la Wallonie dans la trajectoire européenne de décarbonation déjà mentionnée. C’est une tâche titanesque à laquelle nous ne pouvons pas nous soustraire, même en invoquant la faiblesse des progrès de nos voisins ou l’existence de leviers à d’autres niveaux de pouvoir. Ces enjeux nous amènent également à reconsidérer le territoire wallon dans toute sa diversité existante laquelle, en étant respectée, génère nécessairement des externalités positives, notamment pour l’environnement et la santé mentale. Ce respect nécessite de mettre radicalement fin à une augmentation de l’artificialisation des sols.

Ensuite, les défis de la sécurité sont aussi considérables : ils nécessitent à la fois un effort majeur de défense et de réindustrialisation pour s’émanciper des influences et risques internationaux. Cet effort ne peut se concevoir sans un investissement de même niveau dans la diplomatie, c’est-à-dire la compréhension, le respect et le dialogue. Ces deux facettes ne peuvent se construire que dans une vision claire et exprimée d’un avenir serein, solidaire et multilatéral.

Enfin, l’attention pour les générations futures exige des Wallonnes et des Wallons qu’ils lèguent à leurs successeurs des finances publiques leur permettant à leur tour de faire face aux besoins, aux opportunités et aux menaces de l’avenir qui, soyons-en sûrs, ne seront pas moindres que les nôtres.

L’ensemble de ces défis, en ce qu’ils imposent d’agir avant que les choses n’adviennent ou pour éviter qu’elles adviennent, nécessitent des efforts d’anticipation considérables et aussi la capacité d’allouer les ressources budgétaires suffisantes aux enjeux qui se posent.

 

Wallonie – Dreamstime

5. Des politiques publiques qui construisent notre jeunesse

 La Wallonie fait face à deux monstres qui l’empêchent de construire des politiques publiques à même de construire les générations qui viennent.

D’une part, il s’agit de la réforme de l’enseignement en alternance ou enseignement dual. Depuis plusieurs décennies, cette nécessité hante les imaginaires politiques et ceux des grands acteurs. Il est l’incarnation de l’incapacité wallonne de mettre en œuvre des politiques éducatives à la mesure des défis de l’économie régionale.

D’autre part, il s’agit de la fragmentation des systèmes éducatifs, primaires, secondaires et supérieurs, publics divers et privés. Celle-ci va de pair avec la fragmentation des outils et institutions de recherche.

Cette dispersion empêche la constitution de masses critiques à même de constituer des leviers consistants, évapore également les finalités des projets qui devraient être fondées sur le bien commun et l’esprit critique, évacue, par une concurrence aussi effrénée que dérisoire, les capacités des acteurs par rapport à la société, et nuit de surcroît à un développement responsable de l’entrepreneuriat. Bref : cette dispersion ne permet pas de modifier durablement le système.

Ces incapacités constituent aussi la démonstration de l’impossibilité systémique à articuler les institutions communautaires et régionales francophones. Dès lors, nous plaidons pour  l’attribution à la Wallonie des compétences de l’Enseignement, de la Formation, de la Recherche, ainsi que de la Culture et de l’Audiovisuel. Ces deux dernières compétences, qui devraient porter les traits distinctifs nous caractérisant de manières intellectuelles, affectives et critiques, ne nous font pas miroir et manquent dès lors cruellement à notre développement.

 

 6. Une dynamique territoriale pensée de la commune à la Région

L’articulation des territoires wallons entre eux et dans un ensemble cohérent est une nécessité. Cette dynamique est un prérequis pour construire un projet commun fondé sur le respect des spécificités et des atouts des territoires. Cette réforme pourrait s’appuyer sur les lignes de force suivantes.

Tout d’abord, en repensant la supracommunalité, la Wallonie pourra s’inspirer de modèles de redécoupages territoriaux qui favorisent la cohérence et limitent les superpositions, tout en permettant à chacune des entités, notamment au travers de fusions de communes entre elles, d’atteindre une masse suffisante pour assurer le bien-être de leurs citoyennes et citoyens.

Ensuite, cette réforme des institutions infrarégionales devra s’interroger sur l’intérêt de conserver les provinces dans un paysage de gouvernance modernisé. Cette problématique est essentielle tant à la lueur d’un projet régional à l’identité renforcée, mais aussi face à la problématique aigüe de la trajectoire budgétaire.

Enfin, une fonction publique territoriale pourrait être conçue pour faciliter la mobilité et la cohérence entre ces institutions, participant à une vision commune de l’avenir régional, ainsi qu’à une excellence territoriale.

 

7. Des acteurs impliqués et responsables

Une gouvernance régionale cohérente suppose que chacune et chacun puisse s’impliquer, mais aussi être responsable. Il s’agit d’une dynamique dans laquelle, d’un côté, les Wallonnes et les Wallons cessent d’attendre de leurs élues et élus la résolution de tous leurs problèmes. De l’autre, les décideurs politiques arrêtent d’endosser la charge d’une mission d’assistance à toutes et à tous en toutes circonstances, pour réserver leurs efforts et moyens à ceux qui en ont vraiment besoin parce qu’ils ont une vraie opportunité ou un mauvais coup du sort.

Au contraire, l’implication de toutes et de tous, acteurs et parties prenantes, permet d’élaborer des stratégies de politiques collectives coconstruites, en lieu et place de politiques publiques de partage des moyens. Cette méthode délibérative se fonde sur l’idée qu’on ne change réellement le système qu’à partir de ses acteurs et en suivant les balises du bien commun et de l’intérêt régional. Cette conception fait du politique le chef d’un orchestre qui sait que ce sont les musiciens qui disposent des instruments et créent la musique.

La gouvernance wallonne, si elle veut être exemplaire, ne pourra faire l’impasse d’une confiance renouvelée à la fonction publique régionale, ainsi qu’aux outils performants de cette gouvernance, parmi lesquels l’évaluation des politiques publiques au sens large, l’analyse de l’impact préalable que toute action gouvernante peut avoir, et le regard d’anticipation armé des outils et des méthodes de la prospective. Ces outils ne peuvent être qu’aux mains de femmes et d’hommes véritablement indépendants des intérêts particuliers. Elle pourra s’aider en mobilisant des motifs de respect de soi et de fierté, ainsi que des repères intellectuels qui font l’histoire de la Wallonie et constituent ses références.

C’est là, en particulier, que l’Institut Destrée, dont les compétences et l’indépendance sont reconnues territorialement et internationalement, peut aider à construire une nouvelle Wallonie.

 

Source : Institut Destrée, 21 mai 2024

https://www.institut-destree.eu/wa_files/institut-destree_cp_sept-necessites-pour-2024-2029_ag_2024_2024-05-21.pdf