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Mons, le 20 août 2026

 

Conclusions : une domination systémique

Pour ce qui concerne la Belgique, la colonisation a pris la forme d’une domination systémique – politique, économique, sociale, culturelle, religieuse, notamment – sur le Congo de 1885 à 1960, ainsi que sur le Ruanda-Urundi de 1916 à 1961. Malgré les statuts différents des deux territoires, les modes de gouvernance et d’exploitation n’ont guère été fondamentalement différents [1].

L’objectif affirmé de la politique de la Belgique au Congo est double : d’une part, faire progresser le bien-être des populations indigènes (…) pour leur faire comprendre et  apprécier les avantages de la civilisation, d’autre part, assurer le développement économique, normalement commun, des colonisateurs et des indigènes [2]. En fait, comme les organisations non gouvernementales et les institutions internationales, de même que de nombreux parlementaires et intellectuels l’ont montré, la colonisation est à la fois mise en valeur (pour qui, pour quoi ?) et exploitation des pays devenus colonies. Le Congo n’apparaît que très peu comme une colonie de peuplement pour les Belges. Quant à la mise en valeur, on doit véritablement s’interroger tant sur la volonté que sur la capacité du système colonial belge de répondre à la misère du pays conquis [3].

Les critiques des crimes et sévices liés à l’exploitation par le roi Léopold II, ses agents et ceux des entreprises à qui il a concédé des territoires mettent fin à l’État indépendant du Congo en 1908. Malgré les principes affirmés, le contrôle parlementaire et certaines actions individuelles, le système colonial mis en place, qui s’étend à partir de 1916 au Ruanda-Urundi, reste fondamentalement prédateur vis-à-vis des populations autochtones. Celles-ci, du reste, sont privées des avancées démocratiques et sociales qui se déroulent dans la métropole : droit de suffrage, droit sociaux, syndicalisme, émancipation des femmes, notamment. En fait, jusqu’en 1955-1956, l’ordre colonial – économique, social, spirituel, psychologique – qu’impose la Belgique au Congo est si écrasant qu’il semblait impossible de l’affronter ouvertement. [4]

Quatre traits essentiels et persistants du système colonial belge au Congo ont été mis en évidence par les directrices et directeur de l’ouvrage Le Congo colonial (2020 et 2023). Ils portent sur la violence, le racisme, le profit économique ainsi que la volonté de remodeler les autochtones au profit des colonisateurs. Ils peuvent nous servir de guide.

 

1. La violence est inhérente au système colonial instauré au Congo depuis 1885

La colonisation du Congo était basée sur la pénétration violente, puis la soumission forcée d’une société par une autre [5]. Un manque structurel de moyens dégagés par l’État belge face à l’ambition initiale est également un facteur de cette violence qui n’est évidemment pas générée uniquement par les colons, mais aussi par tous ceux qui, notamment par le biais de l’administration indirecte, participent au système, Noirs comme Blancs. Néanmoins, ce qui frappe, c’est, comme l’a souligné l’historien congolais Elikia M’Bokolo lors de la Commission spéciale de 2021, la mobilisation constante, continue, multiforme par le colonisateur de brutalités qui fondent un système durable de domination qui a toujours des effets : les sociétés issues d’une telle colonisation se sont trouvées dans un tout autre état, disons-le plus clairement et plus franchement, en un fort mauvais état, sans relation aucune avec ce qu’elles avaient été auparavant et ce qu’elles étaient en train de devenir au moment de la mainmise coloniale sur elles [6].

Et pourtant, dès 1886, une question avait été pertinemment posée par l’avocat, libre penseur libéral progressiste Adolphe Van Cauwergh (1849-1891). Sous le titre de Civilisation et civilisateur,  ce dernier écrivait :

Et nous nous sommes demandé si, au Congo, la barbarie, la sauvagerie et la férocité se manifestent avec l’intensité que nous constatons chez nous.

Et nous remémorant les récits des explorateurs impartiaux, qui ont retracé l’histoire de ces dernières années consacrées à la civilisation du continent noir, nous avons lu dans nos souvenirs que les exemples de barbarie, de sauvagerie et de férocité avaient été fournis, non par les nègres, mais par leurs prétendus civilisateurs.

Et, mettant en parallèle les mœurs et les tendances des Congolais avec celles d’un fort grand nombre de Belges, « jouissant des bienfaits d’une civilisation avancée », nous avons dû, à notre grande honte, reconnaître que ce n’était pas nous qui l’emportions en qualités.

La conclusion à tirer de ces réflexions est, tout naturellement, que le pays qui a besoin d’être civilisé, ce n’est pas le Congo, mais bien le nôtre [7].

Néanmoins, ainsi qu’il faut bien le constater, si elle s’est relativement apaisée en Belgique, cette violence se poursuit au Congo, au-delà du XXe siècle.

 

2. Le Congo belge, comme toute société coloniale, était structurellement raciste [8]

Le Recueil à l’usage des fonctionnaires et des agents du Service territorial au Congo belge, particulièrement les Notes sur les institutions, mœurs et usages des Congolais, montrent tout le racisme non seulement déployé dans le système colonial belge, mais perpétué sur le long terme au sein de son administration. À côté du paternalisme qui y est affiché, on trouve à la fois un discours sur la primitivité [9] et sur des normes fondant la ségrégation. Comme l’écrivait l’historienne Gillian Mathys (UGent) dans les travaux de la Commission spéciale, les motifs racistes et les idées spécifiques sur la « primitivité » et d’autres caractéristiques supposées des Noirs ont joué un rôle central dans la légitimation du projet colonial. Les Africains étant considérés par les Européens comme fondamentalement différents et inférieurs, ils étaient traités et gouvernés en conséquence [10]. Au plan normatif, comme l’a montré Anne Cornet, chercheuse au Musée royal d’Afrique centrale à Tervueren, les juristes et fonctionnaires de la colonie belge ont employé le mot indigène. Ainsi, le docteur en droit de l’Université de Liège Albert Gohr (1871-1936), secrétaire général du ministère des Colonies, précisait-il en 1936 que ce mot était employé pour différencier les races qui, de temps immémorial, se sont établies dans les Colonies, par opposition aux personnes qui ne les habitent que depuis peu de temps. Dans ce sens, les “indigènes du Congo” sont des personnes nées de parents appartenant à une des races noires qui peuplent le Congo, même si ces personnes elles-mêmes n’y sont pas nées [11].

Cette conception se retrouve clairement dans le Recueil à l’usage des fonctionnaires, au moins dans l’édition de 1930 :

  1. Les Noirs au point de vue anthropologique.

Opposée à la race blanche ou à la race jaune, la race noire paraît d’abord homogène. Mais, à l’étude, on y découvre rapidement la même hétérogénéité.

Les Congolais se répartissent en trois races secondaires : (…)

Le mot race, que nous venons d’employer, désigne un groupe biologique basé sur des caractères physiques transmissibles par l’hérédité. Nous réservons le terme peuples aux groupements caractérisés par les langues [12].

Certes, ces descriptifs racistes s’inscrivent dans une approche soi-disant théorique, relevant fondamentalement, comme l’a noté Jean-Pierre Chrétien, d’un imaginaire social et d’une gestion politique [13] . Néanmoins, lorsqu’on parcourt les témoignages de l’époque ou même ceux plus tardifs, on est frappé par la forme d’un discours utilisé par les anciens colons, fonctionnaires ou militaires. Un discours que l’on devrait qualifier au XXIe siècle de fondamentalement raciste [14].

Du reste, les expositions universelles et leurs pavillons congolais, construits à la gloire de la colonisation, exhibant des Africains devant des millions de visiteurs, constituent plus que des symptômes du racisme et de la croyance en la supériorité fondamentale de leur civilisation qui animaient alors les autorités belges. Ils ont notamment attiré les curieux à Anvers en 1885 et 1894, à Bruxelles en 1897, ainsi qu’encore en 1958, sur le plateau du Heysel [15].

 

3. Le facteur économique et la quête insatiable du profit

Derrière des mobiles soi-disant fondés sur la civilisation, le progrès ou le développement, le facteur économique et la quête insatiable du profit constituent un élément central de la présence belge en Afrique centrale, même si le mode d’exploitation évolue au cours de la période, passant de la prédation ultraviolente de la main-d’œuvre noire à une exploitation davantage inscrite dans une tradition industrielle capitaliste [16]. C’est ce que l’économiste Frans Buelens montre lorsqu’il étudie les grands conglomérats au Congo et met en évidence le fait que, tant l’administration coloniale que la force publique, servent les intérêts du monde économique. Pour le chercheur à l’Université d’Anvers, tandis que les Congolais sont soumis à un arbitraire total, les coloniaux jouissent, eux, d’une impunité presque absolue. Le Congo est une colonie qui exerce une emprise quasi totalitaire sur ses habitants. Cette situation s’inscrit par ailleurs dans une vision utilitaire et raciste de la population. L’État colonial, en symbiose avec le monde des affaires, peut traiter la population comme il l’entend, sans la moindre pitié. Cela se traduit par un système d’apartheid et par le refus de tout développement du capital humain [17].

Cet asservissement se fait dans le cadre d’une économie congolaise fermée, malgré tous les engagements pris par les colonisateurs depuis la Conférence de Berlin. Sauf pour des raisons stratégiques impératives, les investisseurs non belges sont systématiquement écartés. Comme le rappelle Isidore Ndaywel, entre 1887 et 1953, 46,5 % des capitaux investis au Congo sont d’origine belge ; 49,2 % étaient d’origine congolaise, aux mains des Belges pour la plupart, et seulement 4,3 % étaient d’origine étrangère [18].

 

4. La volonté de remodeler les autochtones

Les colonisateurs sont animés par une volonté de remodeler les esprits et les comportements des autochtones. La société colonisée est  porteuse de tensions, voire de contradictions, à cause des trois premiers éléments rappelés ci-dessus [19]. De plus, les finalités des actions du colonisateurs peuvent être constamment mises en doute, qu’elles soient le fait de l’évangélisation, de l’éducation ou de la formation des travailleurs.

Se pose aussi la question du réel développement. Dans les années 1950, et notamment sous l’effet de la guerre de Corée (1950-1953) et du Plan Wigny, comme le rappelle Guy Vanthemsche, la croissance économique est impressionnante, les infrastructures sont développées. L’effet d’entraînement dans le domaine social est également incontestable : un certain nombre de Congolais vivaient mieux qu’avant la guerre. Tant leur niveau de consommation que leur cadre de vie s’étaient améliorés. Tout cela grâce à la colonisation. (…) Mais, avant la fin de la décennie, l’éveil du colonisateur fut brutal. La dette publique avait explosé, précisément à cause de la politique belge. La campagne et les villes n’étaient plus en mesure de se nourrir avec la production vivrière autochtone [20].

Ces facteurs économiques et sociaux sont essentiels. Moins comme bilan de la colonisation que pour contribuer à expliquer – nous n’y avons probablement pas assez insisté – les frustrations, mais aussi les craintes de l’avenir qui ont marqué l’été 1960, et contribué à ouvrir une longue période de chaos et de misères en tout genre.

Enfin, la colonisation du Congo avait été d’emblée marquée par un phénomène d’internationalisation, avant de disparaître plus ou moins de l’actualité en 1908. Toutefois, le processus de décolonisation et, en particulier, les événements de juillet 1960 font émerger non seulement le Congo mais la réalité de l’Afrique entière dans le regard du monde [21].

 

Faire mentir Patrice Lumumba

 

Patrice Lumumba à Bruxelles, 26 Janvier 1960. Collection Anefo NL-HaNA 2.24.01.05 0 910-9740 (Wikimedia)

 

Dans la dernière lettre adressée par Patrice Lumumba à son épouse Pauline, le leader congolais écrivait :

L’histoire dira un jour son mot, mais ce ne sera pas l’histoire qu’on enseignera aux Nations-Unies, Washington, Paris ou Bruxelles, mais celle qu’on enseignera dans les pays affranchis du colonialisme et ses fantoches. L’Afrique écrira sa propre histoire et elle sera au Nord et au Sud du Sahara une histoire de gloire et de dignité. (G. HEINZ et H. DONNAY, Lumumba Patrice, Les cinquante derniers jours de sa vie, p. 195, Bruxelles, CRISP – Paris, Le Seuil, 1966.)

L’histoire de la colonisation belge au Congo est d’autant plus indigne qu’elle est encore mal présentée en 2026 au Certificat d’études de base (CEB), épreuve externe certificative organisée en fin de 6e année primaire dans toutes les écoles de la Communauté française de Belgique. 

Cette indignité est d’autant plus inacceptable que, depuis très longtemps, les historiennes et historiens professionnels ont réalisé des travaux solides. C’est sans concession qu’ils ont analysé cette problématique de notre histoire. Ils l’ont souvent fait en dialogue avec des collègues congolais ou étrangers, dont les capacités critiques ne sont pas moindres. Citons notamment Jean Stengers, Michel Dumoulin, Jean-Luc Vellut, Guy Vanthemsche, Idesbald Godderis, Amandine Lauro.

C’est pour cette raison que j’ai voulu mettre en exergue un des chapitres essentiels de l’enseignement de l’Histoire de la Belgique contemporaine que je dispense à l’Université de Mons. Vous pouvez retrouver une version plus avancée de ce texte dans mon ouvrage : Ph. DESTATTE, Histoire de la Belgique contemporaine, Société et institutions (1790-2020), coll. de l’Ecole de Droit UMONS-ULB, Bruxelles, Larcier, 2024, 442 p. https://www.larcier-intersentia.com/fr/histoire-belgique-contemporaine-9782807947436.html

Les arches du Cinquantenaire qui figurent sur la couverture de ce livre ne rappellent pas seulement l’indépendance de la Belgique. Elles témoignent également de l’exploitation violente et scandaleuse des populations congolaises, soumises à Léopold II. C’est cette exploitation qui a financé la construction de ce monument. Ce n’est pas pour rien que, le 28 février 1905 à la Chambre, le député Emile Vandervelde y faisait référence en disant qu’on appellera peut-être ce symbole de la Belgique les arcades des mains coupées…

Il est plus que temps de faire mentir Patrice Lumumba sur la manière d’enseigner, à Bruxelles, l’histoire de la colonisation belge au Congo.

 

Philippe Destatte

 

Bibliographie succincte

Pierre-Alain TALLIER, Marie VAN EECKENRODE et Patricia VAN SCHUYLENBERGH dir., Belgique, Congo, Rwanda et Burundi, Guide des sources de l’histoire de la colonisation (19e-20e siècle), 2 vol., Bruxelles, Brepols, 2021.

Open access: https://www.brepolsonline.net/doi/epdf/10.1484/M.STMCH-EB.5.127294

Frans BUELENS, Congo 1885-1960, Een finantieel-economische geschiedenis, Berchem, EPO, 2007.

Jean-Pierre CHRETIEN, L’Afrique des Grands Lacs, Deux mille ans d’histoire, Paris, Flammarion, 2011.

Anne CORNET et Françoise GILLET, Congo Belgique (1955-1965) : entre propagande et réalité, Bruxelles, La Renaissance du Livre, 2012.

Robert CORNEVIN, Histoire du Congo (Léopoldville), Paris, Berger-Levrault, 1963.

Maarten COUTTENIER, Anthropology and race in Belgium and Congo (1839-1922), New-York, Routledge, 2024.

Michel DUMOULIN, Anne-Sophie GIJS, Pierre-Luc PLASMAN et Christian VAN de VELDE dir., Du Congo belge à la République du Congo 1955-1965, Bruxelles, Peter Lang, 2012.

Clémentine FAIK-NZUJI, Tu le leur diras, (Congo 1890-2000), Braine-l’Alleud, Alice Editions, 2005.

Jules GERARD-LIBOIS et Benoit VERHAEGEN, Le Congo du domaine de Léopold II à l’indépendance, Courrier hebdomadaire du CRISP, CRISP, no 1077,‎ 1985.

Idesbald GODDEERIS, Amandine LAURO & Guy VANTHEMSCHE dir., Le Congo colonial, Une histoire en questions, Waterloo, La Renaissance du Livre, 2023 (1e éd. 2020).

Nancy Rose HUNT, A Nervous State, Violence, Remedies, and Reverie in Colonial Congo, Durham NC, Duke University Press, 2016.

Émile LAMY & Louis DE CLERCK éd., L’ordre juridique colonial belge en Afrique centrale, Éléments d’histoire, Bruxelles, ARSOM, 2004.

Elikia M’BOKOLO dir., L’Afrique entre l’Europe et l’Amérique : le rôle de l’Afrique dans la rencontre de deux mondes, 1492-1992, Paris, Unesco, 1995.

Isidore NDAYWEL è NZIEM, Nouvelle Histoire du Congo, Des origines à la République démocratique, Bruxelles – Tervuren, Africa, Le Cri, Buku, 2012.

Ernest NYS, L’Etat indépendant du Congo en Droit international, Bruxelles, Castaigne, 1903.

François PERIN, Les institutions politiques du Congo indépendant au 30 juin 1960, Léopoldville, Institut politique congolais, 1960.

Pierre-Luc PLASMAN, Léopold II, potentat congolais, L’action royale face à la violence coloniale, Bruxelles, Racine, 2017.

Jean STENGERS, La Belgique et le Congo. L’élaboration de la charte coloniale, Bruxelles, La Renaissance du Livre, 1963.

Jean STENGERS, Congo, Mythes et réalités, 100 ans d’histoire, Paris – Louvain-la-Neuve, Duculot, 1989.

Robert SENELLE et Émile CLEMENT, Léopold II et la Charte coloniale, De l’État indépendant du Congo à la Colonie belge, Bruxelles, Mols, 2009.

Éric VAN DEN ABEELE, Ekoki ! (Ça suffit !), La colonisation belge au Congo à travers l’image, Bruxelles, Walden & Whitman, 2022.

Jacques VANDERLINDEN, La crise congolaise, Bruxelles, Complexe, 1985.

Guy VANTHEMSCHE, La Belgique et le Congo, Empreintes d’une colonie (1885-1980), Nouvelle Histoire de Belgique, vol. 4, Bruxelles, Complexe, 2007.

Jean-Luc VELLUT, Congo, Ambitions et désenchantements, 1880-1960, Paris, Karthala, 2e éd., 2021.

Benoît VERHAEGEN, La colonisation et la décolonisation dans les manuels d’histoire en Belgique, in Marc Quaghebeur & Emile VAN BALBERGHE dir., Papier blanc, encre noire : cent ans de culture francophone en Afrique centrale (Zaïre, Rwanda et Burundi), vol. 2, p. 333-379, Bruxelles, Labor, 1992.

 

 

 

 

[1] Commission spéciale chargée d’examiner l’État indépendant du Congo et le passé colonial de la Belgique au Congo, au Rwanda et au Burundi, … p. 35.

[2] Recueil à l’usage des fonctionnaires et des agents du Service territorial au Congo belge, p. 7-8,

[3] J-L VELLUT, Détresse matérielle et découvertes de la misère dans les colonies belges d’Afrique centrale, ca 1900-1960, p. 177, dans Michel DUMOULIN et Eddy STOLS dir., La Belgique à l’étranger aux XIXe et XXe siècles,  p. 147-186, Louvain-la-Neuve, Collège Erasme – Bruxelles, Nauwelaerts, 1887.

[4] J-L. VELLUT, Congo, Ambitions et désenchantements, 1880-1960…, p. 484.

[5] I. GODDEERIS, A. LAURO & G. VANTHEMSCHE dir., Le Congo colonial, Une histoire en questions…, p. 25. Voir également Nancy Rose HUNT, A Nervous State, Violence, Remedies, and Reverie in Colonial Congo, p. 27sv, Durham NC, Duke University Press, 2016.

[6] Elikia M’BOKOLO, Brutalisation et brutalités coloniales : la formation de la société congolaise dans l’État indépendant du Congo et au Congo belge, dans Commission spéciale chargée d’examiner l’État indépendant du Congo …, Rapports des experts, p. 44.

[7] Adolphe VAN CAUBERGH, Civilisation et civilisateur, dans Le Peuple, 7 février 1886, p. 1. – Jean PUISSANT, Adolphe Van Caubergh dans Le Maitron, 2020. https://maitron.fr/spip.php?article230236

[8] I. GODDEERIS, A. LAURO & G. VANTHEMSCHE dir., Le Congo colonial, Une histoire en questions…, p. 25.

[9] Notes sur les institutions, mœurs et usages des Congolais, Recueil à l’usage des fonctionnaires et des agents du Service territorial au Congo belge…, p. 85-86.

[10] Gillian MATHYS, Traces profondes d’une politique identitaire coloniale dans l’État indépendant du Congo et au Congo belge, dans Commission spéciale chargée d’examiner l’État indépendant du Congo …, Rapports des experts, p. 324.

[11] Albrecht GOHR, De la compétence judiciaire des tribunaux coloniaux, Les Novelles. Corpus Juris Belgici. Droit colonial, t. II, p. 196, Bruxelles, 1936. Cité par Anne CORNET, Punir l’indigène : les infractions spéciales au Ruanda-Urundi (1930-1948) dans Afrique & histoire, 2009/1 (vol. 7), p. 49-73.

https://www.cairn.info/revue-afrique-et-histoire-2009-1-page-49.htm

[12] Recueil à l’usage des fonctionnaires et des agents du Service territorial au Congo belge, p. 62-63, Bruxelles, Ministère des Colonies – Weissenbruch, 5e éd., 1930.

[13]  J-P. CHRETIEN, L’Afrique des Grands Lacs…, p. 62.

[14] Voir par exemple les témoignages dans P. DE VOS, op. cit.

[15] Matthew G. STANARD, Apprendre à aimer un fantôme : propagande pro-impériale, mémoire de Léopold II et culture coloniale en Belgique (1880-1960), dans A. LORIN et Chr. TARAUD dir., Nouvelle histoire des colonisations européennes…, p. 57.

[16] I. GODDEERIS, A. LAURO & G. VANTHEMSCHE dir., Le Congo colonial, Une histoire en questions…, p. 25-26.

[17] Frans BUELENS, Les grands conglomérats, ou comment l’économie capitaliste s’est implantée au Congo, dans I. GODDEERIS ea dir., Le Congo colonial…, p. 138.

[18] I. NDAYWEL è NZIEM, Nouvelle Histoire du Congo…, p. 373.

[19] I. GODDEERIS, A. LAURO & G. VANTHEMSCHE dir., Le Congo colonial, Une histoire en questions…, p. 26.

[20] Guy VANTHEMSCHE, Le Congo, une colonie « en voie de développement » ?, dans I. GODDEERIS ea dir., Le Congo colonial…, p. 206-207.

[21] P. BOHANNAN et Ph. CURTIN, L’Afrique et les Africains…, p. 9-10.

Mons, 14 juillet 2026

 

Des excédents financiers détournés

Alors que le roi et le gouvernement s’étaient dit convaincus que les ressources du nouvel État suffiraient à son développement, le gouvernement belge doit intervenir en 1890 et 1895 pour renflouer les caisses de l’EIC et son souverain par des prêts financiers. Le régime domanial instauré au profit de l’État indépendant à partir de 1891-1892 et l’importance des récoltes de caoutchouc obtenues par le travail forcé des indigènes dans le Domaine de la Couronne et les concessions privées changent la donne à partir de 1896. D’autant que les besoins industriels de ce matériau s’accroissent. Léopold III va alors disposer d’excédents financiers considérables. Néanmoins, à l’encontre de la doctrine coloniale de la fin du XIXe siècle qui affirmait que les revenus coloniaux devaient être affectés au développement des colonies elles-mêmes, le roi les détourne au profit de grands travaux en Belgique, ainsi que pour accroître son propre domaine : Arcades du Cinquantenaire, Musée de Tervueren, Tour japonaise, Pavillon chinois, travaux d’Ostende, château de Ciergnon, golf de Klemskerke, parmi d’autres. Analysées par les historiens d’aujourd’hui, les pratiques royales ne manquent pas de surprendre. Ainsi que l’écrit le professeur à la VUB Guy Vanthemsche : le roi a déployé une panoplie de méthodes peu communes pour lancer, puis pour maintenir à flot coûte que coûte son entreprise congolaise : écrans de fumée et hommes de paille ; alibis humanitaires et philanthropiques ; corruption de journalistes et campagnes de propagande destinées à influencer l’opinion publique nationale et internationale ; duplicité, manipulation de textes officiels, omissions volontaires voire même mensonges tout court – même à l’égard de pays comme la Grande-Bretagne et les États-Unis ou du gouvernement de son propre pays ; reniements de parole, improvisations impulsives et revirements inattendus – tout ceci joint à une extraordinaire ténacité, à une incroyable force de travail et à un appel incessant à sa fortune personnelle [1].

Dès 1890, alors qu’une nouvelle conférence internationale se tient à Bruxelles pour renforcer la lutte contre la traite des Noirs et encourager le développement de l’Afrique, Léopold II obtient, en contradiction avec l’Acte de Berlin, qu’une perception sous forme de droits d’entrée de 10% des biens importés dans le bassin du Congo soit affectée à l’EIC pour financer ces initiatives humanitaires [2]. Animé par un souci d’accroissement des revenus, à partir de 1891, le roi mène une nouvelle politique foncière en considérant comme terres vacantes toutes les terres non occupées par des villages ou des cultures indigènes. En expropriant la presque totalité du territoire, il en dispose pour ses besoins propres ou pour les concéder à des compagnies privées comme l’Anversoise ou l’ABIR (Anglo-Belgian India Rubber Company). Celles-ci possèdent dès lors des droits quasi régaliens sur les territoires concédés où elles établissent un système de travail obligatoire. De surcroît, L’EIC instaure de manière systématique un impôt en industrie en faisant travailler les indigènes comme contribuables par des corvées, portages et fournitures de biens ou en les obligeant par la force armée à fournir du caoutchouc ou du copal. De grandes sociétés minières seront également fondées dès 1906, et qui bénéficieront de cet appui en main-d’œuvre, sous des statuts en évolution. Elles sont appelées à un long avenir : l’Union minière du Haut Katanga (UMHK), la Société internationale forestière et minière du Congo (FORMINIERE) qui fera fortune dans le diamant, ainsi que la Compagnie de Chemin de fer du Bas-Congo (BCK). Outre les entrepreneurs et financiers impliqués, les soutiens à l’initiative royale ne manquent pas : des économistes ou des juristes reconnus comme Émile de Laveleye (1822-1892) [3] ou Édouard Descamps (1847-1933) légitiment à la fois l’action civilisatrice et la recherche conjointe d’avantages et d’intérêts par le colonisateur [4].

Des voix s’élèvent pourtant, en Belgique et à l’étranger, pour dénoncer les violences du système mis en place dans l’État indépendant. Ainsi, dans sa lettre au roi Léopold II du 18 juillet 1890, l’historien afro-américain George Washington Williams (1849-1891), qui avait d’abord soutenu avec enthousiasme l’initiative du Free Congo State – comme on appelle l’EIC dans le monde anglo-saxon –, fait rapport d’une mission sur place et décrit un régime colonial prédateur :

Le gouvernement de Votre Majesté a été, et est encore, coupable de mener des guerres injustes et cruelles contre les indigènes, dans l’espoir d’obtenir des esclaves et des femmes pour répondre aux demandes des fonctionnaires de votre gouvernement. Dans ces raids de chasse aux esclaves, un village est armé par l’État contre l’autre, et la force ainsi obtenue est incorporée aux troupes régulières. Je n’ai pas de termes adéquats pour décrire à votre Majesté les actes brutaux de vos soldats lors de ces raids [5].

Sa Lettre trouve un écho jusque dans la presse belge et à la Chambre où le ministre Auguste Beernaert, en charge des Finances, disqualifie le témoignage au nom du gouvernement [6]. Les regards pourtant changent sur l’œuvre congolaise, y compris aux yeux des diplomates qui avaient soutenu fortement le roi-souverain. En 1893, Émile Banning lui-même doit le constater : l’État indépendant du Congo est entré, depuis 1890, dans une période de crise. Une politique irrationnelle, servie par une volonté aussi tenace dans la poursuite de son but que variable dans ses directions et ses combinaisons, a transformé peu à peu le territoire de l’État, de colonie libre, ouverte à toutes les initiatives conformément aux vues de la Conférence de Berlin, en un vaste monopole exercé au profit du gouvernement par ses propres agents [7].

C’est dans ce contexte que, à l’occasion de la révision constitutionnelle de 1893, le gouvernement belge anticipe une éventuelle prochaine reprise du Congo en ajoutant un alinéa à l’article 1er de la loi fondamentale disposant que les colonies, possessions d’outre-mer ou protectorats que la Belgique peut acquérir sont régis par des lois particulières. Les troupes belges destinées à leur défense ne peuvent être recrutées que par des engagements volontaires [8]. La dernière phrase a vocation à empêcher l’implication de la Belgique dans une guerre coloniale.

Des descriptions émergent en Belgique sur les terribles violences commises par les agents de Léopold II et la condition de véritable servage imposée aux populations congolaises. En 1896, le jurisconsulte Edmond Picard (1836-1924), un des théoriciens du racisme et sénateur socialiste depuis 1894, se rend sur place et décrit longuement son voyage et les misères qu’il y rencontre [9]. Mais c’est le franco-britannique Edmund D. Morel (1873-1924), qui après avoir physiquement travaillé sur la liaison maritime Anvers-Boma, recueille de nombreux témoignages d’atrocités [10], notamment émanant de missionnaires et qui lance une large campagne de protestation internationale contre l’EIC. Une mission officielle est alors confiée par le Foreign Office à Roger Casement (1864-1916), consul de Grande-Bretagne à Boma. Son rapport est également accablant.

La seule façon d’obtenir du caoutchouc est de se battre pour l’obtenir. (…)

Chaque fois que le caporal va chercher du caoutchouc, on lui donne des cartouches. Il doit rapporter toutes celles qui n’ont pas été utilisées ; et pour chaque cartouche utilisée, il doit rapporter une main droite. M. P. m’a raconté qu’il leur arrivait de tirer une cartouche sur un animal à la chasse ; ils coupaient alors une main à un homme vivant. En ce qui concerne l’ampleur de cette pratique, il m’a informé qu’en six mois, l’État, sur la rivière Momhoyo, avait utilisé 6000 cartouches, ce qui signifie que 6000 personnes ont été tuées ou mutilées. C’est plus que 6 000, car la population m’a dit à plusieurs reprises que les soldats tuent des enfants avec la crosse de leurs fusils [11].

Photo Alice Harris, Congo Balolo Mission, Equateur 1904. Collection Anti-Slavery International, Londres. Isidor NDAYWEL è NZIEM, Nouvelle histoire du Congo, Des origines à la République démocratique, p. 337, Bruxelles, Le Cri – Kinshasa, Buku, 2012.

https://digitalcollections.nypl.org/items/e19d09d0-c6bf-012f-feb3-58d385a7bc34?canvasIndex=0

 

Le document est adressé en 1904 aux puissances de la Conférence de Berlin. Le scandale oblige l’État indépendant du Congo à mettre en place une Commission d’enquête. Elle est présidée par Edmond Janssens, avocat général auprès de la Cour de Cassation de Bruxelles, et composée de l’italien Giacomo de Nisco (1860-1942), président de la Cour d’Appel de Boma, ainsi que du juriste suisse Edmond de Schumacher (1859-1908). Le rapport [12] confirme, en termes prudents, les exactions dénoncées par les travaux de Morel et Casement. Ces informations sont relayés par la campagne anti-léopoldienne de la Congo Reform Association qu’ils ont fondée en 1904, ainsi que par des personnalités scientifiques, religieuses et politiques belges, comme le professeur Félicien Cattier (1869-1946), le père jésuite Arthur Vermeersch (1858-1936) [13] et le leader socialiste Émile Vandervelde (1866-1938) qui dénonce à la Chambre une situation morale impossible [14]. Quant au futur doyen de la Faculté de Droit à l’ULB, il va plaider pour l’annexion immédiate par l’État belge, seule issue honorable à la situation actuelle.

La vérité la plus claire et la plus incontestable qui ressort de l’ensemble de ce travail est que l’État du Congo n’est point un État colonisateur, que c’est à peine un État : c’est une entreprise financière. Les préoccupations premières de ses gouvernants ont été d’ordre pécuniaire : augmenter le rendement de l’impôt, exploiter rapidement les richesses naturelles, réaliser tous les travaux d’utilité publique qui devaient augmenter la rentabilité du territoire, tels sont les buts que l’État a poursuivis. Tout le reste n’a été qu’accessoire. La colonie n’a été administrée ni dans l’intérêt des indigènes ni même dans l’intérêt économique de la Belgique : procurer au Roi-Souverain un maximum de ressources, tel a été le ressort de l’activité gouvernementale [15].

 

Vers la reprise du Congo par la Belgique

L’idée est bien sûr dans l’air. En effet, dans le contexte de nouvelles difficultés économiques de la colonie, le 9 janvier 1905, un traité de cession de l’État indépendant du Congo à la Belgique est signé. Le gouvernement homogène catholique n’ose toutefois pas le déposer au Parlement, craignant ne pas disposer d’une majorité suffisante pour l’approuver [16]. Néanmoins, la campagne contre l’EIC et son roi – qui s’accroche à ce qu’il considère comme son bien – devient de plus en plus virulente. Les pressions diplomatiques internationales s’accentuent. La menace de la convocation d’une nouvelle conférence internationale qui enlèverait le Congo aux Belges s’accentue. C’est la Résolution du sénateur américain John Cabot Lodge (1850-1924) du 11 décembre 1906 et son vote par le Congrès des États-Unis le 15 février 1907, ainsi que la prise de conscience croissante par les Belges des maltraitances subies par les Congolais, qui font céder le roi et le poussent à renoncer à sa souveraineté. Le 20 août 1908, la Chambre vote l’annexion du Congo à la majorité simple par 83 voix contre 54 non et 9 abstentions, suivie par le Sénat. Le 15 novembre 1908, l’État indépendant du Congo est dissout et le Congo devient une colonie belge.

À la Chambre, le débat, portant à la fois sur le bilan de la colonisation et sur ce qu’il faut faire du Congo dans l’avenir, a été particulièrement long et vif entre parlementaires de la majorité et de l’opposition dite d’extrême gauche : socialistes et libéraux radicaux ont notamment proposé, sans succès, l’internationalisation du Congo. Du côté catholique, un ténor conservateur comme Charles Woeste (1837-1922) justifie la souveraineté absolue pour les nations dans l’enfance quand il s’agit d’introduire la civilisation dans les pays barbares [17], tandis qu’Auguste Beernaert n’ose imaginer ce que deviendrait un Congo, exclusivement africain, sans attaches avec une mère-patrie et n’ayant d’autres ressources, d’autres concours, d’autres influences que ceux qu’elle pourrait se procurer par elle-même [18]. Quant à Jules Destrée (1863-1936), membre de l’opposition, il voit dans la reprise du Congo un nouveau déshonneur pour la Belgique. Le député du Parti ouvrier belge estime que l’image du pays a été salie par le régime léopoldien, et ce malgré la défense des indigènes par ses collègues Georges Lorand (1860-1918, libéral) et Émile Vandervelde. Ainsi, au moment du vote, l’avocat de Charleroi fustige-t-il les catholiques et la partie de la gauche libérale qui soutient la colonisation du Congo par la Belgique :

Déroulant logiquement ses conséquences, la politique coloniale capitaliste vous a fait condamner les libertés constitutionnelles ; vous avez refusé la liberté de la presse et la liberté de réunion et d’association, même pour les Belges établis au Congo ; sous prétexte qu’un pouvoir fort est nécessaire, vous avez refusé au parlement le droit d’enquête et vous l’avez privé de tout contrôle sérieux sur les affaires coloniales ; — nous vous avons dit l’appréhension populaire du service militaire colonial et avons réclamé des garanties du caractère volontaire des enrôlements; vous nous les avez refusés ; enfin, faute plus grave, vous avez refusé de reconnaître les droits des indigènes à leurs terres et à la liberté, vous avez refusé d’abroger les décrets homicides relatifs au travail forcé ! Décisions d’autant plus scandaleuses que chez certains d’entre vous elles restent tarées de soupçon d’intérêt personnel ! (…)

Vous assumez des responsabilités redoutables ; mais vous les assumez entières [19].

La loi-cadre du 18 octobre 1908 sur le gouvernement du Congo belge, aussi appelée Charte coloniale, est un texte législatif belge qui établit les principes de base de fonctionnement de la colonie. Il est adopté par le Parlement à la majorité simple. Par son contenu, c’est pourtant une véritable Constitution. Néanmoins, dans ce texte, comme l’observait Destrée, mais aussi d’autres juristes contemporains, certaines règles qui relèvent traditionnellement des constitutions libérales sont absentes [20]. La Charte met toutefois fin au pouvoir absolu que le roi avait dans l’État indépendant du Congo.

La communauté internationale n’est cependant pas encore totalement rassurée et les regards suspicieux restent longtemps tournés vers la Belgique, même s’ils vont être bientôt distraits par la Grande Guerre. En 1909, le médecin et écrivain anglais Arthur Conan Doyle (1859-1930), ancien militaire des campagnes anglaises en Afrique du Sud, publie un ouvrage bien informé, The Crime of the Congo, dans lequel, loin d’exonérer la Belgique, l’auteur de Sherlock Holmes estime qu’il est trop facile de se défaire de sa responsabilité :

L’État du Congo a été fondé par le roi des Belges et exploité par des capitaux belges, des soldats belges et des concessionnaires belges. Il a été défendu et maintenu par les gouvernements belges successifs, qui ont tout fait pour décourager les réformateurs. Malgré les arguties juridiques, c’est une insulte au bon sens que de supposer que la responsabilité du Congo n’a pas toujours incombé à la Belgique. L’appareil belge a toujours été prêt à aider et à défendre l’État, mais jamais à le contrôler et à l’empêcher de commettre des crimes [21].

Alors que la plupart des pays ont reconnu l’annexion dans la foulée du vote, trois pays tardent, notamment par méfiance à l’égard de la Belgique : les États-Unis ne la reconnaissent qu’en 1911, la Russie l’année suivante et, finalement, la Grande-Bretagne en 1913.

 

Philippe Destatte

@PhD2050

A suivre : 3. Le Congo belge, une colonie modèle ? (1908-1958)

 

[1] Guy VANTHEMSCHE, La Belgique et le Congo, Empreintes d’une colonie (1885-1980), Nouvelle Histoire de Belgique, vol. 4, p. 34, Bruxelles, Complexe, 2007.

[2] Alain STENMANS, Le statut international et les lois fondamentales du Congo, ds. Émile LAMY & Louis DE CLERCK éd., L’ordre juridique colonial belge en Afrique centrale, Éléments d’histoire, p. 13, Bruxelles, ARSOM, 2004.

[3] Émile de LAVELEYE, Le partage de l’Afrique en 1891, The Forum de New-York, janvier 1891 et Revue de Belgique, 15 mars 1891, dans Essais et études, t.3, p. 338, Gand, Vuylsteke – Paris, Alcan, 1897.

[4] Edouard DESCAMPS (1847-1933), L’Afrique nouvelle. Essai sur l’état civilisateur dans les pays neufs et sur la fondation, l’organisation et le gouvernement de l’État Indépendant du Congo, p. 35, 37-38, 41, Paris-Bruxelles, Hachette-Lebègue, 1903.

[5] George Washington WILLIAMS, An Open Letter to His Serene Majesty Leopold II, King of the Belgians and Sovereign of the Independent State of Congo, p. 250-251, Stanley Falls, Central Africa, July 18th, 1890. http://people.umass.edu/hist101/WILLIAMS%20Open%20Letter.pdf – Ces faits sont confirmés par G. VANTHEMSCHE, La Belgique et le Congo…, p. 38.

[6] Annales parlementaires, Chambre des Représentants, 18 juin 1891, p. 1351sv.

[7] AGR, Papiers Banning, n°156, La Belgique et l’État indépendant du Congo, Introduction, p. 1, (1893) dans Louis-Th. MAES et René VAN SANTBERGEN, Documents d’Histoire de Belgique, t. 2, p. 247, Bruxelles, Ministère des Affaires étrangères, 1978.

[8] Alain STENMANS, Le statut international et les lois fondamentales du Congo…, p. 31.

[9] Lettre de l’inspecteur d’État de l’EIC Marcelin De Saegher (1858-1896) à Émile Steyaert, président du Tribunal de Première Instance de Gand,  16 février 1895 dans Philippe MARECHAL, La controverse sur Léopold II et le Congo dans la littérature et les médias. Réflexions critiques, Jean-Luc VELLUT ed., La mémoire du Congo. Le temps colonial, p. 45-46, Tervuren, MRAC – Snoeck, 2005. – Edmond PICARD, En Congolie, p. 79-80, 96-97, Bruxelles, Lacomblez, 1896. – Sur Edmond Picard, voir Foulek RINGELHEIM, Edmond Picard, jurisconsulte de race, Bruxelles, Larcier, 1999. – Sur la réalité des violences, voir : Bas DE ROO, L’État indépendant du Congo, une machine à piller au service d’un Léopold II impitoyable ?, dans I. GODDEERIS, A. LAURO & G. VANTHEMSCHE dir., Le Congo colonial, p. 44-49. – Daniel VANGROENWEGHE, Du sang sur les lianes, Léopold III et son Congo, Bruxelles, Aden, 2010.

[10] Edmund D. MOREL, Affairs of West Africa, London, William Heinemann, 1902.

https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/c/c8/Affairs_of_West_Africa_%28IA_affairsofwestafr00more%29.pdf?uselang=fr

[11] Roger CASEMENT, Correspondence and Report from His Majesty’s Consul at Boma respecting the Administration of the Independant State of Congo, Accounts and papers: Sixty-five volumes, Colonies and British Possessions, continued, Session 2 February 1904 – 15 août 1904, vol. LXII, p. 47, 1904.

[12] Bulletin officiel de l’État indépendant du Congo, n°9 & 10, Rapport au Roi-souverain, 21e année, Sept-oct. 1905, p. 104-105. http://www.droitcongolais.info/files/rapport-d-enquete-Leopold-II,-l-EIC-et-le-genocide.pdf

[13] Arthur VERMEERSCH, La question congolaise, Bruxelles, Bulens, 1906. https://donum.uliege.be/bitstream/2268.1/10515/1/061222A.pdf

[14] Annales parlementaires, Chambre des Représentants, 28 février 1905, p. 821.

[15] Félicien CATTIER, Étude sur la situation de l’État indépendant du Congo, p. III-IV et 343, Bruxelles, Larcier, Paris, Pedone, 1906.

[16] J. GERARD-LIBOIS et B. VERHAEGEN, Le Congo du domaine de Léopold II à l’indépendance…, p. 7.

[17] Annales parlementaires, Chambre des Représentants, 29 novembre 1906, p. 88.

[18] Annales parlementaires, Chambre des Représentants, 6 décembre 1906, p. 139.

[19] Annales parlementaires, Chambre des Représentants, 20 août 1908, p. 794.

[20] A. STENMANS, op. cit., p. 30-31.

[21] Arthur Conan DOYLE, The Crime of the Congo, p. viii, New York, Doubleday, Page & Company, September 1909.

Hour-en-Famenne, 1er février 2023 

Philippe Destatte, président du prestigieux Institut Destrée, plaide pour plus de dignité wallonne [1]. « Les vieilles excuses pour le retard économique de la Wallonie ne sont plus crédibles ».

Il a passé une matinée entière en vidéoconférence avec des fonctionnaires de la Commission européenne et se retrouve à Londres l’après-midi : l’historien Philippe Destatte, dirigeant du prestigieux Institut Destrée, est un prospectiviste européen très recherché. Pourtant, il est heureux de trouver du temps pour une interview entre deux rendez-vous. Destatte est spécialisé dans le développement régional, le fédéralisme et la Wallonie. Pas plus tard qu’en octobre dernier, il a donné une conférence au Kurdistan irakien sur la situation belge, en présence de hauts responsables politiques locaux qui espéraient tirer des enseignements pour leur propre pays. Il était intitulé : « Du fédéralisme au confédéralisme, Apprendre à faire vivre ensemble des gens qui se meuvent déjà dans des univers différents » [2]. Destatte est un éminent représentant d’un régionalisme wallon quelque peu sous-estimé, et un partisan d’une Belgique fédérale ou confédérale – pour Destatte, il s’agit simplement d’un fédéralisme radical.

Han Renard : le président de la NVA, Bart De Wever, ne croit plus en un moyen légal, via une majorité des deux tiers, de réformer le pays d’ici 2024 et préconise une réforme de l’État dite « extralégale », dans laquelle les départements fédéraux seraient déjà fonctionnellement divisés pour l’instant. Vous le comprenez ?

Philippe Destatte : d’une certaine manière, oui. Il voit que 2024 se rapproche, bien sûr. Et 2024 sera passionnant en Flandre. De Wever sera sous pression si son parti parvient à former une majorité avec le Vlaams Belang en 2024. Plus d’un nationaliste flamand se mettra alors à rêver de bloquer les institutions fédérales à partir de la Flandre. De Wever essaie maintenant de se distinguer avec un scénario alternatif. Mais ce n’est pas si facile. Outre la force du Vlaams Belang, on observe un refus catégorique des élus wallons d’entrer dans un dialogue sur la réforme de l’État. L’été dernier, avec l’Institut Destrée, nous avons présenté notre contribution au débat institutionnel : une vision élaborée de l’avenir pour une Belgique fédérale ou confédérale forte et simplifiée. Il n’est pas vrai que la Wallonie n’a rien à gagner d’une nouvelle réforme de l’État. La réforme de l’État n’est pas terminée, il reste encore beaucoup de détails à régler. Il faut donc continuer à transformer les institutions.

Han Renard : le rafistolage peut également signifier une nouvelle fédéralisation.

Philippe Destatte : je ne crois pas à cette refédéralisation. Les partis francophones tels que le MR plaident en faveur d’un transfert de nombreuses compétences vers le niveau fédéral – les libéraux flamands et le Premier ministre De Croo sont également de cet avis – mais cela ne fonctionnera plus. Par exemple, si vous proposez à la ministre wallonne de la Santé Christie Morreale de rendre à Bruxelles les compétences en matière de soins de santé, elle vous répondra : « Pas question, nous avons bien utilisé ces compétences en Wallonie« . Les élus wallons savent bien qu’ils font ce qu’ils veulent de leurs propres pouvoirs. Par exemple, les Flamands ont décidé de ne pas indexer les allocations familiales au nom de la discipline budgétaire. Les Wallons le feront et alloueront quelques centaines de millions d’euros à cette fin, alors que la Wallonie est en grande difficulté financière. Mais c’est un choix politique et c’est ce que signifie le fédéralisme.

 

Il n’est pas vrai que la Wallonie n’a rien à gagner d’une nouvelle réforme de l’État

Han Renard : que pensez-vous de la voie extralégale proposée par De Wever ? Pour cela, il faut une majorité fédérale et donc un soutien francophone ?

Philippe Destatte : Au cours de notre histoire, la Constitution a été enfreinte plus souvent et de manière beaucoup plus flagrante. À mes étudiants en droit, je donne toujours l’exemple de l’Accord ou, selon les opposants, du coup d’État de Loppem. Il sera difficile de faire mieux.

Château de Loppem – Wikimedia Commons

Han Renard : c’est le grand exemple de De Wever. Selon lui, nous avons besoin d’un nouveau coup, d’un nouveau moment Loppem.

Philippe Destatte : C’est incroyable ce qui s’est passé dans ce château de Flandre occidentale en 1918. Le roi Albert Ier, en partie par crainte d’un bouleversement social, se met alors d’accord avec un certain nombre de personnalités de premiers plans sur l’introduction du droit de suffrage universel unique. Le grand Emile Vandervelde, président du Parti ouvrier belge, écrit dans ses mémoires qu’il n’a appris que quelques jours plus tard ce qui avait été décidé là-bas [3], alors qu’il se battait depuis 30 ans pour ce suffrage universel. Incroyable. (rires) La Constitution n’a pas été modifiée avant 1921.

Dès lors, on pourrait penser qu’un accord politique sur la répartition fonctionnelle des départements fédéraux, comme cela s’est produit dans le passé pour la reconversion économique, l’éducation ou les permis d’exportation d’armes, serait tout simplement possible en 2024. Sans modifier la Constitution au préalable. Surtout si la situation du pays s’avérait exceptionnellement instable, et que la Belgique risquait de se retrouver bloquée à cause d’un score élevé du Vlaams Belang en Flandre et du PTB en Wallonie. Il n’est pas inconcevable qu’en 2024, le PS ne voie pas d’autre option que de former une coalition avec Ecolo et le PTB à Namur. Ensuite, le paysage politique serait tellement différent en Flandre et en Wallonie qu’une réelle coopération n’aurait vraiment pas de sens. Bien entendu, je comprends aussi les réactions dédaigneuses des autres partis politiques, qui pensent que Bart De Wever ferait mieux de s’occuper du port d’Anvers.

Han Renard : il n’y a pas que Bart De Wever qui semble être à bout, d’autres politiques flamands en ont également assez. Le président du CD&V, Sammy Mahdi, a par exemple récemment qualifié les francophones, qui selon lui refusent de réformer le pays, de fossoyeurs de la Belgique.

Philippe Destatte : je fais toujours une distinction entre les francophones et les Wallons, bien que pour de nombreux Flamands, cela semble être une seule et même chose. Généralement, les francophones et le front francophone qui se forme souvent à l’approche des élections rejettent tout dialogue avec les Flamands ou mettent sur la table des exigences telles que l’élargissement de Bruxelles. Ce qui n’a aucun sens et va à l’encontre de tous les accords belges signés depuis 1954. Aujourd’hui encore, ce vieux rêve francophone refait souvent surface. Voici quelques semaines, j’ai donné une conférence à Verviers. Des personnes dans le public ont déclaré : nous devons continuer à nous préoccuper du sort des francophones de la périphérie bruxelloise« . Je leur ai répondu de regarder l’état dans lequel se trouve Verviers et le niveau de décohésion sociale. Qu’est-ce que cela peut vous faire la situation linguistique de ces francophones de la périphérie ? Comme si le fait de devoir parler un peu de néerlandais au guichet communal était une atteinte à leurs droits fondamentaux. Les demandes institutionnelles des Wallons sont, et devraient être, d’une nature très différente. Et pour commencer, bien sûr, les francophones doivent mettre en ordre leurs propres institutions.

Han Renard : renommer la Communauté française en Fédération Wallonie-Bruxelles, un nom qui ne figure pas dans la Constitution, était aussi un peu extralégal, n’est-ce pas ?

Philippe Destatte : certainement, et j’ai toujours trouvé que ce choix était une atteinte à la loyauté fédérale. Il n’existe aucune raison pour que les Wallons aient une meilleure relation avec les francophones de Bruxelles qu’avec les Flamands. Au contraire, la Wallonie devrait rechercher la réconciliation et une coopération économique, scientifique et culturelle intense avec la Flandre. Au lieu d’être politiquement agressive en permanence, par exemple en renommant une telle fédération, la Wallonie devrait accepter la main tendue de la Flandre pour réformer la Belgique.

Han Renard : les réformes préconisées par les Flamands, avec une plus grande marge de manœuvre socio-économique pour les régions, risquent d’appauvrir les Wallons. En 2019, M. De Wever a déclaré qu’il y avait encore de la place pour un accord classique de pouvoirs en échange d’argent. Aujourd’hui, l’argent est dépensé.

Philippe Destatte : je plaiderais pour un peu plus de dignité wallonne [4]. Si j’étais un élu wallon, je serais gêné de demander de l’argent à la Flandre aujourd’hui. Surtout après les flux d’argent considérables qui passent de la Flandre à la Wallonie depuis des années. Le fait que la solidarité interpersonnelle demeure dans la sécurité sociale – ce que Bart De Wever veut également préserver, je pense – est une bonne chose. Mais les transferts financiers entre des entités fédérales comme la Flandre et la Wallonie : cela ne peut vraiment plus se faire. Et si les francophones commencent à négocier avec les Flamands en 2024 dans l’espoir d’obtenir de l’argent frais pour leur Communauté française virtuellement en faillite, je dis « non ». Faisons sauter cette Communauté française et transférons ses compétences aux régions de Bruxelles et de Wallonie.

Han Renard : qu’est-ce que cela résoudrait ?

Philippe Destatte : les régions financeront ces pouvoirs. La Wallonie a suffisamment de moyens pour prendre en charge des compétences comme l’éducation et la culture. De l’argent est dépensé inutilement en Wallonie, par exemple par le biais de subventions aux entreprises. Les entreprises elles-mêmes affirment que la Wallonie peut supprimer progressivement ce soutien. Si vous y parvenez, vous pourrez resserrer le budget wallon. Il en va de même pour les emplois subventionnés. La Flandre a cessé de le faire. Pourquoi la Wallonie continue-t-elle à y consacrer 1,5 à 2 milliards par an ? Il s’agit plutôt d’une dépense de luxe. Si l’argent est rare, il vaut mieux arrêter de le faire. Et puis il y a l’indexation wallonne des allocations familiales. Ne pouvez-vous pas aider les personnes qui ont vraiment des difficultés de manière plus ciblée ? Je vous appelle depuis dix kilomètres de la frontière française. Une fois la frontière franchie, il n’y a pas d’allocations familiales pour le premier enfant. La Région wallonne pourrait très bien décider de supprimer les allocations familiales pour le premier enfant également. De sorte que davantage de ressources soient libérées pour les crèches, l’éducation ou les soins de santé, par exemple.

 

Il est impératif que les Wallons eux-mêmes paient pour les choix politiques qu’ils font

Han Renard : les différences entre la Flandre et la Wallonie en termes de croissance économique et de taux d’emploi ne se sont pas atténuées ces dernières années, mais ont plutôt augmenté à nouveau.

Philippe Destatte : c’est vrai, et les vieilles excuses utilisées par les Wallons pour expliquer ces différences ne sont plus crédibles. Voici quelques décennies, en raison du déclin industriel de la Wallonie, des raisons objectives expliquaient la différence de performances économiques. Mais ces raisons ont aujourd’hui disparu.

Je suis un partisan de la plus grande transparence possible en ce qui concerne les flux financiers en Belgique. Suite à la nouvelle loi de financement de 2014, certains transferts financiers de la Flandre vers la Wallonie vont progressivement diminuer partir de 2024,. Cela n’aura pas d’effet de choc pour le budget wallon – les montants sont gérables – mais les Wallons devront quand même compenser ce déficit, notamment en remettant beaucoup plus de personnes au travail. Il est impératif aujourd’hui que les Wallons eux-mêmes paient pour les choix politiques qu’ils font.

Han Renard: de plus en plus d’élus et de faiseurs d’opinions flamands considèrent que la Belgique est désespérément coincée parce que le PS, le parti francophone le plus fort, semble bloquer toute véritable réforme, que ce soit sur les pensions, le marché du travail ou les institutions.

Philippe Destatte : la Flandre cible très fortement le PS. Mais pour l’instant, il n’est pas évident de savoir qui sera le plus grand parti en Wallonie en 2024. Le temps où le CVP et le PS pouvaient se partager le pouvoir entre eux est révolu. Et ce que le MR veut pour la Belgique n’est pas clair. Les ministres MR comme Willy Borsus et Adrien Dolimont font un travail sérieux au sein du gouvernement wallon. En revanche, le président du MR, Georges-Louis Bouchez, prône – en français sur la VRT – un retour au bilinguisme généralisé. Il ressemble à la réincarnation d’Omer Vanaudenhove. Ce dernier est allé également à contre-courant de l’histoire lors des négociations sur la réforme de l’État. Mais le vrai problème de la Wallonie n’est pas le sort de certains partis politiques, mais le fait qu’elle n’arrive tout simplement pas à trouver un nouvel élan. Malgré les efforts du Gouvernement wallon et du Premier ministre Elio Di Rupo (PS). Ce dernier fait l’objet de nombreuses critiques, et pourtant il fait de son mieux et essaie de mettre une dynamique en marche. Mais c’est extrêmement compliqué.

 

[1] Ce texte constitue une traduction de l’interview réalisée par la journaliste Han Renard le 1er février 2023 et publiée dans le magazine Knack le 4 février 2023 sous le titre Historicus Philippe Destatte: « Ik zou me als Waalse politicus schamen om nog geld te vragen aan Vlaanderen ».

https://www.knack.be/nieuws/belgie/politiek/historicus-philippe-destatte-ik-zou-me-als-waalse-politicus-schamen-om-nog-geld-te-vragen-aan-vlaanderen/

[2] Ph. DESTATTE, From federalism to confederalism, A way of learning to live together in Irak and in Belgium?, Erbil, Kurdistan, Irak, October 8, 2022. – Blog PhD2050 :

https://phd2050.org/2022/10/09/erbil/

https://cfri-irak.com/en/article/from-federalism-to-confederalism-a-way-of-learning-to-live-together-in-iraq-and-in-belgium-2022-10-24

[3] Émile VANDERVELDE, Souvenirs d’un militant socialiste, p. 282-283, Paris, Denoël, 1939. – reproduit dans Ph. DESTATTE, Histoire de la Belgique contemporaine, Société et institutions, p. 108, Bruxelles, Larcier, 2019.

[4] On ne saurait s’en étonner. En 1997, je clôturais mon ouvrage sur l’identité wallonne par ces mots : quand l’avenir viendra – c’est-à-dire demain -, il s’agira de l’affronter avec dignité. Dignité d’hommes et de femmes qui accueillent l’autre avec sollicitude et altruisme. Dignité d’un peuple meurtri mais respectable et déterminé à ne faire aucune concession sur ses principes fondamentaux. Ph. DESTATTE, L’identité wallonne, Essai sur l’affirmation de la Wallonie (XIX-XXèmes siècles), coll. Notre Histoire, p. 434, Charleroi, Institut Destrée, 1997.