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Namur, le 31 décembre 2014

A l’occasion d’un premier article intitulé Le Nouveau Paradigme industriel : une grille de lecture, j’ai décrit ce cadre sociétal particulier dans lequel nous évoluons en ce début de XXIème siècle. Si ce modèle se réfère à un système précis et complexe mis en place en Angleterre, puis en Belgique et sur l’ensemble du continent européen à partir de la fin du XVIIIème siècle, j’observe qu’il est en renouvellement, en mutations, et plus précisément qu’il subit trois transformations profondes et durables. La première est un approfondissement et une extension de la société industrielle, de la civilisation industrielle pour parler comme Fernand Braudel [1], puisqu’il est avant tout question de mentalité, de façon de penser, de se penser. Cette société industrielle reste elle-même : capitaliste et machiniste ; socialement, politiquement, culturellement, tout en intégrant de nouvelles vagues d’innovations qui n’en modifient pas fondamentalement les structures [2].

La seconde mutation, progressivement observée depuis la fin des années 1960 et surtout depuis 1980, est celle de la transition progressive vers une ère dite cognitive, au travers d’une nouvelle révolution du même nom. Celle-ci affecte l’organisation de tous les domaines de la civilisation, tant la production que la culture. Elle est marquée par la convergence entre, d’une part, les technologies de l’information et de la communication et, d’autre part, les sciences de la vie. Sur le long terme, le mouvement est plus large et plus important qu’on ne l’imagine communément. Toutes les politiques qui ont été menées en Europe depuis la fin des années 1990 dans le domaine de l’innovation, et que l’on peut qualifier de modèle de Lisbonne et Göteborg, ont eu ce même objectif de préparer cette transition vers une société et une économie fondées sur la connaissance.

La troisième mutation se construit sur la prise de conscience, développée depuis les années 1960, que nous vivons dans un système clos et fragile et que nous le menaçons par la croissance démesurée de nos activités [3]. Le développement durable s’est imposé à nous comme nécessité d’harmonie entre les êtres humains ainsi que entre eux et la nature. Nos politiques industrielles sont en train d’être reformatées par une transition voulue vers une société bas-carbone. Les nouvelles approches industrielles, comme l’économie circulaire et toutes ses composantes, répondent à ces nécessités. Ce processus maximise l’efficience des ressources utilisées et contribue à découpler la croissance économique de l’utilisation des ressources et de leurs impacts environnementaux – ce qui constitue un des objectifs majeurs de la stratégie Europe 2020 [4].

Le Nouveau Paradigme industriel du XXIème siècle constitue donc la conjonction de ces trois mouvements, intimement imbriqués, dont deux se superposent historiquement et progressivement l’un à l’autre. Ce nouveau modèle est porteur d’au moins cinq défis de long terme que, suivant mon habitude, j’ai formulé sous forme de questions, afin d’y appeler des réponses aussi concrètes que possible :

– comment renforcer l’industrie avec les innovations de la Révolution cognitive ?

– comment pouvons-nous appliquer les principes de l’économie circulaire à toutes les activités de la chaîne de valeur pour aboutir à un modèle sans déchet dans l’industrie de l’avenir ?

– comment pouvons-nous réduire la consommation d’énergie afin d’améliorer la compétitivité de l’industrie ?

– comment pouvons-nous préparer les différents acteurs, et en particulier les entreprises, à l’économie sans carbone ?

– comment peut-on construire un réel partenariat entre politiques, société civile et entreprises pour créer une gouvernance multiniveaux positive et dans laquelle tous sont gagnants ?

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1. Comment renforcer l’industrie avec les innovations de la Révolution cognitive ?

Depuis les années 1980, nous avons observé une incorporation rapide des technologies de l’information et de la communication au sein des secteurs traditionnels (métallurgie et constructions mécaniques, verreries, chimie, etc.) et nouveaux (sciences du vivant, biotechnologies, génomique, etc.). Ainsi, ont été développés des matériaux sensibles ou intelligents, capables de répondre à des stimuli grâce aux savoirs intégrés dans leur structure et, ainsi, de se transformer. Des métiers nouveaux sont apparus et des secteurs entiers se sont rénouvelés au fil de la transition numérique, de la servitisation de l’industrie, au point qu’on se demande aujourd’hui s’ils participent encore à la dynamique de ce qu’on appelait jadis l’industrie. Un exemple comme celui de l’entreprise AMOS (Advanced Mechanical and Optical Systems) est particulièrement éclairant. Créé en 1983 d’une association entre l’expertise mécanique industrielle des Ateliers de la Meuse et les connaissances de l’Institut d’Astrophysique de l’Université de Liège, AMOS s’est spécialisé dans la conception et la réalisation des systèmes optiques, mécaniques et électromécaniques principalement destinés à l’industrie spatiale ou à l’astronomie professionnelle [5]. Le temps n’est pas loin pourtant où Bill Collin, le patron d’AMOS, défendait bec et ongle sa qualité de sidérurgiste avant tout. Cette idée rejoint celle, chère à Pierre Veltz, d’hyper-industrialisation, convergence entre l’industrie des objets et l’industrie des relations (les services) [6]. D’autres exemples viennent à l’esprit comme celui donné récemment de l’innovation dans l’industrie forestière et du secteur innovant de la bio-raffinerie [7].

Parallèlement, cette question renvoie à l’enjeu, plus classique, mais souvent cité dans les débats sur la désindustrialisation, des liens entre la recherche et l’innovation [8]. Dans un objectif de renaissance industrielle, il est en effet indispensable d’orienter plus efficacement la recherche publique, et particulièrement la recherche académique, et de mieux utiliser l’innovation industrielle comme vecteur de compétitivité. Cette mobilisation peut seule rencontrer la nécessité de surmonter l’écart subsistant entre la science et la technologie industrielle, dans une logique de recherche orientée vers le marché, notamment au travers de l’innovation ouverte. On sait aussi la nécessité d’atteindre l’objectif de 3% du PIB consacré à la recherche et au développement, inscrit dans la stratégie Europe 2020 et auquel doit contribuer l’axe stratégique « Primauté industrielle » du Programme Horizon 2020. Pour la programmation 2014-2020 des Fonds structurels et d’Investissements européens (ESI), la logique de spécialisation intelligente sert à orienter les investissements des États membres et des régions. Cette dynamique a vocation à recouper les six domaines stratégiques transversaux de la politique industrielle européenne : les technologies de fabrication avancées (industrie manufacturière à haute valeur ajoutée, en particulier l’intégration des technologies numériques dans les processus de fabrication), les technologies clés génériques (TCG : piles, matériaux intelligents, bioprocédés industriels, etc.), les véhicules verts, les transports propres et économes en énergie, les bioproduits (utilisation de la biomasse), la construction et les matières premières durables (efficacité énergétique, recyclage, gestion durable des déchets dans le bâtiment) ainsi que les réseaux intelligents et les infrastructures numériques [9].

Il faut aussi remarquer que, au niveau micro, cette incorporation des technologiques numérique dans l’entreprise a eu des impacts dans l’organisation de l’entreprise et a permis, depuis les années 1990, une accélération de la productivité : le traitement de texte puis les technologies de communication ont rendu plus productifs les travailleurs qualifiés en intégrant dans leur travail celui de leurs dactylos et secrétaires, dont notamment les cadres moyens et petits se sont désormais affranchis, ce qui a contribué d’ailleurs à accroître leur polyvalence, et à améliorer leur niveau de rémunération. C’est peut-être là que se situe la véritable révolution informatique [10]. Comme l’indiquait Robert Solow, le principe de destruction créatrice, cher à Joseph Schumpeter, a laissé la place à celui de complémentarité créatrice puisque les nouvelles technologies ont redynamisé certaines techniques dès l’instant où elles étaient génériques [11].

2. Comment pouvons-nous appliquer les principes de l’économie circulaire à toutes les activités de la chaîne de valeur pour aboutir à un modèle sans déchet dans l’industrie de l’avenir ?

L’économie circulaire apparaît comme un axe de développement majeur qui s’articule du global au local et fonde des politiques, systémiques et transversales, qui se mènent tant aux niveaux européen, national/fédéral, régional et territorial. Ces politiques ont vocation à s’emboîter, s’articuler, en devenant de plus en plus concrètes au fur et à mesure qu’elles se rapprochent des agents de terrain, et donc des entreprises [12]. Même si des progrès considérables seront nécessaires pour aboutir à un modèle sans déchet dans l’industrie, nous savons qu’une telle stratégie peut aider au moment où l’accessibilité et la disponibilité des matières premières est vitale pour assurer la compétitivité de l’industrie européenne [13]. Parallèlement, l’industrie européenne produit environ 400 millions de tonnes de déchets par an, parmi lesquels 10 % sont des déchets dangereux [14].

Dans sa communication du 2 juillet 2014, Vers une économie circulaire : programme zéro déchet pour l’Europe, la Commission insiste sur l’intérêt de systèmes qui conservent la valeur ajoutée dans les produits aussi longtemps que possible, créent et éliminent par eux-mêmes les déchets tout en générant à nouveau de la valeur. Il s’agit dès lors d’activer un changement systémique total et de générer de l’innovation, technologique bien entendu, mais aussi dans des processus organisationnels et sociétaux. La réduction d’environ 20 % des besoins en intrants d’ici 2030 ne pourra se faire qu’en mobilisant les entreprises et en faisant de l’ensemble des consommateurs les acteurs majeurs de la transition [15]. Nous devons également insister, avec le Conseil économique et social européen, sur l’importance de se préoccuper de l’amont du cycle de vie des produits, et donc d’alléger la charge de l’ensemble du processus [16]. En fait, ce sont les consommateurs qui peuvent aider les entreprises à réinventer matériaux et produits pour améliorer leurs efficiences en ressources et énergies [17]. Le consultant Rémy Le Moigne donnait dernièrement l’exemple de la Carlsberg Circular Community, comme bonne pratique de créativité collective (industriels, fournisseurs, collectivités, clients et… concurrents) dans le secteur de l’emballage recyclable [18]. C’est également vrai pour l’économie de la fonctionnalité qui – le professeur Christian du Tertre le rappelle régulièrement – change radicalement la relation de l’entreprise au client. N’oublions jamais que ce sont ces mêmes consommateurs qui, tout au long des transformations industrielles, ont déterminé directement les orientations du changement technique [19]. Il faut noter parallèlement que les instruments financiers jouent un rôle central dans le développement de l’économie circulaire pour favoriser l’investissement en prenant en compte, de manière innovante, la question des ressources dans les règles comptables des entreprises. Là aussi, la Commission européenne préconise l’emploi de partenariats public-privé à l’instar de ses instruments SPIRE (Sustainable Process Industry through Resource and Energy Efficiency) et Bio-Based Industries [20].

Ainsi, la piste principale et concrète pour mettre en œuvre l’économie circulaire réside, non seulement dans l’invention de nouveaux modèles d’entreprises [21], mais aussi dans des modes de gouvernance et d’apprentissage fondés par l’ensemble des partenaires de la chaîne de valeur. La confiance y joue le rôle central que lui assignaient déjà Kenneth Arrow et Pierre Veltz, en la mettant au cœur des dynamiques dans les organisations, les filières, les réseaux et les territoires dont, finalement, les vocations restent très proches [22].

3. Comment pouvons-nous réduire la consommation d’énergie afin d’améliorer la compétitivité de l’industrie ?

L’ancien paradigme des énergies fossiles peut sans doute se poursuivre aussi longtemps que l’on est capable de faire face aux enjeux climatiques globaux et aux défis environnementaux au niveau local, notamment en parvenant à capturer le Carbone à grande échelle ainsi qu’à le séquestrer de manière sécurisée pour des périodes probablement très longues. Nous ne disposons toutefois pas de cette capacité à court terme, ce qui nous impose de limiter nos ambitions de développement et de faire preuve d’innovation aussi rapidement que possible. Plus de 80 % de nos besoins en énergie sont aujourd’hui encore couverts par ces énergies fossiles [23]. Parallèlement, il paraît difficile de ne pas entendre des voix nouvelles comme celle de Samuele Furfari, qui évoque une contre-révolution énergétique. Fondée sur l’ouverture de nouvelles zones maritimes à prospection pétrolière par l’entrée en vigueur en 1994 – voici déjà vingt ans ! – de la convention du droit de la mer de Montego Bay (Jamaïque) du 10 décembre 1982, ainsi que sur la ruée sur le gaz et le pétrole de roche-mère (ou gaz de schiste) – qui ont rendu leur quasi-autonomie énergétique aux États-Unis -, un nouveau modèle énergétique paraît se mettre en place en ce début du XXIème siècle : un modèle d’énergies fossiles abondantes [24]. D’autres observateurs, plus prudents, évoquent un pic pétrolier à moyen ou long terme, mais qui ressemblerait davantage à un plateau ondulé qu’à un V renversé [25].

Le secteur industriel consomme environ la moitié de la production mondiale d’énergie. Selon l’US Information Energy Administration (IEA), malgré la crise globale, la consommation mondiale dans le secteur industriel devrait s’élever en moyenne de 1,4 % par an, s’accroissant de plus de 50% d’ici 2040 [26]. Environ 28 % du total de l’énergie consommée en Europe provient du secteur industriel, avec des disparités nationales en fonction du dynamisme de ce secteur. Ainsi, en Allemagne, ce pourcentage s’élevait en 2012 à 47 % [27]. Nous sommes loin de l’objectif de 25% d’amélioration de l’efficacité énergétique à l’horizon 2020, et de à 40 % à 2030, espéré par l’agenda européen. C’est pourquoi, le Conseil européen tenu à Luxembourg le 13 juin 2014 a insisté sur la nécessité d’accélérer les efforts, en particulier en ce qui concerne la révision de la Directive sur l’efficacité énergétique du 4 décembre 2012 [28].

Parallèlement, de nombreuses initiatives peuvent être prises, notamment en matière de recherche-développement, pour améliorer sur le plan technologique les liens entre les énergies renouvelables et les besoins continus de l’industrie en production d’énergies non fossiles, notamment par de nouvelles capacités de stockage au niveau local : batteries, réserves hydro-électriques, solutions thermochimiques, etc. [29]

4. Comment pouvons-nous préparer les différents acteurs, et en particulier les entreprises, à l’économie sans carbone ?

Dans le cadre de la stratégie Europe 2020, visant à porter l’Union européenne vers une croissance intelligente, durable et inclusive, les vingt-huit États membres se sont engagés à appliquer le Paquet Energie-Climat élaboré dès 2008. Il s’agit des trois défis désormais connus : 1) réduire leurs émissions de gaz à effet de serre de 20%, 2) porter à 20% la part des énergies renouvelables dans l’approvisionnement de l’Union et 3) réaliser l’objectif de d’efficacité énergétique de 20% pour 2020. C’est dans le cadre de la mise en œuvre de cette stratégie que la Commission a proposé, le 8 mars 2011, la feuille de route Vers une économie compétitive à faible intensité de Carbone à l’horizon 2050. L’objectif consiste pour l’Union à réduire ses émissions internes – donc sans faire appel au marché mondial du Carbone – de 80% d’ici 2050 par rapport à 1990. Dans le secteur industriel, la Commission estime que les émissions pourraient être réduites à raison de 83 à 87% en 2050 grâce à une meilleure efficacité énergétique ainsi qu’à un recyclage étendu [30]. De même, la Commission européenne avait-elle déjà insisté sur la nécessité de développer des technologies de production bas-carbone et des techniques au bénéfice des industries qui traitent des matériaux à haut potentiel énergétique. Des plateformes technologiques ont été établies et des Lead Market Initiatives (LMI) ont été introduites. Les initiatives SILC I & II (Sustainable Industry Low Carbon) sont destinées à appuyer les secteurs pour atteindre l’objectif de réduction des gaz à effet de serre, dans le but de maintenir leur compétitivité.

L’implication des entreprises – dont les PME – dans ces projets ainsi que le développement de partenariats public-privé sont nécessaires pour assurer le déploiement et la commercialisation des innovations dans ce domaine, y compris la capture et le stockage du Carbone [31]. Comme l’indique le programme SPIRE, des améliorations significatives, tant en matière de consommation d’énergies que d’émissions de CO2 dans l’industrie peuvent être réalisées grâce à une optimisation de l’interdépendance entre les parties prenantes au sein des parcs industriels (indépendances endogènes) ainsi qu’à l’extérieur des parcs (interdépendances exogènes). De même, doit-on investir dans l’identification de composants qui permettent des avancées dans les diminutions de production de CO2 à des coûts d’investissements raisonnables [32].

5. Comment peut-on construire un réel partenariat entre politiques, société civile et entreprises pour créer une gouvernance multiniveaux positive et dans laquelle tous sont gagnants ?

Avec la nouvelle gouvernance publique, née dans les années 1990, le rôle des entreprises elles-mêmes, mais aussi de leurs associations représentatives commerciales, sectorielles ou régionales, depuis les villes jusqu’à l’Europe et au delà, a évolué vers la construction de politiques communes fondées sur le partenariat (common partnership policies). Je préfère ce concept à celui de « politiques publiques » car l’incapacité réelle des responsables politiques – qui presque partout ont échoué à activer les parties prenantes – est aujourd’hui largement reconnue [33]. Nous savons néanmoins que le processus d’organisation d’une gouvernance multiniveaux efficace est une tâche très difficile et que nous avons besoin de gens exceptionnels pour l’organiser, avec un leadership fort et une réelle ouverture à la culture et aux enjeux des autres acteurs. Ces décideurs sont ceux qui doteront leur pays ou leur région de capacités d’anticipation et de stratégie efficientes ainsi que des processus efficaces de mises en œuvre de ces stratégies [34]. Ce sont aussi ceux qui prépareront l’environnement pour l’entrepreneuriat et qui créeront le cadre institutionnel qui permettra aux entreprises, y compris aux PME et TPE, d’atteindre leur plein potentiel [35]. Dans un monde où les grands mythes s’effritent, ne font plus recette ou peinent à se renouveler, et que décrivait bien Daniel Cohen en mobilisant Jean-François Lyotard et Raffaele Simone [36], le leader est aussi celui qui contribue – ou devrait contribuer – à expliquer les évolutions, à esquisser les voies de l’avenir et à rassembler ceux qui, avec lui, dessineront les visions permettant une nouvelle espérance collective. Ancré dans les réalités, attentif aux vécus des entreprises, en dialogue constant avec les autres sensibilités démocratiques que les siennes, il fuira les grands courants messianiques de la technologie de mode et les futurologues gourous pour s’inscrire, résolument, dans le chemin de l’histoire qui se construit au jour le jour, en face à face avec les acteurs et les citoyens. Son leitmotive et celui de ceux qui l’accompagneront sera l’intelligence collective : une intelligence partout distribuée, sans cesse valorisée, coordonnée en temps réel, qui aboutit à une mobilisation effective des compétences [37]. Car le constat qu’établissait Pierre Lévy en 1997 selon lequel on dissipe allègrement cette ressource si précieuse, en refusant de la prendre en compte, de la développer et de l’employer partout où elle est [38], ne cesse de se renouveler dans ce monde où le philosophe québécois observait un véritable gâchis d’expérience, de savoir-faire et de richesse humaines. Or, un consensus existe parmi la plupart des experts pour considérer que les stratégies d’entreprise et la gouvernance régionale collective sont cruciales pour mener à bien la réindustrialisation des territoires européens qui en ont besoin [39].

Certes, comme le note Jean Viard, le politique tend à se réassurer dans les idées et les outils d’hier [40], par peur du risque face au non connu. Mais il aurait tort de ne pas chercher à organiser la rupture que les citoyens attendent de lui, malgré les forces qui le tirent vers le conformisme du business as usual. Et cette tâche et loin, pour l’élu, de tout rabougrissement de sa responsabilité politique [41].

 

Conclusion : vers une définition élargie de l’industrie

Toutes ces questions sont largement présentes dans la pensée prospective et stratégique européenne en tant qu’enjeux identifiés. Ce qui est essentiel pour les acteurs qui travaillent à rencontrer ces défis, c’est de rechercher, avec précision, quels processus et quels mesures ils doivent élaborer, année après année, afin d’y répondre concrètement, et de manière décloisonnée. Ainsi, à l’instar de ce qui est préconisé par la Commission européenne, les politiques industrielles doivent être de plus en plus intégrées aux autres politiques (énergie, transport, information, etc.) [42].

Dans le Nouveau Paradigme industriel que nous avons commencé à esquisser, nous pourrions évoquer le sort futur de l’industrie à la manière de l’économiste Jean-Louis Levet, en soulignant qu’elle ne disparaît pas mais qu’elle se transforme et que ses frontières s’élargissent [43]. L’auteur de Une France sans usines (1988), coordinateur de Réindustrialisation, j’écris ton nom (2012) et de Concrétiser l’ambition industrielle (2014), rappelle que l’industrie aujourd’hui n’est pas que le secteur manufacturier, qui produit des objets par transformation de matières premières. Théâtre d’un double mouvement de dématérialisation mais aussi d’industrialisation des services, l’industrie imbrique – nous l’avons observé dès la description de notre premier enjeu – de l’économie de services (nous avons dit de connaissance) dans la production physique. De plus, Jean-Louis Levet et ses collègues, parmi lesquels le professeur Philippe Moati, proposent d’élargir le périmètre de l’industrie à trois cercles successifs. Le premier comporte l’énergie, l’industrie agroalimentaire, les industries de la santé, les industries de l’information, les travaux publics ainsi que les services à l’industrie. Le deuxième comprend les industries de réseau : télécommunications, transports maritimes, transports ferroviaires, routiers et autoroutiers, radiodiffusion, électricité. Le troisième cercle inclut surtout les produits de demain, issus de la recherche d’aujourd’hui : les nouveaux matériaux, les sciences du vivant, les nano- et bio-technologies, la génomique, les secteurs technologiques liés à la santé et au développement durable, etc., ainsi, toutes les activités productives, matérielles et immatérielles. C’est, écrit Levet, la combinaison de l’économie des biens matériels et celle des biens immatériels qui crée la valeur ajoutée [44]. C’est là que nous identifions les mutations vers un nouveau paradigme industriel, en tenant compte – comme d’ailleurs le fait l’auteur de Réindustrialisation, j’écris ton nom – des dimensions du développement durable. Nous apportons toutefois une nuance lorsque l’économiste fustige le discours sur la Nouvelle Économie des années 1990 comme refus du paradigme industriel. A l’époque, nous nous étions opposé à l’idée d’une économie spéculative et purement immatérielle, avec une approche qui rejoint d’ailleurs le périmètre du Nouveau Paradigme industriel puisque nous écrivions en 2001 que quel que soit l’impact de ces technologies, le nouveau système économique ne saurait toutefois pas se limiter au secteur de l’informatique et de ses produits dérivés. D’abord parce que d’autres technologies poussent la Révolution cognitive, comme notamment la biologie moléculaire, les nanotechnologies ou les nouveaux matériaux : ces technologies irriguent également des secteurs de la science dont les savoir-faire doivent encore émerger. Ensuite, parce que d’autres secteurs plus anciens de l’économie ont été redynamisés par la mutation en cours : les services ainsi que des technologies telles l’édition, la sidérurgie ou l’aéronautique. Enfin, parce que cette Nouvelle Économie recouvre aussi l’apparition de ce que Pierre Jacquet appelle de nouveaux paradigmes économiques [45]. Ainsi, notre analyse était, et reste, que cette Nouvelle Économie, l’économie numérique, l’économie digitale, née des NTIC, est l’économie des entreprises et des acteurs en réseaux plutôt que celle, virtuelle, de la spéculation boursière et de la bulle financière.

Décrire aujourd’hui le Nouveau Paradigme industriel, s’interroger sur ce qu’est l’industrie en ce début du XXIème siècle prend tout son sens, dès lors que, face aux mutations présentes et futures, il faut pour le monde, l’Europe, chacun des 27 et chacune de leurs régions, définir des politiques industrielles. L’UNIDO rappelait avec Moshe Syrquin que l’objectif principal d’une politique industrielle consiste à anticiper le changement structurel, le rendre possible en levant les obstacles et en corrigeant les erreurs du marché [46].

La prospective a donc, sans nul doute, sa place dans la préparation et la définition de la politique industrielle. Tant au cœur des entreprises qu’aux différents niveaux de gouvernance.

Philippe Destatte

https://twitter.com/PhD2050

Sur le même sujet :

Le Nouveau Paradigme industriel : une grille de lecture

[1] Fernand BRAUDEL, Grammaire des civilisations, p. 52-53, Paris, Flammarion, 1993.

[2] Notons que la nature de l’industrie reste la même lorsqu’elle externalise des services ou les intègre dans des produits finaux industriels, comme c’est le cas avec les modèles IKEA ou avec les imprimantes 3D. Pour une discussion stimulante au travers de trois définitions de l’industrie, voir David FLACHER et Jacques PELLETAN, Le concept d’industrie et sa mesure : origines, limites et perspectives, Une application à l’étude des mutations industrielles dans Économie et statistique, n°405-406, 2007, p. 13-34, p. 23.

[3] En 1976, Arnold Toynbee écrivait que L’humanité a mis deux siècles de révolution industrielle pour comprendre que les effets de la mécanisation menacent de polluer la biosphère non plus localement mais globalement, de la rendre ainsi inhabitable pour toutes les espèces vivantes et pour l’Homme en particulier, suite à l’épuisement de ressources naturelles non renouvelables dont il ne peut désormais plus se passer. A. TOYNBEE, La Grande aventure de l’Humanité, p. 536, Paris-Bruxelles, Elsevier-Sequoia, 1977.

[4] Reindustrialising Europe, Member’ States Competitiveness, A Europe 2020, Initiative, Commission Staff working Document, Report 2014, SWD(2014) 278, September 2014, p. 42. – Europe 2020 Strategy, « A Ressource-efficient Europe »

[5] http://www.amos.be/fr/a-propos-2&a-propos-d-amos_16.html (22 décembre 2014).

[6] Pierre VELTZ, La grande transition, La France dans le monde qui vient, p. 148, Paris, Seuil, 2008.

[7] Lars COENEN, Jerker MOODYSSON & Hanna MARTIN, Path Renewal in Old Industrial Regions: Possibilities and Limitations for Regional Innovation Policy, in Regional Studies, December 2014.

[8] par exemple : Gilles POUPARD & John BAUDE, Les territoires inégaux face à la désindustrialisation dans Population et Avenir, 2014/5, n°720, p. 8.

[9] Pour une renaissance industrielle européenne, Communication de la Commission européenne au Conseil, au Comité économique et social européen et au Comité des Régions, p. 4, Bruxelles, Commission européenne, 22 janvier 2014, COM(2014) 14 final, notamment p. 10-12. – Voir aussi Une politique industrielle intégrée à l’ère de la mondialisation, mettre la compétitivité et le développement durable sur le devant de la scène, Bruxelles, Commission européenne, 28 octobre 2010, COM(2010) 614 final. – Une industrie européenne plus forte au service de la croissance et de la relance économique, Bruxelles, Commission européenne, 10 octobre 2012, COM(2012) 582 final.

[10] Daniel COHEN, Trois leçons sur la société post-industrielle, p. 24-25 et 28, Paris, Seuil, 2006.

[11] Denis RANQUE et Robert SOLOW, Commentaires, dans Jean-Philippe TOUFFUT dir. , Institutions et innovation, De la recherche aux systèmes sociaux d’innovation, p. 327, Paris, Albin Michel, 2002.

[12] Philippe DESTATTE, L’économie circulaire, Produire plus avec moins, Blog PhD2050, Namur, 1er juin 2014, http://phd2050.org/2014/06/01/ec1/Les entreprises et les territoires, berceaux de l’économie circulaire, Blog PhD2050, Namur, 25 juillet 2014, http://phd2050.org/2014/07/25/ec2/

[13] Reindustrialising Europe…, p. 42. – Roadmap to a Resource Efficient Europe, COM(2011) 0571 final

http://ec.europa.eu/environment/resource_efficiency/about/roadmap/index_en.htm – Voir surtout Bernadette MERENNE-SCHOUMAKER, Atlas mondial des matières premières, Des ressources stratégiques, Paris, Autrement, 2013.

[14] Factories of the Future, Multi-annual roadmap for the Contractual PPP under Horizon 2020, p. 115, Luxembourg, European Commission, Policy Research, EFFRA, 2013.

[15] Vers une économie circulaire : programme zéro déchet pour l’Europe, Communication de la Commission au Parlement européen, au Conseil, au Comité économique et social européen et au Comité des Réfions, Bruxelles, 2 juillet 2014, COM(2014) 398 final, p. 4-8.

[16] Avis du Conseil économique et social européen sur la Communication de la Commission «Vers une économie circulaire: programme zéro déchet pour l’Europe» sur la Proposition de directive du Parlement européen et du Conseil modifiant la directive 2008/98/CE relative aux déchets, la directive 94/62/CE relative aux emballages et aux déchets d’emballages, la directive 1999/31/CE concernant la mise en décharge des déchets, la directive 2000/53/CE relative aux véhicules hors d’usage, la directive 2006/66/CE relative aux piles et accumulateurs ainsi qu’aux déchets de piles et d’accumulateurs et la directive 2012/19/UE relative aux déchets d’équipements électriques et électroniques et sur la Communication de la Commission sur les possibilités d’utilisation efficace des ressources dans le secteur de la construction. http://www.eesc.europa.eu/?i=portal.fr.nat-opinions.33630

[17] Sustainable Process Industry, Multi-annual Roadmap for the Contractual PPP under Horizon 2020, prepared by SPIRE, p. 19, Luxembourg, European Commission, Policy Research, 2013.

[18] Rémy LE MOIGNE, Économie circulaire : le secteur du packaging doit aller plus loin, 25 novembre 2014 sur Actu-Environnement.com. Merci à Bernadette Mérenne de m’avoir fourni cette information.

[19] François CARON, La dynamique de l’innovation, Changement technique et changement social (XVIe-XXe siècle), p. 434, Paris, Gallimard-NRF, 2010.

[20] Vers une économie circulaire…, p. 7-8.

[21] Janez POTOČNIK, Économie circulaire : les enjeux économiques d’une transition écologique, dans Annales des Mines, Responsabilité et environnement, 2014/4, p. 10.

[22] Kenneth ARROW, The Limits of Organization, p. 23-26, New York – London, Norton & Cie, 1974. – Pierre VELTZ, La grande transition…, p. 85-87. – Le mot confiance n’apparaît pas moins de 11 fois dans Jacques DESCHAMPS et Yann WEHRLING coord., Guide méthodologique du développement des stratégies régionales d’économie circulaire en France, Paris-Angers, ADEME, Octobre 2014.

[23] Bertrand CHATEAU & Domenico ROSSETTI di VALDALBERO éds., World and European Energy and Environment Transition Outlook, p. 55, Brussels, European Commission, DG Research & Innovation, 2011.

[24] Samuele FURFARI, Vive les énergies fossiles ! La contre-révolution énergétique, Paris, Texquis, 2014.

[25] Myriam MAESTRONI dir., Comprendre le nouveau monde de l’énergie, Economie d’énergie et efficacité énergétique : le monde de l’énergie 2.0, p. 35 et 37, Paris, Maxima, 2013.

[26] Industrial Sector Energy consumption, US Energy Information Administration, Sep. 9, 2014. http://www.eia.gov/forecasts/ieo/industrial.cfm

[27] Factories of the Future, Multi-annual Roadmap…, p. 114.

[28] EU Council of The European Union, Council conclusions on « Energy prices and costs, protection of vulnerable consumers and competitiveness, Council Meeting Luxembourg, 13 June 2014.

http://www.consilium.europa.eu/uedocs/cms_data/docs/pressdata/en/trans/143198.pdfImagine Roadmap…, p. 29.

http://ec.europa.eu/energy/efficiency/eed/eed_fr.htm

[29] Sustainable Process Industry…, p. 54.

[30] Communication de la Commission au Parlement européen, au Conseil, au Comité économique et social européen et au Comité des Régions, Feuille de route vers une économie compétitive à faible intensité de carbone à l’horizon 2050, p. 9sv, Bruxelles, Commission européenne, 8 mars 2011, COM(2011) 112 final.

[31] Communication from the Commission to the European Parliament, the Council, the European Economic and Social Committee and the Committee of the Regions, An Integrated Industrial Policy for the Globalisation Era Putting Competitiveness and Sustainability at Centre Stage, Brussels, COM(2010), 614 final, 28.10.2010, p. 30.

http://eur-lex.europa.eu/LexUriServ/LexUriServ.do?uri=COM:2010:0614:FIN:EN:PDFImagine Roadmap…, p. 31.

About SILC: http://ec.europa.eu/enterprise/newsroom/cf/itemdetail.cfm?item_id=6492&lang=en

[32] Sustainable Process Industry…, p. 51.

[33] Avec le programme PUMA de l’OCDE, c’est le PNUD qui a exprimé le mieux les nécessités et finalités de cette participation : Rapport mondial sur le Développement humain 1993, p. 24, Paris, Economica pour le Programme des Nations-Unies pour le Développement, 1993.

[34] UNIDO Industrial Development Report 2013, Sustaining Employment Growth: The Role of Manufacturing and Structural Change, p. 144-145, Vienna, United Nations Industrail Development Organization, 2013.

[35] « Countries’ overall direction is shaped by their ability to define their interests and assets (including industrial), have a clear vision of the challenges and risks ahead, set coherent long-term goals, make informed policy choices and manage uncertainty. Leading, enabling and delivering strategic policy- making requires strong leadership and effective strategic-thinking skills in public institutions. It calls for a strong centre of the government that is capable of promoting coherent cross-departmental cooperation and better implementation of government reform programmes. The consultation of expert communities as well as the general public on future trends, opportunities and risks offers the chance to engage more strongly with the public and helps (re)build trust in government. » Reindustrialising Europe…, p. 60 & 55. – Imagine Roadmap…, p. 23 & 49.

[36] Daniel COHEN, Homo economicus, prophète (égaré) des temps nouveaux, p. 179 sv, Paris, Albin Michel, 2012. – Jean-François LYOTARD, La condition postmoderne, Rapport sur le savoir, Paris, Les Éditions de Minuit, 1979. – Raffaele SIMONE, Le monstre doux, L’Occident vire-t-il à droite ?, Paris, Gallimard, 2010.

[37] Pierre LEVY, L’intelligence collective, Pour une anthropologie du cyberespace, p. 29, Paris, La Découverte – Syros, 1997.

[38] Ibidem.

[39] Susan CHRISTOPHERSON, Ron MARTIN, Peter SUNLEY, Peter TYLER, Reindustrialising Regions: Rebuilding the Manufacturing Economy? in Cambridge Journal of Regions, Economy & Society, 2014, 7, p. 358.

[40] Jean VIARD, La France dans le monde qui vient, La grande métamorphose, p. 29, La Tour d’Aigues, L’Aube, 2013.

[41] Dominique FORAY, A la recherche d’une spécialisation intellectuelle des régions européennes, dans Jacques LESOURNE et Denis RANDET, La Recherche et l’Innovation en France, Futuris 2011, p. 277, Paris, Odile Jacob, 2011.

[42] Pour une renaissance industrielle européenne…, 2014, p. 5.

[43] Jean-Louis Levet, « L’industrie ne disparaît pas, elle se transforme et ses frontières s’élargissent, Interview sur le site des Industries technologiques françaises, 17 décembre 2012. http://www.les-industries-technologiques.fr/actualite/regards-croises/jean-louis-levet-lindustrie-ne-disparat-pas-elle-se-transforme-et-ses-frontires-slargissent/ 29.12.2014

[44] Jean-Louis LEVET, Un pacte productif pour la France, Xerfi Canal, 24 avril 2012.

http://www.xerficanal-economie.com/emission/Jean-Louis-Levet-Un-pacte-productif-pour-la-France_7.html – J-L LEVET dir., Réindustrialisation, j’écris ton nom, p. 84-89, Paris, Fondation Jean-Jaurès, 2012.

[45] Pierre JACQUET, Nouvelle économie : du virtuel au réel…, dans Thierry de MONTBRIAL et Pierre JACQUET, Rapport annuel mondial sur le système économique et les stratégies. 27-28, Paris, Dunod-IFRI, 2000.

[46] Moshe SYRQUIN, Structural Change and Development, in International Handbook of Development Economics, Vol. 1, A.K. Dutt and Ros. J. Cheltenham, UK. Edward Elgar Publishing, 2007. – UNIDO Industrial Development Report 2013…, p. 358.

Hour-en-Famenne, 30 décembre 2014

Depuis quelques mois l’idée de Nouvelle Économie, d’Économie digitale, d’Économie numérique, revient au devant de la scène politico-médiatique. Tantôt encensée comme « la » nouvelle réponse à la pseudo-crise conjoncturelle, tantôt base d’une nouvelle révolution industrielle en construction, fondée sur l’internet des objets et l’imprimante 3D, tantôt enfin fustigée comme écran qui aurait empêché depuis vingt ans la nécessaire réindustrialisation de l’Europe ou de la France. On y reviendra sous peu dans la deuxième partie de mon analyse sur Le Nouveau Paradigme industriel. En attendant, je ne résiste pas à vous rappeler un texte d’avril 2002, écrit dans le cadre de l’analyse des tendances de la Mission Prospective Wallonie 21. Réminiscence d’hiver…

Namur, le 15 avril 2002

En 1982, dans Megatrends, le prospectiviste américain John Naisbitt indiquait que deux économies se juxta­posaient alors aux États-Unis : l’une en plein essor, l’autre en plein déclin, selon qu’elles s’appliquaient aux industries naissantes ou aux activités déclinantes [1]. L’éco­nomiste américain soulignait que, à côté de l’industrie pyramidale des secteurs traditionnels, se développait une économie informatique, incompatible avec une hiérar­chisation poussée, qui bâtissait son développement sur un modèle résillaire, un processus en réseau [2]. Quinze ans plus tard, Derrick de Kerckove, professeur à l’Université de Toronto, analysant l’intelligence des réseaux, y décelait l’économie connectée [3].

1. L’économie des réseaux

On sait intuitivement que l’on s’inscrit dans cette configuration de la transition entre économies et sociétés d’hier et d’aujourd’hui, mais la mutation reste chaotique, connaît des phases qui laissent encore dubitatifs tant les économistes, que les historiens et les prospectivistes [4]. Depuis l’analyse de John Naisbitt basée sur la technologie des semi-conducteurs, avec les itérations successives de la puce-mémoire et du micropro­cesseur, l’économie est confrontée à la poussée des réseaux : ils comportent eux-mêmes la dimension technologique et permettent d’engager un processus de réorga­nisation sociale. Ce processus, incarné par le Silicon Valley system, repose sur la réorganisation et la réorientation tant des personnes que des technologies en les finançant avec du capital-risque, pour fournir de nouvelles réponses aux problèmes réels liés à l’innovation et à la production industrielles [5].

Le système économique qui se met en place par l’intermédiaire de la Révolution cognitive est généralement qualifié de Nouvelle Économie, d’Économie numérique, voire de net-économie, de e-economie ou d’économie de réseaux (network economy). On retrouve dans ces deux derniers concepts l’influence des nouvelles technologiques de l’information qui sont, de fait, à l’origine du nouveau type de société [6]. Quel que soit l’impact de ces technologies, le nouveau système économique ne saurait toutefois pas se limiter au secteur de l’informatique et de ses produits dérivés. D’abord parce que d’autres technologies poussent la Révolution cognitive, comme notamment la biologie moléculaire, les nanotechnologies ou les nouveaux matériaux : ces technologies irriguent également des secteurs de la science dont les savoir-faire doivent encore émerger. Ensuite, parce que d’autres secteurs plus anciens de l’économie ont été redynamisés par la mutation en cours : les services ainsi que des technologies telles l’édition, la sidérurgie ou l’aéronautique. Enfin, parce que cette Nouvelle Économie recouvre aussi l’apparition de ce que Pierre Jacquet appelle de nouveaux paradigmes économiques [7]. Or, comme le suggère justement le directeur adjoint de l’Institut français des Relations internationales, ces paradigmes n’appa­raissent pas encore clairement en 2001, pas plus que les bénéfices en termes de productivité issus de la diffusion des TIC dans l’économie [8]. A ce paradoxe de la productivité, Pierre Jacquet ajoute celui de l’analyste : On manque encore singulièrement de recul pour apporter des réponses défi­nitives aux questions qui se posent : après tout, si l’on attend des TIC un effet de long terme sur la croissance, ce n’est que sur le long terme que l’on pourra vérifier cette intuition [9].

Ce que Robert J. Gordon appelle le miracle macroéconomique américain de 1995-2000 [10] – une croissance annuelle de la productivité horaire de l’ordre de 3 % alors qu’elle avait fortement chuté (de 2,6 % en moyenne de 1950 à 1972 à 1,1 % en moyenne de 1972 à 1995 [11] a été considéré comme la première réponse tangible de la Nouvelle Économie à ce qu’on a nommé « le paradoxe Solow ». Le Prix Nobel d’économie Robert Solow avait en effet considéré en 1987 que l’on pouvait constater l’ère de l’ordinateur partout, sauf dans les statistiques de productivité [12]. Robert J. Gordon émet, lui aussi, de sérieux doutes sur la corrélation directe entre cette croissance de productivité et les technologies de l’information, allant jusqu’à contester les promesses de mutations économiques structurantes prêtées à ces technologies, et donc le concept même de Nouvelle Économie. Il faut du reste relever que les modifications qui ont touché les statistiques des comptes nationaux américains n’ont pas apporté de la clarté au débat [13].

Le paradoxe de Solow peut toutefois être dépassé si on prend en compte deux facteurs essentiels de la mise en place de tout nouveau système techno-économique [14]. Le premier est la lenteur du processus entre la mise au point d’une invention par un technicien, la décision majeure de l’entrepreneur de l’implanter avec succès dans une entreprise et la généralisation du nouveau procédé. Des compa­raisons éclairantes ont été faites à ce sujet, notamment entre la dynamo et l’ordi­nateur [15]. Nous ne mesurons donc pas encore les effets de la Révolution cognitive, ni le temps nécessaire à la mutation de la société, même si on constate une accélération de la pénétration des technologies dans les ménages. Ainsi, comme l’a montré Michael Cox, Chief Economist à la Réserve fédérale de Dallas, en moins de dix ans, internet a atteint un taux de pénétration de près de 30 % tandis que l’ordinateur individuel a mis vingt ans pour atteindre ce niveau, le téléphone quarante ans et l’automobile soixante [16].

Le deuxième facteur nous conduit à considérer, avec Pierre Jacquet, que dans ce contexte, l’informatisation est une condition nécessaire mais pas une condition suffi­sante de décollage de la productivité de l’entreprise ou du pays. Les ressources humaines, tout comme la réorganisation des méthodes de management, doivent en effet nécessairement accompagner le processus d’implantation [17]. Ainsi, l’E-conomy Project de l’Université de Californie a mis en évidence les potentiels d’accroissement de la productivité liés à l’internet, soulignant qu’ils s’exercent de manières diverses mais se renforcent mutuellement :

– une réduction significative des coûts de nombreuses transactions nécessaires à la production et à la distribution des biens et des services;

– un accroissement de l’efficience de la gestion, particulièrement en rendant les entre­prises capables des gérer leurs fournisseurs plus efficacement et de communiquer plus aisément à l’intérieur des entreprises et avec les clients et partenaires;

– un développement de la concurrence, rendant les prix plus transparents, et élargis­sant les marchés pour les clients et les vendeurs;

– un accroissement de l’efficacité du marketing et de la fixation des prix;

– un élargissement du choix du consommateur, de ses avantages et de sa satisfaction dans de nombreux domaines [18].

 2. Une notion en devenir mais aussi un changement de paradigme

La Nouvelle Economie voit donc le réseau constituer l’entreprise, ce qui, pour Gregg Edwards et David Pearce Snyder, constitue un changement de paradigme. En fait, le réseau mis en place par la Nouvelle Entreprise articule une collaboration étroite entre les services internes, les fournisseurs et les consommateurs [19]. Une enquête menée parmi 77 entreprises françaises en 2000 a d’ailleurs montré que l’internet améliore et diminue le coût des échanges d’informations en produisant des gains de productivité entre clients, fournisseurs et consommateurs. Pour 80 % des entreprises françaises interrogées, l’internet constitue la principale tendance favorable à leur dévelop­pement [20].

 Diapositive1

Cette analyse rejoint celle de Philippe Lemoine, PDG de Sigma Banque et de Laser, qui voit la Nouvelle Économie comme une notion en devenir :

La Nouvelle Économie, c’est l’informatisation de l’échange, par opposition à une ancienne économie où domine encore le modèle stratégique impliqué par l’informa­tisation de la production et de la gestion. […] Quel que chose de neuf est en train d’apparaître. La nouvelle économie n’est pas née de la Bourse et son destin dépasse les courbes du Nasdaq. Ce qui compte c’est que les économies occidentales dégagent à nouveau des capacités de croissance. Les marchés valorisent enfin autre chose que la productivité-spectacle. La technologie transforme l’échange et l’heure est à la créativité et à la recherche de nouvelles sources de richesse [21].

Dans un article du 17 novembre 1997, le rédacteur en chef de Business Week, Stephen B. Shepard, s’interrogeait sur ce que recouvrait le terme de Nouvelle Économie. Il y voyait deux tendances lourdes qui se faisaient sentir depuis plusieurs années :

– la globalisation des affaires, c’est-à-dire l’introduction du capitalisme dans toutes les parties du monde – en ce compris les anciens pays communistes – dans ce qu’il comporte d’ouverture aux forces du marché, de liberté de commerce et de déré­glementation très large;

– la révolution dans la technologie de l’information, non seulement au travers des outils (télécopieurs, téléphones cellulaires, ordinateurs personnels, modems, internet, etc.), mais aussi par la création de nouvelles entreprises et de nouvelles industries liées à la technologie numérique (messagerie, échange de données, textes, photos, multimédia etc.).

Pour Stephen B. Shepard, ces deux fortes tendances sapent l’ordre ancien, forçant le monde des affaires à se restructurer [22]. C’est dans cette conclusion qu’apparaît l’élé­ment majeur d’une réflexion sur la Nouvelle Économie : les technologies en elles-mêmes, constituant bien des outils, sont la condition nécessaire mais non suffisante de la dynamique. Ainsi, il apparaît que, pour chaque dollar qu’elle dépense dans un inves­tissement informatique ou lié aux technologies de l’information, une entreprise doit investir dix dollars pour réorganiser ses systèmes informatif, productif et social afin d’utiliser la technologie au mieux [23].

Les pouvoirs publics américains ont été rapides à réagir à cette évolution. Un premier rapport intitulé The Emerging Digital Economy, publié en avril 1998, montre l’ampleur du mouvement économique induit par les technologies de l’information. Il indique aussi la nécessité d’une alliance entre le secteur privé et les gouvernements afin de mettre en place un cadre porteur favorisant la croissance : ce cadre porteur doit intégrer le commerce électronique, le développement de moyens adéquats pour garantir un environnement numérique sécurisé et non bureaucratique, ainsi que la formation des ressources humaines adéquates parmi les étudiants et parmi les travailleurs [24]. Un second rapport est publié en juin 1999. Le secrétaire d’État américain au Commerce, William M. Daley, y répète la nécessité d’associer dans un même effort les pouvoirs publics et le secteur privé – monde des affaires, organisations sans but lucratif, institutions académiques – pour identifier les moyens requis pour mieux appréhender l’émergence de l’économie numérique. Ce même rapport estime que, en 2006, presque la moitié de la force de travail des États-Unis sera employée par les industries qui sont soit productrices majeures soit utilisatrices intensives des produits et des services des technologies de l’information [25].

D’autres modèles que le modèle américain sont mis en évidence pour illustrer la Nouvelle Economie. Le cas de la Finlande est intéressant, car européen. Sur un plan mondial, ce pays compte, en effet, le plus grand nombre d’utilisateurs des nouvelles technologies de l’information dans la vie quotidienne. Il semble que l’introduction des technologies sans fil et à très haut débit y constitue l’un des moteurs prochains de développement des TIC dont on sait déjà la vigueur symbolisée par le Groupe NOKIA [26]. Du reste, l’Europe semble avoir su tirer le meilleur de l’expérience amé­ricaine en matière de déréglementation dans le domaine des technologies de l’infor­mation, au point de se situer dans une meilleure logique que les USA pour gérer son développement économique en cette matière [27].

Les questions subsistent concernant l’évolution de la Nouvelle Economie, et particu­lièrement ses orientations futures fortement liées aux capacités technologiques elles-mêmes et à leur diffusion dans la société : l’un des facteurs clés actuel est la capacité de mise en place plus ou moins rapide de plates-formes performantes entre les divers outils entre l’internet, la téléphonie mobile, l’ordinateur, l’audiovisuel, la télévision numérique et les producteurs de contenu [28].

Selon les pays, le secteur des nouvelles technologies représente entre 4 et 8 % de l’économie [29], mais le futur de la Nouvelle Économie touche, en première instance, le secteur des services qui, lui-même, représente quelque 75 % de l’économie des pays développés [30]. L’Union européenne en a conscience et le Conseil européen qui s’est tenu à Lisbonne les 23 et 24 mars 2000 a ouvert la voie à une action concertée dans ce domaine [31], bien au delà de l’ébranlement qu’a pu provoquer l’éclatement de la bulle dot com dans les marchés boursiers au tournant de 2000 et de 2001 [32]. De même, lors de sa réunion de Paris des 16 et 17 mai 2001, le Conseil de l’OCDE au niveau ministériel a fait siens les axes définis par les conférences du Programme sur l’avenir concernant sur les transitions du XXIème siècle. En s’interrogeant sur la question de savoir si la Nouvelle Économie constituait un mythe ou une réalité, l’OCDE a, elle aussi, souligné que si les technologies de la communication et de l’information jouent un rôle important dans la croissance, le capital humain y est déterminant :

Plus que jamais, la valorisation du capital humain et l’adaptation aux besoins nouveaux des entreprises sont des facteurs importants de la croissance. Les pays Membres ont beaucoup à faire pour instaurer une éducation de base solide et une interaction plus étroite entre l’enseignement et les exigences d’une économie fondée sur le savoir [33].

Au delà de son expansion, la Nouvelle Economie est remarquable dans la mesure où elle constitue une économie de l’immatériel surtout liée au fait que c’est la matière grise connectée qui devient la valeur et donc le premier facteur de production [34]. Comme le soulignent John Zysman et Steven Weber, les changements identifiés ont la capacité de modifier radicalement la configuration profonde et l’organisation de la vie sociale ainsi que politique, et nous sommes seulement en train de commencer à étudier le grand début de cette mutation [35].

Quatre scénarios ont été élaborés par Peter Schwartz, prospectiviste américain de renom né en Allemagne, concernant l’avenir de la Nouvelle Economie [36]:

‑ Le premier scénario, intitulé Nouvelle Économie, dessine un monde dans lequel l’édu­cation est au premier rang; les travailleurs intellectuels y ont un haut degré de créativité, le travail est basé sur une réseau étendu faisant appel à des compétences élevées, les marchés de distribution des biens, de l’éducation, du travail et des finances sont électroniques, les technologies de la connaissance sont en progrès, le capital immatériel a une très grande valeur de reconnaissance individuelle.

‑ Le deuxième scénario est incrémental : c’est celui des transformations mondiales plus modestes qui permettent peut-être d’aller vers une Nouvelle Économie à un rythme lent. C’est un monde qui ressemble à celui d’aujourd’hui pour longtemps, avec une forte disparité d’entreprises gagnantes et de perdantes.

‑ Le troisième scénario est celui dans lequel la Nouvelle Économie est une illusion, avec une fracture selon les proportions un tiers – deux tiers entre la catégorie de ceux qui, jusqu’ici, ont avancé dans la nouvelle voie mais ne parviennent ni à s’éten­dre et ni à se renouveler pas et la catégorie majoritaire qui reste dans l’ancienne configuration économique.

‑ Le quatrième et dernier scénario est plus explicite, puisqu’il est intitulé The Crash. C’est le scénario d’Icare : on vole trop haut, on s’enflamme et on s’écrase. Les mar­chés s’effondrent et le consommateur est la victime. La technologie est devenue un grand battage publicitaire mais ne s’est pas avérée aussi productive qu’on ne l’avait espéré.

Dans un article de juillet 1997 ‑ The Long Boom : A History of the Future, 1980-2020, qui a eu un impact important aux Etats-Unis, Peter Schwartz et Peter Leyden, souli­gnent que deux tendances lourdes (Megatrends) sont porteuses du changement de civilisation escompté : la mutation technologique fondamentale, bien sûr, mais aussi l’ethos de l’ouverture, c’est-à-dire l’implacable processus de globalisation, l’élargis­sement des économies nationales et l’intégration des marchés [37].

3. Des balises pour l’âge de l’accès

Sous l’intitulé de L’âge de l’accès, Jeremy Rifkin, a analysé La révolution de la nouvelle économie et a dressé un réquisitoire contre l’extension à la sphère culturelle de l’économie en réseau :

L’absorption de la sphère culturelle par la sphère marchande reflète un boulever­sement fondamental des relations humaines. Les conséquences de ce boulever­sement sur l’avenir de nos sociétés ont de quoi nous laisser perplexes. […] Mais, quand la sphère marchande commence à empiéter sur la sphère culturelle […], elle menace de détruire les fondements mêmes sur lesquels s’étaient construites les relations marchantes [38].

Abordant successivement les questions de propriété intellectuelle, de droits culturels, d’identités, d’organisation des nouveaux loisirs et d’accès aux relations humains, le président de la Foundation on Economic Trends tente d’anticiper la grande transfor­mation que va imprimer les réseaux, non seulement sur les entreprises mais aussi sur les gens et leurs comportements tant collectif que personnel.

On ne saurait faire l’économie de cette réflexion, de ce développement potentiel et de l’importance des menaces qu’ils contiennent. On reste inquiet lorsque, dans le même registre, Jacques Attali souligne la nécessité pour les entreprises d’imposer aux consommateurs une vision du futur dans laquelle le consommateur universel pourra se reconnaître. Toutefois, l’élément majeur de la mutation en cours est peut-être contenu dans l’information que nous livre l’auteur du Dictionnaire du XXIème siècle lorsqu’il estime que, presque aucune entreprise, telle qu’elle existe aujourd’hui, ne traversera le siècle prochain. La seule entreprise du Dow Jones Index de la fin du XIXème siècle qui ait survécut au XXème est Général Electric, qui – selon Jacques Attali – a entre-temps complètement changé de métier [39].

Chacun avait déjà compris que le monde de l’entreprise, largement interpellé par les changements – risques et occasions – de la Nouvelle Économie, échapperait difficilement aux transformations annoncées, constatées ou anticipées.

Philippe Destatte

https://twitter.com/PhD2050

[1] John NAISBITT, Les dix commandements de l’avenir, p. 113, Paris-Montréal, Sand-Primeur, 1982.

[2] John NAISBITT, op. cit., p. 268-271

[3] Derrick de KERCKOVE, L’intelligence des réseaux, p. 213sv, Paris, Odile Jacobs, 1997.

[4] Alan S. BLINDER, The Internet the New Economy, Policy Brief 60, Washington, The Brookings Institution, Juin 2000. http://www.brook.edu/comm/plicybriefs/pb060/pb60.htm – 31/12/01.– Alan S. BLINDER, The Speed Limit, Fact and Fancy in the Growth Debate, dans The American Prospect, Vol. 8, 34, Septembre-octobre 1997.

http://www.prospect.org/print/V8/34/blinder-a.html. – 28/01/02. – La Nouvelle économie : mythe ou réalité ? Rapport final sur le projet de l’OCDE consacré à la croissance, Réunion du Conseil de l’OCDE au niveau ministériel, 2001, p. 9, Paris, OCDE, 2001. – Michel GODET, Nouvelles croissance ou vieilles lunes ? dans Futuribles, 257, Octobre 2000, p. 67-80.

[5] John ZYSMAN, Steven WEBER, Governance and Politics of the Internet Economy, Historical Transformation or Ordinany Politics with a New Vocabulary? (31 mai 2001), International Encyclopedia of Social & Behavioral Sciences, Oxford, 2001.

http://e-conomy.berkeley.edu – 31.01.01.

[6] Voir aussi le désormais classique Carl SHAPIRO & Hal R. VARIAN, Information Rules, A Strategic Guide to the Network Economy, Harvard, Harvard Business School Press,1998. Traduction : Économie de l’Information, Bruxelles, De Boeck, 1999.

[7] Pierre JACQUET, Nouvelle économie : du virtuel au réel…, dans Thierry de MONTBRIAL et Pierre JACQUET, Rapport annuel mondial sur le système économique et les stratégies. 27-28, Paris, Dunod-IFRI, 2000.

[8] Voir Michel DRANCOURT, Informatique et productivité, dans Futuribles, 254, Juin 2000, p. 73-78. – Gilbert CETTE, Jacques MAIRESSE, Yusuf KOCOGLU, L’impact des TIC sur la croissance, Les technologies de l’information et de la communication en France : diffusion et contribution à la croissance économique, dans Futuribles, 259, Décembre 2000, p. 43-53.

[9] Ibidem.

[10] Robert J. GORDON, Technology and Economic Performance in the American Economy, Version of paper prepared for the Council for Foreign Relations, Forthcoming NBER working paper, p. 3, Avril 2001. – Robert J. Gordon est professeur au Département d’Economie de la Northwestern University, Evanston (Illinois). Voir aussi R. GORDON, Does the New Economy measure up to the Great Innovations of the Past?, dans Journal of Economics, vol. 14, n°4, Automne 2000, p. 49-74.

http://faculty-web.at.nwu.edu/economics/gordon/research.html.- 30/12/01.

[11] Philippe LEMOINE, Qu’est-ce que la nouvelle économie ?, dans Yves MICHAUD dir., Université de tous les savoirs, vol.3, Qu’est-ce que la société ?, p. 669, Paris, Odile Jacobs, 2000.

[12] We can see the computer age everywhere but in the productivity statistics. Jack E. TRIPLETT, The Solow Computer Paradox: What do Computers do to Productivity ? in Canadian Journal of Economics, 32,2, Avril 1999, p. 309-334.

[13] Angus Maddison note qu’en 1993 la méthode traditionnelle de mesure du PIB a été modifiée avec la présentation de deux nouvelles mesures : a) une mesure basée sur un changement des pondérations tous les cinq ans (méthode utilisée à l’époque dans la plupart des pays de l’UE) ; b) un indice en chaîne dont les pondérations changent tous les ans (méthode adoptée officiellement par les seuls Pays-Bas à l’époque). L’indice segmenté sur cinq ans produit le taux de croissance le plus élevé […]. Depuis lors, les statistiques des comptes nationaux des États-Unis ont encore été modifiés d’une façon qui fait apparaître une croissance plus rapide et un niveau plus élevé du PIB. Même avec les mesures révisées, on constate un ralentissement marqué de la productivité entre 1973 et 1995 mais, pour la période 1995-98, on note une accélération à des taux qui ne sont pas inférieurs de beaucoup à ceux de l’âge d’or [1950-73]. Pendant la période 1973-95, la productivité de la main-d’œuvre a progressé au rythme de 1,4 pour cent et, en 1995-98, au rythme de 2,5 pour cent. Cette récente accélération est en grande partie attribuable au poids accru de la « nouvelle » économie. Angus MADDISON, L’économie mondiale : une perspective millénaire, coll. Études du Centre de Développement, p. 147, Paris, OCDE, 2001. – American Productivity, Measuring the new economy, dans The Economist, 9 août 2001. http://www.economist.com. 12/03/02.

[14] Voir une analyse complète de cette question dans Pierre JACQUET, Nouvelle économie…, p. 40-41.

[15] Paul A. DAVID & Gavin WRIGHT, General Purpose Technologies and Surges in Productivity: Historical Reflections on the Future of the ICT Revolution, presented to the International Symposium on Economic Challenges of the 21st Century in Historical Perspective, Oxford, 2-4 juillet 1999. –
http://www-econ.stanford.edu/faculty/workp/swp99026.html – 31/12/01. Paul A. Gavin David et Gavin Wright sont chercheurs aux All Souls College & Stanford Uniiversity. – voir aussi Paul DAVID, The Dynamo and the Computer : A Historical Perspective on the Modern Productivity Paradox, in The American Economic Review, Vol. 80, n°2, 1990, p. 355-361. – Michel DIDIER, Nouveau cycle et nouvelle croissance économique, dans Yves MICHAUD dir., Université de tous les savoirs, vol.3, Qu’est-ce que la société ?, p. 628-632, Paris, Odile Jacobs, 2000.

[16] Laurent MODIANO, Les entreprises françaises dans les années 2000, Les tendances, les enjeux et les stratégies, dans Futuribles, Décembre 2001, p. 22.

[17] Pierre JACQUET, op. cit., p. 41.

[18] Robert E. LITAN & Alice M. RIVLIN, The Economy and the Internet : What Lies Ahead, Conference Report, p. 3, in Berkeley Roundtable on the International Economy, Décembre 2000.

http://www.brook.edu/comm/conferencereport/cr04htm – 31/12/01. Voir aussi The E-conomy Project, Economy Project Working Papers,

http://e-economy.berkeley.edu/publications/publications.html. – 31/12/01.

[19] Gregg EDWARDS & David PEARCE SNYDER, High Tech, Free Trade and a century of Progress, Human Enterprise in the Wired Global Village, p. 12, Annual Conference of the World Future Society, FutureScope 2001, Exploring the 21st Century, Minneapolis, 30 juillet 2001. – voir aussi : André-Yves PORTNOFF et Xavier DALLOZ, L’e-novation des entreprises, dans Futuribles, n°266, Juillet-août 2001, p. 45-49. – Thomas W. MALONE et Robert J. LAUBACHER, Vers de nouvelles formes d’entreprises, L’avènement de l’économie des entrepreneurs internautes, dans Futuribles, Juin 1999, p. 5-32.

([20]) Laurent MODIANO, Les entreprises françaises dans les années 2000…, p. 20-22.

([21]) Philippe LEMOINE, Qu’est-ce que la nouvelle économie ?, p. 672-673 et 676-677. – voir aussi : Michel GODET, Nouvelle croissance ou vieilles lunes ?, p. 70-71. – Voir aussi Philippe LEMOINE, Naissance d’une nouvelle économie ? Sept thèses sur l’économie de marché à l’âge du commerce électronique, dans La nouvelle économie et ses paradoxes, Cahier LaSer n°3, p. 167-178, Paris, Laser, 2000.

([22]) Stephen B. SHEPARD, The New Economy: what it really means, dans Business Week, 17 novembre 1997.

http://www.businessweek.com/1997/46/b3553084.htm. – 31/12/01.

Voir aussi Evan F. KOENING, What’s New About the New Economy? Some Lessons from the Current Expansion, in The Southwest Economy, Issue 4, Juillet-août 1998. – http://csus.edu/indiv/j/jensena/sfp/wnane.htm. – 31/12/01.

Voir aussi Kevin KELLY, New Rules for the New Economy, Twelve dependables principles for thriving in a turbulent world, in Wired, 5 septembre 1997 – http://www.wired.com/wired/archive/5.0/newrules_pr.html – 31/12/01. – voir aussi la définition donnée par le Comité économique de la coopération Asie-Pacifique en octobre 2001 :

The new Economy is an economic paradigm. It is distinguished by the combination of structural policies and networked information and communication technologies. This mix increases the value of information available to individuals, firms, markets and governments, allowing each to act more efficiently, raising the return to knowledge skills, and demanding flexibility. The resulting transformation of activities yields higher overall productivity and economic well-being. The New Economy and APEC, Asia-Pacific Economic Cooperation, APEC Economic Committee, Octobre 2001, p. 11.

http://www.iie.com/apec/apec-report.htm 04/03/02. (Institute for International Economics.

([23]) Eryk BRYNJOLSSEN et Lauren HITT, Beyond Computation, in Journal of Economic perspectives, 2001 (forthcoming) cité par John ZYSMAN et Steven WEBER, Governance and Politics of the Internet Economy…, p. 9. – Voir aussi Réunion du Conseil de l’OCDE au niveau ministériel, Synthèse, Paris, 16-17 mai 2001, p. 18, Paris, OCDE, 2001.

[24] Lynn MARGHERIO dir., The Emerging Digital Economy, p. 2sv, Washington, US Department of Commerce, 15 avril 1998.

http://www.ecommerce.gov/dancA.htm – 31/12/01.

[25] David HENRY ea, The Emerging Digital Economy II, Washington, US Department of Commerce, Juin 1999.

[26] Erkki ORMALA, Intervention à la conférence The Digital Economy in International Perspective : Common Construction or Regional Rivalry, Washinton DC, 27 mai 1999, The University of California E-conomy Project.

http://e-economy.berkeley.edu/publications/wp/summary.html. – 31/12/01. – Erkki Ormala est directeur de la Technologie chez Nokia Coropration.

[27] Axel ZERDICK, Intervention à la conférence The Digital Economy in International Perspective : Common Construction or Regional Rivalry, Washinton DC, 27 mai 1999, The University of California E-conomy Project.

http://e-economy.berkeley.edu/publications/wp/summary.html. – 31/12/01. – Axel Zerdick est professeur d’économie et de communication à la Freie Universität Berlin.

[28] Gérard MOATTI, Nouvelle économie, Du boom à la crise, dans Thierry de MONTBRIAL et Pierre JACQUET, Rapport annuel mondial sur le Système économique et les Stratégies (Ramses), p. 278-279, Paris, Dunod, 2001.

[29] Michel DIDIER, Nouveau cycle et nouvelle croissance économique…, p. 632.

[30] Pierre JACQUET, Nouvelle économie : du virtuel au réel…, p. 40.

[31] eEurope 2002, Une société de l’information pour tous, Projet de plan d’action préparé par le Commission européenne en vue du Conseil européen de Feira, 19-20 juin 2000, p. 5-21.

http://europa.eu.int/comm/information_society/eeurope/documentation/index_fr.htm. 10/01/02.

[32] Don’t say « new economy », dans The Economist, 4 janvier 2001. http://www.economist.com. 12/03/04.

[33] Réunion du Conseil de l’OCDE au niveau ministériel, Synthèse, Paris, 16 -17 mai 2001, p. 19, Paris, OCDE, 2001.

[34] Ron WOOD, Collaborative E-commerce / Pervasive Computing : 21st Century Business Models, Annual Conference of the World Future Society, FutureScope 2001, Exploring the 21st Century, Minneapolis, 30 juillet 2001. – Ron Wood, responsable du développement de l’e-commerce chez IBM à Poughkeepsie (New Jersey)

[35] John ZYSMAN et Steven WEBER, Governance and Politics of the Internet Economy…, p. 20.

[36] Peter SCHWARTZ, The Future of the New Economy, in Red Herring, July 2000, dans Millenium Project, 2001 State of the Future, International Economics and Wealth, p. 4-5. –
http://www.geocities.com~acunu//millenium/econscen.html. – Peter Schwartz est co-fondateur et président de Global Business Network.

[37] Peter SCHWARTZ et Peter LEYDEN, The Long Boom : A History of the Future, 1980-2020, dans Wired, 5 juillet 1997, p. 1.
http://www.wired.com/wired/5.07/longboom_pr.html.

[38] Jeremy RIFKIN, L’âge de l’accès, La révolution de la nouvelle économie, p. 20, Paris, La Découverte, 2000.

[39] Jacques ATTALI, Dictionnaire du XXIème siècle, p. 127, Paris, Fayard, 1998.