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Namur, le 19 janvier 2015

La journée d’étude qui s’est tenue au Palais des Congrès de Namur ce 19 janvier 2015 sur le thème ambitieux de « L’économie circulaire, le passage à l’acte » a bénéficié d’échanges initiaux qui en ont permis l’organisation partenariale avec Deloitte Belgique, Deloitte France, et Wallonie Développement, l’association des agences de développement territorial wallonnes, mais aussi les pouvoirs publics régionaux wallons. Je voudrais rappeler d’emblée ces préliminaires. D’abord, une rencontre avec Gilles Van Volsem, en charge des services de conseils en développement durable chez Deloitte en décembre 2013 au Palais des Académies dans le cadre de la conférence que le Club de Rome Bruxelles Europe et l’Institut Destrée organisaient à l’occasion de l’accueil de Jerome Glenn, directeur du Millennium Project. Il est intéressant de se souvenir que l’idée de cette collaboration a germé dans un cadre modelé par la prospective et le développement durable. C’est donc cette dynamique qui a permis, dès mai 2014 un contact avec Mathieu Hestin qui, à partir de Bio Intelligence Service, représente une réelle ressource, aujourd’hui interne, pour Deloitte France et dès lors aussi pour Deloitte Belgique.

L’idée de présenter en Wallonie le guide sur l’économie circulaire réalisé pour et par l’ADEME, l’Agence française de l’Environnement et de la Maîtrise de l’Énergie [1], est évidemment née de cette dynamique. Il s’agissait ensuite d’en tester l’idée, d’autant que le Gouvernement wallon tout comme les acteurs territoriaux n’étaient pas restés inactifs depuis 2010 dans ce domaine de l’économie circulaire, de l’écologie industrielle, de l’économie de la fonctionnalité, du recyclage, etc. Tant le volontarisme de la Déclaration de Politique régionale de l’été 2014 que les projets wallons récoltés en vue du programme FEDER le montraient. Nous avons dès lors multiplié les contacts directs avec les acteurs majeurs pour créer une vraie dynamique collective autour d’un renforcement de l’économie circulaire et, dans la ligne des travaux déjà menés au niveau régional par le SPW, la SRIW-NEXT et l’ASE, maintenant AEI, et au niveau territorial par les intercommunales de développement économique : BEP, IBW, IDEA, IDELUX, IEG, IGRETEC, SPI, réunies au sein de Wallonie Développement. Les rencontres successives avec Caroline Decamps, Maïté Dufrasne, Olivier Vanderijst, Jean-Claude Marcourt, Christel Evrard, ainsi que les contacts avec Véronique Cabiaux, Alain De Roover, Vincent Reuter et Didier Paquot (UWE), Thomas Jeukens et Laurent Weerts (Deloitte) permettaient de boucler un programme rassembleur. Qu’ils en soient toutes et tous remerciés. Il restait, enfin, last but not least, à l’équipe de l’Institut Destrée, en particulier Marie Dewez, Michaël Van Cutsem, Marie-Anne Delahaut et Jonathan Collin, de rendre concrètement possible cet événement.

Toutes ces initiatives préalables, ces efforts de connexion et de réflexion, en amont peuvent surprendre. Ils ne doivent pourtant pas nous étonner. Tous ceux qui travaillent sur la problématique de l’économie circulaire savent que la question est particulièrement difficile. Elle l’est parce qu’elle porte sur l’évolution des modes de production et de consommation, avec, on l’a rappelé, une volonté de répondre avec efficience aux enjeux et aux finalités du développement durable. Comme Laurent Weerts l’a noté d’emblée, l’économie circulaire, élabore des processus et des technologies tels qu’elle substitue à un modèle de croissance dit linéaire, trop consommateur de ressources (matières premières, énergie, eau, foncier) et trop producteur de déchets, un modèle de développement écosystémique, parcimonieux en prélèvements naturels, pauvre en résidus, mais à la performance équivalente voire accrue. Ce qui rend l’économie circulaire si difficile à mettre en œuvre, c’est qu’elle interroge nos comportements et nos pratiques et remet en cause des manières de faire décennales [2].

Penser l’économie circulaire, c’est penser transversalement, a dit avec raison le président du Comité exécutif du GRE et industriel reconnu Jacques Pélerin. Je vais me limiter à aborder quatre transversalités qui ont, parmi d’autres, traversé les préoccupations de cette journée du 19 janvier 2015.

Transversalité 1 : articuler les initiatives suivant le principe de subsidiarité

Le principe de subsidiarité est celui qui vise à déterminer le niveau d’intervention de l’action publique à l’aune de l’efficacité la plus grande envers le bénéficiaire. Cela signifie que la gouvernance de l’économie circulaire sera multiniveaux et que l’impulsion, même si elle est régionale, devra s’inscrire dans des logiques plus larges, aux niveaux européen, transfrontalier et fédéral notamment, où de véritables marchés du recyclage se mettent en place, mais, aussi dans des logiques de proximité qui révèlent des écosystèmes. Les territoires de projets, les bassins de vie, les communes, les zones d’activités industrielles, constituent également des espaces qui rencontrent les niveaux de coopération, de synergies et de confidentialité nécessaires. Tous ces niveaux ont leur pertinence s’ils s’articulent et démontrent la pertinence et l’efficacité de l’échelle d’action qu’ils se sont choisie. C’est, je pense, le message, que Claude Rifaut, directeur de production d’ADVACHEM, a donné au travers du bel exemple de l’écozoning de Tertre – Ghlin – Baudour, dans sa collaboration avec l’agence de développement territorial IDEA.

Transversalité 2 : mobiliser l’ensemble des acteurs privés et publics autour de stratégies collectives pertinentes

Pour mobiliser les acteurs autour de stratégies collectives pertinentes, il faut d’abord, a rappelé Caroline Decamps, baliser le rôle de chacun, afin de faire converger les initiatives des acteurs privés et publics vers les objectifs communs que l’on s’est assignés collectivement. Cela implique évidemment de bien comprendre le fonctionnement du territoire et d’en valoriser les atouts pour permettre le bouclage des flux de matières et d’énergies du territoire. Il s’agit aussi, a-t-on souligné lors des tables rondes, d’intégrer les outils (AEI, Innovatech, Wallonie Design, l’Office wallon des Déchets, NEXT, etc.), dans des recherches de synergies tant aux niveaux régional que territorial. Changer les mentalités pour apprendre à mieux travailler ensemble et davantage échanger entre nous constituera une stratégie centrale et un objectif à atteindre par priorité. La confiance, cela a été répété, est essentielle aux processus coopératifs et collaboratifs.

Transversalité 3 : placer les entreprises et les citoyens au cœur des dispositifs

In fine, ce sont toujours les entreprises qui font l’économie circulaire, a insisté Didier Paquot, directeur du Département Économie et R&D de l’Union wallonne des Entreprises. Laurent Weerts, a quant à lui noté qu’il fallait d’abord faire preuve de bon sens pour aborder ce nouveau modèle économique. Au delà, les facteurs de réussite sont nombreux comme l’a souligné Caroline Decamps, et on ne peut pleinement les maîtriser, ce qui implique que le challenge est réel et que les risques d’échec sont nombreux. Ces difficultés potentielles nécessitent évidemment de muscler la stratégie et donc, en se référant classiquement à Michel Crozier et à Erhard Friedberg [3], à impliquer et à responsabiliser davantage les acteurs, y compris les citoyens qui sont aussi, en tant que consommateurs conscients des enjeux, des agents économiques essentiels.

Ainsi, comme l’a remarqué Jacques Pélerin, l’économie circulaire, c’est d’abord un mode de management qui peut ajouter de la compétitivité aux entreprises comme aux territoires.

Transversalité 4. Travailler par chaînes de valeur, par filières en même temps que par métabolismes

Françoise Bonnet, secrétaire générale d’ACR+, le relevait : l’économie circulaire, c’est d’abord une alliance entre industriels, entre entrepreneurs, mais aussi des synergies avec des acteurs publics. En travaillant par chaînes de valeurs, on identifie les acteurs pertinents et surtout on construit des stratégies qui collent à la réalité du terrain. Considérer les métabolismes économiques permet de tenir compte des interactions de l’économie avec son environnement et avec chacune des composantes du système [4]. De même, a dit Jacques Pélerin, la mise en œuvre de l’économie circulaire nous force à mieux tenir compte du client, en anticipant davantage ses attentes, ses besoins et ses contraintes. Les exemples concrets donnés par Frédéric Gauder, Production Manager chez ARMACELL, et par Philippe Dubois, CEO de DHK, étaient particulièrement intéressants à ce point de vue. Ces attentes du client montrent à quel point, comme l’a dit Mathieu Hestin, directeur de Bio by Deloitte, la formation et l’accompagnement des entreprises constituent des nécessités pour les préparer au nouveau modèle industriel que constitue l’économie circulaire. Les citoyens-consommateurs devront également être sensibilisés et formés dans un proche avenir a noté Catherine Plunus et l’on pourrait compter à l’avenir sur l’AEI pour assumer cette mission. Dans tous les cas, le processus de concrétisation devront passer par des exemples très éclairants de bonnes pratiques et des success stories, a insisté Didier Paquot qui considère qu’il s’agit d’un point de passage essentiel pour faire bouger les entreprises.

Conclusion : l’économie circulaire, davantage du sur-mesure que du prêt-à-porter

Comment atterrir concrètement ? Cette question est évidemment celle qui est la plus difficile et, au delà de la méthodologie présentée par Mathieu Hestin – et dont nous avons répété tout l’intérêt -, les mots de pragmatisme et de travail chemin faisant, expérimental, sont revenus plusieurs fois. L’économie circulaire, c’est davantage de la sur-mesure que du prêt-à-porter.

Ainsi, je ferai trois observations.

La première, c’est qu’il faut placer l’économie circulaire là où elle doit être. On ne rendra pas service à l’idée en laissant penser que l’on créera « naturellement » une multitude d’emplois ou qu’on rendra « automatiquement » ses lettres de noblesse à la croissance grâce à l’économie circulaire. Par contre, on peut faire de cet outil un facteur de mobilisation complémentaire au travers d’une stratégie régionale d’économie circulaire qui activera les compétences régionales et les mobilisera aux niveaux territorial local et entrepreneurial. Il faudra beaucoup, beaucoup d’efforts pour aller au delà en termes de croissance tout en quittant les chemins anciens de la dépendance historique [5].

La deuxième observation, au delà du grand intérêt et des qualités certaines du guide de l’ADEME, que Christel Evrard a soulignés, c’est que j’y vois quand même une faiblesse au niveau du processus qui a été présenté. Cette lacune, nous l’avons observée avec l’équipe technique d’IDEA en esquissant, sur base de ce document, une stratégie d’économie circulaire pour le Cœur du Hainaut [6]. Il s’agit du manque flagrant d’une étape de visionning, comme souvent dans les travaux stratégiques et prospectifs français. Même si le guide évoque la vision des acteurs [7], il ne précise pas suffisamment l’importance et la nécessité d’une étape qui fixe l’horizon des attentes et les finalités de la stratégie et des actions, ce bien commun, ce bien de la collectivité, dont parlait Claude Rifaut.

Ma troisième et dernière observation, c’est de relever, avec Mathieu Hestin mais aussi avec le Ministre Jean-Claude Marcourt, que l’économie circulaire, l’innovation et la créativité font partie du même ensemble : celui de la renaissance industrielle au sens large, de ce que j’ai appelé ailleurs « le Nouveau Paradigme industriel », qui allie, comme on le fait en prospective, approche globalisante, écosystémique – comme l’a proposé, voici plus de cinquante ans déjà, le Professeur Paul Duvigneaud [8] – vision de long terme ainsi qu’action volontariste et concrète. Il s’agit dès lors d’activer un changement systémique total et de générer de l’innovation, technologique bien entendu, mais aussi dans des processus organisationnels et sociétaux. Les technologies numériques y ont aussi leur place tant pour la détection, que pour le pilotage ou le suivi des flux et des ressources [9].

La mise en place de l’économie circulaire demandera, n’en doutons pas, des efforts incommensurables, une mobilisation longue et de chaque instant, le renforcement de tous nos dispositifs d’action, une nouvelle gouvernance qui soit tout le contraire de molle, c’est-à-dire, comme l’a affirmé Caroline Decamps, un cadre public très décidé, très volontariste, très contraignant. C’est ce volontarisme que, au nom de la SRIW, Olivier Vanderijst, allait exprimer dans ses conclusions.

Philippe Destatte

https://twitter.com/PhD2050

Sur le même sujet :

Ph. DESTATTE, L’économie circulaire, Produire plus avec moins, Blog PhD2050, Namur, 1er juin 2014.

Ph. DESTATTE, Les entreprises et les territoires, berceaux de l’économie circulaire, Blog PhD2050, Namur, 25 juillet 2014.

Ph. DESTATTE, Cinq défis de long terme pour rencontrer le Nouveau Paradigme industriel, Blog PhD2050, 31 décembre 2014.

[1] Guide méthodologique du développement des stratégies régionales d’économie circulaire en France, p. 16, Paris-Angers, ADEME, Novembre 2014.

[2] Philippe DESTATTE, L’économie circulaire, Produire plus avec moins, Blog PhD2050, Namur, 1er juin 2014, http://phd2050.org/2014/06/01/ec1/Les entreprises et les territoires, berceaux de l’économie circulaire, Blog PhD2050, Namur, 25 juillet 2014, http://phd2050.org/2014/07/25/ec2/

[3] Michel CROZIER et Erhard FRIEDBERG, L’acteur et le système, Les contraintes de l’action collective, Paris, Seuil, 1977.

[4] Voir Nicolas BUCLET, Ecologie industrielle et territoriale Stratégies locales pour un développement durable, p. 160-161, Villeneuve d’Ascq, Presses universitaires du Septentrion, 2011.

[5] path-dependence, voir Philippe AGHION, Gilbert CETTE & Elie COHEN, Changer de modèle, p. 198-200, Paris, Odile Jacob, 2014.

[6] Les auteurs du Guide méthodologique de l’ADEME observent qu’il existe au sein des institutions territoriales des démarches et stratégies qui peuvent être mobilisées et venir en soutien du développement d’une économie circulaire : plans énergie / environnement, développement économique, aménagement du territoire, développement durable, déchets, et qui peuvent être coordonnés. Jalons pour une Stratégie d’économie circulaire du Cœur du Hainaut, Mons, IDEA – Institut Destrée, 12 janvier 2015, 6 p.

[7] en page 36.

[8] Voir Paul DUVIGNEAUD, La synthèse écologique, Populations, communautés, écosystèmes, biosphère, noosphère, Paris, Doin, 2e éd., 1980. (La première édition intitulée Ecosystèmes et biosphère avait été publiée en 1962 par le Ministère de l’Éducation nationale et de la Culture de Belgique.) – Gilles BILLEN e.a., L’Ecosystème Belgique, Essai d’écologie industrielle, Bruxelles, CRISP, 1983.

[9] Voir Pascal HARDY, L’économie circulaire contre la raréfaction des ressources, dans Pierre VELTZ et Thierry WEIL, L’industrie, notre avenir, p. 102-103, Paris, Eyrolles – La Fabrique de l’Industrie, 2015. Pascal Hardy conclut son papier par ces mots éclairants : les enjeux de l’économie circulaire vont au delà des aspects environnementaux, car les innovations qui sont au cœur de l’augmentation de l’efficacité des ressources et de leur diversification rejoignent celles des nouveaux modèles industriels qui se dessinent, plus proches des lieux de consommation, intégrant les écosystèmes industriels environnants, et portés par les technologies numériques (p. 104).

Munich, 1st November 2014

In a paper called The circular economy: producing more with less, published on my blog on 26 August 2014, I had the opportunity to offer a definition of the circular economy, to trace the concept’s progress internationally since the 1970s, and then to touch on the practices which, according to the French environmental agency ADEME in particular, underpin such an economy: eco-design, industrial ecology, the economy of functionality, re-use, repair, reutilisation and recycling [1]. Finally, I contended that, besides the key principles of sustainable development to which the circular economy contributes, to become part of this process meant supporting policies which, from the global to the local, become increasingly concrete as and when they get closer to companies. This is what I will try to show in this new presentation [2].

1. First industrial ecology and then the circular economy come on-stream

The circular economy, and especially industrial ecology, has been a reality for businesses, business parks, regions and cities for decades. The industrial symbiosis of Kalundborg (Symbiotic Industry), launched to the west of Copenhagen on the shores of the North Sea in 1961, is an international benchmark and recognised as a model for the development of eco-industrial parks [3]. Reference is also commonly made to the Dutch river and seaport of Mœrdijk (North Brabant), to Green Park business park in Berkshire in the UK, to the Grande-Synthe industrial area in Dunkirk, to the Artois-Flandres Industrial Estate in the North Pas de Calais, to the Reims-Bazancourt-Pomacle agribusiness park in Champagne-Ardenne, to Kamp C in Westerlo (near Antwerp) and other examples; in particular, practices by businesses such as pooled waste management and flow mapping are cited [4].

A circular ecosystem of economy

A Circular ecosystem of economy

http://www.symbiosis.dk/en/system

It was following a lengthy process of reflection that in late 2005 the European Commission proposed a new thematic waste prevention and recycling strategy that defined a long-term approach. Several proposals emanated from this strategy, including an overhaul of the Framework Directive on Waste [5]. The new directive pointed out that although European policy in this area was based primarily on the concept of a ‘waste hierarchy’, waste should above all be prevented from the product design stage onwards. In parallel, waste that cannot be avoided must be reutilised, recycled and recovered. The Commission accordingly regards landfill as ‘the worst option for the environment as it signifies a loss of resources and could turn into a future environmental liability’. The new directive announced the incorporation of the concept of life cycle into European legislation. It promotes, among other things, the idea of the circular economy, developed in China [6]. Meanwhile, since 2011, an initiative called A resource-efficient Europe is one of the seven flagship initiatives of the Europe 2020 Strategy. Among the measures recommended in the medium term to support this development, the European Commission advocates a strategy of transforming the Union into a circular economy, based on a recycling society with the aim of reducing waste generation and using waste as a resource [7]. The Commission also notes the significance of the work of the MacArthur Foundation, including the report presented in early 2014 at the World Economic Forum: Towards the Circular Economy: Accelerating the Scale-up across global supply chains [8].

2. The example of Wallonia: the economic development agencies create eco-parks

As part of the Wallonia Region’s strategy of supporting the redeployment and development of the economy, its Regional Policy Statement 2009-2014 stressed the government’s willingness to promote cooperation between small businesses, in particular via groupings of employers or the organisation of economic activities in a circular economy and to integrate and develop industrial ecology in the strategy of all stakeholders (e.g. regional and intermunicipal economic development agencies), to bring about a gradual optimisation of incoming and outgoing flows (energy, materials, waste, heat, etc.) between neighbouring businesses [9]. This commitment was implemented the following year in the priority plan of Wallonia, the so-called ‘Marshall 2.Green’. It is within this framework that the government launched a call for proposals to develop eco-industrial zones [10], with a budget of €2.5 million earmarked for the development of five pilot schemes. These projects were expected to bring together a facility operator and representatives of businesses from the economic activity zones (ZAEs) concerned, with the objective of promoting practical implementation in the area through equipment loans. Five sites were chosen on the basis of project quality:

– the Chimay Baileux industrial park which, in partnership with the Chimay Wartoise Foundation, wants to use malt residue from brewing in methane production in order to cogenerate heat and electricity for businesses that use them;

– Liège Science Park at Sart Tilman, where the intermunicipal agency SPI has brought together Level IT, Technifutur, Sirris, Physiol and Eurogentec around a project for renewable energy generation, biodiversity and soft mobility;

– the Ecopole of Farciennes-Aiseau-Presles near Charleroi, where intermunicipal agency Igretec is running a resource pooling project relating to the rehabilitation of a loop of the Sambre by bringing together companies such as Sedisol, Ecoterres and Recymex;

– the project organised at Hermalle-sous-Huy-Engis on the Meuse at Liège, optimising the logistics of road and river transport, where Knauf is already using gypsum waste from the company Prayon;

– The Tertre-Hautrage-Villerot industrial park, mainly devoted to chemicals and Seveso-classified, in which eight companies (Yara, Erachem, Advachem, Wos, Shanks, Euloco, Hainaut Tanking and Polyol) have joined forces with the regional economic development and spatial planning agency IDEA as well as with the city of Saint-Ghislain, near Mons on the French border [11].

The latter project, ranked first by the Region’s selection committee for its innovative character, has made it possible to develop industrial synergies involving the exchange of materials and energy, and in particular steam recovery, the rationalisation of water consumption, the creation of a closed system for the purification and re-use of waste water, the development of the railway on the site and the associated river dock, road safety around the park and aesthetic and environmental concerns [12]. A whole process is also gathering momentum at the initiative of Hainaut intermunicipal agency IDEA and the local companies concerned (YARA Tertre SA/NV, WOS, Shanks Hainaut, Erachem COMILOG, Polyol, Advachem, Hainaut-Tanking and Euloco). By introducing a local railway operator with the agreement of the Belgian infrastructure railway manager Infrabel, IDEA is attempting to meet the needs of industrial companies and minimise road use. The intermunicipal agency’s purpose is to meet the needs of its customers and hence to improve the situation of the affected companies to ensure that they retain their connection with the area and maintain as much activity as possible there. In addition, nearly 32 hectares of land shortly to be cleaned up by the regional public company SPAQuE [13] and the 8-hectare site of Yorkshire Europe, which has already been rehabilitated, represent real potential for the expansion of an industrial ecology project.

3. The NEXT Platform: a regional framework

In June 2013, in the presence of Ellen MacArthur and a hundred industrialists, the Wallonia Region formalised the cooperation agreement that its economy minister, Jean-Claude Marcourt, had signed with the foundation created by the British yachtswoman in the context of the Circular Economy 100 – Region process. This strategic partnership, with which Tractebel Engineering is associated, relates to the implementation of the circular ecology and is part of the development programme and industrial ecology platform called ‘NEXT’, set up the previous year by the authorities responsible for the regional economy. As Ellen MacArthur noted at the launch of this initiative, ‘the heart of the circular economy is innovation, creativity and opportunity’ [14].

Accordingly, in July 2013, the Government of Wallonia entrusted a mission to the Regional Investment Company of Wallonia (SRIW), and in particular its subsidiary BEFin, for the creation and implementation of the multisectoral circular economy strand of industrial policy in Wallonia (NEXT), complementing the competitiveness clusters. This programme’s role is to ensure the structured, comprehensive and coherent deployment of the circular economy in Wallonia in order to develop value-enhancing projects based on three pillars: industry, higher education and an international network. Besides raising companies’ awareness of the circular economy, as stated in the priority plan for Wallonia, the task of the unit that has been set up is to organise the creation of waste markets by companies and operators, to facilitate the introduction of a label for eco-systemic businesses and to foster partnerships with foreign institutions. It thus involves intensifying and structuring support for innovative circular economy projects driven by companies in Wallonia, from a perspective of sustainable materials management. It was then agreed that a circular economy fund should be set up at the Economic Stimulation Agency (ASE), and that an urgent mission focusing on giving guidance in recycling and re-using building materials should be entrusted to the GreenWin competitiveness cluster and the Construction Confederation. The missions of the ‘short circuits’ research centre were extended to include the circular economy on 26 September 2013 [15]. In early 2014, the NEXT team was particularly involved at the regional level but also at the area level with the preparation of European Structural Fund (ERDF) planning.

The Regional Policy Statement for Wallonia (DPR) 2014-2019 vigorously reaffirms the Paul Magnette government’s support for the development of the circular economy in Wallonia in order to promote the transition to a sustainable industrial system’ and to support the competitiveness of Walloon companies through synergies between them, promoting the reutilisation of waste as a new resource [16]. The DPR confirms the continuation of the NEXT programme and points out that the circular economy aims to ensure the emergence of innovative solutions to help decouple economic growth from increased consumption of resources, for example, by helping companies to rationalise their energy consumption and favouring the joint use of material and energy flows between businesses and the pooling of goods and services [17].

Conclusions: businesses, regions and cities as stages for action

The circular economy is an optimisation economy based on business parks, economic sectors, and local, regional or international industrial systems. It of course implies a sound knowledge of the regional industrial metabolism and metabolisms in specific areas [18], i.e. the flows generated by businesses, and their needs and constraints. The challenge for the business itself is likewise considerable, and the process of raising awareness among entrepreneurs about the benefits of the circular economy has also undergone a real acceleration [19]. As we have seen, the circular economy, rather than being a Copernican revolution or a paradigm shift, brings together practices that contribute to the transition to a more sustainable and harmonious society: eco-design, industrial ecology, the economy of functionality, re-use, repair, reutilisation and recycling.

These things make sense because they are or can be actually practised on the ground. Yet it is here that the results can seem difficult to achieve. As Suren Erkman noted, writing on industrial ecology, when it comes to going into the details of how to change manufacturing processes in order to make by-products and wastes usable by other plants, we come up against some serious technical and economic difficulties [20].

Experience on the ground, including in the Heart of Hainaut, has shown that the only tangible achievements are those based on the partnership of proximity between the players and the long-term relationship of trust between businesses and local operators. It is with reason that Professor Leo Dayan, senior lecturer at the Sorbonne, has since 2004 advocated the introduction of centres for the development of industrial links at area level and local business parks for the development of industrial ecology in practice. He could see small teams evolving on the ground that were highly skilled, flexible, functionally versatile and endowed with their own financial resources. It was their role, he argued, to identify local eco-links and spot wastage and inefficiencies in order to generate partnerships between businesses, including local universities. Dayan rightly attached great importance to encouraging the actors in order to develop the necessary synergies [21]. This is the approach that was taken by the intermunicipal agency IDEA at the Tertre-Hautrage-Villerot industrial park, out of a desire to reconcile economic competitiveness and environmental performance across such a site. The local partners and resources that are mobilised then make the difference: business clubs, local residents, municipal authorities, the Environmental Safety Commission but also the University of Mons and local research centres such as Multitel, specialising in telecommunications and material traceability.

The Business Federation of Wallonia (UWE)’s SMIGIN project has demonstrated that SMEs can also work on an industrial ecology and circular economy approach [22]. Here too though, as also in the application of the extended producer responsibility principle, promoted in France by the General Commission for Sustainable Development, the point is to work to change attitudes and the culture so that the principles of cooperation and exchange go beyond the conceptual stage to become a reality on the ground [23].

The circular economy is definitely a systemic tool that takes the form of multiple practices. Above all, though, it is a matter of businesses and specific areas, in other words people and entities brought together on a site that is by its very nature bounded and restricted. It is in this proximity, if not intimacy, that practical steps first begin to be taken, because concrete action is dependent on trust, which has to be patiently built up and carefully maintained.

 Philippe Destatte

https://twitter.com/PhD2050

[1] Philippe DESTATTE, The circular economy: producing more with less, Blog PhD2050, 26 August 2014, http://phd2050.org/2014/08/26/ce/

[2] This text is the background paper of a presentation named Creating Value in the Regenerative Transition given at The Future of Cities Forum, Imagine Regenerative Urban Development, organized by the German Federal Ministry of Education and Research, the World Future Council and Energy Cities, Munich, Kulturhaus Milbertshofen, 30-31 october 2014.

[3] Dominique Bourg and Suren ERKMAN, Perspectives on Industrial Ecology, Sheffield, Greenleaf, 2003. – Fiona WOO e.a., Regenerative Urban Development: A roadmap to the city we need, Futures of Cities, A Forum for Regenerative Urban Development, p. 9-11, Hamburg, World Future Council, 2013. – A Circular Ecosystem of Economy, The Symbiosis Institute, http://www.symbiosis.dk/en/system (October 30, 2014).

[4] See Emmanuel SERUSIAUX ed., Le concept d’éco-zoning en Région wallonne de Belgique, Note de recherche n°17, Namur, Région wallonne – CPDT, April 2011, 42 p.

http://orbi.ulg.ac.be/bitstream/2268/90273/1/2011-04_CPDT_NDR-17_Ecozonings.pdf

[5] Waste management is regulated by the Framework Directive on Waste (2008/98/EC) and is based on the prevention, recycling and reutilisation of waste and on improving conditions for final disposal. Waste management is also addressed – in a more specific and sector-based manner – in numerous pieces of EU legislation: the Directive on Packaging and Packaging Waste (94/62/EC), the Waste Electrical and Electronic Equipment Directive (2002/96/EC), the Directive on the Management of Waste from Extractive Industries (2006/21 / EC), and so on. http://ec.europa.eu/environment/waste/index.htm

[6] Taking sustainable use of resources forward: A Thematic Strategy on the prevention and recycling of waste, Communication from the Commission to the Council, the European Parliament, the European Economic and Social Committee and the Committee of the Regions, Brussels, 21 December 2005, COM(2005) 666 final. – Politique de l’UE en matière de déchets : historique de la stratégie, EC, 2005. http://ec.europa.eu/environment/waste/pdf/story_book_fr.pdf

[7] A resource-efficient Europe – Flagship initiative under the Europe 2020 Strategy, Communication from Commission to the European Parliament and the Council, the European Economic and Social Committee and the Committee of the Regions, Brussels, 26 January 2011 COM(2011) 21final, p. 7. – Note that the European Commission relies on the Online Resource Efficiency Platform (OREP) in connection with the circular economy.

http://ec.europa.eu/environment/resource_efficiency/index_en.htm

[8] Towards the Circular Economy: Accelerating the Scale-up across supply chains, prepared in collaboration with the Ellen MacArthur Foundation and MacKinsey Company, World Economic Forum, January 2014.

[9] Déclaration de Politique régionale wallonne 2009-2014, Une énergie partagée pour une société durable, humaine et solidaire, Namur, Wallonia Government, July 2009. – The Rhones-Alpes Region has also launched such a call. See: Jean-Jack QUEYRANNE, Les Regions dans la démarche d’économie circulaire : un appel à projets pour soutenir cette démarche écologique industrielle et territoriale, in Annales des Mines, Responsabilité et envitonnement, 76, 2014/4, p. 64-67.

[10] An eco-industrial zone can be defined as ‘a zone of economic activity proactively managed by the association of companies on site, interacting positively with its neighbours, and in which spatial and urban planning measures, environmental management and industrial ecology combine to optimise the use of space, materials and energy, to support the performance and economic dynamism of both businesses and the host community and to reduce local environmental loads.’ E. SERUSIAUX ed., Le concept d’éco-zoning…, p. 17.

[11] Gérard GUILLAUME, La Wallonie a sélectionné cinq écozonings-pilotes, in L’Echo, 14 April 2011.

[12] IDEA : retour sur une expérience pilote de l’éco-zoning de Tertre-Hautrage-Villerot, Info-PME, 5 September 2013. www. info-pme.be – Le projet d’éco-zoning de Tertre-Hautrage-Villerot sélectionné par le Gouvernement wallon !, Mons, IDEA, Press release of 8 April 2011.

[13] SPAQuE is the regional consultancy firm reference on landfill rehabilitation, brownfields decontamination and environmental expertise in Wallonia: http://www.spaque.be/documents/ComProfen.pdf

[14] La Wallonie s’engage dans l’économie circulaire, La Wallonie s’engage dans l’économie circulaire, 13 June 2013. – NEXT : l’économie circulaire au cœur du processus de reconversion de l’économie wallonne, 18 July 2013. http://www.marcourt.wallonie.behttp://marcourt.wallonie.be/actualites/~next-l-economie-circulaire-au-coeur-du-processus-de-reconversion-de-l-economie-wallonne.htm?lng=fr

[15] Rapport de suivi Plan Marshall 2.vert, p. 231-235, SPW, Secrétariat général, Délégué spécial Politiques transversales, April 2014, p. 231.

[16] Wallonie 2014-2019, Oser, innover, rassembler, Namur, July 2014, 121 p. See especially pp. 5, 22, 24, 28, 83, 90.

[17] Ibidem, p. 71.

[18] The industrial metabolism is the entirety of the ‘biophysical components of the region’s industrial system’. Suren ERKMAN, Ecologie industrielle, métabolisme industriel et société d’utilisation, Geneva, Institut pour la Communication et l’Analyse des Sciences et des Technologies, 1994.

[19] See especially Rémy LE MOIGNE, L’économie circulaire, comment la mettre en œuvre dans l’entreprise grâce à la supply chain ?, Paris, Dunod, 2014.

[20] Suren ERKMAN, Vers une écologie industrielle, Comment mettre en pratique le développement durable dans une société hyper-industrielle, p. 37, Paris, Editions Charles Léopold Mayer, 2004.

[21] Léo DAYAN, Stratégies du développement industriel durable. L’écologie industrielle, une des clés de la durabilité, Document établi pour le 7ème programme-cadre de R&D (2006-2010) de la commission Européenne. Propositions pour développer l’écologie industrielle en Europe, p. 8, Paris, 2004. http://www.apreis.org/img/eco-indu/7emplanEurop.pdf

[22] The European SMIGIN (Sustainable Management by Interactive Governance and Industrial Networking) project enabled the UWE to organise between 2006 and 2009, collective solutions based on a common methodology for the common needs of companies in seven business parks in Belgium and France: the measurement of environmental impacts, landscaping, and the optimisation of transport, waste and energy flows. The UWE went on to create a ‘sustainable business parks’ unit. Inform, Ecologie industrielle et économie circulaire : la dimension environnementale 2.0, Business & Society Belgium, 2012.

[23] Entreprises et parcs d’activités durables, Territoires et parcs durables, implication des entreprises : état des lieux et perspectives d’avenir, Matinée d’échanges, 4 April 2014, UWE, CPAD, 2014. 4 p.

Namur, le 16 septembre 2014

Un projet pour la Wallonie, c’est l’exigence partagée de plus de démocratie et d’un meilleur développement, a-t-on souvent souligné. Pour y parvenir en 2014, il s’agit de répondre à des enjeux dont le niveau de priorité est souvent variable en fonction des acteurs mais aussi des moments, les processus de dramatisation leur échappant parfois. En se basant sur les travaux menés par le Collège régional de Prospective de Wallonie depuis 2011, notamment la réflexion prospective Wallonie 2030 [1], on pourrait retenir cinq enjeux majeurs pour la nouvelle législature wallonne 2014-2019. Nous les intitulerons création et croissance des entreprises, adéquation de la formation au développement régional, refondation de la fonction publique, trajectoire budgétaire, articulation des territoires au projet régional. Autant de questions pour le gouvernement Magnette-Prévot [2].

1. Création et croissance des entreprises

En Wallonie, comme partout, les entreprises constituent les véritables piliers de la croissance et du développement économique et social. Le rôle des pouvoirs publics, aux niveaux local, régional, fédéral, européen et global consiste à créer un cadre favorable pour leur création et leur expansion, dans le respect de normes éthiques, sociales et environnementales qui soient aussi compatibles que possible avec leur compétitivité au niveau mondial. Comment dès lors faciliter la création et la croissance des entreprises, stimuler l’innovation et assurer un développement économique durable ?

Pour continuer à reconstruire l’économie wallonne, le gouvernement wallon va poursuivre la logique du Plan prioritaire wallon (dit Plan Marshall) en se concentrant sur les actions présentant le plus de valeur ajoutée, en orientant l’innovation et la recherche sur la valorisation économique et commerciale ainsi que sur la création d’emplois, et en renforçant les efforts d’internationalisation des entreprises [3]. Son objectif est de retrouver le ratio prôné par la Commission européenne de 20% de part de l’industrie dans le PIB wallon en 2020. On en est loin : ce taux ne cesse de baisser pour plusieurs raisons. Il s’élevait en 2012 à 12,7 % en Wallonie et à 15,2 % dans les 28 [4]. Les atouts du gouvernement pour l’améliorer : le renforcement des rôles de la SRIW, de la Sogepa et de la Sowalfin, la mise en place de l’Agence pour l’Entreprise et l’Innovation (AEI), la poursuite des programmes NEXT (économie circulaire), Creative Wallonia, Novallia (financement des PME innovantes), le développement de la veille économique, stratégique et prospective, l’amélioration de la transition entre la recherche, le monde économique et industriel [5], la simplification radicale et l’évaluation de la pertinence des mécanismes d’aide aux entreprises et à l’emploi [6], etc. L’amélioration du taux d’emploi dans toutes les classes d’âge, dans tous les bassins et à tous les niveaux de qualification est l’obsession du gouvernement [7]. Mais – faut-il l’écrire ? – l’emploi n’est pas la finalité de l’entrepreneur mais la conséquence de la mise en mouvement d’un grand nombre de variables. L’essentiel reste, que l’on aime ou non l’idée, la création de richesses, ce qui nécessite une croissance nette de l’emploi dans les secteurs industriels et tertiaires marchands [8]. La Déclaration de politique régionale fait du secteur marchand le vecteur principal de l’augmentation du taux d’emploi [9].

2. L’adéquation de la formation au développement régional

La question est connue depuis longtemps. Il s’agit de savoir comment optimaliser les structures et les modèles d’éducation et de formation pour répondre à la fois aux finalités d’apprentissage, de créativité et d’émancipation individuelles et collectives. La réponse est difficile. Au delà de la construction critique de la personne, il est nécessaire d’accorder une attention particulière au développement des ressources humaines dont les entreprises ont besoin. Le nouveau gouvernement rappelle que les compétences de l’enseignement, de la recherche, de la culture et des médias sont essentielles en termes d’innovation et de compétitivité, mais aussi qu’elles sont gérées par la Communauté française [10], c’est dire si la mobilisation de ces compétences au profit de la Wallonie constitue elle aussi un enjeu. La voie pour y accéder reste à déterminer mais elle relève bien de l’innovation. A défaut d’une reconfiguration du paysage institutionnel francophone, une rationalisation en vue d’une plus grande efficience, ainsi qu’une réorganisation des relations entre matières interdépendantes mais trop cloisonnées serait bien nécessaire. Le chemin pris par cette législature est à nouveau celui des synergies. L’expérience passée laisse sceptique les observateurs mais ce chemin peut se révéler efficace dans le domaine de la formation en alternance. Le gouvernement a en effet décidé de confirmer ce programme, expérimenté notamment par l’IFAPME, comme filière d’excellence, en donnant la priorité à la rencontre des qualifications demandées par les entreprises dans le cadre du Pacte pour l’Emploi et la Formation [11]. Au delà, la mise en adéquation des formations et des besoins d’emploi nécessitera probablement des mesures astreignantes qui peuvent être perçues ou non dans la Déclaration de politique régionale, selon la compréhension que l’on a de certains de ses paragraphes [12].

3. La refondation de la fonction publique

Cet enjeu ne constitue qu’une dimension d’une question plus large sur laquelle nous reviendrons en conclusion de ce papier et qui nous interroge sur la manière d’établir une gouvernance collective, participative et publique, à la mesure de la démocratie que le XXIème siècle doit construire, en s’appuyant sur des processus de débat, de concertation et de décision.

La refondation de la fonction publique wallonne ne peut s’appuyer que sur une reconnaissance profonde des agents, du travail qu’ils réalisent et de la place fondamentale qui est la leur dans la société. Au delà de la gestion par mandats et par plans opérationnels, on doit aussi changer les ressorts de l’implication du personnel. Il s’agit d’une dynamique relevant de la culture des organisations, qu’il faut revisiter, celle de construire sur la confiance et sur la reconnaissance explicite d’une utilité sociale. Ce renouveau demande de l’empowerment (autonomisation et responsabilisation) de la part de l’ensemble des agents, par des délégations élargies, associées à un mode de gouvernance des ressources humaines développant la prise de risque et en acceptant les erreurs comme autant d’apprentissages.

La communication du gouvernement wallon à ce sujet, portant essentiellement sur la seule réduction des effectifs dans l’administration, ne manque pas d’étonner car le chapitre consacré à la fonction publique dans la Déclaration de politique régionale comporte des pistes positives et concrètes de nature à développer réellement l’innovation dans ce domaine : évolution des plans opérationnels en des contrats d’administration qui seraient de véritables contrats de partenariat entre le gouvernement et l’administration, qui fixeront, pour la durée de la législature, des objectifs quantitatifs et qualitatifs à atteindre, les moyens humains et de fonctionnement ainsi que les droits et obligations de chacune des parties prenantes (gouvernement, ministres et mandataires), mise en place de protocoles de collaboration arrêtant la répartition des rôles entre le mandataire, le gouvernement et les ministres, développement de l’audit interne, formation à la gestion de projet et à l’excellence opérationnelle (Lean Management, etc.), mise en place d’une politique de carrière innovante et de rémunération motivante axée sur l’évaluation et les acquis de l’expérience, etc. [13]

4. La trajectoire budgétaire

L’équation à résoudre par la Région wallonne est ardue, faute d’avoir anticipé lors des gouvernements Van Cauwenberghe et Demotte. D’abord, la Région doit répondre aux obligations liées au Traité sur la Stabilité, la Coordination et la Gouvernance au sein de l’Union économique et monétaire (TSCG) et à la requalification de la dette régionale suite à l’intégration, par Eurostat et l’Institut des Comptes nationaux, de certains organismes financiers wallons dans le périmètre des administrations publiques. Le fait que le gouvernement wallon ait émis l’intention de reporter l’équilibre budgétaire à 2018, au lieu de 2016, fait débat [14]. Ensuite, la Région wallonne doit intégrer les contraintes de court, moyen et long termes que lui impose la nouvelle loi de financement qui dispose que la dotation de transition accordée à la Région wallonne se tarira en 2024. De surcroît, le transfert de nouvelles compétences, dans le cadre de la dernière réforme de l’Etat, ne bénéficiera pas de la totalité des montants qui étaient dédiés à celles-ci au Fédéral. Enfin, la Région wallonne disposera d’une autonomie fiscale accrue. Cette dernière question est loin d’être anodine et, tant en matière d’impôt foncier que d’impôt sur le revenu, le Parlement devra débattre de la politique fiscale et de l’organisation de la taxation.

Le nouveau gouvernement wallon a annoncé un gel des budgets régionaux en 2015 et 2016 afin de dégager des marges pour des initiatives nouvelles. L’idée peut paraître séduisante surtout parce qu’elle permet enfin de mener les réflexions sur les choix budgétaires stratégiques, c’est-à-dire pluriannuels, qui devraient être opérés, réflexions qui semblent ne pas avoir été menées jusqu’ici. C’est en effet la meilleure manière de pouvoir y réfléchir avec les acteurs et de les mobiliser autour d’un projet clair et coconstruit, donc débattu dans la société et au Parlement. L’objectif reste d’accélérer le redéploiement. Cela sera particulièrement nécessaire pour le financement des compétences transférées.

Parallèlement, le gouvernement met en place un dispositif sans précédent de gouvernance budgétaire et fiscale, en resserrant le pilotage budgétaire de l’ensemble des administrations et entités qui lui sont liées par un Comité de monitoring présidé par la Direction générale du Budget du Service public de Wallonie (DGT2). Cet outil, que l’on attendait depuis longtemps, est en effet de nature à permettre un meilleur suivi des recettes, un conception pluriannuelle et plus rigoureuse des budgets, ainsi qu’un suivi plus efficace et transparent de la consommation budgétaire [15]. Le renforcement de la place de l’administration wallonne dans ce processus constitue assurément une bonne nouvelle, notamment pour le Parlement qui pourra mieux appréhender la réalité budgétaire.

5. L’articulation des territoires au projet régional

Depuis une quinzaine d’années, en relation avec l’émergence de bassins de vie ou de communautés de communes, mais aussi en lien avec les débats sur l’avenir des intercommunales de développement et des provinces, se pose en Wallonie la question d’une nouvelle gouvernance territoriale : comment faire pour que le développement des territoires bénéficie à la Wallonie tout entière ? Les territoires et les villes apparaissent d’ailleurs, partout dans le monde, de plus en plus comme les niveaux pertinents du développement. Le Collège régional de Prospective a insisté sur le besoin d’instaurer une nouvelle gouvernance territoriale qui s’articule au niveau régional et qui construise une coopération contractuelle entre les différentes échelles territoriales, des quartiers aux communes jusqu’à la région, et plus seulement une relation de tutelle et de subventionnement. Enfin, le Collège a préconisé l’élaboration d’un référentiel territorial régional intégré, c’est-à-dire la construction d’un plan stratégique d’ensemble qui rassemble à la fois la vision territoriale et le développement économique et social, tant aux niveaux régional que territorial. On se rappelle qu’un accord n’avait pu être formalisé lors de la dernière législature sur la révision du Schéma de Développement de l’Espace régional (SDER).

Le nouveau gouvernement wallon entend concrétiser une vision stratégique à long terme du territoire wallon dans une logique de développement durable [16] , en rencontrant les enjeux d’attractivité territoriale, de compétitivité, de mobilité, d’aménagement parcimonieux du territoire. On se réjouira de lire dans la DPR que les projets territoriaux, élaborés au niveau supracommunal, couvriront l’ensemble de la Wallonie et s’articuleront avec la vision régionale pour assurer un développement territorial équilibré [17]. Pour ce faire, le gouvernement Magnette-Prévot indique son intention de renforcer l’approche supracommunale ainsi que de développer des partenariats contractualisés entre la Région, les provinces, les éventuelles communautés de territoire et les communes[18]. Par ailleurs, l’actualisation du SDER reste à l’ordre du jour, avec la nécessité affirmée et bienvenue d’une cohérence avec le Plan Marshall et les objectifs de redéploiement économique de la Wallonie. En fait, c’est lui qui doit réaliser l’articulation avec les stratégies supracommunales. C’est aussi sur ce SDER que devraient s’appuyer l’ambitieuse politique de la ville que le gouvernement veut mener, les réponses aux défis de la ruralité, ainsi que la mise à disposition de terrains attractifs pour le développement des entreprises [19]. Dans ce dernier domaine, la Sogepa se voit confier une mission d’ensemblier pour la réhabilitation des sols, avec l’appui de l’expertise technique de SPAQuE [20].

Conclusion : confiance, partenariat et changement

D’autres enjeux que les cinq évoqués ici trop rapidement attendent bien entendu la Wallonie. Tant les réalités quotidiennes que l’Europe seront là pour les rappeler. N’en doutons pas, le renforcement de la cohésion et de l’inclusion sociales, l’accès aux droits fondamentaux des citoyens, les défis environnementaux et énergétiques, y compris le changement climatique, le vieillissement de la population, la coopération européenne, la responsabilité qui est la nôtre à l’égard des pays en moindre développement, seront aussi à l’ordre du jour de la nouvelle législature. La Déclaration de Politique régionale ne les néglige pas. La manière avec laquelle l’ensemble de ces enjeux seront pris en charge contribuera – ou non – à (re)construire la confiance, qui est un des leitmotive du Ministre-président Paul Magnette.

Malgré certaines dérives sémantiques répandues depuis quelques années, la Wallonie, ce n’est toutefois ni uniquement son gouvernement ni uniquement ses pouvoirs publics. Lorsque, au début des années 1990, le Ministre-président Bernard Anselme émettait le slogan « La Wallonie, c’est nous ! » il exprimait bien l’idée d’une collectivité humaine et politique au sens large à laquelle, un peu plus tard, la gouvernance – c’est-à-dire la gestion collective à partir des acteurs – a donné une base concrète. Le nouveau gouvernement ne dit pas autre chose lorsqu’il appelle à un partenariat quotidien et intensif entre toutes les forces qui veulent concourir à la transition économique, sociale et environnementale [21] – les citoyens, les entrepreneurs, les associations et les pouvoirs publics – et lorsqu’il évoque la réalisation d’un Pacte qui donne un sens et un horizon, (…) au delà des divisions dépassées et des querelles intestines [22]. Ce pacte – que nous avions appelé contrat sociétal – constitue en effet, avec le renforcement du rôle du Parlement wallon et une participation plus active des citoyens à la vie publique, la clef de la réussite [23]. Il reste toutefois à écrire et à conclure.

La Wallonie est en attente de ruptures et de mutations profondes. Alors que le mot « changement » apparaissait tabou sur les bords de la Meuse namuroise voici encore quelques mois, la Déclaration de politique régionale indique que concentrer l’action sur ce qui déclenchera le changement, c’est oser engager les réformes nécessaires [24].

Si le gouvernement s’engage sur le terrain de l’évaluation participative et du partenariat avec les acteurs pour réorganiser son environnement institutionnel et administratif [25], refonder son développement territorial, et organiser à long terme les compétences transférées du fédéral [26], la Wallonie s’en trouvera transformée. Il reste à convaincre et à mobiliser les Wallonnes et les Wallons.

Philippe Destatte

https://twitter.com/PhD2050

[1] Notamment : Philippe DESTATTE, Wallonie 2030, Quelles seraient les bases d’un contrat sociétal pour une Wallonie renouvelée ? Rapport général du congrès du 25 mars 2011, 19 p.

http://www.college-prospective-wallonie.org/Documents/Philippe-Destatte_Wallonie2030_Rapport-General_2011-03-25_Final_ter.pdf

[2] Une version synthétique de ce texte a été publiée dans L’Echo du 16 septembre 2014, sous le titre Les cinq enjeux majeurs pour la législature wallonne, p. 13.

http://www.lecho.be/agora/analyse/Les_cinq_enjeux_majeurs_pour_la_legislature_wallonne.9545243-2338.art

[3] Parlement wallon, Session extraordinaire 2014, Déclaration de politique régionale, Oser, innover, rassembler, Namur, Juillet 2014, 72 p. 23 juillet 2014 Doc. 20 (SE2014) N°1, p. 16. – voir aussi l’interview de Jean-Claude Marcourt par Christophe de Caevel, « Tout doit pouvoir être remis à plat, mêmes les pôles de compétitivité« , dans Trends-Tendances, 28 août 2014.

[4] Source BNB-Eurostat. Florence HENNART, Spécialisation intelligente des Régions, Quelle stratégie en Wallonie ? Exposé aux Midis de l’Innovation, SPW-DGO6, 24 juin 2014.

Cliquer pour accéder à Midis%20innovation%2024juin2014-florenceHennart.pdf

[5] Déclaration de politique régionale…, p. 23 et 24.

[6] Ibid., p. 8 et surtout 11 : Le Gouvernement entend profiter de la présente législature pour analyser les dispositifs de soutien à l’activité et à l’emploi à la lumière du contexte socio-économique wallon et des stratégies de redéploiement économique de la Wallonie.

[7] Ibid., p. 4.

[8] Idée que nous n’avons, comme d’ailleurs l’Union wallonne des Entreprises, cessé de porter depuis 1991 : voir notamment Albert SCHLEIPER, Le devenir économique de la Wallonie, dans La Wallonie au futur, Le défi de l’éducation, p. 131-133, Charleroi, Institut Destrée, 1992. – Ph. DESTATTE, La Wallonie au futur, 10 ans de construction d’un projet de société, p. 20, Charleroi, Institut Destrée, 1997.

[9] L’augmentation du taux d’emploi constitue une priorité pour le Gouvernement. Le secteur marchand doit être le vecteur principal, parce qu’il permet de conjuguer la création d’emplois, la création de richesses et la soutenabilité budgétaire, aux côtés du secteur public et du secteur non marchand qui assument des prestations sociales et collectives indispensables et dont le rôle doit être confirmé, voire renforcé. Déclaration de politique régionale…, p. 9.

[10] Ibid., p. 7 et 20.

[11] Ibid., p. 10.

[12] Ibid., p. 14 et 15.

[13] Ibid., p. 62-63.

[14] Voir notamment : Anaïs SOREE, « La Wallonie ne remplit pas son contrat », Interview de Jean Hindriks, dans L’Echo, 30 août 2014, p. 7. – Stéphane TASSIN, Les ministres wallons suent sur le budget, dans La Libre, 4 septembre 2014.

[15] Déclaration de politique régionale…, p. 60-61.

[16] Ibid., p. 45-46. On ne fait toutefois nulle part référence à la Stratégie régionale de Développement durable, lancée utilement par le précédent gouvernement wallon, malgré les réelles maladresses de sa conception et de sa mise en œuvre.

[17] Ibid., p. 47.

[18] Ibid., p. 67.

[19] Ibid., p. 47-48. – voir aussi Stéphane TASSIN, L’image de l’administration doit changer, Le ministre Carlo Di Antonio (CDH) veut déjà revoir le CoDT et le SDER initiés par son prédécesseur Ecolo, dans La Libre, 9 septembre 2014.

[20] Ibid., p. 53-54.

[21] Ibid., p. 6.

[22] Ibid., p. 7.

[23] Ibid., p. 60 : Le gouvernement veillera également à améliorer la dynamique démocratique en Wallonie. Cela passe par un renforcement du rôle du Parlement et une participation plus active des citoyens à la vie publique.

[24] Ibid., p. 7.

[25] Ibid., p. 59 : proposer, sous la responsabilité du ministre-président et en lien avec chaque ministre, une simplification et une réduction du nombre de structures publiques et parapubliques, régionales et locales, sur base d’une évaluation des missions, du coût et de la plus-value de ces structures et de leur organisation interne pour les citoyens et les entreprises.

[26] Ibid., p. 28 : Santé : Le Gouvernement wallon veillera à assurer la continuité des politiques menées qui, pour nombre d’entre elles, fonctionnent déjà de manière satisfaisante, et rassemblera les acteurs de terrain de chaque secteur afin d’envisager la meilleure évolution possible de ces nouvelles politiques à long terme. Voir aussi pour les allocations familiales, p. 29 et 30.

Namur, le 25 juillet 2014

Dans un premier article intitulé L’économie circulaire : produire plus avec moins, publié sur ce blog le 1er juin dernier, j’ai eu l’occasion de donner une définition de l’économie circulaire, d’en rappeler la trajectoire depuis les années 1970, au niveau international, puis d’évoquer les pratiques qui, notamment selon l’ADEME, la fondent : éco-conception, écologie industrielle, économie de la fonctionnalité, réemploi, réparation, réutilisation, recyclage. Enfin, j’ai affirmé que, au delà des grands principes de développement durable auxquels l’économie circulaire contribue, s’inscrire dans sa dynamique c’est porter des politiques qui, du global au local, deviennent de plus en plus concrètes au fur et à mesure qu’elles se rapprochent des entreprises. C’est ce que je vais essayer de montrer dans ce papier.

1. Une montée en puissance de l’écologie industrielle puis de l’économie circulaire

L’économie circulaire, et en particulier l’écologie industrielle, s’inscrit depuis plusieurs décennies dans la réalité des entreprises, des zones d’activités économiques ainsi que des territoires. La symbiose industrielle de Kalundborg, lancée dès 1961 à l’ouest de Copenhague, sur le bord de la mer du Nord, constitue une référence internationale et un exemple reconnu pour la mise en place des parcs éco-industriels [1]. On fait aussi généralement référence au port fluvial et maritime néerlandais de Mœrdijk (Brabant septentrional), au Greenpark de Trading dans le Berkshire (UK), à la zone industrielle de la Grande Synthe à Dunkerque, aux industries Artois-Flandres dans le Nord Pas de Calais, à la ZAE agro-industrielle Reims – Bazancourt – Pomacle en Champagne-Ardenne, au Kamp C. de Westerlo (Anvers, Flandre), etc., en évoquant la mutualisation de la gestion des déchets par les entreprises, la cartographie des flux, etc [2].

C’est à la suite d’un long processus de réflexions que la Commission européenne a proposé, fin 2005, une nouvelle stratégie thématique pour la prévention et le recyclage des déchets qui définisse une approche à long terme. Plusieurs propositions ont émané de cette stratégie, notamment une révision de la directive-cadre relative aux déchets [3]. La nouvelle directive rappelait que, si la politique européenne en cette matière se fondait avant tout sur le concept de « hiérarchie des déchets », ces derniers doivent surtout être évités dès la conception. Parallèlement, ceux qui ne peuvent l’être doivent être réutilisés, recyclés et récupérés. Dès lors, pour la Commission, les décharges constituent désormais la pire option pour l’environnement car elles correspondent à une perte des ressources et pourraient constituer, à l’avenir, un poids mort environnemental. La nouvelle directive annonce l’incorporation de la notion de cycle de vie dans la législation européenne. Elle valorise, parmi d’autres, l’idée d’économie circulaire, développée en Chine [4]. Parallèlement, depuis 2011, l’initiative intitulée Une Europe efficace dans l’utilisation des ressources, compte parmi les sept initiatives phares de la stratégie Europe 2020. Dans les mesures préconisées à moyen terme pour porter cette dynamique, la Commission européenne prône une stratégie de transformaton de l’Union en une économie circulaire fondée sur une culture du recyclage, dans le but de réduire la production de déchets et d’employer ces derniers comme ressources [5]. La Commission rappelle également l’intérêt des travaux de la Fondation MacArthur parmi lesquels le rapport présenté début 2014 au World Economic Forum : Towards the Circular Economy : Accelerating the Scale-up across global supply chains [6].

2. L’exemple de la Wallonie : les agences de développement économiques créent des éco-zonings

Dans l’axe stratégique de soutien au redéploiement et au développement de l’économie, la Déclaration de Politique régionale 2009-2014 de la Région Wallonie a marqué la volonté de son gouvernement de favoriser la coopération entre les petites entreprises via notamment des groupements d’employeurs ou l’organisation des activités économiques en économie circulaire ainsi que d’intégrer et développer l’écologie industrielle dans la stratégie de l’ensemble des acteurs concernés (par exemple les sociétés régionales et intercommunales de développement économique) de telle sorte que l’on tende peu à peu vers une optimisation des flux entrants et sortants (énergie, matières, déchets, chaleur, etc.) entre entreprises voisines [7]. Cette volonté a été mise en œuvre l’année suivante dans le Plan prioritaire wallon, dit Marshall 2.vert. C’est dans ce cadre que le gouvernement a lancé un appel à projets pour développer les éco-zonings [8], avec un budget de 2,5 millions d’euros, destiné à développer cinq expériences pilotes. Ces projets devaient réunir à la fois un opérateur d’équipement et des représentants des entreprises des zones d’activités économiques (ZAE) concernées, l’objectif étant de favoriser la mise en œuvre concrète sur le territoire au travers des crédits d’équipement. Cinq sites ont été choisis en fonction de la qualité des projets :

– le parc industriel de Chimay Baileux qui, en partenariat avec la Fondation Chimay Wartoise, veut valoriser les drèches de brasserie dans la production de méthane afin de produire de la chaleur et de l’électricité par cogénération pour ses entreprises demanderesses ;

– le Liège Science Park du Sart Tilman où l’intercommunale SPI associe Level IT, Technifutur, Sirris, Physiol et Eurogentec autour d’un projet de production d’énergie renouvelable, de la biodiversité et de la mobilité douce ;

– l’Ecopôle de Farciennes – Aiseau-Presles, à côté de Charleroi, où l’intercommunale Igretec développe un projet de mutualisation sur la réhabilitation de la boucle de la Sambre en associant des entreprises Sedisol, Ecoterres, Recymex, etc. sur ce projet commun ;

– le projet organisé à Hermalle-sous-Huy – Engis, sur la Meuse liégeoise, d’optimisation de la logistique des charrois route et bateau, là où Knauf valorise déjà les déchets de gypse de l’entreprise Prayon ;

– la zone d’activités Tertre-Hautrage-Villerot, site principalement chimique, classé SEVESO, dans lequel huit entreprises (Yara, Erachem, Advachem, Wos, Shanks, Euloco, Hainaut Tanking et Polyol) sont associées à l’intercommunale de développement économique et d’aménagement du territoire IDEA ainsi qu’à la ville de Saint-Ghislain, près de Mons, à la frontière française [9].

Ce dernier projet, classé premier par le comité de sélection de la Région Wallonie pour son caractère innovant, a permis d’engager des synergies industrielles en matières d’échanges de matières et d’énergie, notamment sur la récupération de vapeurs, sur la rationnalisation de la consommation de l’eau, sur le bouclage et l’épuration des eaux de rejets, sur le développement de la voie ferrée sur le site et la darse associée, sur la sécurité routière aux abords de la zone ainsi qu’aux points de vue paysager et environnemental [10]. Toute une dynamique se développe d’ailleurs à l’initiative de l’intercommunale hennuyère IDEA et des entreprises locales concernées (YARA Tertre SA/NV, WOS, Shanks Hainaut, Erachem Comilog, Polyol, Advachem, Hainaut-Tanking et Euloco). Autour de la mise en place, en connivence avec Infrabel, d’un Opérateur ferroviaire de Proximité (OfP) l’iDEA tente de répondre aux besoins des industriels et de minimiser le recours à la route. L’objectif de l’intercommunale est bien de répondre aux besoins de ses clients et donc d’améliorer le bien-être des entreprises concernées afin qu’elles continuent à s’ancrer sur le territoire et à y maintenir un maximum d’activités. Près de 32 hectares de terrains bientôt assainis par la SPAQuE ainsi que 8 hectares du site de Yorkshire Europe, déjà réhabilité, constituent de surcroît un potentiel réel d’expansion d’un projet d’écologie industrielle.

3. La Plateforme NEXT : un cadre régional

En juin 2013, la Région Wallonie a officialisé, en présence d’Ellen MacArthur et d’une centaine d’industriels, l’accord de coopération que son ministre de l’économie Jean-Claude Marcourt a signé avec la fondation créée par la navigatrice britannique dans le cadre de la dynamique Circular Economy 100 – Region. Ce partenariat stratégique, auquel est associé Tractebel Engineering, porte sur la mise en œuvre de l’écologie circulaire et s’inscrit dans le cadre du programme de développement et la plateforme d’écologie industrielle intitulée « NEXT », mis en place l’année précédente par les autorités en charge de l’économie régionale. Comme l’indiquait Ellen Mac Arthur lors du lancement de cette initiative le cœur de l’économie circulaire, c’est l’innovation, c’est la créativité, c’est la recherche d’opportunités nouvelles [11].

Dès lors, en juillet 2013, le Gouvernement wallon a confié une mission déléguée à la Société régionale d’Investissement de Wallonie (SRIW), et plus particulièrement à sa filiale BEFin, pour la création et la mise en œuvre de l’axe multisectoriel transversal « économie circulaire » de la politique industrielle wallonne (NEXT), complémentaire aux pôles de compétitivité. Ce programme a pour mission d’assurer le déploiement structuré, global et cohérent de l’économie circulaire en Wallonie de façon à développer des projets porteurs de valeur ajoutée en se basant sur trois piliers : l’industrie, l’enseignement supérieur et un réseau international. Outre la sensibilisation des entreprises à l’économie circulaire, telle qu’inscrite dans le Plan prioritaire wallon, la cellule mise en place a pour tâche d’organiser la création de bourses aux déchets par les entreprises et opérateurs, de favoriser la mise en place d’un label marquant les entreprises éco-systémiques et de susciter des partenariats avec des institutions étrangères. Il s’agit donc d’intensifier et de structurer le soutien aux projets innovants en matière d’économie circulaire portés par les entreprises wallonnes, en s’inscrivant dans une perspective de gestion durable des matières. Il était alors convenu qu’un fonds en économie circulaire devait être logé au sein de l’Agence de Stimulation économique (ASE), qu’une mission prioritaire, centrée sur l’accompagnement des entreprises dans le recyclage et la réutilisation des matériaux de construction devait être confiée au Pôle de compétitivité GREENWIN et à la Confédération de la construction. Les missions du centre de référence « circuits courts » ont été étendues à l’économie circulaire le 26 septembre 2013 [12]. L’équipe NEXT s’est, début 2014, montrée particulièrement présente au niveau régional mais aussi territorial dans la préparation de la programmation des fonds structurels européens (FEDER).

La Déclaration de Politique régionale wallonne 2014-2019 réaffirme avec beaucoup de vigueur le soutien du Gouvernement Magnette au développement de l’économie circulaire en Wallonie afin de favoriser la transition vers un système industriel durable et de soutenir la compétitivité des entreprises wallonnes grâce à des synergies entre elles, favorisant la réutilisation des déchets en tant que nouvelle ressource [13]. La DPR confirme la poursuite du programme NEXT et rappelle que la dynamique de l’économie circulaire vise à faire émerger des solutions innovantes pour permettre de découpler la croissance économique de l’augmentation de la consommation des ressources, par exemple, en aidant les entreprises à rationaliser leur consommation d’énergie et en privilégiant l’utilisation conjointe de flux de matières et d’énergie entre entreprises et la mutualisation de biens et de services [14].

Conclusions : entreprises et territoires, les lieux du passage à l’acte

L’économie circulaire est une économie d’optimisation, s’appuyant sur des zones d’activités, des filières, des systèmes industriels locaux, régionaux ou internationaux. Elle implique bien sûr une bonne connaissance du métabolisme industriel régional et des métabolismes territoriaux [15], c’est-à-dire des flux générés par les entreprises, de leurs besoins et contraintes. L’enjeu pour l’entreprise elle-même est, lui aussi, considérable et la sensibilisation des entrepreneurs aux avantages de l’économie circulaire connaît d’ailleurs une réelle accélération [16]. Nous l’avons vu, l’économie circulaire, plutôt que de constituer une révolution copernicienne, un changement de paradigme, rassemble des pratiques qui contribuent à la transition vers une société plus durable, plus harmonieuse : éco-conception, écologie industrielle, économie de la fonctionnalité, réemploi, réparation, réutilisation, recyclage.

Ces pratiques ont du sens parce qu’elles sont pratiquées, ou peuvent l’être, concrètement sur le terrain. C’est pourtant là que les résultats peuvent sembler difficiles à atteindre. Comme l’indiquait Suren Erkman, en écrivant sur l’écologie industrielle, lorsqu’il s’agit d’entrer dans les détails pour modifier les processus de fabrication afin de rendre les sous-produits et les déchets utilisables par d’autres usines, on se heurte à de redoutables difficultés techniques et économiques [17].

L’expérience du terrain, notamment en Cœur du Hainaut, a montré que les seules réalisations tangibles sont celles qui se fondent sur le partenariat de proximité entre les acteurs et la confiance de long terme entre les entreprises et les opérateurs locaux. C’est avec raison que le professeur Léo Dayan, maître de conférence à la Sorbonne, avait prôné dès 2004 la mise en place de centres de développement des liaisons industrielles au niveau territorial et des zones d’activités locales pour développer concrètement l’écologie industrielle. Il voyait évoluer sur le terrain de petites équipes très qualifiées, flexibles, aux fonctions polyvalentes, dotées de moyens financiers propres. Elles seraient destinées à identifier les éco-liaisons locales, à relever les pertes et les inefficiences, afin de susciter des partenariats d’entreprises, incluant les universités locales. Dayan accordait à juste titre beaucoup d’importance à la motivation des acteurs afin de mettre en place les synergies nécessaires [18]. C’est la démarche qui a été entreprise par l’intercommunale IDEA sur le zoning de Tertre-Hautrage-Villerot avec la volonté de concilier la compétitivité économique et la performance environnementale à l’échelle d’une ZAE. Les partenaires et ressources locales mobilisées font alors la différence : clubs d’entreprises, riverains, autorités municipales, Commission Sécurité Environnement mais aussi l’Université de Mons et des centres de recherche locaux comme Multitel, spécialisé en télécommunications et traçabilité des matériaux.

Le projet SMIGIN de l’Union wallonne des Entreprises a démontré que les PMEs peuvent aussi s’investir dans une démarche d’écologie industrielle et d’économie circulaire [19]. Mais là également, tout comme dans l’application du principe de responsabilité élargie du producteur, valorisée en France par le Commissariat général au Développement durable, il s’agit de travailler à l’évolution des mentalités et de la culture afin que les principes de coopérations et d’échanges dépassent le stade de concept pour devenir une véritable réalité de terrain [20].

L’économie circulaire est certes un outil systémique qui se décline en pratiques multiples. Mais c’est surtout une affaire d’entreprises et de territoires, c’est-à-dire d’acteurs physiques et moraux rassemblés sur un espace par nature délimité et restreint. C’est dans cette proximité, sinon cette intimité, que se fait le passage à l’acte car celui-ci est conditionné par une confiance patiemment construite sur le terrain et fortement entretenue.

Philippe Destatte

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[1] Suren ERKMAN, Vers une écologie industrielle, Comment mettre en pratique le développement durable dans une société hyper-industrielle, p. 28sv, , Paris, Editions Charles Léopold Mayer, 2004.

[2] Voir Emmanuel SERUSIAUX dir., Le concept d’éco-zoning en Région wallonne de Belgique, Note de recherche n°17, Namur, Région wallonne – CPDT, Avril 2011, 42 p.

Cliquer pour accéder à 2011-04_CPDT_NDR-17_Ecozonings.pdf

[3] La gestion des déchets est règlementée par la directive-cadre sur les déchets (2008/98/CE) et repose sur la prévention, le recyclage, la réutilisation des déchets et l’amélioration des conditions de leur élimination finale. La gestion des déchets est également abordée – de façon plus spécifique et sectorielle – dans de nombreuses législations de l’Union : la directive relative aux emballages et déchets d’emballages (94/62/CE), la directive relative aux déchets d’équipements électriques et électroniques (2002/96/CE), la directive relative à la gestion des déchets de l’industrie extractive (2006/21/CE), etc. http://ec.europa.eu/environment/waste/index.htm

[4] Mise en œuvre de l’utilisation durable des ressources : une stratégie thématique pour la prévention et le recyclage des déchets, Communication de la Commission au Conseil, au Parlement européen, au Comité économique et social européen et au Comité des Régions, Bruxelles, 21 décembre 2005, COM(2005) 666 final. – Politique de l’UE en matière de déchets : historique de la stratégie, CE, 2005. http://ec.europa.eu/environment/waste/pdf/story_book_fr.pdf

[5] Une Europe efficace dans l’utilisation des Ressources, Initiative phare relevant de la stratégie Europe 2020, Communication de la Commission au Parlement européen, au Conseil, au Comité économique et social et au Comité des Régions, Bruxelles, 26 janvier 2011 COM(2011) 21final, p. 7. – A noter que la Commission européenne s’appuie sur l’Online Resource Efficiency Platform (OREP) en matière d’économie circulaire. http://ec.europa.eu/environment/resource_efficiency/index_en.htm

[6] Towards the Circular Economy : Accelerating the Scale-up accross supply chains, prepared in collaboration with the Ellen MacArthur Foundation and MacKinsey Company, World Economic Forum, January 2014.

[7] Déclaration de Politique régionale wallonne 2009-2014, Une énergie partagée pour une société durable, humaine et solidaire, Namur, Gouvernement wallon, Juillet 2009.

[8] On peut définir un écozoning comme une zone d’activité économique gérée de manière proactive notamment par l’association des entreprises en présence, interagissant positivement avec son voisinage, et dans laquelle les mesures d’aménagement et urbanisme, de management environnemental et d’écologie industrielle concourent à optimiser l’utilisation de l’espace, de la matière et de l’énergie, à soutenir la performance et le dynamisme économique tant des entreprises que de la communauté d’accueil et à diminuer les charges environnementales locales. E. SERUSIAUX dir., Le concept d’éco-zoning…, p. 17.

[9] Gérard GUILLAUME, La Wallonie a sélectionné cinq écozonings-pilotes, dans L’Echo, 14 avril 2011.

[10] IDEA : retour sur une expérience pilote de l’éco-zoning de Tertre-Hautrage-Villerot, Info-PME, 5 septembre 2013. www. info-pme.be – Le projet d’éco-zoning de Tertre-Hautrage-Villerot sélectionné par le Gouvernement wallon !, Mons, IDEA, Communiqué de presse du 8 avril 2011.

[11] La Wallonie s’engage dans l’économie circulaire, 13 juin 2013. – NEXT : l’économie circulaire au cœur du processus de reconversion de l’économie wallonne, 18 juillet 2013. http://www.marcourt.wallonie.behttp://marcourt.wallonie.be/actualites/~next-l-economie-circulaire-au-coeur-du-processus-de-reconversion-de-l-economie-wallonne.htm?lng=fr

[12] Rapport de suivi Plan Marshall 2.vert, p. 231-235, SPW, Secrétariat général, Délégué spécial Politiques transversales, Avril 2014, p. 231.

[13] Wallonie 2014-2019, Oser, innover, rassembler, Namur, Juillet 2014, 121 p. Notamment, p. 5, 22, 24, 28, 83, 90.

[14] Ibidem, p. 71.

[15] Le métabolisme industriel est l’étude de l’ensemble des composants biophysiques du système industriel de la région. Suren ERKMAN, Ecologie industrielle, métabolisme industriel et société d’utilisation, Genève, Institut pour la Communication et l’Analyse des Sciences et des Technologies, 1994.

[16] Voir notamment : Rémy LE MOIGNE, L’économie circulaire, comment la mettre en œuvre dans l’entreprise grâce à la supply chain ?, Paris, Dunod, 2014.

[17] Suren ERKMAN, Vers une écologie industrielle…, p. 37.

[18] Léo DAYAN, Stratégies du développement industriel durable. L’écologie industrielle, une des clés de la durabilité, Document établi pour le 7ème programme-cadre de R&D (2006-2010) de la commission Européenne. Propositions pour développer l’écologie industrielle en Europe, p. 8, Paris, 2004. http://www.apreis.org/img/eco-indu/7emplanEurop.pdf

[19] Le projet européen SMIGIN (Sustainable Management by Interactive Governance and Industrial Networking) a permis à l’UWE d’organiser, de 2006 à 2009, avec une méthodologie commune, des solutions collectives aux besoins communs d’entreprises sur sept parcs d’activités économiues en Belgique et en France : mesure des impacts environnementaux, aménagement paysager, optimisation des flux de transports, de déchets, d’énergies. Dans la foulée, l’UWE a créé en son sein une cellule « Parcs d’activités durables. » Inform, Ecologie industrielle et économie circulaire : la dimension environnementale 2.0, Business & Society Belgium, 2012.

[20] Entreprises et parcs d’activités durables, Territoires et parcs durables, implication des entreprises : état des lieux et perspectives d’avenir, Matinée d’échanges, 4 avril 2014, UWE, CPAD, 2014. 4 p.