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Hour-en-Famenne, le 31 juillet 2026

Le parcours académique d’Hervé Hasquin fut fulgurant. Franz Bierlaire (1944-2023), collaborateur des professeurs Léon-E Halkin (1906-1998) puis de Jean-Pierre Massaut (1933-2023) en Histoire moderne à l’Université de Liège, la résumait à peu près comme suit, avec le cynisme qui caractérisait ce spécialiste d’Érasme : ah ! Hasquin ! Hervé… J’étais en rhéto avec lui à l’Athénée de Charleroi. Nous avions la même passion de l’histoire. Hervé est allé à l’ULB, moi à Liège.

En 1969, nous étions tous les deux assistants.

En 1970, il était chargé de recherche, moi assistant.

En 1974, il était adjoint du recteur, moi assistant.

En 1975, il était professeur extraordinaire, moi toujours assistant.

En 1979, Hervé était nommé professeur ordinaire et doyen de la faculté, puis deux ans plus tard, recteur. Je venais à peine de passer chargé de cours associé… On reconnaît toute de suite les grands hommes…

Les facettes du brillant intellectuel wallon que fut Hervé Hasquin (1942-2026) sont évidemment multiples. Je ne veux évoquer ici que le professeur et ministre que j’ai connu au travers de l’Institut Destrée…

 

Hervé Hasquin au Château de La Hulpe le 29 mai 2000 – Photo Robert Vanden Brugge (Belgaimage)

Figure de proue de l’historiographie wallonne

Il nous a semblé opportun de rendre à l’histoire la fonction critique qu’elle ne devrait jamais cesser d’avoir. Voici certainement un des grands leitmotive de la pensée et de l’action concrète d’Hervé Hasquin, volonté qu’il aura manifestée durant toute sa vie d’historien, depuis son ouvrage sur la Révolution industrielle dans le pays de Charleroi en 1971 [1], jusqu’à celui consacré à Léopold III en 2023 et 2024 [2]. La citation susmentionnée figure dans le court avant-propos que le professeur à l’Université libre de Bruxelles avait écrit dans l’ouvrage Histoire et historiens depuis 1830 en Belgique, qu’il avait composé et publié en 1981 dans la foulée du 150e anniversaire de l’indépendance de la Belgique. Hervé Hasquin a en outre signé un chapitre de cet ouvrage, Le mouvement wallon : une histoire qui reste à écrire [3], qui allait servir de premier guide aux chercheuses et chercheurs du Centre interuniversitaire d’Histoire de la Wallonie et du Mouvement wallon qu’il allait contribuer à mettre en place cinq ans plus tard. Le professeur y faisait notamment référence à un livre qu’il venait de publier à l’Institut Destrée : Historiographie et politique, Essai sur l’histoire de Belgique et la Wallonie [4]. Il le présentait comme suit :

Traitant la question en détail, nous avons essayé de montrer combien l’écriture et l’enseignement de l’histoire avaient été conditionnés par une certaine idée du patriotisme fondée sur la croyance d’une unité foncière de la Belgique et du « peuple belge » ; les réactions wallonnes à cette histoire « belgiciste » sont également passées en revue. [5]

Cet ouvrage, édité en avril 1981 par Jacques Lanotte, alors directeur des travaux de l’Institut Destrée, trouvait lui-même son origine dans l’initiative prise par Jacques Hoyaux (1930-2013), président de cette institution. Celui-ci avait écrit aux universités francophones afin d’y susciter la création d’un cours d’histoire de la Wallonie et du Mouvement wallon. Hervé Hasquin, qui venait de concevoir et de diriger les deux volumes La Wallonie, le Pays et les Hommes : histoire – économies – sociétés [6], véritable ouvrage de référence, était tout à fait légitime pour porter cette initiative. Le 24 novembre 1978, le professeur en fait accepter la proposition au Conseil facultaire de Philosophie et Lettres de l’Université libre de Bruxelles. Désigné pour donner le cours, Hervé Hasquin rédige le schéma suivant:

  1. De la place réservée à la Wallonie dans les diverses conceptions de l’histoire de Belgique.
  2. De l’attitude des dirigeants du Mouvement wallon à l’égard des thèses de Pirenne et de quelques autres.
  3. Un bilan de l’historiographie wallonne.
  4. Un survol historique relatif aux régions qui constituent aujourd’hui la Wallonie : qu’est-ce qui explique le phénomène « Wallonie » ?
  5. Naissance et développement du Mouvement wallon ; différence avec le Mouvement flamand. [7]

Comme l’a rappelé dans ses mémoires le titulaire de ce premier cours d’Histoire de la Wallonie dans une université belge, ce cours libre et à option est donné pour la première fois le 6 février 1980, en présence de Jacques Hoyaux, devenu ministre de l’Éducation nationale (F) et toujours président de l’Institut Destrée [8]. L’initiative réjouit profondément le doyen des historiens wallons Félix Rousseau (1887-1981) qui la considère comme un événement qui fera date et qui est capital dans l’histoire du mouvement wallon [9]. Félix Rousseau préface du reste Historiographie et politique avant de décéder quelques mois plus tard. La seconde édition de l’ouvrage, en 1982, fait d’ailleurs l’objet d’une dédicace de Hervé Hasquin à l’archiviste namurois et professeur à l’Université de Liège, qui est qualifié dans la préface du 10 décembre 1981 de figure de proue de l’historiographie wallonne [10]. Cette formule pourrait, aujourd’hui, être également attribuée à l’historien carolorégien.

Le cours, comme le livre d’ailleurs, ont été mûris depuis de nombreuses années. Dès 1976, à la suite de la publication de La Wallonie, le Pays et les Hommes, le texte de la partie Genèse de la Wallonie, a fait l’objet d’un article dans le périodique L’actuel [11], mais aussi d’une conférence à Charleroi en septembre de la même année [12], parmi tant d’autres exposés donnés par le professeur à cette époque lors d’une véritable campagne de valorisation de la collection encyclopédique qui réunira finalement six volumes, avec ceux dirigés par Rita Lejeune (1906-2009) et Jacques Stiennon (1920-2012). Le 18 octobre 1980, le professeur Hasquin intervient également sur l’histoire de la Wallonie et son enseignement lors d’une journée d’étude organisée à Mariemont par l’Institut Destrée [13]. Il fait de même à l’École normale de Jonfosse [14], le 27 novembre 1980, lors d’une conférence organisée par l’Association des Historiens de l’Université de Liège, exposé auquel le jeune historien que j’étais, à peine sorti de l’Université et du service militaire, a eu le plaisir d’assister. J’ai écrit ailleurs la dette intellectuelle et scientifique que j’ai contractée ce jour-là à l’égard de Hervé Hasquin [15]. En cette année 1981, il édite également des mélanges consacrés à Maurice Aurélien Arnould (1914-2001), qui l’avait tant inspiré, et à Pierre Ruelle (1911-1993), sous le titre d’Hommages à la Wallonie. Hasquin y traite du Rapport Sauvy et de la préoccupation démographique dans le Mouvement wallon [16].

 

Toujours clair dans ses positions, très avisé dans ses conseils

Administrateur investi de la fonction de directeur des travaux de l’Institut Destrée par l’Assemblée générale de l’Institut Destrée du 27 avril 1985, avec la mission de mettre en place une équipe de chercheurs au sein de cette institution, de la recruter, de la financer en vue de la réalisation d’une encyclopédie du Mouvement wallon – ou à tout le moins d’un dictionnaire biographique – mon premier réflexe fut de me tourner vers Hervé Hasquin. Je savais trouver chez lui une oreille favorable pour un tel projet. Il fut un véritable allié. Depuis ce moment et longtemps encore, nous allions nous retrouver régulièrement dans les différents bureaux qu’il occupait à Bruxelles, généralement dès potron-minet… Moments propices à la réflexion et, pour moi à l’écoute attentive d’un homme à l’accueil très souvent particulièrement chaleureux, toujours clair dans ses positions, très avisé dans ses conseils.

Ainsi, Hervé Hasquin, par ailleurs membre de l’Institut Destrée, a soutenu la création et les recherches du Centre d’Histoire de la Wallonie et du Mouvement wallon qui répondaient au moins partiellement aux ambitions qu’il avait formulées dans son article de 1981 : Le mouvement wallon : une histoire qui reste à écrire… C’est activement qu’il s’est engagé dans le conseil scientifique du Centre dès septembre 1986, s’est porté garant de l’initiative pionnière Mémoires de la Communauté française Wallonie Bruxelles. Dans le même temps, en charge du Dictionnaire d’Histoire de Belgique, Hervé Hasquin me confiait la tâche d’y traiter du Mouvement wallon en une quarantaine de notices portant sur des institutions ou des personnalités wallonnes [17]. Avec son collègue Claude Desama de l’Université de Liège, il a ensuite soutenu, durant de longues années, le projet de recherche que nous avions introduit auprès du Fonds de la Recherche collective d’initiative ministérielle (FRSFC-IM) et dont nous avons ensemble, assumé la gestion [18]. Cette subvention de recherche fut heureusement maintenue, avec des variations, par les ministres Yvan Ylieff, Michel Lebrun, Jean-Pierre Grafé et William Ancion. Il a fallu qu’une ministre bruxelloise, Françoise Dupuis, arrive au département, pour que le soutien s’arrête…

Lors de l’inauguration du Centre interuniversitaire d’Histoire de la Wallonie et du Mouvement wallon, le 3 juin 1987, au Château de Namur, Hervé Hasquin pouvait affirmer que tous les anciens complexes sont abandonnés et plus aucun historien n’a le sentiment de faire de l’histoire anti-scientifique, reproche qu’on formulait encore à leur égard il y a vingt ans, quand ils s’occupaient spécifiquement de problèmes d’histoire wallonne [19].

Nos contacts ne se sont pas atténués pendant mes années passées au Cabinet du ministre de la Politique scientifique fédérale, au contraire. Appelé à préparer des dossiers de nomination au sein des établissements scientifiques fédéraux, je pris l’habitude de solliciter Hervé Hasquin pour obtenir de lui des conseils sur les capacités professionnelles des personnes liées à l’ULB, laissant de côté le fait qu’il était alors sénateur de l’arrondissement de Bruxelles et membre de l’opposition parlementaire au gouvernement Dehaene. Ainsi, alors que mon ministre avait exigé qu’une décision, qui n’avait que trop tardé, soit prise pour le lundi pour une fonction dirigeante d’une institution renommée, je me décidai à appeler l’ancien recteur et président de l’ULB le dimanche soir assez tard. Il répondit à mes excuses et à la motivation de mon appel par un grand rire, comme si je lui avais fait une farce. Lorsque je lui dis les noms des deux personnes qui exerçaient des fonctions dans son université et qui restaient en lice, il me répondit simplement : c’est en réalité simple, l’alternative est entre Margaret Thatcher et Érasme. L’historien doit faire le choix aisément… Je fis la proposition d’Érasme à Jean-Maurice Dehousse qui la valida, avec un sourire caractéristique, car il savait que ce n’était pas le candidat du Boulevard de l’Empereur…

Historien et homme politique de premier plan

Historien et homme politique de premier plan sont des tâches difficiles à concilier. Hasquin s’y confronte. L’engagement n’est pas incompatible avec la fonction, souligne-t-il : on peut être historien, avoir des préoccupations scientifiques et avoir des convictions [20].

Intervenant ensemble lors d’un colloque à Spa, en octobre 1995, celui qui est désormais ministre du gouvernement de la Région de Bruxelles-Capitale se laisse interpeller par ma proposition, que je caresse depuis 1992 [21], d’une nouvelle édition, revue, mise à jour et augmentée, d’Historiographie et politique en Belgique. Il accepte, mais suggère de changer le format de la collection Notre histoire de l’Institut Destrée, qui compte alors cinq titres – pour un format plus large 24 X16 cm, qui se poursuit aujourd’hui encore. Mode blitzkrieg, le livre de 240 pages sort en mars 1996, après quelques réunions au Cabinet bruxellois et de nombreuses interactions avec ma collègue Marie-Anne Delahaut, conseillère chargée des éditions à l’Institut Destrée. Ce livre est aussi l’occasion pour Hervé Hasquin de fustiger les démystificateurs qui inondent à l’époque la presse anti-wallonne :

Des mythes en remplacent souvent d’autres même si certains ont la vie plus longue. La Belgique et ses régions en sont abondamment pourvues, encore est-il souhaitable que les historiens de métier qui s’érigent en « démystificateurs » ne commettent pas d’anachronisme, ne dégonflent pas des baudruches devenues inexistantes ou tout simplement n’élèvent pas à leur tour de contre-mythes.

Et Hasquin de faire notamment référence à l’ouvrage alors dirigé par Anne Morelli sur Les grands mythes de l’histoire de Belgique, de Flandre et de Wallonie (1995), et aux réponses et commentaires que l’historien liégeois Philippe Raxhon et moi-même y avions apportés [22]. Enfin, Hervé Hasquin, développe fortement la partie sur la genèse de la Wallonie : La Wallonie, d’où vient-elle ? en s’appuyant sur la contribution qu’il a écrite l’année précédente pour l’ouvrage Wallonie. Atouts et référence d’une Région, dirigé par Freddy Joris, historien et alors chef de Cabinet du ministre-président Robert Collignon, et Natalie Archambeau, publié par le Gouvernement wallon en 1995.

 

Présentation à la presse de la troisième édition d’Historiographie et politique en Belgique, Bruxelles, Avril 1996. De gauche à droite : Michèle Mat, Hervé Hasquin, Philippe Destatte et Marie-Anne Delahaut – Photo Institut Destrée – Droits SOFAM

Les lourdes tâches du gouvernement bruxellois (Aménagement du territoire, Travaux publics et du Transport), ainsi que celles de président du Collège de la Commission communautaire française, chargé du Budget, des Relations avec la Communauté française et la Région wallonne, ainsi que des Relations internationales, n’empêchent pas le travailleur infatigable de se lancer dans une nouvelle synthèse de l’histoire de la Wallonie. Intitulé Wallonie, son histoire, cet ouvrage, à vocation pédagogique, apparaît également curieusement comme un support de la campagne électorale de 1999. Il est tiré à 40.000 exemplaires [23]. Sans manquer d’objectivité, comme le rappelle son président de parti, Louis Michel, dans sa préface, on a du mal, dans ce livre, probablement écrit trop vite et fait de micro-explorations, à retrouver la pensée claire qui caractérise généralement les travaux de Hervé Hasquin [24].

Campagne achevée, Hervé Hasquin devient ministre-président de la Communauté française, chargé des Relations internationales. Il nous rejoint une première fois au Lycée Vauban à Charleroi où c’est avec lui que nous apposons la plaque en hommage à l’ancienne préfète et résistante, Aimée Bologne-Lemaire, le 20 décembre 1999. En visite officielle à l’Institut Destrée, le 24 mai 2000 [25], il y préconise le renforcement de la recherche, en particulier du projet à l’étude sur une histoire économique de la Wallonie. Il annonce vouloir renforcer l’action de l’Institut Destrée en inscrivant un article budgétaire à son nom dans le budget du ministre-président. Même s’il ne s’agit que de l’équivalent d’un chercheur, c’est un apport appréciable qui va renforcer l’équipe. Le volume 2 de l’Encyclopédie du Mouvement wallon (F à N) est d’ailleurs présenté à la presse dans son Cabinet. Hasquin s’étonne d’ailleurs publiquement de la perspicacité de l’historien Paul Delforge qui a débusqué les écrits d’Oliver Deleval puis d’Olivier Derival, pseudonymes derrière lesquels se cachaient les écrits régionalistes du futur ministre-président dans le périodique carolorégien Métro dans les années 1970… Ce sont les ministres-présidents Marie Arena et Rudy Demotte qui mettront fin à ce soutien structurel de la Communauté française à l’Institut Destrée…

Je n’ai jamais compris la mouche qui a piqué Hervé Hasquin, alors député fédéral et membre de l’Académie, de lancer une campagne dénonçant ce qu’il qualifie d’omerta [26]. L’apport à l’historien d’une mystérieuse valise contenant des archives inédites attribuées à Georges Thone (1897-1972) n’explique ni l’enthousiasme de Hervé Hasquin à faire le buzz ni sa propension à assimiler cette personnalité liégeoise et militant wallon à la collaboration [27]. Ni surtout cette volonté de dénoncer une loi du silence qui aurait permis d’occulter pendant plus d’un demi-siècle un épisode qu’il qualifie de peu glorieux du Mouvement wallon pendant la Seconde Guerre mondiale. Après l’historienne Marie-Françoise Gihousse dans un ouvrage publié en 1984 à l’Institut Destrée [28] et quelques autres, j’avais moi-même mis en évidence en 1997 et 1998 les relations du Mouvement wallon avec le Bureau Sarrien à Vichy [29]. Publiée en 2001, la notice de Paul Delforge dans l’Encyclopédie du Mouvement wallon, évoquait également l’activité de Thone et de son réseau dans la France de Vichy… [30] Pas d’omerta donc… Quant à Micheline Libon, docteure en histoire et vice-présidente de l’Institut Destrée, elle a, dans un texte pertinent, enlevé tout fondement aux accusations de duplicité et de trahison de Thone à l’égard de son ami Georges Truffaut [31]. Ce livre a été beaucoup évoqué au sein de l’Institut Destrée, il a permis d’ouvrir un chantier de recherche consacré aux deux conflits mondiaux [32].

Je me suis réjoui à l’époque de ne pas être sollicité pour répondre à Hervé Hasquin… Quand nous nous sommes revus ensuite, nous en avons ri, comme souvent. Nos contacts sont restés chaleureux même si nous n’avons plus eu l’occasion de partager de projets communs. Néanmoins, chacune des sorties de ses livres d’histoire ou des miens, voire de nos considérations sur le fédéralisme [33], était l’occasion d’un signe ou d’un bref échange. Le dernier fut croisé : en 2024, autour de son Léopold III de Belgique [34] – approfondissement bienvenu et moins diplomatique d’un maître ouvrage de Jean Stengers [35] et de la seconde édition de mon Histoire de la Belgique contemporaine… Sans jamais d’ostentation inutile…

 

L’intellectuel libéral et wallon que je m’efforce d’être…

Nous avions plaisanté, en 2017, à l’occasion du 350e anniversaire de la Ville de Charleroi, pour lequel, il m’avait demandé de prendre le relais de la présidence du colloque qu’il devait normalement assumer. Nous avions évoqué son parcours de Carolo d’origine modeste et j’avais partagé avec lui l’anecdote de Franz Bierlaire datant du début des années 1980, ce qui l’avait fait beaucoup rire. Parlant d’ambition, il m’avait rappelé une formule qui peut paraître assassine, mais qui lui était chère : la médiocrité ne fait jamais recette. Il en avait fait un signe de volontarisme pour ses initiatives : à l’ULB, comme ministre ou ministre-président, au Centre Jean Gol, à l’Académie royale, etc.

Regardant la fresque de René Magritte, La fée ignorante, qui orne le dessus de la salle de congrès du Palais des Beaux-Arts de notre ville de naissance, Hasquin me dit son espoir que Charleroi et la Wallonie se reprennent, après que tant d’espoirs et d’ambitions aient été gaspillés.

C’est le propos d’un libéral wallon, ajouta-t-il.

Un libéral wallon, assez fédéraliste [36] , admirateur, comme il l’écrivait dans le journal Le Soir du 19 avril 2009, de Jules Destrée, d’André Renard – aux obsèques duquel il avait assisté [37] – et de François Perin.

Ils n’ont jamais pactisé avec le populisme nauséabond. C’étaient trois tribuns. Ils touchaient aux tripes et vous rendaient fiers d’être wallons. L’intellectuel libéral et wallon que je m’efforce d’être leur en saura toujours gré [38].

Nous avions, assurément, des références communes.

 

Philippe Destatte

@PhD2050

[1] Hervé HASQUIN, Une mutation : le « Pays de Charleroi » aux XVIIe et XVIIIe siècles, Aux origines de la Révolution industrielle en Belgique, Bruxelles, Éditions de l’Institut de Sociologie de l’ULB, 1971.

[2] H. HASQUIN, Léopold III de Belgique, Le roi de l’aveuglement (1934-1945), Éditions du CEP, 2023. – H. HASQUIN, Effacement de Léopold III (1945-1951) : comédie politique belge et frères ennemis, Bruxelles, CEP, 2024.

[3] H. HASQUIN, Le Mouvement wallon, une histoire qui reste à écrire, dans Histoire et historiens depuis 1830 en Belgique, Revue de l’Université de Bruxelles,1981 /1-2, p. 147-155.

[4] H. HASQUIN, Historiographie et politique, Essai sur l’histoire de Belgique et la Wallonie, p. 111, Charleroi, Institut Destrée, 1981.

[5] Ibidem, p. 148-149.

[6] H. HASQUIN dir., La Wallonie, le Pays et les Hommes, Histoire, économies, sociétés, Bruxelles, La Renaissance du Livre, dont la première édition était publiée en 1975 et 1976, la seconde en 1979 et 1980.

[7] ARCHIVES DE L’INSTITUT DESTREE, Hervé HASQUIN, Lettre à Jacques Hoyaux du 4 décembre 1978.

[8] Hervé HASQUIN, Les « bleus » de la mémoire, Parcours d’un homme libre, p. 95, s. l., Absolute Books, 2019. L’Institut Jules Destrée et l’histoire de la Wallonie, dans Feuillets de la Communauté française Wallonie-Bruxelles, Mai 1980, p. 2-3. – INSTITUT  DESTREE, Papiers Aimée Lemaire, 4, Institut Jules Destrée 1976-1980, (Lettre de Jacques Hoyaux aux administrateurs le 16 janvier 1980). – Olivier COLLOT, L’Institut Jules Destrée : des objectifs au service de la Wallonie et de la francité, dans Le Soir, 29 janvier 1980.

[9] ARCHIVES DE L’INSTITUT DESTREE, Félix ROUSSEAU, Lettre à Jacques Lanotte du 30 juin 1980.

[10] H. HASQUIN, Historiographie et politique, Essai sur l’histoire de Belgique et la Wallonie, p. 9, Charleroi, Institut Destrée, 1982.

[11] L’actuel, vol. 1, n°3, 1976, p. 10-16. –

[12] Paul DELFORGE, Hervé Hasquin, dans Encyclopédie du Mouvement wallon, t. 2, p. 787, Charleroi, Institut Destrée, 2000.

[13] ARCHIVES DE L’INSTITUT DESTREE, 1830… Belgique, 1980… 3 régions : La Wallonie, Bruxelles et la Flandre, 2 communautés : la française, la flamande. Quelles constantes, quelles différences ? 1980.

[14] Institut d’Enseignement supérieur pédagogique (IESP Jonfosse), aujourd’hui Haute École de la Ville de Liège. La professeure Maggy Hodeige, qui y enseignait, était une des chevilles ouvrières de l’AHLG et des Cahiers de Clio, édités par le Centre de la Pédagogie de l’Histoire et des Sciences de l’Homme.

[15] Philippe DESTATTE, Chercheur à l’Institut Destrée, Namur, Assemblée générale de l’Institut Destrée, 28 juin 2022. Blog PhD2050. https://phd2050.org/2022/07/01/chercheur-a-linstitut-destree/ – Le texte de cette conférence d’Hervé Hasquin était plus ou moins celui qu’il publia dans Marc UYTTENDAELE éd., A l’enseigne de la Belgique nouvelle, Revue de l’Université de Bruxelles, 1989 3-4,  sous deux titres : Quelle révolution en 1830 ? (p. 35-39) et Les Wallons, la Belgique et Bruxelles, Une histoire de frustrations, (p. 41-58), en tout cas jusqu’à la page 49. On retrouvera ces pages dans la troisième édition d’Historiographie et politique

[16] H. HASQUIN éd., Hommages à la Wallonie, Mélanges d’histoire, de littérature et de philologie wallonnes offerts à Maurice A. Arnould et Pierre Ruelle, Bruxelles, Université libre de Bruxelles, 1981.

[17] H. HASQUIN dir., Dictionnaire d’histoire de Belgique, Vingt siècles d’institutions, Les hommes, les faits, Bruxelles, Didier Hatier, 1988.

[18] Ph. DESTATTE, L’Encyclopédie du Mouvement wallon (1983-2000), Une obstination scientifique, budgétaire, citoyenne, dans Paul DELFORGE, Ph. DESTATTE, Micheline LIBON, Encyclopédie du Mouvement wallon, t. 1, p. 7-9, Charleroi, Institut Destrée, 2000.

[19] H. HASQUIN, Interview accordée à la RTBF, Ce Soir, 3 juin 1987, reproduit dans Ph. DESTATTE, Questionnement de l’histoire et imaginaire politique : l’indispensable prospection, dans Actes du Congrès La Wallonie au futur, Vers un nouveau paradigme, p. 308, Charleroi, Institut Destrée, 1992.

[20] H. HASQUIN, Il y a un nationalisme flamand. Y a-t-il un nationalisme wallon ou francophone ?, Conférence au Palais provincial de Liège dans le cadre du Collège Belgique, Notes de Ph. Destatte, 13 novembre 2013. La présentation sur le site de l’Académie royale précise :  La Belgique a-t-elle jamais formé une nation ? On peut raisonnablement en douter. Comment et pourquoi s’est développé un « nationalisme » flamand depuis le XIXe siècle ? Le Mouvement wallon est-il comparable au Mouvement flamand ? Y a-t-il eu des liens privilégiés entre Bruxelles et la Wallonie ? Quel est leur avenir ? À propos des hésitations wallonnes : Fédération Wallonie-Bruxelles ? Wallonie indépendante ? Rattachement à la France ? Ne confond-on pas « nationalisme » et « patriotisme » ? Voici quelques-unes des questions auxquelles s’efforcera de répondre l’historien Hervé Hasquin, spécialiste entre autres de la Wallonie et de son histoire. https://academieroyale.be/fr/le-college-belgique-lecons-detail/dates-heures-lieux/il-y-a-un-nationalisme-flamand.-y-a-t-il-un-nationalisme-wallon-ou-francophone-13-11-2013-17-30/ (31 juillet 2026)

[21] ARCHIVES DE L’INSTITUT DESTREE, Conseil d’administration du 4 avril 1992.

[22] H. HASQUIN, Historiographie et politique en Belgique, p. 16, Bruxelles, Éditions de l’Université de Bruxelles et Charleroi, Institut Destrée, 1996.

[23] H. HASQUIN, Il y a un nationalisme flamand. Y a-t-il un nationalisme wallon ou francophone ?, Conférence au Palais provincial de Liège dans le cadre du Collège Belgique…, 13 novembre 2013.

[24] H. HASQUIN, La Wallonie, son Histoire, Bruxelles, Éditions Luc Pire, 1999.

[25] ARCHIVES DE L’INSTITUT DESTREE, Ph. DESTATTE, Visite du Ministre Hervé Hasquin, Président du Gouvernement de la Communauté française Wallonie-Bruxelles, à l’Institut Destrée, le 24 mai 2000, L’Institut Destrée, ses atouts, ses faiblesses, ses enjeux et ses interpellations de la Communauté française Wallonie-Bruxelles pour 2001, Charleroi, Institut Destrée, 23 mai 2000, 7 p.

[26] H. HASQUIN, Les séparatistes wallons et le gouvernement de Vichy (1940-1943), Bruxelles, Académie de Belgique, 2004.

[27] Alain COLIGNON, Hervé Hasquin, Les séparatistes wallons et le gouvernement de Vichy (1940-1943), Une histoire d’Omerta, dans Revue belge de Philologie et d’Histoire, 2005, 83-2, p. 523-527. https://www.persee.fr/doc/rbph_0035-0818_2005_num_83_2_4932_t1_0523_0000_2 – Fabrice BOUTHILLON, Compte rendu, Hervé Hasquin, Les séparatistes wallons et le Gouvernement de Vichy (1940-1943), Une histoire d’Omerta, dans Revue du Nord, 2006/2 n°365, p. XXI. https://shs.cairn.info/revue-du-nord-2006-2-page-XXI?lang=fr

[28] Marie-Françoise GIHOUSSE, Mouvements wallons de Résistance, mai 1940-septembre 1944, p. 35, 52-55, Charleroi, Institut Destrée, 1984.

[29] Ph. DESTATTE, L’identité wallonne, Essai sur l’affirmation politique de la Wallonie (XIX-XXème siècles), p. 201-202, Charleroi, Institut Destrée, 1997. – voir également : Ph. DESTATTE, Actualité politique de Charles Plisnier sur la question wallonne, dans Francophonie vivante, Fondation Charles Plisnier, n°4, décembre 1996, p. 245-250.

[30] Paul DELFORGE dans Encyclopédie du Mouvement wallon, t. III,. p. 1529-1530. – Voir également, A. COLIGNON, M. LIBON, Politique extérieure et Mouvement wallon dans l’Entre-deux-Guerres  dans Encyclopédie du Mouvement wallon, t. III, p. 1288-1292, Charleroi, Institut Destrée, 2001.

[31] Micheline LIBON, Georges Thone et Georges Truffaut de 1940 à 1942. Et la Wallonie dans tout cela : un autre regard, dans Images et paysages mentaux des XIX et XXème siècle, de la Wallonie à l’outremer, Hommage au professeur Jean Pirotte, Louvain-la-Neuve, Academia, 2008.

[32] P. DELFORGE, La Wallonie et la Première Guerre mondiale, Pour une histoire de la séparation administrative, coll. Notre histoire, Namur, Institut Destrée, 2008. – P. DELFORGE, La Wallonie et la Première Guerre mondiale (la suite), Nouveaux éclairages sur la Wallonenpolitik, coll. Notre histoire, Namur, Institut Destrée, 2020.

[33] H. HASQUIN, Déconstruire la Belgique ? Pour lui assurer un avenir ?, coll. L’Académie en poche, Bruxelles, Académie royale de Belgique, 2014. – Ph. DESTATTE, Le confédéralisme, spectre institutionnel, coll. Notre Histoire, Namur, Institut Destrée, 2021.

[34] H. HASQUIN, Léopold III de Belgique, op. cit. – Ph. DESTATTE, Histoire de la Belgique contemporaine, Société et institutions, (1790-2020), 2e éd. revue et complétée, Bruxelles, Larcier, 2024.

[35] Jean STENGERS, Léopold III et le gouvernement : les deux politiques belges de 1940, Paris-Gembloux, Duculot, 1980.

[36] Je suis assez fédéraliste… La formule m’avait frappé. H. HASQUIN, Conférence au Palais provincial de Liège dans le cadre du Collège Belgique, 13 novembre 2013.

[37] H. HASQUIN, Il y a un nationalisme flamand. Y a-t-il un nationalisme wallon ou francophone ?, Conférence au Palais provincial de Liège dans le cadre du Collège Belgique, 13 novembre 2013.

[38] H. HASQUIN, Déconstruire la Belgique ?…, (Graty 15 septembre 2014), p. 124.

Monterrey (Mexico), September 26, 2024

Dear Colleagues [1],

First of all, I would like to say how pleased I am to be able to share a few moments with you. Of course, this does not make up for my regret that I cannot be in Monterrey. This is due to the narrow-mindedness of the US Administration, which cannot imagine anyone else going to Iraq.

In my presentation, I would like to focus my remarks on two points. The first, very briefly, is to tell you that while the Brussels Area Node is pursuing a wide range of activities in the field of foresight, particularly with its European partners, including the European Commission, it is also open to new initiatives.

 

1. A wide range of foresight activities

Six main developments can be briefly mentioned:

1.1. The continuation of our activities at regional, federal, interregional and European levels, particularly during the first half of 2024 as part of the Belgian Presidency of the European Union (foresight work on the European Territorial Agenda and anticipating the effects of climate change on spatial planning, etc.).

1.2. Participation with the European Commission’s DG RTD on innovation foresight in the framework of Horizon Europe. Report:

Citizens’ engagement approaches and methods in R&I foresight

1.3. Investment in global issues in partnership with the Millennium Project: Human Security for All, Establishing the common good by arming wisdom, WAAS Conference, May 2024.

1.4. Continuation of work at Wallonia level, particularly a wide-ranging foresight mission for the Government of Wallonia, with the Foresight College to prepare policy recommendations for 2024 (for a new government in July) and 2029, based on a 2050 foresight horizon. This College is made up of about twenty young people under the age of 35, mostly women. 24 recommendations were made to the government and the main social players – including the political parties – in Wallonia on subjects as diverse as preserving biodiversity, developing a more sustainable agricultural market, mapping infrastructure, social cohesion in regional planning, supporting housing renovation policies, providing educational information on public budgets, anticipating changes at local level, developing medical centres, school nutrition programmes, sharing the burden of contraception, etc.

1.5. Strong involvement in education and training in foresight at the universities of Reims (Foresight course applied to the environment and ecological transition in a new master in Sustainability Science) and Paris-Diderot / Cité (Foresight methods in Master 2) and different seminars about biodiversity, mobility and the future of religions).

The Destree Institute continues to organize its Executive Certificate in Operational Foresight: 100-hour course spread throughout the year, 4 hours every Monday afternoon with a dozen high-level speakers.

1.6. The Millennia2025 Women and Innovation Foundation continues its work to empower women and promote equality. Building on its international foresight research process, it is working to translate its six strategic axes into concrete actions.

https://www.millennia2025-foundation.org/processus_prospective.html

The inauguration of the meeting room named after Ted Gordon at The Destree Institute on the 28th of May 2024 [2] was an opportunity to welcome Nikos Kastrinos, former Foresight Leader at the EC’s DG Research, to our own planning committee. He sits alongside Marie-Anne Delahaut, President of Millennia2025 Women and Innovation Foundation – who has been active in the MP for years -, Thomas Deridder, the new CEO of The Destree Institute, as well Giovanna Sacco and Frédéric Moray, the initiators of the Open Changin’ School project.

2. The Open Changin’ School project

This new project is the second element I would like to talk about. It is supported by the Brussels Area Node of the Millennium Project and currently brings together in a fruitful exchange the Liège University College (HELMo) and the State University of Liège, the King Baudouin Foundation and The Destree Institute. This project is, by definition, open to other partnerships and I would like to invite all the nodes to participate. Our contacts with the team in charge go back to 2018 and the keynote speech I had the opportunity to give at the beginning of the academic year at this University College on « Jobs of Tomorrow ». I presented our MP work and scenarios on Future Work/Technology 2050.

This project, called Open Changin’ School, aims to help current educational models evolve in the face of the many challenges of the future by showcasing, through film, the innovative educational initiatives that are emerging around the world [3]. As Giovanna Sacco explained, for each target school, the documentary will address themes such as the school’s culture and vision of learning, the content and curricula, the skills developed, the organization of the school, the methods used, the points of view of the children, parents and teachers, and the challenges to be met. These subjects will be covered using an immersive and authentic approach, with interviews with key players in the education community, extracts from original interviews and video illustrations explaining the answers to the documentary’s ‘key’ questions. The team, consisting of an education specialist and a filmmaker, will be supported by a scientific advisory board. Of course, this can only be done effectively by building partnerships between our different countries to identify the places and processes of educational innovation that anticipate and address our 15 global challenges.

Examples of inspiring schools have already been identified: in Denmark, the United States, Uruguay, Canada, Norway and so on. But this work needs to be continued and represents a real opportunity to analyse and understand experiences. We will promote them among ourselves and try to make them inspiring objects for adapting our education systems to the changes we want to see in tomorrow’s world.

That’s why I’m listening carefully to what you have to say and I’m counting on your commitment to this project, which is so necessary for the future generations.

 

Philippe Destatte

PhD2050

 

[1]  This paper is the finalized version of my presentation to the Planning Committee of the Millennium Project, held in Monterrey, Mexico, on 26 and 27 September 2024, as chair of the Brussels’ Area Node of the Millennium Project.

[2] Ph. DESTATTE, Tribute to Ted J. Gordon (1930-2024), Brussels, May 29, 2024, https://phd2050.org/2024/05/29/ted/

[3] Giovanna SACCO & Frédéric MORAY, Open Changin’ School ou l’Ecole ouverte (sur le monde) en changement (dans son propre système), May 28, 2024, 22p.

Namur, le 28 mars 2023

 

Paris, Tour Eiffel – Charleroi (1989)

Dès la fin des années 1980, l’Institut Destrée a développé en son sein un centre de documentation et de recherche sur les communautés françaises intitulé Centre René Lévesque, du nom de l’ancien Premier Ministre québécois (1922-1987), défenseur de la langue française et promoteur de la souveraineté de son pays. Patronné par Alain Decaux (1925-2016), ministre français de la Francophonie, le Centre est inauguré officiellement le 29 octobre 1988 dans les locaux de l’Institut Destrée à Charleroi, en présence des ministres-présidents de la Région wallonne et de la Communauté française, Bernard Anselme et Valmy Féaux. Cet outil a alors pour tâche de contribuer à la création d’un nouvel espace politique et culturel en mettant en place des modes de liaisons modernes et performants basés sur l’informatique et la télématique [1]. Ses objectifs sont doubles : d’une part, la collecte des données relatives à la francophonie, aux communautés et régions de langue française et à leurs institutions ; d’autre part, la maîtrise des techniques informatiques modernes pour gérer, échanger, utiliser à bon escient la masse des informations issues de ces communautés et régions [2].

Dans sa volonté de construire un réseau mondial à partir des centres de documentation en français avec lesquels il est alors en contact à Paris, Bordeaux, Bruxelles, Montréal, Québec, Moncton, Genève, Delémont, Aoste, etc., l’Institut Destrée s’est équipé, courant 1988, d’un premier ordinateur destiné à être utilisé comme serveur. Il s’agit d’une tour IBM PS/2 8580 avec un microprocesseur Intel 80286 32 bits cadencé à 20 MHz et un disque dur de 185 Mb. Le système d’exploitation est le fameux DOS 3.30. L’Institut Destrée s’est appuyé sur le concessionnaire IBM Computer & Technical à Binche. C’est cette société, pilotée par Georges Melnik et Marc Radelet, qui a répondu positivement et remporté l’appel d’offres lancé par l’Institut Destrée pour assurer les développements techniques autour d’une vision aux contours incertains et d’un besoin encore relativement flou. On est alors très loin de solutions clefs sur porte tant la demande sort des chantiers battus. En effet, l’Institut Destrée s’est engagé à faire une démonstration de ses capacités de connectivité et d’interrogation d’une banque de données à distance pour les 30 juin et 1er juillet 1989. Il s’agit de réaliser cette démonstration devant un parterre de personnalités de la Francophonie réunies au premier étage de la Tour Eiffel à Paris à l’occasion d’une conférence organisée dans le cadre officiel du bicentenaire de la Révolution française. Comme le consignera plus tard un rapport interne : grâce à une carte « modem » PCTEX-4 UNINA [3], équipant un puissant ordinateur personnel et à un logiciel de communication de conception très récente, les opérateurs du Centre René Lévesque purent, par l’intermédiaire d’une prise gigogne connectée à une ligne téléphonique, pénétrer depuis Paris dans les locaux inoccupés du centre de documentation et accéder à sa banque de données [4]. Le « puissant ordinateur » ne l’était probablement que par le poids pour le monter à la Tour Eiffel : il s’agissait d’un IBM PS/2 30286 avec 2 Mb de mémoire vive et un disque dur de 45 Mb. Le logiciel de communication était une simple émulation permettant d’utiliser un logiciel américain de maintenance à distance des gros systèmes, appelé Carbone Copy alors développé par Microcom Systems et expérimenté depuis 1984 aux États-Unis [5]. Nous avons pu, ma collègue Marie-Anne Delahaut, directrice de recherche à l’Institut Destrée [6], et moi-même, nous connecter par réseau commuté sur le serveur localisé à 300 kms et y lire et télécharger plusieurs notices biographiques de personnalités présentes et qui figuraient dans le Dictionnaire biographique de la Francophonie, dont nous avions obtenu préalablement les fichiers textes pour les implanter dans l’ordinateur central.

À part le fait que nous avions dévoilé la date de naissance d’une personnalité trop coquette, l’événement constitua une vrai succès technique et donna une certaine notoriété à l’équipe dans les milieux de la Francophonie du Nord.

 

Les porteurs de valises…

Les échanges les plus porteurs sur le plan technique avaient lieu avec le Québec où l’Institut Destrée réalisa alors plusieurs missions, notamment en novembre 1990. Un ordinateur portatif servait pour les démonstrations : un PS2 P70 (80386 à 16 Mhz), espèce de valise ou de boîtier de machine à coudre de 40 cms de large avec modem intégré [7]. Il permettait au directeur de l’Institut ainsi qu’à un plus jeune chercheur – Jean-François Potelle, engagé en septembre 1989 pour développer la base de données – de présenter le Réseau Francité dans la belle province : chez IBM à Montréal, à l’Université du Québec à Montréal, au Conseil de la Langue française, au Bureau de la Coopération internationale, au ministère des Affaires internationales, etc. Le correspondant québécois du Comité scientifique du Centre René Lévesque, Pierre-Alain Cotnoir, allait nous permettre d’expérimenter plusieurs autres – et pour nous nouveaux – outils, notamment Alex – le Vidéotex de Northern Telecom et Bell Canada -, Infopuq, développé par l’Université du Québec depuis un système de messagerie et s’ouvrant ensuite vers d’autres services télématiques, ainsi que BITNET, le réseau des universités américaines développées par IBM. Nous étions fascinés par ces évolutions.

Fin 1991, le serveur dont la capacité réseau a été renforcée par un IBM PS/2 55SX, devient un IBM PS/2 35043 (microprocesseur Intel i0386sx cadencé à 20MHz et 16 Mo de mémoire vive), fonctionnant sous OS2 [8] avec – progrès alors incroyable  – les avantages du multitâche permettant les accès en même temps que l’approvisionnement et le fonctionnement d’une banque de données sous SQL, remplaçant les anciennes dBASE III et dBASE IV de Ashton Tate, utilisées auparavant [9]. Ainsi, ce nouvel équipement va permettre de développer de meilleures capacités externes, mais aussi internes, en absorbant davantage de données grâce à l’inauguration d’un système de reconnaissance de caractère IRIS et d’un réseau Token Ring version 16/4 (« Anneau à jeton ») à l’Institut Destrée, connectant les outils et les postes de travail [10]. Dès lors, tout micro-ordinateur externe à qui l’Institut Destrée envoie une formule d’émulation, fonctionne comme un terminal connecté directement à l’ordinateur du centre par le réseau commuté. Sur le réseau international, un intégrateur de logiciels, programmé en français, permet l’accès à l’information en plein écran, mais aussi sa capture ou son impression. L’émulation se perfectionne encore par le passage à Polypus, un logiciel Memsoft vers lequel IBM nous a orientés après un premier séminaire technique à Charleroi en janvier 1991 et un autre à Sèvres (Île-de-France) en septembre 1991.

En termes de contenu, dès décembre 1991, une convention pluriannuelle de partenariat est signée par les ministres Bernard Anselme et Albert Liénard (1938-2011), à l’initiative du Secrétaire général du ministère de la Région wallonne (MRW) Georges Horevoets (1943-2015). Cette convention, qui lie le MRW et l’Institut Destrée, donne accès au réseau Francité pour les services régionaux et permet la valorisation de données créées par la Région sur le réseau, notamment la Banque de données MIDAS, consacrée aux aides publiques à l’investissement, développée par la DG Économie, ainsi que les documents du Service des Études et de la Statistique (Tendances économiques, etc.).

Toutes ces données permettent de diffuser une information utile de plus en plus large, mais saturent nos capacités de mémoire. Au premier semestre 1992, l’Institut Destrée acquiert un second serveur pour renforcer sa capacité de réponse, un IBM PS2 90486, tandis que le système est transformé par les nouveaux logiciels OSBASE de MédiaSys (gestionnaire de base de données SQL) et une nouvelle version de l’émulateur et gestionnaire de terminaux : Polypus/2 d’ International Software Solutions (IS2). C’est lui aussi un multitâche fonctionnant sous OS/2, avec éditeur de fichier en mode texte.

 

L’embarquement sur internet en mars 1992

À partir de mars 1992, faisant suite à un séjour de Pierre-Alain Cotnoir, « délégué Amérique du Nord » et correspondant du Centre René Lévesque au Québec, dans les locaux de l’Institut Destrée à Charleroi, nous faisons nos premiers pas sur internet [11] avec le protocole Gopher, lancé quelques mois auparavant. En avril 1993, l’Institut Destrée mène une nouvelle mission de mise à jour technologique à Montréal. Sur base d’un rapport de Pierre-Alain Cotnoir, le Comité d’Accompagnement réuni à Charleroi les 2 et 3 décembre adopte les deux recommandations suivantes:

– l’intégration au réseau internet en vue de développer l’accès à la banque de données, l’implantation de groupes de discussion (Téléconférences informatiques) et l’accès à la messagerie électronique ;

– l’emploi d’applications distribuées dont le maniement est largement connu par les utilisateurs du réseau et qui se trouvent implantées dans de nombreux autres serveurs.

À cet égard, le Comité d’Accompagnement suggère l’adoption des applications suivantes :

– WAIS : logiciel de base de données permettant l’interrogation et le transfert des données du Centre René Lévesque via le réseau INTERNET ;

– GOPHER : l’interface d’accès à l’information rendant plus conviviale la consultation de la banque de données via le réseau ;

– VERONICA : pour une recherche élargie, l’intégration des mots clefs du Centre René Lévesque à cette base de données internationales incluant une version anglaise.

À partir de janvier 1994, dans le cadre d’une collaboration avec le Service général d’Informatique de l’Université de Liège (SEGI), son responsable, Fernand Benedet, ouvre à l’Institut Destrée un accès à sa ligne internet par le biais d’un serveur UNIX fonctionnant avec WAIS [12]. Ma première adresse électronique est ainsi destatte@segi.ulg.ac.be. Les premières pages sont réalisées par Jean-François Potelle en interface Gopher. Le système est pleinement opérationnel en septembre 1994 après acquisition d’un nouvel équipement IBM à Mont-sur-Marchienne.

Fin 1994 et début 1995, on assiste à une explosion du nombre de serveurs World Wide Web (www) : c’est l’avènement du protocole TCP-IP (Transmission Control Protocol/ Internet Protocol) mis au point par les ingénieurs américains Vinton Cerf et Bob Kahn. En janvier 1995, l’Institut Destrée installe les premiers éléments de sa banque de données sur un serveur www. En 18 mois seulement, le nombre de serveurs W3 au monde a été multiplié par plus de 50 pour approcher les 10.000 [13]. Le passage à cette technologie s’est vite imposé puisque celle-ci contrairement à WAIS permet l’intégration d’images, de graphiques, de sons ou encore d’images animées et la création de liens hypertextes vers d’autres fichiers ou d’autres sites sur le réseau : on parle alors d’une nouvelle façon de lire et d’écrire [14]. Mais la phase de préparation des fichiers est beaucoup plus longue. Les premiers contacts avec le réseau internet ont permis à l’équipe de constater l’urgence d’une action efficace. Contrairement à la Flandre qui s’y préparait [15], la Wallonie était presque totalement absente du réseau. L’Institut Destrée crée donc une plateforme spécifique intitulée Wallonie. Une des premières initiatives de l’Institut sera d’obtenir de l’éditeur Labor les fichiers textes ainsi que l’iconographie de l’ouvrage « Wallonie. Atouts et références d’une Région« , publié en début d’année 1995 par l’historien et chef de Cabinet Freddy Joris à l’initiative du Ministre-Président Robert Collignon, et de le placer sur l’internet. C’est chose faite en avril 1995 [16]. La participation à la mission de la direction générale des Relations extérieures du ministère de la Région wallonne (DARE), dirigée par Philippe Suinen, sur la côte Ouest des États-Unis (Silicon Valley et Seattle) ainsi qu’à Vancouver du 19 au 25 février 1995 est l’occasion pour l’Institut Destrée de confirmer le bien-fondé de ses choix techniques.

À l’occasion de la Treizième Conférence des Communautés de Langue française, organisée à Liège en juillet 1995, le Centre René Lévesque lance le Forum citoyenneté sur internet pour organiser des débats mondiaux parallèles aux exposés et travaux de commissions qui se tiennent au Palais des Congrès de Liège. C’est l’ouvrage du sociologue Alain Touraine, Qu’est-ce que la démocratie ? qui sert d’amorçage aux échanges [17]. En octobre 1995, le troisième Congrès La Wallonie au Futur, Quelles Stratégies pour l’Emploi ?, portant sur le Livre blanc de Jacques Delors sur la croissance, la compétitivité et l’emploi (1993) se construit également sur internet où sont placées les contributions et rapports au fur et à mesure de leur réception.

Remarquons qu’il faudra attendre septembre 1996 pour que la société INTERPAC, filiale internet de Belgacom, propose un accès internet dans ses zones téléphoniques [18]. L’Institut Destrée a pris son abonnement le 11 juin 1996. Il utilise encore Trumpet (VA.0B bêta 1 puis 4), Eudora et Netscape. La liaison passe alors de 256 Kb par seconde à 2 Mb par seconde (12/4/1995). Les mutations de hardware se poursuivent. L’institut Destrée acquiert un IBM PC Server 330 avec un Router Cisco 1600 et l’installe dans ses nouveaux locaux de l’avenue Huart à Namur. En 2003, il sera remplacé par un IBM X SERIES 232, sonc un Pentium III à 1,26 Ghz, avec 256Mb de SDRAM.

 

Wallonie-en-ligne et Wallonie.be

C’est dans le but de créer une référence wallonne sur internet et d’en faire la fenêtre principale de la Wallonie sur le réseau mondial que le 22 avril 1996, une convention de partenariat est signée par l’Institut Destrée avec la Société wallonne de Télématique (SOWATEL). Cette société, dirigée par Jean-Pierre Gilson, gère depuis 1990 un serveur sur le réseau vidéotex pour le Parlement de Wallonie et la revue scientifique Athéna. Depuis février 1995, Jean-Pierre Gilson a lui aussi mis en place un premier site internet consacré à la Wallonie. La nouvelle plateforme se développe sur l’adresse Wallonie.be qui a été créée et acquise par l’Institut Destrée via la Vrije Universiteit Brussel (VUB), alors en charge des DNS pour le <.be>. En effet, depuis le 13 mai 1996, le domaine dns wallonie.be est la propriété de l’Institut Destrée au sein de Belnet.be géré par la VUB [19]. Mon adresse électronique devient destatte.ph@wallonie.be, première créée sur ce dns. Dès le 29 mai, le Cabinet du ministre de l’Agriculture Guy Lutgen (1936-2020) y est accueilli à sa demande sur le portail avec un sous-domaine envagri.wallonie.be [20].

Image emblématique du portail Wallonie en ligne (http://www.Wallonie.be), 3 juin 1996

L’inauguration officielle du portail Wallonie en ligne (http://www.Wallonie.be) se tient le 3 juin 1996 au Château de Namur devant quelque quatre-vingts représentants des institutions wallonnes ou de sociétés culturelles et commerciales. Le site comprend alors quelque 45 méga-octets de données, près de 3.000 entrées en tête de site et 1.000 fichiers transférés par jour. Il se veut un site de référence au service de la Région, non commercial et intellectuellement rigoureux. Son image emblématique est le pont haubané de Wandre qui représente à la fois le lien entre les Wallons dont le site est le point de référence et la qualité technique wallonne. Le site est d’emblée important en termes de contenu par la masse des informations qu’il contient (Wallonie, Atouts et références d’une région, Congrès La Wallonie au Futur, Cent Wallons du Siècle, etc.). Nous le développons afin qu’il  constitue la référence pour toutes celles et ceux qui voudront présenter la Région dans laquelle ils vivent ou travaillent sur leur propre site internet, en établissant un lien vers Wallonie en ligne [21].

Du 26 au 28 juin 1996, je participe au Palais des Congrès de Montréal à la sixième convention de l’Internet Society, créée en 1991 pour coordonner le développement d’internet dans le monde. J’y fais la connaissance de Vinton Cerf [22]. Le 30 juin 1996, au retour de l’INET proposition est faite de créer un Chapitre Wallonie de l’Internet Society [23]. Après avoir rencontré les fondateurs de l’internet à l’INET de Genève puis de San José en Californie, Marie-Anne Delahaut crée le Chapitre Wallonie en 1998 et en pilote les activités internationales jusqu’en 2019, avec notamment l’ancien recteur de l’UNAMUR Jacques Berleur (1938-2020) élu comme président [24]. Marie-Anne Delahaut, qui reste  en contact avec le fondateur du TCP-IP, devenu plus tard vice-président et Chief evangelist de Google, a participé aux travaux du Sommet mondial sur la société de l’information initié par le Secrétaire général des Nations Unies Kofi Annan dès 2003 à Genève, puis en 2005 à Tunis, en organisant une conférence internationale au Château de Namur en mars 2005 et publiant un ouvrage de référence Prospective et gouvernance de l’internet [25].

Alors que le gouvernement wallon est interpellé sur son absence de la Toile [26], le 29 août 1996, l’Institut Destrée organise pour le Ministre-Président Robert Collignon un voyage sur l’internet en son Cabinet. Nos ordinateurs sont transportés à l’Elysette et nous lui montrons quelques outils à partir du moteur de recherche Yahoo, avant de lui faire visiter Wallonie-en-ligne (http://www.Wallonie.be). C’est le troisième chef du Gouvernement wallon que nous rencontrons à cet effet, après Bernard Anselme et Guy Spitaels. Hors des efforts de l’Institut Destrée, la visibilité de la Région sur l’internet n’est pas glorieuse. En juillet 1996, selon le ministre wallon de l’Équipement de l’Exécutif régional wallon, la Wallonie ne dispose encore que de dix points d’accès à internet (contre 26 en Flandre) et de 60 sites internet sur les 1.700 que compte la Belgique. C’est pour y remédier que Michel Lebrun veut lancer une politique de communication intitulée Wallonie IntraNet (WIN) et un programme mobilisateur de cyberécoles [27]. Je participe à la mission techno-industrielle de la Région wallonne au Québec du 10 au 15 novembre 1996 au côté du Ministre-Président Robert Collignon pour présenter Wallonie-en-ligne dans plusieurs tables rondes spécialisées multimédias et inforoutes.

Le député écologiste Xavier Desgain force en février 1997 un débat au Parlement grâce à une proposition de résolution sur les enjeux économiques, sociaux, culturels et démocratiques liés à la société de l’information [28]. Alors qu’au printemps 1997, l’Institut Destrée modernise ses outils logiciels en adoptant Microsoft Internet Information Server, l’extension Web de Windows NT Server avec FrontPage, la Région wallonne prend conscience de l’enjeu que représente l’internet.

Le 18 décembre 1997, le Gouvernement de Wallonie décide l’uniformisation des dénominations des services mis en place par la Région wallonne sur internet. La Région réquisitionne le domaine « Wallonie.be » qui deviendra unilatéralement le domaine de référence à partir duquel seront déclinées toutes les adresses des serveurs d’information et de courrier électronique de la Région. En vue de la mise en œuvre, l’Institut Destrée propose alors en réunion intercabinets de confirmer l’alliance entre le site carrefour de la Région wallonne et Wallonie-en-ligne géré par l’Institut Destrée. Selon l’Institut Destrée, une alternative pourrait être de s’inspirer du gouvernement fédéral et de créer un domaine Wallonie.gov.be [29]. A cette époque, le portail Wallonie-en-ligne développé par l’Institut Destrée est référencé par la plupart des indexeurs et reçoit quelque 70.000 accès par mois. Neuf forums de discussions fonctionnent sur news.wallonie.be. De nouveaux cabinets et administration y sont situés, notamment la DGTRE et ses programmes mobilisateurs ainsi que le Cabinet du ministre du Budget. Dès le 28 février 1997, l’Institut Destrée a proposé au Gouvernement wallon de mettre à disposition Wallonie.be tout en préconisant une seule entrée plateforme sur la toile pour la Wallonie, proposition confirmée le 3 décembre 1997. Le 27 février 1998, l’Institut Destrée signifie au Ministre-Président son retrait total de Wallonie.be regrettant que le grand site de la Wallonie que nous avions conçu et préconisé n’ait pas pu être mis en place [30]. Ainsi, le portail Wallonie-en-ligne migrait sur une nouvelle adresse : http://www.wallonie-en-ligne.net qui devient le portail principal de l’Institut Destrée.

Comme le temps passe sans de véritable mouvement de la Région wallonne, l’administrateur de domaine <.be> s’en inquiète. Ainsi, le 6 novembre 1998, j’écris au BE Domaine Administrator le Professeur Pierre Verbaeten de la KU Leuven que following the letter I sent on the 15th of January 1998 about the domain « Wallonie.be », I hereby confirm that we have placed the domain at the disposal of the Walloon Government since June 11th 1998.

 

Internet : la réalisation d’un objectif fixé dès 1987

Ainsi que je l’avais indiqué lors de la conférence de presse tenue à Namur le 3 juin 1996, loin de céder à un mode momentanée, la mise en œuvre d’internet a constitué pour l’Institut Destrée la concrétisation d’un objectif auquel nous aspirions depuis de nombreuses années et, après de nombreux essais et erreurs, un nouveau point de départ dyna­mique en matière de développement adapté à nos objectifs :

désormais, pour nous, internet ne relève plus de la science, des télécommunications ou de l’informatique, mais constitue, au même titre que nos conférences, colloques, livres ou vidéo, un mode classique d’action pour affirmer la Wallonie [31].

Fondateur du nom de domaine Wallonie.be, puis de Wallonie-en-ligne, et du Chapitre Wallonie de l’Internet Society, l’Institut Destrée a également participé à la gouvernance de l’internet (Internet Cooperation for Assignated Names and Numbers – ICANN) et au fort développement de contenus et d’une terminologie en français sur l’internet [32]. Ce fut particulièrement vrai avec la création du réseau, portail et anneau La Francité (http://www.lafrancite.org) lancé en juin 2000 par les chapitres français, québécois, luxembourgeois et wallon à l’occasion des Premières Rencontres de l’Isoc-Wallonie, organisées à Namur, à l’initiative de l’Institut Destrée. Ce geste constituait à la fois l’aboutissement des efforts fournis en cette matière depuis 1988 et le commencement d’une nouvelle action, plus pertinente.

Ce rôle de pionnier de l’Institut Destrée ne s’arrête évidemment pas avec l’an 2000. Il fut poursuivi de main de maître par ma collègue Marie-Anne Delahaut, désormais entrepreneure et administratrice système propriétaire de son serveur <MAD-Skills.eu> sous Linux Debian hébergé chez Wistee.fr à Paris. Elle a été sélectionnée par l’Union internationale des télécommunications (ITU/UIT), agence des Nations Unies pour le développement spécialisé dans les technologies de l’information et de la communication » comme référence parmi les Women in Technology [33]. Marie-Anne a notamment raconté ces développements de l’internet, de la gouvernance et de l’égalité qu’elle continue à construire, notamment comme créatrice web et au travers du processus international de recherche prospective Millennia2025, Un plan d’action pour l’autonomisation des femmes et l’égalité » [34].

Cette initiative a été largement reconnue au plan mondial et a valu à l’Institut Destrée l’accréditation comme ONG partenaire officiel de l’UNESCO (statut de consultation) et en statut consultatif spécial auprès du Conseil économique et social des Nations Unies (ECOSOC) depuis 2012.

Comme l’écrivait à cette époque le journaliste Paul Piret dans La Libre, L’Institut Destrée est parfois plus (re)connu à l’étranger[35]

 

Philippe Destatte

@PhD2050

 

[1] Rapport annuel du Centre René Lévesque, Charleroi-Aoste, Institut Destrée, Décembre 1989. – Acquis à l’époque : Michel POULLET, Le guide Marabout de la télématique, Alleur, Marabout, 1985. (Bibliothèque de l’Institut Destrée).

[2] Philippe DESTATTE, Présentation de Wallonie-en-ligne, Namur, Conférence de presse du 3 juin 1996, communiqué.

[3] Unina était une société namuroise, localisée rue de Coquelet, créée fin des années 1970 par Joël Demarteau, et qui fut rachetée par Telindus.

[4] Philippe DESTATTE, Présentation de Wallonie-en-ligne…, Charleroi, 1995.

[5] Rien à voir avec le logiciel de clonage pour Mac développé par Bombich Software…

[6] Marie-Anne Delahaut, Juin 2022,  https://www.millennia2025-foundation.org/marie-anne_delahaut.html

[7] Cette machine sera remplacée en 1992 par un LapStation IBM PS/2 L40 SX.

[8] L’Institut Destrée a démarré avec la version OS/2 étendue 1.1. avant de passer à 2.0.

[9] Daniel ROUGE, dBASE III et dBASE IV, Le bonnes bases, Paris-SYBEX, 1988-1989. – Denys BONDEVILLE, Accédez aux banques de données, Paris, Armand Colin, 1991. –   Le passage à SQL n’est pas surprenant, il a été favorisé par les échanges entretenus avec le Centre informatique de Philosophie et Lettres de l’Université de Liège (CIPL), initiative de Claude Desama Le professeur d’Histoire avait d’ailleurs préfacé dès 1988, l’ouvrage de son assistante Suzy PASLEAU, SQL, Langage et SGDB (Système de Gestion de Base de Données) relationnels, Paris, PSL, 1988. C’est au CIPL, créé en 1983, qu’une partie de l’équipe de l’Institut Destrée a d’ailleurs fait ses premières armes sur ordinateurs. – S. PASLEAU, Les bases de données en sciences humaines, Conception et gestion, Liège, Université de Liège, 1988.

[10] Roland DUBOIS, Introduction aux architectures de Réseau IBM, Paris, Eyrolles, 1989.

[11] Sur l’histoire de l’internet, voir Barry LEINER, Vinton CERF, e.a., A Brief History of the internet, in On the Internet, An International Publication of the Internet Society, May-June 1997, p. 16-25. – & July-August 1997.

[12] Jean-François POTELLE, Rapport intermédiaire du Centre René Lévesque, Charleroi, Institut Destrée, 15 juillet 1994.

[13] Message de Michel MINSOUL, SEGI, Université de LIège, 3 février 1995, ARCHIVES DE L’INSTITUT DESTREE, … Divers.

[14] Michel COLONNA D’ISTRIA, Internet, un « réseaux de réseaux », dans Le Monde, 15 juin 1994, p. 20. – Philip ELMER-DEWIT, Battle for the Internet, in Time, July 25, 1995, p. 34-40. – Francis PISANI, L’hypertexte relie tous les documents de la toile d’Internet, dans Le Monde, 11 mai 1996, p. 20. – Michel ALBERGANTI, Internet accélère le travail quotidien des chercheurs, dans Le Monde, 7 juin 1996, p. 20.

[15] Anne FRANCOIS, Vlaanderen Vandaag, La Flandre sur internet, dans La Libre Belgique, 17 mai 1996.  Présentation à la presse par le Ministre-Président Luc Van Brande d’un projet de plateforme Flanders Online. – Christine SIMON, La cyber-Wallonie est en marche, dans Le Soir, 25-27 mai 1996. – Denis DARGENT, Déséquilibre nord-sud, Plus de 80% des initiatives sur le Net viennent de Flandre..., dans Le Peuple, 17 mai 1996, p. 5. (Etude Netomium). La SA Netonium mise sur pied en février 1996 par Michel Henrion et Dominique Gany était une filiale d’Investcom (regroupant la SRIW, Deficom et Canal + France). Fabrice CLAES, Internet, Récupération fédéralisée, dans Tendances, 30 mai 1996, p. 62. – Les francophones absents de l’internet !, dans L’Echo, 11-13 mai 1996.

[16] J-F POTELLE, Rapport intermédiaire du Centre René Lévesque, Charleroi, Institut Destrée, 28 avril 1995.

[17] Alain TOURAINE, Qu’est-ce que la démocratie ?, Paris, Fayard, 1994.

[18] Henry INGBERG & Jean-Luc BLANCHART, Étude prospective « Francophonie et enjeux des inforoutes », Aspects juridiques et réglementaires, Conférence des Ministres francophones chargés des inforoutes, Paris, Agence de la Francophonie – ACCT, 1997.

[19] ARCHIVES DE L’INSTITUT DESTREE, Confirmation de BE technical Staff du 4/06/1996 DNS-BE pour 5000 francs belges.

[20] ARCHIVES DE L’INSTITUT DESTREE, Lettre de Philippe Blerot, Chef de Cabinet adjoint du 23 mai 1996.

[21] « Wallonie en ligne », L’Institut Destrée et Sowatel ouvrent une fenêtre commune sur internet, dans La Meuse, 4 juin 1996.

[22] Claire HARVEY, Inet 96 : une première au Québec, Une conférence sur les enjeux de l’implantation mondiale d’Internet, dans Le Devoir, 23 juin 1996, p. E2. – Sylviane TRAMIER, Du flou dans le cyberespace, Prenant acte de la formidable croissance du réseau mondial, la sixième conférence de l’Internet Society s’est interrogée sur les conséquences commerciales, sociales et politiques de l’explosion d’Internet, dans Le Monde, 7-8 juillet 1996, p. 26.

[23] Courriel de Philippe Destatte à Béatrice Van Batselaer, le 30 juin 1996. ARCHIVES DE L’INSTITUT DESTREE, Jean-François Potelle, Internet, Divers.

[24] Chapitre Wallonie de l’Internet Society : http://wallonie-isoc.org/

[25] Prospective de l’internet : https://www.wallonie-en-ligne.net/2005_Prospective-Internet/index.htm

[26] Question parlementaire d’Etienne Knoops : le ministre-président Collignon indique d’un serveur carrefour sera lancé en 1997. La Région wallonne sur Internet, dans Le Peuple, 1er juin 1996, p. 3.

[27] J. E., Les autoroutes wallonnes de l’information en chantier, dans La Libre Belgique, 2 juillet 1996.

[28] Parlement wallon, Session 1997-1997, Compte rendu analytique de la séance du mercredi 19 février 1997, CRA (1996-1997) – N° 15, p. 7sv.a

[29] Courrier de Philippe Destatte à Robert Collignon du 3 décembre 1997 faisant suite à la rencontre avec Jean-Christophe Peterkenne, chef de Cabinet adjoint.

[30] D’emblée le site unique de la Région wallonne semble contesté. Ainsi, le 30 juin 1998, un domaine http://www.mrw.dga.be est créé. ARCHIVES DE L’INSTITUT DESTREE, Lettre de Jacques Reginster, DG Agriculture du 30 juin 1998.

[31] Philippe DESTATTE, Wallonie en ligne, Conférence de presse Wallonie en ligne, Présentation de Wallonie en ligne, Site commun crée sur Internet, en partenariat par Sowatel et l’Institut Jules Destrée, Namur, 3 juin 1996.

https://www.wallonie-en-ligne.net/Wallonie_Information/1996_Destatte_Philippe_Historique_Wallonie-en-ligne_Francite.htm – Ph. DESTATTE, Du réseau Francité à Internet : identité française et citoyenneté sur les inforoutes, Intervention au colloque « Langue française et autoroute de l’information », colloque organisé par le Haut Conseil de la Francophonie, Grenoble Sassenage, 19 juin 1996.

[32] Philippe Destatte a fait partie de la Commission de Terminologie informatique auprès du Premier Ministre de la République française de 1990 à 2000. Elle était alors présidée par le Général Ferré puis par Philippe Renard, ancien ingénieur de chez IBM puis directeur de l’informatique à la Société européenne de Propulsion, inventeur du terme logiciel.

[33] WSIS Special Initiative on ICTs and Gender Mainstreaming: https://www.itu.int/net4/wsis/forum/2022/Home/ICTsGender

[34] Le processus  de recherche prospective Millennia2015 a abouti notamment à la création de la Fondation Millennia2025 Femmes et Innovation : https://www.millennia2025-foundation.org/index.html. Marie-Anne Delahaut a publié fin 2017 un ouvrage de 608 pages préfacé par la Directrice générale de l’UNESCO Irina Bokova « Ensemble pour l’égalité !, Prospective, réseaux internationaux et actions concrètes pour l’autonomisation des femmes et l’égalité des genres : Bilan 2007-2017 – Objectif 2025 » : https://www.millennia2025-foundation.org/ensemble_egalite.html .

[35] Paul PIRET, L’Institut Destrée est parfois plus (re)connu à l’étranger, dans La Libre, 10 juin 2013.

https://www.lalibre.be/belgique/2013/06/10/linstitut-destree-est-parfois-plus-reconnu-a-letranger-5HD25VE3KRAKDL7KHB4PF4WPZI/

Boston, April 30, 2018

In order to conclude the symposium Grappling with the Futures, Insights from History, Philosophy, and Science, Technology and Society, hosted in Boston by Harvard University (Department of the History of Science) and Boston University (Department of Philosophy) on Sunday, April 29 and Monday, April 30, 2018, the organizers wanted to hear about related organizations or initiatives. They wanted to both learn more about them and figure out the potential added value of these possible new additions to the network, which should not duplicate existing ones and should foster mutually beneficial synergies. We therefore heard from Ted Gordon for the Millennium Project, Keri Facer for the Anticipation Conference, Cynthia Selin for the Arizona State University initiatives, Terry Collins for the Association of Professional Futurists, Philippe Durance for the CNAM, Jenny Andersson and Christina Garsten for the Global Foresight Project[1], and myself for The Destree Institute. This paper is a revised version of my short contribution given in this final panel.

 1. A Trajectory from Local to Global

Some groups mainly know The Destree Institute as a local NGO with quite a long history (it will be 80 years old in June 2018) of modest size (10 researchers), a foundation that operates as a ‘think and do tank’ and is close to the Parliament of Wallonia and government, a partner of the regional administration and very open to the world of entrepreneurship. It works at the crossroads between five or six universities in cross-border collaboration. Twenty years ago now, after 15 years of research in history and future studies, The Destree Institute created its Foresight Unit, supplementing this last year with a laboratory of collective, public and entrepreneurial policies for Wallonia in Europe: the Wallonia Policy Lab [2]. Its work in this area is intellectually supported by a Regional Foresight College consisting of 30 leaders from various spheres of society.

To others, The Destree Institute is first and foremost a European and global research Centre in the field of foresight, a worldwide NGO with a special consultative status with the United Nations Economic and Social Council (ECOSOC) and an official partner of UNESCO (with consultative status) since 2012; a member of the Open Government Partnership Civil Society Community; a founder of the Brussels Area Node of the Millennium Project; a leading partner of many European initiatives; and the headquarters of the Millennia2025 Women and Innovation Foundation, a global foresight initiative for women’s empowerment and equality, involving more than 10,000 members, researchers and grassroots workers in five continents, whose international foresight research process was launched in 2008 with the support of the Millennium Project and the patronage of UNESCO’s Director-General.

Both views are correct. The Destree Institute’s development from a local history research Centre in Wallonia to a European and global foresight actor is easily traced; at the same time, it has succeeded in maintaining strong local roots.

One of the main ambitions and achievements of The Destree Institute lies in its ability to develop a strong operational conception of foresight. We use foresight not only to think about the future but to shift the system, to trigger transition and transformation. Far from just thinking that one could modify the future simply by looking at it, Gaston Berger – whose importance has been emphasized by the organizers of the symposium – saw change as a process that is hard to implement and difficult to conduct, as the American researchers in social psychology whose models inspired him had shown. Berger particularly referred to the theories of change and transformation processes described by Kurt Lewin, Ronald Lippitt, Jeanne Watson and Bruce Westley[3]. With this in mind, we developed in 2010 a tool named the Bifurcation Method (in the sense of ‘bifurcations’ used by Nobel Prize-Winner Ilya Prigogine) in order to identify the different moments when the system, or a part of it, or an actor, could take different directions or trajectories. We first apply this tool to the past in what we call the retroforesight phase, identifying trajectories that could have been taken at particular past moments and what developments would have ensued. We can then use the techniques of foresight to try to identify bifurcations and trajectories in the future, using institutional rendezvous, assumptions and wildcards, events of low probability but with high impacts which can open up the cone of the future and cause movement in the system.

In this way, we are able to structure concrete operational work drawing on the kind of expertise described during the symposium by historians, philosophers, STS experts and others.

2. History does not hold the keys to the future

From History to Foresight is also the title of a well-known book by Pierre Chaunu [4]. It was written by the great French historian and Sorbonne professor in 1975 for a collection named Liberty 2000.

Chaunu wrote that a good reading of the present, integrating the past, leads imperceptibly to the future. It is, by nature, foresight-oriented [5]. He added that this foresight is, of course, linked to the idea of mankind. It therefore involves the « unfolding » of history [6]. He also observed: History does not hold the keys to the future. It cannot map out the path, but a history that is made part of the human sciences can correct us; it can impose a check on infantile projections that are captive to the short term [7]. I think that the integration of future studies in the human sciences will always remain a real and difficult challenge.

Those who were able to attend the Harvard meeting certainly feel, as I do, that more than 40 years after Chaunu’s analysis, we are fully on track to achieve the aims that the main organizer Yashar Saghai (Johns Hopkins University) proposed at the opening of the symposium for the meeting and its follow-up: to end isolation within each discipline (history, philosophy, science, technology and society) and between countries, to learn from each other in depth beyond interdisciplinary conferences, to gain an up-to-date knowledge of current research, to deepen connections with future studies practitioners and theorists. Yashar also insisted on the importance of probing the needs for a permanent network or platform for our communities. The challenge is, as Riel Miller said in his keynote address but also in his new book[8], to reinforce our understandings, practices and capacities.

3. Main requirements for a permanent network or platform

With its partners, The Destree Institute has launched and/or managed many networks and platforms in the last twenty years: the Millennia2015 foresight process, the Millennia2025 Foundation, the Internet Society Wallonia Chapter, the European Regional Foresight College, the European Millennium Project Nodes Initiative (EuMPI), the Regional Foresight College of Wallonia, the Wallonia Territorial Intelligence Platform, etc.

In all cases, the main requirements were the same:

1. to define clear aims that make sense and generate a desire to involve all the actors. These goals should be understood by all the partners without ambiguity. Clarifying words and concepts is a key task for all scientific ambition, and as such is shared by the futurists;

2. to stay firmly connected to the ground and able to come back to the present: what we will do tomorrow needs to be thought about in the present. We need our heads in the stars but our feet in the clay…

3. to fight against certainty. We often talk in terms of trying to throw light on our uncertainties, but we should also fight our great certainties about our disciplines, our fields, our methods and our perceptions of the world;

4. good leadership with proper respect for the members. In March 2018, the Women’s Economic Forum awarded my colleague Marie-Anne Delahaut the Woman of the Decade in Community Leadership Prize for her work for Millennia2025 [9]. We all know how sensitive these tasks are;

5. professionalism in management, because we need to improve our work and gain precious time for our researchers instead of wasting it;

6. relevant communication materials (logos, websites, etc.), although I tend to say, as General de Gaulle might have done, that logistics should follow ideas rather than vice versa;

7. and finally, as Professor Michel Godet often repeats, loyalty, competence and pleasure.

Pleasure in thinking together, pleasure in working hard together, pleasure in meeting together.

I feel that we have assembled these ingredients during these two days shared at Harvard and Boston Universities. Thank you to the organizers for bringing us together.

 

Philippe Destatte

@PhD2050

 

On the same subject: What is foresight?

Direct access to Philippe Destatte’s English papers

 

[1] Global Foresight Project :

https://www.socant.su.se/english/global-foresight/participating-researchers/christina-garsten

[2] Philippe DESTATTE, A Wallonia Policy Lab on the Foresight Trajectory, Blog PhD2050, Namur, April 11, 2018, https://phd2050.org/2018/04/11/wpl-en/

[3] Gaston BERGER, L’Encyclopédie française, vol. XX : Le Monde en devenir, 1959, p. 12-14, 20, 54, in Phénoménologie du temps et prospective, p. 271, Paris, PuF, 1964.

[4] Pierre CHAUNU, De l’histoire à la prospective, Paris, Robert Lafont, 1975.

[5] Une bonne lecture du présent intégrante du passé débouche, insensiblement, sur l’avenir, elle est, par nature, prospective. P. CHAUNU, op. cit. p., 283.

[6] Elle est, bien évidemment, liée à une idée de l’homme. Elle implique donc le « déroulé » de l’histoire. Ibidem, p. 285.

[7] L’Histoire n’a pas les clefs de l’avenir, elle ne peut pas tracer la voie, mais une histoire intégrée aux sciences de l’homme peut rectifier, elle peut réduire les projections enfantines, prisonnières du temps court. Ibidem.

[8] Riel MILLER, Transforming the future, Anticipation in the 21st Century, Paris-Abingdon, UNESCO-Routledge, 2018.

[9] http://www.millennia2015.org/Women_Economic_Forum_Award_2018_EN