Mons, le 8 août 2026
Le 24 août 1958, dans un contexte général de décolonisation, marqué notamment pour les Français par la Guerre d’Indochine (1946-1954) puis par le conflit armé qui mène l’Algérie à son indépendance (1954-1960), le général Charles de Gaulle (1890-1970) prononce un discours à Brazzaville, de l’autre côté du fleuve Congo. Le président du Conseil, fraîchement investi, propose au Congo français une communauté avec la France où chacun aurait le gouvernement libre et entier de lui-même. Pour ceux qui seraient réticents à cette idée, le général conclut : l’indépendance, quiconque la voudra pourra la prendre aussitôt. La métropole ne s’y opposera pas [1]. Les effets se font rapidement sentir de l’autre côté du fleuve.
Des facteurs d’émancipation
Le terrain est en effet devenu de plus en plus fertile aux idées politiques, notamment d’émancipation. Les facteurs sont nombreux et divers. On peut d’abord citer le choc culturel entre la colonie et la métropole qui avait auparavant été si souvent évité et qui ne peut être empêché par la présence de plusieurs centaines de Congolais à l’exposition universelle et internationale de Bruxelles, l’Expo’58 [2]. Les Belges qu’ils y rencontrent leur paraissent profondément différents de ceux de la colonie… travailleurs et aimables… Vient ensuite le développement de l’enseignement secondaire et universitaire et de la politisation qui l’accompagne au sein même de la colonie : ce sont les effets de l’initiative du ministre libéral Auguste Buisseret (1888-1965) qui brise le monopole de l’Église catholique sur l’enseignement au Congo en développant un enseignement officiel par la création d’athénées – ouvertes aux autochtones – et d’une université publique du Congo et du Ruanda-Urundi fondée en 1956 à Élisabethville, à côté de l’Université catholique Lovanium. Cette dernière a été créée en 1954 ; ses premiers étudiants sont diplômés en 1958. Certains Belges ne manquent pas d’accuser Buisseret d’avoir transplanté la guerre scolaire au Congo, d’autant que, parallèlement, les problèmes linguistiques y surgissent. De plus, la liberté syndicale y est acquise à ce moment pour les travailleurs indigènes [3]. Ces différends entre Belges sur les questions scolaires ou linguistiques compromettent encore davantage la vision monolithique qu’ils tentaient depuis l’EIC d’offrir aux Congolais. Enfin, la mise en œuvre des décrets du 26 mars et du 10 mai 1957 sur la réforme des villes permet d’organiser des élections ou consultations locales à Léopoldville, Élisabethville et Jadotville le 8 décembre 1957. Même si le suffrage est uniquement masculin, portant sur les Belges et Congolais en métropole, âgés de 25 ans au moins, il s’agit d’un écolage politique, à défaut d’être un exercice pleinement démocratique. Le Premier Bourgmestre reste en effet un Européen nommé, en charge de la police. Le Conseil comprend des membres de droit, des membres nommés et… des membres élus. Comme l’a écrit l’ABAKO le 4 mai précédant : tout enfin dans les réformes administratives s’arrange pour les Noirs, sans les Noirs et loin des Noirs [4].
C’est le 5 octobre 1958 qu’est créé le Mouvement national congolais (MNC) par Patrice Lumumba (1925-1961), Joseph Iléo (1921-1994), Cyrille Adoula (1921-1968) et quelques autres militants de l’indépendance congolaise. Du 5 au 13 décembre 1958, Lumumba participe avec deux autres délégués congolais à la All-African Peoples’ Conference d’Accra, à l’invitation du président du Ghana, Kwame Nkrumah (1909-1972), qui a arraché l’indépendance de son pays aux Anglais en 1957. Les Congolais y rencontrent les nouveaux acteurs de l’émancipation africaine : le Guinéen Ahmed Sékou Touré (1922-1984), le Zambien Kenneth Kaunda (1924-2021), l’Angolais Holden Roberto (1923-2007), etc. [5]
De retour de cet événement et fort de cet engagement, Lumumba s’adresse aux Congolais lors d’un rassemblement à Kalamu, dans la banlieue de Léopoldville le 28 décembre 1958, et y revendique l’indépendance, jouissance d’un droit que le peuple congolais avait perdu. Le leader du MNC dénonce le régime de colonisation, mais aussi les risques de balkanisation du territoire national.
En effet, le réinvestissement sur place de tous les bénéfices réalisés par les entreprises nationales, l’accélération du programme d’industrialisation, l’octroi par l’Etat congolais de nombreuses bourses d’études aux nationaux, la suppression du cautionnement actuel de 50.000 frs pour tout Congolais désirant aller se perfectionner à l’étranger, l’octroi de nombreux prêts aux classes moyennes congolaises, l’organisation d’un enseignement obligatoire et gratuit à tous les degrés, le développement des paysannats et coopératives dans les milieux ruraux, la suppression radicale de toutes les discriminations légales, l’enthousiasme au travail provoqué par l’octroi de salaires décents et la jouissance des libertés humaines, tout cela nous prouve, Mesdames et Messieurs, que l’accession du Congo à l’indépendance apportera un plus grand bien-être aux habitants de ce pays, bien-être qu’ils ne peuvent trouver pleinement sous le régime actuel [6].
Les craintes de Lumumba de voir des dynamiques de forte décentralisation, voire de fédéralisme ou de confédéralisme – ce qu’il appelle « balkanisation » – qui seraient instaurées dans un Congo futur ne sont pas partagées par tous ses collègues activistes. Ainsi, l’Abako a son assise dans le Bas-Congo, la Confédération des Associations tribales du Katanga (Conakat) de Moïse Tshombe (1919-1969) se revendique de cette province, et le Parti solidaire africain (PSA) d’Antoine Gizenga (1925-2019) et de Pierre Mulele (1929-1968) est ancré dans le Kwilu. Ce ne sont que trois exemples parmi beaucoup d’autres tant le monde politique congolais est fragmenté par ce qu’on appelle alors des peuples et des ethnies [7]. Seul parti à vocation véritablement nationale, le MNC va lui-même s’affaiblir par la dissidence d’Albert Kalonji (1929-2015) qui trouve ses appuis parmi les Luba du Kasaï.
Des émeutes à la Table ronde
Dans un climat politique qui se tend autour de ces revendications nationalistes et territoriales, l’année 1959 commence très mal : l’interdiction trop tardive d’un meeting de l’Abako présidé par Joseph Kasa-Vubu, le 4 janvier, provoque un véritable soulèvement de la population à Léopoldville. Police, Force publique et même l’armée déploient près de 3.000 hommes et mettent plus de trois jours à ramener le calme au prix de dizaines, voire d’une centaine de morts – les chiffres divergent toujours [8] – et de milliers de blessés, quasi tous congolais. L’Abako est dissoute par les autorités et ses leaders arrêtés.
Les émeutes ont pris de vitesse le gouvernement belge qui travaillait à une déclaration sur sa politique congolaise après la tenue d’un groupe de travail parlementaire. En fait, le roi Baudouin, qui mène une politique personnelle concernant l’avenir du Congo [9], dévoile une nouvelle carte politique congolaise avant même que le gouvernement en ait pris connaissance et une heure à peine avant la déclaration de celui-ci devant la Chambre. Le Premier ministre Gaston Eyskens (1905-1988) le couvrira a posteriori [10]. Le 13 janvier 1959, à Léopoldville comme à Bruxelles, dans une allocution radiophonique, le roi déclare que :
Le but de notre présence sur le continent noir a été défini par Léopold II : ouvrir à la civilisation européenne ces pays attardés, appeler leurs populations à l’émancipation, à la liberté et au progrès après les avoir arrachées à l’esclavage, aux maladies et à la misère.
Continuant ces nobles visées, notre ferme résolution est, aujourd’hui, de conduire, sans atermoiements funestes, mais sans précipitation inconsidérée, les populations congolaises à l’indépendance dans la prospérité et la paix [11].
La déclaration du gouvernement qui vient plus tard est moins explicite que celle du roi : la Belgique entend organiser au Congo une démocratie capable d’exercer les prérogatives de la souveraineté et de décider de son indépendance [12]. Ce positionnement du gouvernement Eyskens s’explique par la profondeur des divergences entre les ministres tant sur le processus que sur l’emploi du terme d’indépendance. Les influences sont nombreuses, tant en provenance des milieux économiques que de l’opinion internationale ou des Blancs de la colonie. Là, des organisations, comme la FEDACOL, devenue la Fédération congolaise des Classes moyennes, ou l’UCOL Katanga, relaient les positions des colons : elles dénoncent le « système » de Bruxelles, fustigent les intellectuels de Lovanium, s’opposent systématiquement aux réformes politiques et sociales et s’appuient, comme l’écrit alors le CRISP, sur des éléments instables des classes moyennes du Congo pour transformer le Katanga en un dominion escomptant ainsi une neutralisation des courants nationaux et de l’influence de Léo [13] sur les autres centres congolais [14]. Il est vrai que sur les 109.000 Européens au Congo en 1958, 34.000 résident au Katanga [15]
Lors du débat à la Chambre, le 13 janvier, le député socialiste anversois Jos Van Eynde (1907-1992) approuve la déclaration du gouvernement et indique que l’essentiel, c’est l’acheminement de la population du Congo vers l’indépendance dans la libre détermination de son propre destin. Et, au nom de son groupe politique, de se porter garant envers les Congolais de la sincérité du peuple belge. Jos Van Eynde précise ensuite les conditions primordiales qu’il s’agira de réaliser pour construire un véritable régime démocratique : libertés publiques, disparition de la discrimination raciale, progrès social et association des travailleurs, politique économique centrée sur le bien-être des habitants, assurances contre l’exploitation [16]. Quant au député communiste de l’arrondissement de Nivelles, Gaston Moulin (1911-1981), il estime que la déclaration du Premier ministre ne précise pas le droit indéfectible du peuple congolais à l’indépendance [17].
Si l’annonce royale du 13 janvier est généralement bien reçue par les populations noires du Congo – moins par les blanches -, les relations avec les autorités officielles se dégradent dans plusieurs provinces au cours de l’année 1959, en particulier au Kasaï et au Kivu, avec de surcroît, des affrontements tribaux. Mais c’est à Stanleyville (Kisangani) dans le Haut Congo, où s’est tenu un congrès du MNC, que se déroule une nouvelle émeute le 30 octobre 1959. La troupe tire à nouveau : des Congolais sont tués et blessés. Tenu pour responsable, Patrice Lumumba est arrêté le 1er novembre et condamné à une peine de prison.
Transfert de Patrice Lumumba par les autorités belges en *janvier 1960*. A noter que cette photo constitue un beau sujet de critique historique. En effet, elle est souvent identifiée et mise en évidence comme datée de janvier 1961, soit peu de temps avant la mort du Premier Ministre congolais. G. Heinz et H. Donnay signalaient déjà cette confusion en 1966, particulièrement courante sur les réseaux sociaux. Sans surprise, l’IA de Google l’identifie erronément en ce mois d’août 2026 en l’attribuant à janvier 1961… ce qui n’est pas indifférent.
À la demande des partis congolais, et pour trouver une issue à une situation de plus en plus compliquée et tendue, le gouvernement de Gaston Eyskens accepte la tenue à Bruxelles d’une Table ronde réunissant du 20 janvier au 20 février 1960 une quarantaine de délégués de quinze partis congolais, plus leurs suppléants, ainsi que les représentants belges, ministres et parlementaires des partis socialiste, social-chrétien et libéral, les communistes n’étant pas invités. Des experts belges accompagnent également les Congolais [18]. Ces derniers, qui agissent en Front commun contrairement aux espérances gouvernementales, exigent la libération de Lumumba qui rejoint la conférence le 26 janvier. Ensemble, ils imposent leur propre calendrier qui fixe l’indépendance du Congo au 30 juin suivant, c’est-à-dire dans moins de six mois, ce que le gouvernement accepte. Une tentative du gouvernement belge de placer Baudouin Ier comme futur chef d’État du Congo, – ne fût-ce que jusqu’à l’adoption d’une future Constitution congolaise – échoue, de même que la possibilité que la Belgique se réserve certaines compétences régaliennes après l’indépendance. On peut observer avec les chercheurs réunis quelques années plus tard sous la direction de Jean Meynaud, Jean Ladrière et François Perin que la date de l’indépendance fut acquise sans qu’il y ait eu accord sur son contenu et sur les structures politiques du nouvel État et que le ministre du Congo s’engage sur une date alors qu’il avait une conception de l’indépendance fort différente de celle des délégués congolais [19]. Cet écart de compréhension va pourtant se poursuivre.
La Table ronde s’inspire du système constitutionnel belge pour dessiner le futur État congolais sous la forme d’une Constitution provisoire : système parlementaire bicaméral, avec un suffrage universel masculin direct, un Sénat représentant les provinces, un Chef de l’État – président de la République élu par le Parlement, mais non responsable -, un Premier ministre qui détient l’essentiel du pouvoir exécutif, des provinces très autonomes. Seize résolutions sont adoptées en séance plénière de la Table ronde le 20 février 1960. Le 10 mai, la Chambre belge vote par 151 voix sur 154 le projet de loi fondamentale provisoire relative aux structures du Congo, transcrivant les résolutions de la Table ronde. La Chambre debout applaudit les vœux de bonheur, de prospérité et d’heureux développement adressés par son président au Congo à la veille de son émancipation [20]. Le Sénat de Belgique vote à son tour le texte huit jours plus tard.
Une Table ronde économique, composée de délégués et d’experts belges et congolais, qui se tient d’avril à mai 1960, adopte dix-huit résolutions, réaffirmant notamment l’attachement au libéralisme économique, mais ne parvient pas à régler le problème de la dette publique congolaise qui s’est accrue considérablement depuis le lancement du Plan décennal [21]. Kasa-Vubu est, de plus, particulièrement inquiet des transferts de fonds, de biens, voire d’impôts de sociétés congolaises vers la Belgique depuis l’annonce de l’indépendance : les Belges seraient en train de vider les caisses… [22]. Dans la crainte d’éventuelles nationalisations congolaises, le 17 juin 1960, une loi est votée au Parlement belge qui permet aux sociétés actives au Congo d’adopter la nationalité belge et de se placer sous protection de la Belgique. Les compagnies à charte sont dissoutes par la loi du 27 juin 1960. Cela implique que les grandes entreprises puissent échapper aux nouvelles autorités congolaises [23]. Le choix des vénérables Union minière du Haut Katanga et de la Compagnie du Congo pour le Commerce et l’Industrie (CCCI), fondée en 1866 fut celui du droit belge, la Forminière, fondée en 1906, optant pour le statut congolais [24]. Deux jours plus tard, veille de l’indépendance, un traité général d’amitié, d’assistance et de coopération entre le Congo et la Belgique est signé entre les gouvernements belge et congolais sans que ne soit réglée, comme en 1908, la question de la reprise des actifs et des passifs de la colonie [25].
Les élections qui se déroulent du 11 au 25 mai 1960 voient la victoire des listes indépendantistes, en particulier du Mouvement national congolais et de son cartel, même s’ils sont loin d’être majoritaires en raison de la fragmentation des listes et des voix. Patrice Lumumba, après de longues et difficiles tractations compte tenu de la dispersion des sièges, est investi Premier ministre du Congo par la Chambre congolaise le 23 juin 1960. Joseph Kasa-Vubu est élu chef de l’État et prête serment le 27 juin. Comme l’écrit l’historien congolais Isidore Ndaywel, les Chambres, bien qu’à majorité « lumumbistes » jugèrent opportun, par souci d’équilibre et de stabilité, d’élire Iléo à la tête du Sénat et de porter Kasa-Vubu à la magistrature suprême [26].
Une indépendance qui dérape vers le chaos
30 juin 1960: ce jour est un jour de fête, celui de l’indépendance du Congo. Les discours croisés de Baudouin Ier et de Lumumba montrent la distance qui sépare le paternalisme voire le mépris des autorités belges des frustrations d’une partie des responsables politiques congolais. Comme l’a écrit Spaak, qui avait suivi ces événements à distance, tout cela s’est réalisé dans une improvisation que l’optimisme officiel des Belges et l’étonnement joyeux des Congolais ne pouvaient pas rendre moins dangereuse [27].
Il ne faut que quelques jours pour que la situation dérape et qu’advienne le chaos.
Une mutinerie éclate au sein de la Force publique le 5 juillet 1960. Cette dernière se révolte à Thysville (Mbanza-Ngungu, entre Kinshasa et Matadi), Léopoldville, Luluabourg (Kananga au Kasaï), Élisabethville. Les soldats congolais mettent directement en cause leur chef, le lieutenant-général Émile Janssens (1902-1989), en fonction depuis 1954. Celui-ci sera considéré à Bruxelles comme coresponsable de la mutinerie de ses troupes par des déclarations étourdies après l’indépendance [28]. Les soldats (20.000 dans la Force publique) s’en prennent également à leurs supérieurs blancs, officiers et sous-officiers (au nombre de 1.000 [29]), mais aussi au gouvernement congolais de Patrice Lumumba, ministre de la Défense. Les mutins commettent des sévices contre des Belges et leur famille, mais sans massacres systématiques, provoquant une vague de panique et un exode massif. 25.000 Européens sont évacués par un pont aérien de la SABENA avant le 28 juillet, une dizaine de milliers d’autres traversent le fleuve vers le Congo-Brazzaville [30]. Le retour précipité à Zaventem des premières victimes dramatise la situation. Devant la menace qui porte sur ses nationaux, le gouvernement belge fait intervenir, dès le 10 juillet, des troupes depuis ses bases de Kamina, Kitona et Banana, ainsi que des parachutistes, envoyés depuis la métropole. Pour le général Charles Cumont (1902-1990) qui commande l’ensemble des troupes belges, les ordres sont clairs : d’une part, protégez les vies humaines, d’autre part, soutenez le Katanga [31]. Son action, jugée trop vigoureuse par le ministre de la Défense, conduit à ce qu’il soit déchargé de sa mission après 13 jours [32].
En effet, cette véritable reconquête du Congo déclenche une escalade dans les violences. Contrairement au traité d’amitié du 30 juin, cette intervention se fait non seulement sans accord du nouveau gouvernement congolais mais, de plus, face à plusieurs refus formels du Premier ministre Patrice Lumumba d’activer cette clause. Les troupes belges interviennent brutalement à Matadi – où, pourtant aucun Belge n’est en danger [33] -, à Luluabourg, Élisabethville et à Léopoldville en vue de rétablir l’ordre, désarmant aussi de manière préventive les troupes congolaises. Aux yeux des Africains, mais aussi des Nations Unies – trop longtemps tenues à l’écart par Bruxelles -, l’opération apparaît comme une attaque en règle par des troupes belges d’un territoire étranger [34]. En quelques jours, les forces belges sont au nombre de 10.000 hommes. En une semaine; elles occupent Élisabethville, puis Matadi, Léopoldville, le reste du Bas Congo, le Katanga, etc.
La situation politique s’aggrave le 11 juillet lorsque Moïse Tshombe, président du parti fédéraliste Conakat (Le Katanga aux Katangais) proclame l’indépendance de la riche province du Katanga, en profitant de l’intervention des forces belges et du désarroi de l’Armée nationale congolaise. Tshombe dispose clairement du soutien direct de l’Union minière [35] et de l’appui de Belges sur place ou à Bruxelles – notamment au Palais [36]. Un homme joue un rôle central : le comte Harold d’Aspremont Lynden (1914-1967), devenu ministre belge des Affaires africaines, qui s’appuie sur une mission d’assistance technique au Katanga, la Mistebel [37]. Disposant de moyens financiers importants, Tshombe recrute aussi des mercenaires. Les Belges aident à la création d’une gendarmerie katangaise qui sera utilisée contre l’armée congolaise. La Commission d’enquête parlementaire Lumumba a, en 2001, émis les considérations suivantes au sujet du rôle du chef de l’État belge, le roi Baudouin :
On ne connaît toujours pas aujourd’hui les tenants et aboutissants de la crise qui se déroule – à l’insu du grand public – entre le 5 et le 10 août 1960. Certains éléments indiquent que le Roi veut mettre sur pied un gouvernement qui joue carrément la carte du Katanga (reconnaissance en droit et, par conséquent, opposition à l’entrée des troupes des Nations unies). Il est difficile de dire, à cet égard, si le Roi agit de sa propre initiative ou sous la pression d’autres centres de pouvoir (par exemple, des groupes financiers). Mais l’initiative du Roi dépasse les limites de la crise congolaise. Aussi bien le gouvernement que le parlement se sont discrédités aux yeux de l’opinion publique. Depuis le début de la crise congolaise, des voix s’élèvent pour réclamer la formation d’un cabinet fort et certaines tendances antidémocratiques se font jour [38].
Face à cette situation dans laquelle ses initiatives sont balayées, le gouvernement congolais fait alors appel aux Nations Unies afin de protéger le territoire national contre l’acte d’agression des troupes métropolitaines belges [39]. Réuni d’urgence le 13 juillet, le Conseil de Sécurité adopte une résolution appelant le gouvernement belge à retirer ses troupes du territoire de la République du Congo [40]. Les autorités congolaises adressent un ultimatum formel à la Belgique à ce sujet. Les relations diplomatiques sont dès lors rompues entre les deux pays, à l’initiative du gouvernement Lumumba (14 juillet). La crise semble à son comble. 18.000 Casques bleus de l’Onu sont progressivement déployés à partir du 15 juillet. Malgré le fait que, le 22 juillet, une résolution des Nations Unies en faveur de l’intégrité territoriale du Congo a été votée à l’unanimité, le 8 août, c’est la province du Kasaï qui proclame son autonomie à l’initiative d’Albert Kalonji. Les troupes belges tardent à se retirer : le 31 août, Dag Hammarskjöld (1905-1961), le secrétaire général des Nations Unies, proteste contre cette lenteur.
Lumumba se rend alors aux États-Unis pour avoir des entretiens à l’Onu et pour chercher un appui auprès du président Dwight D. Eisenhower (1890-1969), en vain, le président lui faisant savoir que les Américains n’interviendraient que sous couvert des Nations Unies [41].
Dans un contexte de Guerre froide, Lumumba et Kasa-Vubu font appel aux Soviétiques, mais sans recevoir l’appui attendu, ce qui les empêche de réussir une contre-offensive sur les provinces en sécession. Devenu ennemi numéro 1 des Occidentaux, placé en ligne de mire d’agents américains, Patrice Lumumba est destitué par le président Kasa-Vubu le 5 septembre, mais le Premier ministre se proclame chef de l’Etat et commandant en chef le 9 septembre. Joseph Iléo est désigné comme Premier ministre par Kasa-Vubu. Le Congo vit une confusion institutionnelle.
Le 13 septembre, les forces de l’Onu affrontent directement les gendarmes katangais et leurs supplétifs blancs à Élisabethville. Les combats vont sporadiquement se poursuivre pendant plusieurs mois [42].
La roue tourne à nouveau le 14 septembre : par un coup d’État, le colonel Joseph-Désiré Mobutu (1930-1997), chef de l’Armée nationale congolaise, neutralise Kasa-Vubu, Lumumba et Iléo. Mobutu installe un Collège de commissaires généraux, composé surtout de jeunes universitaires et d’étudiants. Ce Collège exerce le rôle des Chambres jusqu’au 9 février 1961.
Mis en résidence surveillée, Patrice Lumumba tente de rejoindre Stanleyville où un gouvernement lumumbiste mené par Antoine Gizenga (1925-2019) a proclamé début décembre une république libre du Congo. Arrêté par l’Armée nationale congolaise, Lumumba est ramené à Léopoldville puis expulsé vers Élisabethville. Il y est assassiné par des soldats katangais le 17 janvier 1961, en même temps dque deux compagnons et en présence de plusieurs ministres katangais, dont Moïse Tshombe, et d’agents belges [43]. En 2023, les historiens belges Guy Vanthemsche et Roger De Peuter observent que les autorités belges étaient non seulement informées, mais qu’elles ont même facilité l’assassinat [44]. Quant à l’historien congolais Isidore Ndaywel, il estime qu’il s’agissait de l’aboutissement d’une politique méthodique de Bruxelles, New York et Washington, soutenues par des complicités kinoises [45].
Changement de gouvernement et de politique à Bruxelles
Le 25 avril 1961, à Bruxelles, le Gantois Théo Lefèvre (1914-1973), président du Parti social-chrétien, remplace Gaston Eyskens au 16, rue de la Loi et devient Premier ministre d’un gouvernement social-chrétien – socialiste où Paul-Henri Spaak est vice-Premier et ministre des Affaires étrangères. Dans leur déclaration gouvernementale, les nouveaux ministres ont inscrit une mention spéciale concernant le Congo :
Sans doute n’est-il pas nécessaire d’affirmer que la Belgique, qui a librement donné l’indépendance au Congo, a renoncé définitivement à toute politique colonialiste ou néo-colonialiste. La Belgique entend poursuivre avec la République du Congo, État indépendant et souverain, une politique d’amitié. Elle reste prête à l’aider dans les limites de ses moyens et pour autant que cette aide soit désirée par l’autorité légitime du Congo.
La Belgique reste fidèle à l’idéal des Nations-Unies, tel qu’il est exprimé dans la Charte. Elle entend collaborer avec elles tout en y défendant avec énergie, contre des accusations souvent odieuses, ses intérêts et son honneur[46].
Le gouvernement Lefèvre-Spaak doit également se saisir des problèmes du Ruanda-Urundi. En effet, depuis l’été 1959, le pays est déchiré par une guerre civile entre populations suivant le clivage entre Hutu et Tutsi, obsessionnel chez le colonisateur [47], que les autorités belges, ainsi que l’Église catholique et les mouvements belges qui lui sont proches, ont encouragé dans le cadre de leur administration indirecte. Ces clivages avaient également une forte signification sociale [48]. Sous la pression des Nations Unies, et craignant un scénario à la congolaise, le 1er juillet 1962, la Belgique accorde l’indépendance au Ruanda-Urundi. Le Rwanda devient une république, tandis que le Burundi se constitue en monarchie constitutionnelle.
Alors que le Congo essaie de sortir de la guerre civile et de se reconstruire politiquement, en janvier 1963, une intervention militaire musclée de l’ONU met fin à l’indépendance katangaise. Les relations diplomatiques sont rétablies entre le Congo et la Belgique en décembre 1961.
Épilogue
Fin 1963, le lancement d’une guérilla d’insurrection dans le Kwilu par Pierre Mulele, ancien ministre de l’Éducation de Lumumba, met de nouveau en danger dans cette région des Européens, mais aussi des Asiatiques. Rappelé d’exil par Kasa-Vubu, Moïse Tshombe remplace Cyrille Adoula, Premier ministre de 1961 à 1964, et prend la tête d’un gouvernement de salut public. Il fait appel à la Belgique qui, avec l’appui de la logistique américaine, envoie à nouveau des troupes au Congo. L’intervention contre les insurgés, à nouveau hors du cadre de l’ONU, combine, d’une part, des colonnes composées de soldats de l’Armée nationale congolaise, des militaires belges, d’anciens gendarmes katangais et des mercenaires dirigés par un colonel belge [49] et, d’autre part, des opérations de parachutistes belges sur Stanleyville (Kisangani) et Paulis (Isiro). Les 24 et 26 novembre 1964, ils affrontent les troupes mulelistes (Simbas) et délivrent des otages. Des milliers d’Africains et une centaine d’Européens sont tués.
La situation reste confuse jusqu’au 25 novembre 1965, date à laquelle Joseph-Désiré Mobutu, promu lieutenant général par Kasa-Vubu, prend le pouvoir, abolissant toutes les institutions, instaurant la Deuxième République. Il se maintient au pouvoir jusqu’en 1997, mettant fin à la guerre civile par un régime dictatorial.
En mai 1978, une nouvelle intervention militaire sera nécessaire pour neutraliser plusieurs milliers de rebelles katangais venu d’Angola à Kolwezi, ville minière du Shaba (Katanga). Une opération est montée à cet effet par les parachutistes français et belges, ainsi que par l’armée congolaise.
Philippe Destatte
@PhD2050
A suivre : Conclusions : une domination systémique
[1] Discours prononcé par le général de Gaulle, président du Conseil, à Brazzaville (Congo), 24 août 1958. https://www.elysee.fr/charles-de-gaulle/1958/08/24/discours-prononce-par-le-general-de-gaulle-president-du-conseil-a-brazzaville-congo-24-aout-1958
[2] Robert CORNEVIN, Histoire du Congo (Léopoldville), p. 240, Paris, Berger-Levrault, 1963. – Philippe DECRAENE, L’Afrique noire tout entière fait écho aux thèmes panafricains exaltés à Accra, dans Le Monde diplomatique, Février 1959, p. 1 et 10.
[3] J. BRASSINNE DE LA BUISSIERE & G-H DUMONT, Les autorités belges et la décolonisation du Congo…, p. 30. – Décret du 25 janvier 1957.
[4] Faut-il que le gouvernement désigne ou que le peuple vote ?, dans Congo, 4 mai 1957, cité dans Jacques VANDERLINDEN, La crise congolaise, p. 41, Bruxelles, Complexe, 1985.
[5] André BLANCHET, La conférence d’Accra a consacré la constitution d’un bloc africain sur le plan international, dans Le Monde, 24 avril 1958.
[6] Discours prononcé par Patrice Emery LUMUMBA à Kalamu le 28 décembre 1958 dans La Pensée politique de Patrice Lumumba, Textes et documents recueillis et présentés par Jean VAN LIERDE, p. 16-17, Paris, Présence africaine, 1963.
[7] Jean OMASOMBO TSHONDA et Guy VANTHEMSCHE, 1960 : la fin de la colonisation du Congo ?, dans I. GODDEERIS ea dir., Le Congo colonial…, p. 83.
[8] Pierre DE VOS, La décolonisation, Les événements du Congo de 1959 à 1967, coll. Les grands dossiers de la RTB, p. 5, Bruxelles, ABC, 1975.
[9] J. OMASOMBO TSHONDA et G. VANTHEMSCHE, 1960 : la fin de la colonisation du Congo ?, dans I. GODDEERIS ea dir., Le Congo colonial…, p. 85.
[10] Gaston EYSKENS, Mémoires, p. 657-658, Bruxelles, CRISP, 2012.
[11] Baudouin 1er, 13 janvier 1959, allocution radiophonique, Archives INR. Voir aussi Pascal DELWIT, La vie politique en Belgique de 1830 à nos jours, p. 309, Bruxelles, Editions de l’Université de Bruxelles, 2022.
[12] Annales parlementaires, Chambre des représentants, 13 janvier 1959, p. 3 – 8.
[13] Léo, diminutif de Léopoldville, aujourd’hui Kinshasa.
[14] La déclaration gouvernementale sur l’avenir du Congo, Courrier hebdomadaire du CRISP, vol. 5, no. 5, 1959,. p. 22-23. https://www.cairn.info/revue-courrier-hebdomadaire-du-crisp-1959-5-page-4.htm#no3
[15] Jean MEYNAUD, Jean LADRIERE et François PERIN dir., La décision politique en Belgique, Le pouvoir et les groupes, p. 355, Paris, A. Colin, 1965.
[16] Jos VAN EYNDE, Annales parlementaires, Chambre, 13 janvier 1959, p. 9.
[17] Gaston MOULIN, Annales parlementaires, Chambre, 13 janvier 1959, p. 12.
[18] Jacques BRASSINNE, Les conseillers à la Table ronde belgo-congolaise, dans Courrier hebdomadaire, CRISP, n° 1263-1264, 1989.
[19] J. MEYNAUD, J. LADRIERE et F. PERIN dir., La décision politique en Belgique…, p. 357. Le ministre du Congo était alors le social-chrétien gantois Auguste De Schrijver 1898-1991).
[20] Annales Parlementaires, Chambre des Représentants, 10 mai 1960, p. 47.
[21] Jacques VANDERLINDEN, La crise congolaise…, p. 32.
[22] I. NDAYWEL è NZIEM, Nouvelle histoire du Congo…, p. 444.
[23] J. OMASOMBO TSHONDA et G. VANTHEMSCHE, op. cit., p. 91. – Jean-Louis MOREAU, De la décolonisation à la zaïrianisation, …, p. 10.
[24] X. MABILLE ea, La Société générale de Belgique…, p. 96.
[25] Alain STENMANS, op. cit., p. 30.
[26] I. NDAYWEL è NZIEM, Nouvelle histoire du Congo…, p. 449-450.
[27] Paul-Henri SPAAK, Combats inachevés…, p. 238.
[28] G. EYSKENS, Mémoires…, p. 722-723. – J. VANDERLINDEN, op. cit., p. 140-141. – « Pour un soldat, pour un officier, pour un militaire : avant l’indépendance = après l’indépendance. » Témoignage du Général Janssens dans P. DE VOS, La décolonisation…, p. 113.
[29] Emmanuel GERARD, La crise du Congo (1960-1963) : la démonstration d’une décolonisation ratée ? dans I. GODDEERIS ea dir., Le Congo colonial…, p. 98.
[30] G. VANTHEMSCHE, La Belgique et le Congo…, p. 223. – G. VANTHEMSCHE, 1960, Un pont aérien évacue 25.000 Belges du Congo, dans M. BEYEN ea., Histoire mondiale de la Flandre, Waterloo, La Renaissance du Livre – Ons erfdeel, 2020, pp. 484-489
[31] Témoignage dans P. DE VOS, La décolonisation…, p. 153.
[32] Louis-François VANDERSTRAETEN, Charles de Cumont, dans Nouvelle Biographie nationale, p. 87-88, Bruxelles, Académie royale de Belgique, 1997.
[33] Cette intervention, qui coûte la vie à des soldats congolais, est considérée par certains témoins comme décisive dans le processus qui relance la mutinerie. André SCHÖLLER, Congo-1960, Mission au Katanga, Intérim à Léopoldville, p. 209, Paris-Gembloux, Duculot, 1982.
[34] I. NDAYWEL è NZIEM, Nouvelle histoire du Congo…, p. 475. – G. VANTHEMSCHE, La Belgique et le Congo…, p. 224-225. P. DE VOS, op. cit., p. 145 sv. – Jean-Pierre Chrétien note : En 1960 et 1961, on assiste à une course contre la montre entre l’ONU, soucieuse d’assurer un passage démocratique à l’indépendance, et la Belgique, désireuse de mettre en place des autorités autonomes qui lui soient dévouées. Jean-Pierre CHRETIEN, L’Afrique des Grands Lacs, Deux mille ans d’histoire, …, p. 265, Paris, Flammarion, 2011.
[35] L’UMHC versa à Tshombe 1, 25 milliards de francs belges à titre de provision sur les impôts de 1960 qu’elle devait à l’État congolais. I. NDAYWEL è NZIEM, Nouvelle histoire du Congo…, p. 476. – X. MABILLE ea, La Société générale…, p. 98-99.
[36] Le discours de Baudouin Ier, le 21 juillet 1960, constitue un argument puissant en ce sens : Des ethnies entières, à la tête desquelles se révèlent des hommes honnêtes et de valeur, nous ont conservé leur amitié et nous adjurent de les aider à construire leur indépendance au milieu du chaos qu’est devenu aujourd’hui ce que fut le Congo belge. Notre devoir est de répondre à tous ceux qui nous demanderont loyalement notre collaboration. Le roi Baudouin : notre devoir est de répondre à tous ceux qui nous demanderont loyalement notre collaboration, dans Le Monde, 23 juillet 1960.
[37] Emmanuel GERARD, La crise du Congo (1960-1963)… dans I. GODDEERIS ea, dir., Le Congo colonial…, p. 103-104... – Jacques BRASSINNE de LA BUISSIERE, La sécession du Katanga : témoignage (juillet 1960 – janvier 1983), Lausanne, Peter Lang, 2016.
[38] Enquête parlementaire (…) Lumumba, Rapport fait au nom de la Commission d’enquête, Vol. 1, Doc 50 0312/006, 16 novembre 2001, 574 p. https://www.lachambre.be/FLWB/PDF/50/0312/50K0312006.pdf
[39] Michel VIRALLY, Les Nations Unies et l’Affaire du Congo en 1960, aperçu sur le fonctionnement des Institutions, dans Annuaire français de droit international, vol. 6, 1960. p. 565.
[40] Cette demande exprimée dans la Résolution S/4387 est réitérée le 22 juillet (S/4405), ainsi que le 9 août concernant le Katanga (S/4426). M. VIRALLY, op. cit., p. 595-597.
[41] I. NDAYWEL è NZIEM, Nouvelle histoire du Congo…, p. 477. – Romain YAKEMTCHOUK, Les relations entre les Etats-Unis et le Zaïre, dans Studia Diplomatica, vol. 39, no. 1, 1986, p. 10-11.
[42] Jules-Gérard LIBOIS, Sécession au Katanga, Bruxelles- Léopoldville, CRISP-INEP, 1963.
[43] Jacques BRASSINNE de LA BUISSIERE, L’exécution de Lumumba, Témoignage(s), Bruxelles, Racine, 2018.
[44] Guy VANTHEMSCHE & Roger DE PEUTER, A Concise history of Belgium, p. 334, Cambridge University Press, 2023
[45] I. NDAYWEL è NZIEM, Nouvelle histoire du Congo…, p. 483. – Sur ces faits, selon un des historiens de la Commission parlementaire, le dernier paragraphe du rapport historique est explicite : On peut affirmer avec certitude que les instances gouvernementales belges ont aidé à chasser Lumumba du pouvoir, se sont ensuite opposées à toute réconciliation avec ce dernier et ont tenté d’empêcher son retour au pouvoir. Elles ont insisté pour qu’il soit arrêté, mais pas pour qu’il soit jugé. Elles ont appuyé le transfert de Lumumba au Katanga, sans exclure, par des mesures appropriées, la possibilité qu’il soit mis à mort. Philippe RAXHON, Le débat Lumumba, Histoire d’une expertise, p. 83, Bruxelles, Labor, 2002.
[46] Déclaration gouvernementale lue par le Premier ministre Théo Lefèvre à la Chambre le 2 mai 1961 et au Sénat le 2 mai 1961. CRISP, https://www.crisp.be/documents-politiques/gouvernements/gouvernements-nationaux-federaux/
[47] Jean-Pierre CHRETIEN, L’Afrique des Grands Lacs…, p. 246.
[48] Lettre des étudiants Banyarwanda au ministre De Schrijver, Léopoldville, 27 novembre 1959, dans Les problèmes du Ruanda, Courrier hebdomadaire du CRISP, 1960/5, n°51), p. 1-23. https://www.cairn.info/revue-courrier-hebdomadaire-du-crisp-1960-5-page-1.htm – Jean-Pierre CHRETIEN, L’Afrique des Grands Lacs, Deux mille ans d’histoire, Paris, Flammarion, 2011. – J-P. CHRETIEN, L’Afrique des Grands Lacs…, p. 264-265.
[49] Frédéric VANDEWAELE, L’Ommegang, Odyssée et reconquête de Stanleyville, 1964, Bruxelles, Le Livre africain, 1970.

