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Bruxelles, le 21 octobre 2023

L’histoire dément l’idée que ce qui arrive à nos générations est unique, nouveau ou inédit », écrit l’historien wallon Philippe Destatte. Dans cette contribution, il examine la difficulté de parvenir à une définition définitive du terrorisme [1].

 

La notion de terrorisme est particulièrement sensible lorsqu’elle est utilisée pour délégitimer des adversaires ou des opposants sur la scène nationale et internationale afin de les marginaliser, voire de les réprimer. Chacun peut constater la difficulté de définir le terrorisme en dehors du cadre des passions qu’il suscite à travers des actions généralement très théâtrales pour avoir un impact correspondant à ses objectifs ultimes. Il est d’ailleurs assez classique de considérer que, compte tenu de sa diversité, de l’horreur et de la fascination qu’il inspire, définir le terrorisme et en établir une théorie cohérente serait une tâche impossible. En effet, ce sont surtout les notions de terrorisme d’État et de résistance ou de libération nationale qui polluent les efforts académiques et politiques pour fonder une définition sur la raison. Ainsi, on peut suivre Anthony Richards lorsqu’il observe que considérer le terrorisme comme une méthode plutôt que comme inhérent à un type de cause particulier permet d’envisager le phénomène de manière plus objective [2].

 

Quelques-unes des formes qu’a prises le terrorisme au cours de l’histoire

La terreur semble inhérente à la violence et à la guerre. Dans ses Commentaires sur la guerre des Gaules, Jules César raconte comment l’éclat de ses attaques – mais aussi leur brutalité – a permis à la fois de fidéliser ses amis et de contraindre, par la peur, les hésitants à accepter des offres de paix. Les experts en linguistique comparée savent que les variantes des mots latins terror et terrere sont apparues sous de nombreuses formes au cours des siècles, bien avant la Terreur proclamée par l’Assemblée nationale française le 5 septembre 1793. On connaît la terreur que nous inspirent les peuples des steppes sous Attila le Hun au Ve siècle, le Mongol Gengis Khan au XIIIe siècle et Tamerlan au XIVe siècle. L’un des maréchaux à la tête de l’armée de la Ligue catholique de Maximilien de Bavière était Johann T’Serclaes, comte de Tilly, dont on a parfois dit qu’il était wallon. Lors d’une campagne contre l’Union évangélique protestante pendant la guerre de Trente Ans, il s’empare de la ville allemande de Magdebourg le 25 mai 1631 et permet le massacre de 20.000 personnes ainsi que de nombreuses autres atrocités sur la population pour s’assurer de la reddition des villes voisines. De nombreuses villes belges ont subi un traitement similaire lors de l’invasion allemande pendant la Grande Guerre, comme Dinant sur la Meuse le 23 août 1914 (605 morts). Le massacre de Nankin, fin 1937 et début 1938, a probablement coûté la vie à près de 250.000 personnes et représente peut-être l’apogée de ce type de terrorisme.

Dans L’Esprit des lois, Montesquieu utilise en 1748 le terme de terreur pour désigner le principe d’un gouvernement despotique. Bien avant lui, en 1690, John Locke avait déclaré dans le premier essai de ses deux Traités du gouvernement que l’épée des magistrats doit servir à terrifier les malfaiteurs pour que cette terreur oblige les hommes à respecter les lois positives de la société [3]. L’utilisation des mots terrorisme et terroristes a commencé à se répandre à partir de 1794, d’abord dans le sens d’un régime de terreur politique et de ses partisans, puis dans le sens plus large de l’utilisation systématique de la violence à des fins politiques. D’ailleurs, les termes anti-terrorisme et anti-terroriste n’apparaissent qu’un an plus tard, en 1795.

Bien entendu, l’armement moderne et mécanisé rend possible une violence de masse à une échelle sans précédent. Le bombardement de Guernica, capitale historique du Pays basque, le 23 avril 1937, a été une sorte de répétition de ce qui allait se passer pendant la Seconde Guerre mondiale. Le bombardement de Rotterdam par la Luftwaffe, le 14 mai 1940, est sans doute aussi un acte de terrorisme. Il est difficile d’exclure de cette sombre liste les bombardements massifs allemands, britanniques et américains sur des cibles civiles, et surtout sur des villes, durant ce conflit. Comme le souligne Ariel Merari, les tracts d’ultimatum largués dans ces zones témoignent de la volonté de terroriser directement les populations civiles. Les services alliés et allemands qui ont comptabilisé le nombre de victimes des bombardements sur l’Allemagne ont estimé le nombre de morts à environ 400 000, dont plus de 10 % de prisonniers de guerre ou d’étrangers. Le nombre de civils tués par les bombardements sur le Japon s’élève à environ 900 000, soit davantage que le nombre de soldats japonais tués au combat [4].

Bombardement de Tokyo du 10 mars 1945. Japan Professional Photography Society

Les actions très disparates qui ont été mentionnées révèlent les différentes formes que peut prendre le terrorisme, ainsi qu’un processus à plus long terme dans lequel nous nous situons, ce qui réfute l’idée que ce qui arrive à cette génération est unique, nouveau ou sans précédent. En limitant notre attention à l’époque moderne, nous pouvons également considérer comme faisant partie de ce processus les nombreux attentats et actions des anarchistes, nihilistes, socialistes révolutionnaires, fascistes et autres tout au long des 19e et 20e siècles : l’assassinat du tsar Alexandre II (1881), du président Sadi Carnot (1894) et de l’archiduc François-Ferdinand de Habsbourg (1914), des attentats de septembre noir aux Jeux olympiques de Munich (1972), des actions de la Fraction armée rouge (Hanns-Martin Schleyer, 1977), des Brigades rouges, d’Action directe et des Cellules communistes combattantes, de l’attentat de la gare de Bologne (2 août 1980), des attentats de Beyrouth contre les forces américaines et françaises (23 octobre 1983), des tueurs du Brabant (28 morts de 1983 à 1985), des attentats du GIA comme celui de la gare Saint-Michel à Paris le 28 juillet 1995, et de ce moment charnière mondial qu’est le 11 septembre 2001, qui a eu tant de répercussions sur l’Europe.

Cet inventaire bien incomplet nous montre la diversité des formes que peut revêtir le terrorisme [5]. Il aurait pu nous donner des critères précis en vue d’une définition générale. Ce n’est pourtant pas le cas. Comme le montre Ariel Merari, si le terrorisme peut apparaître comme une forme immorale de guerre, le fait que le code moral de comportement se soit fortement affaissé dans pratiquement toutes les guerres pour toutes les parties au XXe siècle, notamment en prenant les civils pour cibles, montre que la différence entre le terrorisme et les autres formes de guerres est une question de compréhension [6].

 

3. Vers une définition du terrorisme

Il est classique de commencer les discussions sur le terrorisme par considérer la difficulté de le définir dans la littérature scientifique. Nous devons éviter de le confondre avec toute forme de violence politique et d’ignorer les différentes formes de terrorisme d’État. D’emblée, pourtant, Raymond Aron avait eu un apport déterminant, dès 1962, en considérant qu’une action terroriste est dénommée terroriste lorsque ses effets psychologiques sont hors de proportion avec ses résultats purement physiques [7]. Les différentes définitions données par les organisations internationales peuvent nous aider à appréhender le phénomène. Ainsi, la Résolution A/54/16 de l’ONU du 2 février 2000 précise-t-elle qu’il s’agit d’actes criminels avec des objectifs politiques [8].

Le Conseil de l’Union européenne y voyait en 2002 une intention d’intimider gravement la population ou de contraindre indûment des pouvoirs publics ou une organisation internationale à accomplir ou à s’abstenir d’accomplir un acte quelconque ou gravement déstabiliser ou détruire les structures fondamentales politiques, constitutionnelles, économiques ou sociales d’un pays ou une organisation internationale [9], idée que l’on va retrouver dans de nombreuses législations nationales telles que la loi belge du 19 décembre 2003 dans laquelle l’objectif d’intimidation est l’élément fondamental qui caractérise l’infraction terroriste [10].

La définition du terrorisme par l’Otan, provenant de son glossaire 2021 en anglais et en français partage cette idée de dimension politique : l’emploi illégal ou menace d’emploi de la force ou de la violence, suscitant la peur et la terreur, contre des personnes ou des biens, afin de contraindre ou d’intimider des gouvernements ou des sociétés ou de prendre le contrôle d’une population dans le but d’atteindre des objectifs politiques, religieux ou idéologiques [11].

L’historienne française Jenny Raflik souligne l’intérêt de l’approche du phénomène par la convention arabe pour la lutte contre le terrorisme adoptée au Caire le 22 avril 1998, qui est à la fois innovante à plusieurs égards, mais intègre des limites comme la possibilité d’exclure du cadre terroriste des luttes que l’on pourrait déclarer légitimes [12]. L’important travail exploratoire que l’historienne et auditrice à l’Institut français des Hautes Études de Défense nationale a mené lui a d’ailleurs permis de proposer une définition que nous faisons nôtre : le terrorisme est un projet politique qui s’inscrit dans la durée et vise à contester un ordre établi, de tenter d’y mettre un terme et/ou d’y substituer un nouvel ordre. Il use, pour cela, tactiquement, d’une violence transgressive, bien que présentée et considérée comme légitime par le terroriste, et inscrite dans l’immédiat [13]. Cette définition nous paraît en effet très pertinente. D’abord parce qu’elle objective et prend au sérieux le terrorisme comme un projet politique et non comme une déviance, ce qui en amoindrirait l’importance et les finalités. Ensuite, parce que Jenny Raflik met en évidence le moyen que constitue une violence transgressive, assortie d’un caractère subjectif entre celui qui commet l’acte et celui qui le subit. Enfin, parce que cette définition intègre les temporalités qui portent la tension entre un événement immédiat et ses effets à longue portée.

 

Quatre considérations pour terminer ce texte, mais non pour épuiser le sujet

1. Le terrorisme n’est pas un phénomène récent. Il s’inscrit dans une évolution à long terme, de l’Antiquité à nos jours. Il doit être considéré dans sa temporalité (relations entre le passé, le présent et le futur).

2. Le terrorisme est une question complexe qui prend de nombreuses formes et peut être utilisé par des acteurs très différents, individuels ou collectifs, privés ou publics, qui sont inspirés par un projet politique et, par conséquent, par une détermination stratégique à agir afin de maintenir ou de modifier une situation existante. En définissant le terrorisme, il faut éviter de le confondre avec toutes les formes de violence politique et d’ignorer les formes de terrorisme commanditées par l’État.

3. Le recours à la terreur et au terrorisme contre les citoyens est inhérent à la philosophie politique de nos sociétés libérales, telle qu’elle est comprise notamment par John Locke et Montesquieu.

4. La légitimité de ce projet politique est subjective ; ses moyens sont transgressifs et destinés à être renforcés par leur impact psychologique et leur médiatisation.

5. Plusieurs exemples de l’évolution des relations entre des groupes clairement perçus comme terroristes, avec lesquels il semblait impossible de négocier, montrent qu’il n’en est rien et que les actions transgressives d’hier n’empêchent pas nécessairement de s’asseoir autour d’une table pour entamer des négociations fructueuses. L’évolution des relations entre Londres et l’IRA après les événements sanglants de la Seconde Guerre mondiale est intéressante à cet égard [14].

Une fois de plus, nous pouvons trouver des raisons d’espérer dans un paysage de désespoir. À condition de faire les efforts nécessaires, en se fondant sur la raison et non sur la passion.

 

 

Philippe Destatte

@PhD2050

Pour aller plus loin :

Ph. DESTATTE, Terrorisme : la guerre et la paix, Blog PhD2050, Châtelet, 30 novembre 2016, texte en trois parties :

https://phd2050.org/2016/12/02/terror1/

https://phd2050.org/2016/12/08/terror2/

https://phd2050.org/2016/12/14/terror3/

Ph. DESTATTE, Counter-Terrorism in Europe 2030; Managing Efficiency and Civil Rights, in Theodore J. GORDON e.a., Identification of Potential Terrorists and Adversary Planning, p. 87-105, NATO Science for Peace and Security Series – E: Human and Societal Dynamics, IOS Press, 2017. https://phd2050.org/wp-content/uploads/2023/10/Philippe-Destatte_Counter-terrorism-Europe_NATO-IOS_2017.pdf

 

[1] Ce papier a été publié en néerlandais à l’initiative du magazine flamand Knack le 19 octobre 2023 : https://www.knack.be/nieuws/geschiedenis/de-geschiedenis-laat-zien-dat-terrorisme-vele-vormen-kan-aannemen/

Cet article-ci est une nouvelle traduction en français du texte anglais fourni à la rédaction du magazine et qui était intitulé What is terrorism?, version réduite de moitié de celui qui existe sur mon blog :

https://phd2050.org/2023/10/15/what-is-terrorism/

Une première, et plus longue version a été écrite dans le cadre d’un séminaire organisé par l’OTAN à Falls Church, Virginie en 2016 :  Ph. DESTATTE, Counter-Terrorism in Europe 2030; Managing Efficiency and Civil Rights, in Theodore J. GORDON e.a., Identification of Potential Terrorists and Adversary Planning, p. 87-105, NATO Science for Peace and Security Series, IOS Press, 2017. https://phd2050.org/wp-content/uploads/2023/10/Philippe-Destatte_Counter-terrorism-Europe_NATO-IOS_2017.pdf

[2] Anthony RICHARDS, Defining Terrorism, in Andrew SILKE ed., Routledge Handbook of Terrorism and Counterterrorism, p. 17, London & New York, Routledge, 2020.

[3] John LOCKE, Two Treatises of Governement, Ch. IX, Of Monarchy by Inheritance from Adam, 92, London, Thomas Tegg & alii, 1823. McMaster University Archive of the History of Economic Thought.

[4] Thomas HIPPLER, Le gouvernement du ciel, Histoire globale des bombardements aériens, p. 156-160, Paris, Les prairies ordinaires, 2014.

[5] Voir Ugur GURBUZ ed, Future Trends and New Approaches in Defeating the Terrorism Threat, Amsterdam-Berlin-Tokyo-Washington DC, IOS Press, 2013, en particulier Ozden CELIK, Terrorism Overview, p. 1-17 et Zeynep SUTALAND & Ugur GÜNGÖR, Future Trends in Terrorism, p. 75-87.

[6] Ariel MERARI, op.cit., p. 42.

[7] Raymond ARON, Paix et guerre entre les Nations, p. 176, Paris, Calmann-Levy, 1962.

[8] « criminal acts intended or calculated to provoke a state of terror in the general public, a group of persons or particular persons for political purposes ». United Nations, Resolution adopted by the General Assembly, Measures to eliminate International Terrorism, A/RES/54/110 https://www.treasury.gov/resource-center/sanctions/Terrorism-Proliferation-Narcotics/Documents/A-RES-54-110.pdf

[9] Council Framework Decision of 13 June 2002 on combating terrorism (2002/475/JHA), Official Journal L 164, 22/06/2002 P. 0003 – 0007. http://eur-lex.europa.eu/legal-content/FR/TXT/HTML/?uri=CELEX:32002F0475&from=EN

[10] Le droit belge définit par infractions terroristes les actes qui, de par leur nature ou leur contexte, peuvent porter gravement atteinte à un pays ou à une organisation internationale et sont commis intentionnellement dans le but d’intimider gravement une population ou de contraindre indûment des pouvoirs publics ou une organisation internationale à accomplir ou à s’abstenir d’accomplir un acte, ou de gravement déstabiliser ou détruire les structures fondamentales politiques, constitutionnelles, économiques ou sociales d’un pays ou d’une organisation internationale. 17 infractions sont ainsi énoncées comme crime de terrorisme. L’objectif d’intimidation est l’élément fondamental qui caractérise l’infraction terroriste. Crime de terrorisme, SPF Justice, 2023. https://justice.belgium.be/fr/themes_et_dossiers/infractions_internationales/crime_de_terrorisme

[11] Glossaire OTAN de termes et définitions (anglais et français), AAP-O6, NSO, Edition 2021.

[12] Jenny RAFLIK, Terrorisme et mondialisation, approches historiques, p. 24, Paris, Gallimard, 2016. – Il peut aussi être intéressant d’ouvrir une discussion pour comparer cette définition avec celle de Abu Mus’ab al-Suri ainsi qu’avec sa typologie du terrorisme. Voir Key excerpts of The Global Islamic Resistance Call, in Brynjar LIA, Architect of Global Jihad, The Life of al-Qaida Strategist Abu Mus’ab al-Suri, p. 382-383, London, Hurst & Company, 2014. – voir aussi le dernier ouvrage de Jenny RAFLIK, Terrorismes en France, Une histoire XIXe-XXIe siècle, Paris, Les Éditions du Cerf, 2023. L’historienne remet utilement cette problématique de la définition au sein de sa réflexion.

[13] Jenny RAFLIK, Terrorisme et mondialisation…, p. 41.

[14] John BOWYER BELL, The Secret Army, The IRA 1916-1979, Dublin, The Academy Press, 1979.

Namur, October 15, 2023

The concept of terrorism is particularly sensitive when it is used to de-legitimize adversaries or opponents on the national and international stage in order to marginalize or even repress them [1]. The example of the Uighur separatists in Xinjiang is often cited because it implicates the Chinese government, but many other situations are similar [2]. Everyone can see how difficult it is to define terrorism outside the framework of the passions it generates through actions that are generally highly theatrical in order to have an impact that corresponds to its ultimate objectives. It is also quite classic to consider with one of its great specialists, the German-American historian Walter Z. Laqueur (1921-2018) that, given its diversity and the horror and fascination it inspires, defining terrorism and establishing a coherent theory of it would be an impossible task [3]. In fact, it is above all the notions of state terrorism and resistance or national liberation that pollute the academic and political efforts to base a definition on reason. Thus, we can follow Anthony Richards when he observes that viewing terrorism as a method rather than as inherent to any particular type of cause helps us to consider the phenomenon more objectively [4]. This method, as we know, consists of generating a psychological impact beyond the victims of the acts perpetrated. However, as the author, Professor of Law at the University of London, points out, the difficulty lies in showing the intention that is present or hidden behind the action taken [5].

So, we could try this definition inspired by the following reflections and the work of the French historian Jenny Raflik [6]: terrorism is a political project over a period, aimed at challenging the established order, attempting to bring it to an end and replacing it with a new order. To this end, it makes tactical use of transgressive violence, which, however, is presented and considered legitimate by the terrorist in the context of actuality.

That’s what we’re going to try to understand.

Photo Dreamstime – Aquarius83men

1. Two initial concerns

Returning to the issue of terrorism, I have two initial concerns. The first is that the issue is, of course, complex – more complex than is generally thought. It is far from being just a question of a few Arab countries and the Muslim religion. If I thought that was the case, I would have to stop writing now. Having studied Russian terrorism in Europe before the October Revolution as a historian, I know only too well that without a detailed knowledge of the language and culture, it is impossible to enter the mindset or networks, even retrospectively. This complexity must be considered, which is why I call my first approach The Road to Damascus, referring to the experience of the Apostle Paul of Tarsus. Like the former bounty hunter and persecutor of Christians, we have been blinded by the light of evidence, and we must pursue the truth with great humility if we are to regain a clear vision. This, of course, is the daily task of researchers and especially of foresighters. This idea was beautifully expressed by Michelangelo in the 16th century in a fresco in the Pauline Chapel in Rome and, closer to home, in a painting by Bertholet Flemalle in the 17th century in St Paul’s Cathedral in Liège (Wallonia). Incidentally, the New Testament is still relevant today: Jesus is said to have said, Go to Damascus, where it will be told you what to do. One thing is certain: contemporary interpretations are manifold…

My second initial concern is to point out that terrorism is not exempt from temporality, by which I mean the complex relationship of the present to both the past and the future. The public is regularly shocked by events that the media present as exceptional, unique or unprecedented. Yet we know that such events have occurred many times in the past, in one form or another, and that they are part of a long-standing trend and an already familiar pattern of development. For example, the accidental explosion of a bomb outside the Château de Villegas in Ganshoren, Brussels, at half past three on 23 February 1883, which killed its bearer, allowed the Belgian security services to partially uncover the network of the Narodovoletzi – the « bearers of the people’s will » of Odessa. It also allowed the historian who reconstructed the network to understand both how it worked and what motivated its members, to analyse how the anti-terrorist services viewed it, how they cooperated or did not cooperate, etc. This analysis is very useful for understanding and trying to explain what is happening today and what might happen tomorrow [7].

 

2. Some of the forms terrorism has taken in history

Temporality is based on the retrospective, or even – as we shall see – the retro-foresight. The retrospective is the basis of historicity that always subjective (or even intersubjective, as Edgar Morin would put it) connection we have with the past. Far from taking the past for granted, we are constantly revisiting it and finding there the questions we have about the present and, above all, the future. Is this not why the Italian historian Benedetto Croce (1866-1952) said that all history is contemporary?

I do not intend to recount the history of terrorism, or even of European terrorism, but it is certainly useful to keep in mind some of the forms it has taken in history – which is now beyond our power – to draw some conceptual or strategic lessons that we will need to face the future.

From the outset, temporality seems to be mixed with timelessness. The world-famous novel Alamut (1938) by the Slovenian writer Vladimir Bartol (Trieste, 1903 – Ljubljana, 1967) may be one of the keys to understanding the phenomenon of terrorism. On the one hand, it is inspired by the Ismaili sect and analyses the psychological traits of young fighters devoted to the cult of the Koran and raised with a fascination for duty and death that will allow them to enter paradise. Secondly, Alamut inspired the video game Assassin’s Creed, developed by Ubisoft Montreal for PlayStation3 and Xbox 360 in 2007 and for PC the following year. More than 100 million copies of the various entries in the series have been sold worldwide. Its influence has therefore been greater than an article in The Economist. The film realized in 2016 by the Australian director Justin Kurzel reinforced this messianic mythology whose formulas and principles are familiar: I divide mankind into two fundamentally different categories: a handful of people who understand reality and the huge majority who do not. Or again, Nothing is true; everything is permitted [8]. While researchers are aware of the importance of people’s worldviews in motivating individual or collective action, we must recognize that the frequency with which we now move between the real and the virtual world – not to mention our tendency to confuse the two – adds to the complexity of an issue such as terrorism.

Far from being the exclusive tool of cults, secret societies and resistance movements, terror is inherent in violence and war. In his Commentaries on the Gallic Wars, Julius Caesar recounts how the brilliance of his attacks – but also their brutality – both kept his friends loyal and, through fear, forced the wavering to accept offers of peace [9]. Experts in etymology and comparative linguistics know that variants of the Latin words terror and terrere have appeared in many forms over the centuries, long before the Terror proclaimed by the French National Assembly on 5 September 1793. We know of the terror inspired in us by the steppe peoples under Attila the Hun in the 5th century, the Mongol Genghis Khan in the 13th century and Tamerlane in the 14th century. The latter is known to have terrorized enemy cities and nations by building pyramids of severed heads, for example in Isfahan in 1387. But let us not jump to the conclusion that hell is other people. One of the field marshals at the head of the army of Maximilian of Bavaria’s Catholic League was Johann Tserclaes, Count of Tilly, who was sometimes said to be Walloon [10]. During a campaign against the Protestant Evangelical Union during the Thirty Years’ War, he seized the German city of Magdeburg on 25 May 1631, and permitted the slaughter of 20,000 people as well as the visitation of numerous other atrocities on the population in order to ensure the surrender of the neighbouring cities. The Marquis de Sourdis, in Richelieu’s service, did likewise at Chatillon-sur-Saône four years later. Many Belgian cities suffered similar treatment during the German invasion in the Great War, such as Dinant on the Meuse on 23 August 1914 (605 deaths). The Nanking Massacre in late 1937 and early 1938 probably claimed nearly 250,000 lives, and perhaps represented the pinnacle of this type of terrorism. And there are also civil wars, which can sometimes – whether in a revolutionary period or not – visit terror on the national population, as we have already mentioned regarding the French Revolution. Such circumstances legitimize the massacre by the citizens of the Republic’s enemies: this is what happened, for example, in Lyon on 14 December 1793, and perhaps too in Ankara on 15 July 2016.

In The Spirit of the Laws, Montesquieu used the term ‘terror’ in 1748 to refer to the principle of despotic government [11]. Long before him, in 1690, John Locke had stated in the first essay of his two Treatises on Government that ‘the magistrate’s sword [is] for a terror to evil doers, and by that terror to enforce men to observe the positive laws of the society’[12]. The use of the words ‘terrorism’ and ‘terrorists’ began to spread from 1794, first in the sense of a regime of political terror and its partisans, and then in the broader sense of the systematic use of violence for political purposes. Incidentally, ‘anti-terrorism’ and ‘anti-terrorist’ appear just one year later, in 1795 [13].

Of course, modern mechanized weaponry makes mass violence possible on an unprecedented scale. The bombing of Guernica, the historic capital of the Basque country, on 23 April 1937, notoriously served as a kind of rehearsal for what was to ensue during the Second World War. The bombing of Rotterdam by the Luftwaffe on 14 May 1940 was undoubtedly also an act of terrorism. It is difficult to exempt from this sombre list the massive German, British and American bombardments of civilian targets, and especially of cities, during this conflict. As Ariel Merari points out, the ultimatum leaflets that were air-dropped in these areas attest to the desire to terrorize the civilian population directly [14]. The Allied and German services that counted the number of victims of the bombing raids on Germany estimated the death toll at around 400,000, more than 10% of whom were prisoners of war or foreigners. The number of civilians killed by the bombing of Japan was around 900,000, higher than the number of Japanese soldiers killed in combat [15].

The Second World War also provides an interesting illustration of the ambivalence of the concepts of terrorism and resistance. A striking example is the Manouchian network, which was so well known that it was the subject of a propaganda poster distributed by the Vichy regime in 1944. The Missak Manouchian group, made up of resistance fighters of foreign origin, Jews and communists, became known for its attacks on German pilots and soldiers on leave. Its members, who described themselves as irregular sharpshooters and partisans (‘francs-tireurs et partisans’, FTP), were condemned to death and executed by the Germans in 1944 as ‘terrorists’, then honoured as members of the resistance by Charles de Gaulle’s Free France after the liberation [16]. The same view was taken of the members of the Irgun when they attacked the British headquarters at the King David Hotel in Jerusalem on 22 July 1946, causing 91 deaths and numerous injuries among the British officials there. Another example of the difficulty of defining the concept of terrorism is the so-called Battle of Algiers, fought by French parachute regiments during the decolonization period from January to October 1957. It is clear that the radical anti-terrorist measures taken by the French military had some success because they themselves terrorized the nationalist indigenous peoples and the settlers who sympathized with them.

The very disparate actions that have been mentioned reveal the different forms that terrorism can take, and a longer-term process in which we are situated, which debunks the notion that what is happening to this generation is unique, novel or unprecedented. Confining our attention to modern times, we can also count as part of this process the numerous attacks and actions of anarchists, nihilists, revolutionary socialists, fascists and others throughout the 19th and 20th centuries: they include the assassination of Tsar Alexander II (1881), of President Sadi Carnot (1894) and of Archduke Franz Ferdinand of Habsburg (1914), the Black September attacks at the Munich Olympics (1972), the actions of the Red Army Faction (Hanns-Martin Schleyer, 1977), the Red Brigade, Action directe and the Communist Combatant Cells, the bombing of Bologna railway station (2 August 1980), the attacks in Beirut against U.S. and French forces (23 October 1983), the killers of Brabant (28 deaths from 1983 to 1985), the attacks of the AIG such as the RER Line B bombing at Saint-Michel station in Paris on 28 July 1995, and that pivotal global moment on 11 September 2001 that has had so many repercussions for Europe.

This very incomplete inventory shows the diversity of forms that terrorism can assume [17]. It might have been expected to yield precise criteria for a general definition, but this is not in fact the case. As Ariel Merari shows, although terrorism may seem an immoral form of war, the profound collapse that the moral code of behaviour underwent in almost all wars on the part of all parties in the 20th century, including the targeting of civilians, shows that the difference between terrorism and other forms of war is one of interpretation [18].

If further demonstration of this relativity is required, take a look at the definition of ‘terrorisme’ in the French dictionary of Lachâtre in 1890. This was a popular dictionary, close to the labour movement. After recalling that the term refers to the reign of terror that reigned in France during part of the Revolution, Maurice Lachâtre added that terrorism is the most moving revolutionary era. He then defines a terrorist as a partisan, an agent of the system of terror, adding that the terrorists saved France [19].

What can we say other than that such comments on terrorism should make us humble?

 

3. Towards a definition of terrorism

It is conventional to begin discussions of terrorism by considering the difficulty of defining it in the scientific literature. We should avoid conflating it with all forms of political violence and ignoring state-sponsored forms of terrorism [20].

At a very early stage, however, in 1962, Raymond Aron made a decisive contribution by suggesting that ‘a terrorist action is referred to as such when its psychological effects are disproportionate to its purely physical results [21]. The various definitions offered by international organizations can help us understand this phenomenon. Thus, UN Resolution A/RES/54/110 of 2 February 2000 refers to criminal actions with political aims: criminal acts intended or calculated to provoke a state of terror in the general public, a group of persons or particular persons for political purposes [22].

The 2021 NATO definition, taken from its English and French glossary, shares this idea of a political dimension: The unlawful use or threatened use of force or violence, instiling fear and terror, against individuals or property in an attempt to coerce or intimidate governments or societies, or to gain control over a population, to achieve political, religious or ideological objectives [23].

The Luxembourg Council of the European Union in 2002 identified an intent to seriously intimidate a population, or unduly compelling a Government or international organization to perform or abstain from performing any act, or seriously destabilizing or destroying the fundamental political, constitutional, economic or social structures of a country or an international organization [24], an idea often found in national legislation, such as the Belgian law of 19 December 2003. The French historian Jenny Raflik stresses the interest of the approach to the phenomenon taken by the Arab Convention on the Suppression of Terrorism, adopted in Cairo on 22 April 1998, which is both innovative in several respects yet includes limitations such as the possibility of excluding from the scope of terrorism struggles that could the declared legitimate [25]. The important exploratory work of the historian at the French Institute for Higher National Defence Studies led her to propose a definition that we endorse: terrorism is a political project over a period of time that aims to challenge the established order, to try to put a stop to it and/or to substitute a new order for it. To this end, it makes tactical use of transgressive violence, which, however, is presented and regarded as legitimate by the terrorist, in the context of actuality [26]. This definition seems highly relevant to us. First, because it objectifies terrorism and takes it seriously as a political project rather than as a deviation, which would undermine its importance and purposes. Next, because Jenny Raflik emphasises the use of transgressive violence as a means, together with the subjective element – the variance of perspective between perpetrator and victim. Finally, because this definition takes into account the temporality in which the tension between the immediate event and its far-reaching effects lies.

 

Five Considerations to Close the Paper but Not the Subject

1. Terrorism is not a recent phenomenon. It is part of a long-term development from antiquity to the present. It should be seen in temporality (relationships between past, present and future).

2. Terrorism is a complex issue that takes many forms and can be used by very different actors, individual or collective, private or public, who are inspired by a political project and, therefore, a strategic determination to act in order to maintain or change an existing situation. In defining terrorism, we should avoid conflating it with all forms of political violence and ignoring state-sponsored forms of terrorism.

3. The use of terror and terrorism against citizens is inherent in the political philosophy of our liberal societies, as understood in particular by John Locke and Montesquieu.

4. The legitimacy of this political project is subjective; its means are transgressive and intended to be reinforced by their psychological impact and media coverage.

5. Several examples of the evolution of relations between groups that were clearly seen as terrorists, with whom it seemed impossible to negotiate, show that this is not the case and that yesterday’s transgressive actions do not necessarily prevent people from sitting down to start fruitful negotiations. The development of relations between London and the IRA after the bloody events of the Second World War is interesting in this respect.

Once again, we can find reasons for hope in a landscape of despair. Provided we make the necessary efforts, based on reason and not passion.

 

 

Philippe Destatte

@PhD2050

[1] A first and longer version of this paper has been written in the framework of the NATO Advanced Research Workshop, Identification of Potential Terrorists and Adversary Planning, Emerging Technologies and New Counter-Terror Strategies, CSRA, Falls Church VA, 25 July 2016, edited:  Ph. DESTATTE, Counter-Terrorism in Europe 2030; Managing Efficiency and Civil Rights, in Theodore J. GORDON e.a., Identification of Potential Terrorists and Adversary Planning, p. 87-105, NATO Science for Peace and Security Series – E: Human and Societal Dynamics, IOS Press, 2017. Philippe-Destatte_Counter-terrorism-Europe_NATO-IOS_2017

See also: Philippe DESTATTE, Elisabeta FLORESCU, Garry KESSLER, Hélène von REIBNITZ, Karlheinz STEINMÜLLER, Identifying Some Issues in the NATO Zone Through Trajectories About the Future of Terrorism and Counter-Terror Strategies, in Theodore J. GORDON e.a., Identification of Potential Terrorists and Adversary Planning, p. 16-24, NATO Science for Peace and Security Series – E: Human and Societal Dynamics, IOS Press, 2017.

[2] Ben SAUL, Defining Terrorism to protect Human Rights, in Deborah STAINES ed., Interrogating the War on Terror, Interdisciplinary Perspectives, p. 201-202, Newcastle, Cambridge Scholars Publishing, 2007.

[3] Walter LAQUEUR, Le terrorisme, p. 15, Paris, PuF, 1979. – W. LAQUEUR, Terrorism, London, Weidenfeld and Nicholson, 1977. – W. LAQUEUR, No End to War, Terrorism in the Twenty-First Century, p. 238, London, Continuum International, 2003.

[4] Anthony RICHARDS, Defining Terrorism, in Andrew SILKE ed., Routledge Handbook of Terrorism and Counterterrorism, p. 17, London & New York, Routledge, 2020. – A. RICHARDS, Conceptualizing Terrorism, Oxford University Press, 2015.

[5] Ibidem, p. 19.

[6] Jenny RAFLIK, Terrorisme et mondialisation, approches historiques, p. 24, Paris, Gallimard, 2016. – Terrorismes en France, Une histoire XIXe-XXIe siècles, Paris, CERF, 2023.

[7] Ph. DESTATTE, Contribution à l’histoire de l’émigration russe à la fin du XIXe siècle, 1881-1899, Mémoire présenté pour l’obtention du grade de Licencié en Histoire, Liège, Université de Liège, Année académique 1978-1979, 240 p. – Ph. DESTATTE, Sûreté publique et Okhrana, Les Foyers d’émigrés russes en Belgique, 1881-1899, Conferentie Benerus: België, Nederland, Rusland: betrekkingen en beeldvorming, Rotterdam 7-8 mei 1987: Belgisch-Nederlandse conferentie over de politieke, economische en culturele betrekkingen tussen België c.q. Nederland en Rusland/de USSR met nadruk op de periode na 1917, Erasmus Universiteit Rotterdam, Katholieke Universiteit (Leuven), Rijksuniversiteit Leiden, 1987.

[8] Vladimir BARTOL, Alamut, Libretto collection, Paris, Libella, 2012.

[9] Julius CAESAR, The Gallic Wars, translation by W. A. McDEVITTE and W. S. BOHN, Book 8, http://classics.mit.edu/Caesar/gallic.8.8.html – de BURY, Histoire de la vie de Jules César, suivie d’une dissertation sur la liberté où l’on montre les avantages du Gouvernement monarchique sur le républicain, Paris, Didot, 1758. For example, p. 86 : ‘he impressed upon them the importance of becoming masters of a rich and opulent city, which would give them all things in abundance, and strike terror into the hearts of all the other cities that had left his party, if they triumphed before it was rescued’.

[10] Deutsche Geschichte in Dokumenten und Bildern, Band 1, Von der Reformation bis zum Dreißigjährigen Krieg 1500-1648, Die Apokalypse vor Ort – Die Zerstörung Magdeburgs (1631) – A Local Apocalypse, The Sack of Magdeburg (1631), German Historical Institute, Washington DC, http://germanhistorydocs.ghi-dc.org/sub_document.cfm?document_id=4396

[11] The severity of punishments is fitter for despotic governments, whose principle is terror, than for a monarchy or a republic, whose spring is honour and virtue.’ MONTESQUIEU, The Spirit of the Laws, Book 6, Chapter 9, Geneva, 1748.

[12] (…) government being for the preservation of every man’s right and property, by preserving him from the violence or injury of others, is for the good of the governed: for the magistrate’s sword being for a “terror to evil doers,” and by that terror to enforce men to observe the positive laws of the society, made conformable to the laws of nature, for the public good, i.e., the good of every particular member of that society, as far as by common rules it can be provided for; (…) John LOCKE, Two Treatises of Government, Ch. IX, Of Monarchy by Inheritance from Adam, 92, London, Thomas Tegg & alii, 1823. McMaster University Archive of the History of Economic Thought. http://socserv2.socsci.mcmaster.ca/econ/ugcm/3ll3/locke/government.pdf

[13] Alain REY, Dictionnaire historique de la langue française, vol.3, p. 3803, Paris, Robert, 2006.

[14] Ariel MERARI, Du terrorisme comme stratégie d’insurrection, in Gérard CHALIAND and Arnaud BLIN ed., Histoire du terrorisme, De l’Antiquité à Daech, p. 31, Paris, Fayard, 2015.

[15] Thomas HIPPLER, Le gouvernement du ciel, Histoire globale des bombardements aériens, p. 156-160, Paris, Les prairies ordinaires, 2014.

[16] Denis PESCHANSKI, Claire MOURADIAN, Astrig ATAMIAN, Manouchian: Missak et Mélinée Manouchian, deux orphelins du génocide des Arméniens engagés dans la Résistance française, Paris, Textuel, 2023.

[17] See Ugur GURBUZ ed, Future Trends and New Approaches in Defeating the Terrorism Threat, Amsterdam-Berlin-Tokyo-Washington DC, IOS Press, 2013, especially Ozden CELIK, Terrorism Overview, p. 1-17 and Zeynep SUTALAND & Ugur GÜNGÖR, Future Trends in Terrorism, p. 75-87

[18] Ariel MERARI, op.cit., p. 42.

[19] Maurice LACHÂTRE, Dictionnaire français illustré, vol. 2, p. 1413, Paris, Librairie du Progrès, 1890.

[20] Anne-Marie LE GLOANNEC, Bastien IRONDELLE, David CADIER, New and evolving trends in international security, Transworld, FP7 Working Paper, 13, April 2013, p. 14.

[21] Raymond ARON, Paix et guerre entre les Nations, p. 176, Paris, Calmann-Levy, 1962.

[22] United Nations, Resolution adopted by the General Assembly, Measures to eliminate International Terrorism, A/RES/54/110 https://www.treasury.gov/resource-center/sanctions/Terrorism-Proliferation-Narcotics/Documents/A-RES-54-110.pdf

[23] NATO Glossary of Terms and Definitions (English and French), NATO (NSO), 2021.

[24] Council Framework Decision of 13 June 2002 on combating terrorism (2002/475/JHA), Official Journal L 164 , 22/06/2002 P. 0003 – 0007.

[25] Jenny RAFLIK, Terrorisme et mondialisation, approches historiques, p. 24, Paris, Gallimard, 2016. – It could also be interesting to open a discussion in order to compare this with Abu Mus’ab al Suri’s definition and typology of terrorism. See Key excerpts of The Global Islamic Resistance Call in Brynjar LIA, Architect of Global Jihad, The Life of al-Qaida Strategist Abu Mus’ab al-Suri, p. 382-383, London, Hurst & Company, 2014.

[26] J. RAFLIK, op. cit., p. 41.

Châtelet, 30 novembre 2016

1. Une pensée prospective pour une définition éclairante du terrorisme

Mon approche principale du terrorisme sera guidée par la démarche prospective [1]. Elle se fonde sur une demande de services spécialisés de me voir, après quelques décennies, réinvestir cette question à la suite aux attentats dont la France a été l’objet début 2015. Cette première sollicitation a été suivie d’autres, tant sur le plan de la recherche que sur celui de l’enseignement, ou de l’éducation permanente. Les considérations qui suivent ont été nourries par les riches échanges que j’ai eus à ce sujet en 2015 et 2016 à Bruxelles, à Paris, à Washington, à Mons, à Namur, à Châtelet.

1.1. Le chemin de Damas

Abordant à nouveau la problématique du terrorisme telle qu’elle a été réactualisée par les actions de Daesh, j’ai deux préoccupations initiales. La première consiste à dire que, naturellement, la question est complexe, plus complexe qu’on ne le pense généralement, notamment par le fait que le problème est loin d’être un enjeu lié à quelques pays arabes et à la religion musulmane. Si je pensais que c’était le cas, je devrais me taire tout de suite. En effet, pour avoir étudié, comme historien, le terrorisme russe en Europe avant la Révolution d’octobre, je sais trop bien que, sans avoir une connaissance fine de la langue et de la culture, on ne peut pénétrer ni dans les pensées, ni dans les réseaux, même a posteriori. Cette complexité doit être actée ; c’est pour cette raison que je nomme mon premier chapitre « le chemin de Damas », en référence au premier plaidoyer de l’apôtre Paul de Tarse. Comme l’ancien chasseur de primes pourfendeur de chrétiens, nous sommes aveuglés par les lumières de l’évidence et nous devons faire, avec beaucoup d’humilité, la quête de la vérité si nous voulons recouvrer une vision claire. C’est évidemment le lot quotidien des chercheurs et, en particulier, des prospectivistes. Cette idée a été magnifiquement rendue par Michel-Ange au XVIème siècle sur une fresque de la Chapelle Pauline à Rome et, plus près de chez moi, au XVIIème siècle, à la Cathédrale Saint-Paul de Liège, par une peinture de Bertholet Flemalle. Le Nouveau Testament résonne d’ailleurs dans le présent puisqu’il fait dire par la divinité : va à Damas, et là, on te dira ce que tu as à faire. Ne doutons pas que les interprétations contemporaines sont multiples…

Ma deuxième préoccupation initiale consiste à rappeler que le terrorisme n’échappe pas non plus aux temporalités, c’est-à-dire aux relations complexes que le présent entretient tant avec les passés qu’avec les futurs. Les citoyennes et les citoyens se laissent impressionner régulièrement, comme par autant de nouveautés, par des événements que les médias leur présentent comme exceptionnels, uniques ou jamais vus. Nous savons pourtant que ces événements se sont déjà produits, sous cette forme ou sous une autre, à plusieurs reprises, et qu’ils constituent même des éléments d’une tendance longue ou d’une évolution déjà identifiée. Ainsi, l’explosion accidentelle d’une bombe en face du Château de Villegas à Ganshoren-Bruxelles, le 23 février 1883 à 15 heures 30, tuant son porteur, permit à la Sûreté publique belge de partiellement découvrir le réseau des Narodovoletzi – ceux qui portent la volonté du peuple – d’Odessa. Elle permit aussi à l’historien qui reconstitua le réseau de comprendre à la fois comment il fonctionnait, et quelle était la motivation de ses membres, d’analyser le regard que les services contre-terroristes en avaient, comment ils coopéraient ou ne coopéraient pas, etc. Cette analyse était donc bien utile pour comprendre, et surtout pour essayer d’expliquer ce qui se passe aujourd’hui, autant que ce qui pourrait arriver demain [2].

La temporalité s’articule sur la rétrospective, voire – nous le verrons plus loin – sur la rétroprospective. La rétrospective fonde l’historicité, ce lien toujours subjectif, ou même intersubjectif, comme dirait Edgar Morin, que nous avons avec le passé. Sans cesse en effet, loin de le considérer comme donné, nous y retournons pour y rechercher nos questions du présent et surtout de l’avenir. N’est-ce pas aussi pour cela que Benedetto Croce disait que toute histoire est contemporaine ?

Mon intention n’est pas de faire l’histoire du terrorisme, ni même du terrorisme européen, mais il est assurément utile d’avoir à l’esprit quelques-unes des formes qu’il a pu prendre dans l’histoire – envers laquelle on ne pourra plus rien – pour en tirer quelques enseignements conceptuels, voire stratégiques, qui nous seront nécessaires pour aborder l’avenir.

D’emblée, la temporalité semble se mêler à l’intemporalité. Le roman de l’écrivain slovène Vladimir Bartol (Trieste, 1903 – Ljubljana, 1967), Alamut (1938), mondialement connu, peut constituer l’une des clefs de la compréhension du phénomène du terrorisme. D’une part, il s’inspire de la secte des Ismaéliens et analyse la dérive psychologique des jeunes combattants voués au culte de Mahomet et éduqués dans la fascination du devoir et de la mort, leur permettant d’accéder au paradis. D’autre part, Alamut a inspiré le jeu vidéo Assassin’s Creed, développé par Ubisoft Montreal pour PlayStation3 et Xbox 360 en 2007 et sur PC dès l’année suivante. Plus de 100 millions d’exemplaires des différents épisodes ont été vendus dans le monde [3]. Son influence a donc été plus grande que celle d’un article publié dans The Economist. Le film du réalisateur australien Justin Kurzel qui sortira fin 2016 devrait encore renforcer cette mythologie messianique dont on connaît les formules et principes : je partage l’humanité en deux catégories fondamentalement différentes : une poignée de gens qui savent ce qu’il en est des réalités et l’énorme majorité qui ne sait pas. Ou encore : rien n’est vrai, tout est permis [4]. Si les chercheurs sont conscients de l’importance de la représentation que l’on se fait du monde dans la motivation de l’action humaine, individuelle ou collective, il faut reconnaître que les aller-retour, voire les confusions contemporaines, entre le monde réel et le monde virtuel ajoutent à la complexité d’une problématique comme celle du terrorisme.

Dreamstime – Motortion

Loin de ne faire l’objet que de la panoplie des sectes, des sociétés secrètes ou des mouvements de résistance, l’usage de la terreur est inhérent à la violence et à la guerre. Dans ses Commentaires sur la Guerre des Gaules, Jules César raconte comment la fulgurance de ses attaques – mais aussi leur brutalité – retenait dans le devoir les peuples amis et ramenait par la terreur ceux qui hésitaient à accepter la paix [5]. Ceux qui font de l’étymologie et de la linguistique comparée savent que les déclinaisons sémantiques des mots latins terror et terrere parcourent les siècles, bien avant d’ailleurs l’avènement de la Terreur instaurée par l’Assemblée nationale française, le 5 septembre 1793. On sait la terreur que nous ont inspirée les peuples des steppes, le Hun Attila, au Vème siècle, le Mongol Gengis Khan, au XIIIème, Tamerlan au XIVème siècle. Ce dernier est connu pour avoir terrorisé les villes et nations ennemies en construisant des pyramides de têtes coupées, comme à Ispahan en 1387. Mais ne pensons pas que l’enfer ce sont les autres. Un des grands capitaines, parfois dit wallon, Jean t’Serclaes, comte de Tilly, commandait l’armée de la Ligue catholique pour Maximilien de Bavière [6]. Lorsqu’il affronta l’Union évangélique protestante durant la Guerre de Trente Ans, il s’empara, le 25 mai 1631, de la ville allemande de Magdebourg et permit le massacre de 25.000 personnes ainsi que de nombreux autres sévices à la population afin de s’assurer de la reddition des villes voisines. Le Marquis de Sourdis, au service de Richelieu, fit de même à Châtillon-sur- Saône quatre ans plus tard. De nombreuses villes belges subissent des logiques semblables pendant l’invasion allemande lors de la Grande Guerre, comme Dinant, sur la Meuse, le 23 août 1914 (605 morts). Le massacre de Nankin, fin 1937 – début 1938, provoque probablement près de 250.000 morts. Il constitue certainement l’apogée de ce type de terrorisme. Mais les guerres sont parfois civiles et, en période révolutionnaire – ou non -, elles peuvent elles-mêmes instaurer la terreur sur leur propre population, comme nous l’avons déjà évoqué pour la Révolution française. C’est alors la légitimité qui est générée pour les citoyens de massacrer les ennemis de la République, comme on l’a connu, pour ne prendre qu’un exemple, à Lyon le 14 décembre 1793, et peut-être encore à Ankara, ce 15 juillet 2016. Dans De l’esprit des Lois, Montesquieu, dès 1748, désigne par le terme terreur, le principe d’un gouvernement despotique [7]. Bien avant lui, en 1690, John Locke indiquait dans le premier essai de ses deux Traités sur le gouvernement que l’épée des magistrats doit servir à terrifier les malfaiteurs pour que cette terreur oblige les hommes à respecter les lois positives de la société [8]. L’usage des mots terrorisme et terroristes se répand à partir de 1794, d’abord au sens de régime de terreur politique et des partisans de ce régime, puis dans une acception plus large, d’emploi systématique de la violence dans un but politique. Notons que antiterrorisme et antiterroriste ne datent que de l’année suivante : 1795 [9].

Bien entendu, l’armement moderne, par ses moyens mécaniques, donne une ampleur sans précédent à la violence de masse. On sait que le bombardement de Guernica, capitale historique du Pays basque, le 23 avril 1937, est une sorte de répétition de ce qui va suivre durant la Seconde Guerre mondiale. Le bombardement de Rotterdam du 14 mai 1940 par la Luftwaffe constitue assurément aussi un acte de terrorisme. Il est difficile de faire échapper à cette triste liste les mêmes bombardements massifs allemands, anglais ou américains sur des cibles civiles, en particulier des villes, durant ce conflit. Les tracts d’ultimatum, lancés sur ces zones, attestent bien, comme l’indique Ariel Merari, la volonté de terroriser directement les populations civiles [10].

L’analyse de la Seconde Guerre mondiale est intéressante également pour montrer le caractère ambivalent du concept de terrorisme et de résistance. Un exemple flagrant est celui du Réseau Manouchian, assez bien connu pour avoir fait l’objet d’une affiche de propagande diffusée en 1944 par le Régime de Vichy. Composé de résistants d’origines étrangères, juifs et communistes, le Groupe de Missak Manouchian s’était fait connaître par ses attentats contre des pilotes et des permissionnaires allemands. Se disant eux-mêmes francs-tireurs et partisans (FTP), ils furent condamnés à morts et exécutés par les Allemands en 1944 en tant que terroristes, et honorés à la Libération en tant que résistants. Le même regard a été posé sur les membres de l’Irgoun, lors de l’attaque du quartier général britannique au King David Hôtel à Jérusalem le 22 juillet 1946, qui fit 91 morts et de nombreux blessés parmi les membres des services britanniques. Un autre exemple de la difficulté de clarifier le concept de terrorisme est celui de la Bataille dite d’Alger, menée par les régiments parachutistes français, dans un contexte de décolonisation, de janvier à octobre 1957. Il est clair que les mesures radicales de contre-terrorisme prises alors par les militaires français ont eu un certain succès, car elles ont réellement terrorisé les populations indigènes nationalistes mais aussi les colons qui leur étaient favorables.

L’ensemble des actions très disparates qui ont été évoquées permet de montrer la diversité des formes que le terrorisme peut prendre. Mais aussi l’existence d’une trajectoire qui nous inscrit dans le temps long et qui casse l’idée que ce qui survient à la présente génération serait unique, innovant, jamais vu. Pour rester dans l’époque contemporaine, on peut ajouter à cette trajectoire la multitude des attentats et des actions anarchistes, nihilistes, socialistes révolutionnaires, fascistes ou autres qui ponctuent les XIXème et XXème siècles : que l’on songe à l’assassinat du Tsar Alexandre II (1881), de celui du Président Sadi Carnot (1894) ou de l’Archiduc François-Ferdinand de Habsbourg (1914), aux attentats de Septembre noir aux Jeux olympiques de Munich (1972), aux actions de la Fraction armée rouge (Hans-Martin Schleyer, 1977), des Brigades rouges, d’Action directe, des CCC, à l’attentat de la gare de Bologne (2 août 1980), aux attentats de Beyrouth contre les forces américaines et françaises (23 octobre 1983), aux tueurs du Brabant (28 morts de 1983 à 1985), aux attentats du GIA comme celui du RER B à la station Saint-Michel à Paris, le 28 juillet 1995, ainsi qu’à ce tournant mondial que constitua le 11 septembre 2001 et qui eut de nombreuses conséquences pour l’Europe.

Cet inventaire bien incomplet nous montre la diversité des formes que peut revêtir le terrorisme [11]. Il aurait pu nous donner des critères précis en vue d’une définition générale. Ce n’est pourtant pas le cas. Comme le montre Ariel Merari, si le terrorisme peut apparaître comme une forme immorale de guerre, le fait que le code moral de comportement se soit fortement affaissé dans pratiquement toutes les guerres pour toutes les parties au XXème siècle, notamment en prenant les civils pour cibles, montre que la différence entre le terrorisme et les autres formes de guerres est une question de compréhension [12].

S’il faut un argument supplémentaire pour démontrer cette relativité, il suffit de jeter un regard sur la définition du terrorisme dans le dictionnaire français de Lachâtre, en 1890, dictionnaire populaire, proche du mouvement ouvrier. Après avoir rappelé qu’il s’agit du régime de la terreur qui a régné en France pendant une partie de la Révolution, Maurice Lachâtre ajoute que le terrorisme est l’époque révolutionnaire la plus émouvante. Il définit ensuite le terroriste comme un partisan, un agent du système de la terreur, ajoutant que les terroristes ont sauvé la France [13].

Que dire ? Sinon que cette formulation relative au terrorisme doit nous rendre modeste.

1.2. Vers une définition du terrorisme

S’agissant du terrorisme, il est classique de commencer par considérer la difficulté de le définir dans la littérature scientifique. Nous devons éviter de le confondre avec toute forme de violence politique et d’ignorer les différentes formes de terrorisme d’État [14].

D’emblée, pourtant, Raymond Aron avait eu un apport déterminant, dès 1962, en considérant qu’une action terroriste est dénommée terroriste lorsque ses effets psychologiques sont hors de proportion avec ses résultats purement physiques [15]. Les différentes définitions données par les organisations internationales peuvent nous aider à appréhender le phénomène. Ainsi, la Résolution A/54/16 de l’ONU du 2 février 2000 précise-t-elle qu’il s’agit d’actes criminels avec des objectifs politiques [16].

 La définition du terrorisme par l’Otan, provenant de son glossaire en anglais et en français partage cette idée de dimension politique : l’emploi illégal ou menace d’emploi illégal de la force ou de la violence contre les personnes ou des biens, afin de contraindre ou d’intimider les gouvernements ou les sociétés dans le but d’atteindre des objectifs politiques, religieux ou idéologiques [17].

Le Conseil de l’Union européenne y voyait en 2002 une intention d’intimider gravement la population ou de contraindre indûment des pouvoirs publics ou une organisation internationale à accomplir ou à s’abstenir d’accomplir un acte quelconque ou gravement déstabiliser ou détruire les structures fondamentales politiques, constitutionnelles, économiques ou sociales d’un pays ou une organisation internationale [18], idée que l’on va retrouver dans de nombreuses législations nationales telles que la loi belge du 19 décembre 2003. L’historienne française Jenny Raflik souligne l’intérêt de l’approche du phénomène par la convention arabe pour la lutte contre le terrorisme adoptée au Caire le 22 avril 1998, qui est à la fois innovante à plusieurs égards mais intègre des limites comme la possibilité d’exclure du cadre terroriste des luttes que l’on pourrait déclarer légitimes [19]. L’important travail exploratoire que l’historienne et auditrice à l’Institut français des Hautes Études de Défense nationale a mené lui a d’ailleurs permis de proposer une définition que nous faisons nôtre : le terrorisme est un projet politique qui s’inscrit dans la durée et vise à contester un ordre établi, de tenter d’y mettre un terme et/ou d’y substituer un nouvel ordre. Il use, pour cela, tactiquement, d’une violence transgressive, bien que présentée et considérée comme légitime par le terroriste, et inscrite dans l’immédiat [20]. Cette définition nous paraît en effet très pertinente. D’abord parce qu’elle objective et prend au sérieux le terrorisme comme un projet politique et non comme une déviance, ce qui en amoindrirait l’importance et les finalités. Ensuite, parce que Jenny Raflik met en évidence le moyen que constitue une violence transgressive, assortie d’un caractère subjectif entre celui qui commet l’acte et celui qui le subit. Enfin, parce que cette définition intègre les temporalités qui portent la tension entre un événement immédiat et ses effets à longue portée.

1.3. Quelques considérations liminaires

Quelles considérations liminaires peuvent clôturer cette introduction ?

1.3.1. Le terrorisme ne constitue pas un phénomène nouveau. Il est inscrit dans le temps long, de l’antiquité à nos jours. Il doit être analysé dans la temporalité, c’est-à-dire dans les relations que passé, présent et futur entretiennent.

1.3.2. Le terrorisme est un phénomène complexe qui prend des formes très diverses et peut être porté par des acteurs très différents, individuels ou collectifs, privés ou publics, qui sont animés par un projet politique, donc une volonté stratégique d’action en vue de conserver ou de transformer une situation existante. En définissant le terrorisme, il s’agit d’éviter de le confondre avec toutes les formes de violence politique et d’ignorer les différentes formes de terrorisme d’État.

1.3.3. L’usage de la terreur et du terrorisme contre les citoyens est inhérent à la philosophie politique de nos sociétés libérales telles qu’elles ont été conçues par John Locke et Montesquieu, notamment.

1.3.4. La légitimité de ce projet politique est subjective, ses moyens sont transgressifs et ont vocation à se démultiplier notamment par effet psychologique et résonance médiatique.

Pour aller directement à la suite…

Philippe Destatte

@PhD2050

[1] La prospective est une démarche indépendante, dialectique et rigoureuse, menée de manière transdisciplinaire en s’appuyant sur la longue durée. Elle peut éclairer les questions du présent et de l’avenir, d’une part en les considérant dans leur cadre holistique, systémique et complexe et, d’autre part, en les inscrivant, au delà de l’historicité, dans la temporalité. Résolument tournée vers le projet et vers l’action, la prospective a pour vocation de provoquer une ou plusieurs transformation(s) au sein du système qu’elle appréhende en mobilisant l’intelligence collective.

[2] Philippe DESTATTE, Contribution à l’histoire de l’émigration russe à la fin du XIXe siècle, 1881-1899, Mémoire présenté pour l’obtention du grade de Licencié en Histoire, Liège, Université de Liège, Année académique 1978-1979, 240 p. – Ph. DESTATTE, Sûreté publique et Okhrana, Les Foyers d’émigrés russes en Belgique, 1881-1899, in Conferentie Benerus : België, Nederland, Rusland : betrekkingen en beeldvorming, Rotterdam 7-8 mei 1987 : Belgisch-Nederlandse conferentie over de politieke, economische en culturele betrekkingen tussen België c.q. Nederland en Rusland/de USSR met nadruk op de periode na 1917, Erasmus Universiteit Rotterdam, Katholieke Universiteit (Leuven), Rijksuniversiteit Leiden, 1987.

[3] Après des ventes décevantes, Ubisoft ne sortira pas de jeu « Assassin’s Creed » en 2016, dans Le Monde, 12 février 2016.

[4] Vladimir BARTOL, Alamut, coll. Libretto, Paris, Libella, 2012. – Merci à Pierre Destatte, professeur à la Haute Ecole Condorcet, d’avoir attiré mon attention sur le lien entre ce roman et la mythologie terroriste, et à mon fils Julien Destatte d’avoir mis en évidence les liens avec Assassin’s Creed.

[5] Jules CESAR, La Guerre des Gaules, Traduction de Maurice RAT, Livre huitième, III, p. 198, Bibliothèque des Classiques de l’UQAC, http://classiques.uqac.ca/classiques/cesar_jules/guerre_des_gaules/guerre_des_gaules.pdf – de BURY, Histoire de la vie de Jules César, suivie d’une dissertation sur la liberté où l’on montre les avantages du Gouvernement monarchique sur le républicain, Paris, Didot, 1758. Par exemple, p. 86 : « il leur représenta de quelle importance il était pour eux de se rendre maîtres d’une ville riche et opulente, qui leur procurerait l’abondance de toutes choses, et jetterait la terreur chez toutes les autres qui avaient quitté son parti, s’ils l’emportaient avant qu’elle fût secourue. »

[6] Deutsche Geschichte in Dokumenten und Bildern, Band 1, Von der Reformation bis zum Dreißigjährigen Krieg 1500-1648, Die Apokalypse vor Ort – Die Zerstörung Magdeburgs (1631)A Local Apocalypse, The Sack of Magdeburg (1631), German Historical Institute, Washington DC, 2008.

http://germanhistorydocs.ghi-dc.org/sub_document.cfm?document_id=4396

[7] « La sévérité des peines convient mieux au gouvernement despotique, dont le prin­cipe est la terreur, qu’à la monarchie et à la république, qui ont pour ressort l’honneur et la vertu. » MONTESQUIEU, De l’esprit des lois ou du rapport que les lois doivent avoir avec la Constitution de chaque gouvernement, les mœurs, le climat, la religion, le commerce, etc. (…), t.1, LVI, Chapitre IX, p. 130, Genève, Barrilot & Fils, 1748.

[8] (…) government being for the preservation of every man’s right and property, by preserving him from the violence or injury of others, is for the good of the governed: for the magistrate’s sword being for a “terror to evil doers”, and by that terror to enforce men to observe the positive laws of the society, made conformable to the laws of nature, for the public good, i.e., the good of every particular member of that society, as far as by common rules it can be provided for (…) John LOCKE, Two Treatises of Governement, Ch. IX, Of Monarchy by Inheritance from Adam, 92, London, Thomas Tegg & alii, 1823. McMaster University Archive of the History of Economic Thought.

Cliquer pour accéder à government.pdf

[9] Alain REY, Dictionnaire historique de la langue française, t.3, p. 3803, Paris, Robert, 2006.

[10] Ariel MERARI, Du terrorisme comme stratégie d’insurrection, dans Gérard CHALIAND et Arnaud BLIN dir., Histoire du terrorisme, De l’Antiquité à Daech, p. 31, Paris, Fayard, 2015.

[11] Voir Ugur GURBUZ ed, Future Trends and New Approaches in Defeating the Terrorism Threat, Amsterdam-Berlin-Tokyo-Washington DC, IOS Press, 2013, en particulier Ozden CELIK, Terrorism Overview, p. 1-17 et Zeynep SUTALAND & Ugur GÜNGÖR, Future Trends in Terrorism, p. 75-87.

[12] Ariel MERARI, op.cit., p. 42.

[13] Maurice LACHÂTRE, Dictionnaire français illustré, vol. 2, p. 1413, Paris, Librairie du Progrès, 1890.

[14] Anne-Marie LE GLOANNEC, Bastien IRONDELLE, David CADIER, New and evolving trends in international security, in Transworld, FP7 Working Paper, 13, April 2013, p. 14.

[15] Raymond ARON, Paix et guerre entre les Nations, p. 176, Paris, Calmann-Levy, 1962.

[16] « criminal acts intended or calculated to provoke a state of terror in the general public, a group of persons or particular persons for political purposes ». United Nations, Resolution adopted by the General Assembly, Measures to eliminate International Terrorism, A/RES/54/110 https://www.treasury.gov/resource-center/sanctions/Terrorism-Proliferation-Narcotics/Documents/A-RES-54-110.pdf

[17] NATO Glossary of Terms and Definitions (English and French), p. 3T3, NATO (NSO), 2015.

[18] Council Framework Decision of 13 June 2002 on combating terrorism (2002/475/JHA), Official Journal L 164, 22/06/2002 P. 0003 – 0007. http://eur-lex.europa.eu/legal-content/FR/TXT/HTML/?uri=CELEX:32002F0475&from=EN

[19] Jenny RAFLIK, Terrorisme et mondialisation, approches historiques, p. 24, Paris, Gallimard, 2016. – Il peut aussi être intéressant d’ouvrir une discussion pour comparer cette définition avec celle de Abu Mus’ab al-Suri ainsi qu’avec sa typologie du terrorisme. Voir Key excerpts of The Global Islamic Resistance Call, in Brynjar LIA, Architect of Global Jihad, The Life of al-Qaida Strategist Abu Mus’ab al-Suri, p. 382-383, London, Hurst & Company, 2014.

[20] Ibidem, p. 41.