archive

Archives de Tag: Economie numérique

Namur, le 8 août 2016

A l’heure où, comme le rappelaient Étienne Klein et Vincent Bontemps, l’innovation – terme polysémique s’il en est -, semble devenue l’horizon ultime de toutes politiques, dans une période dans laquelle on nous proclame une nouvelle révolution industrielle de manière quasi annuelle, il est bon de se souvenir que le changement n’est pas une finalité… [1] Comme l’écrivait Jean Baudrillard, à la fois cité par Hartmut Rosa et par Bruno Cazin, en l’absence d’une direction ou d’un but déterminé, le changement rapide est perçu comme une immobilité fulgurante [2]. Une autre façon de rappeler qu’il n’est pas de vent favorable pour celui qui ne sait pas où il va…

 Certes, sur le plan politique, l’idée peut poser problème à ceux qui font du statu quo leur fonds de commerce. Culturellement, pourtant, cette idée de changement semble ancrée dans nos sociétés. Au point que John Roberts et Odd Westad indiquent que, avoir répandu sur toute la surface du globe l’idée que le changement était non seulement possible, mais souhaitable, est probablement le trait le plus important et le plus déstabilisant de l’influence culturelle européenne [3].

1. Les dérivations sémantiques du concept de Révolution industrielle

1.1. La Révolution industrielle : un mot-clef

Le cycle de l’Extension de l’Université de Mons consacré aux Révolutions et piloté par la très dynamique professeure Anne Staquet, a été l’occasion de rappeler ce qu’est le concept de Révolution industrielle et de tenter de clarifier son usage contemporain [4]. Comme le rappelait déjà le Professeur Etienne Hélin voici vingt-cinq ans, aucune définition de la Révolution industrielle ne s’impose avec autorité [5]. Néanmoins, l’appellation de Révolution industrielle est bien devenue, au début du XXème siècle, un keyword, dans le sens que lui donnait Raymond Williams : une de ces expressions-clefs autour desquelles se structure le vocabulaire social et politique d’une époque, et qui prend sens au sein d’un réseau de notions sœurs [6]. Car la volonté de Williams était bien, lors de son retour à l’Université de Cambridge en 1945, de relever l’ambiguïté du langage, la polysémie et l’incertitude qu’il induit dans la compréhension des idées. Ses efforts sont éclairants en ce qui concerne la Révolution industrielle. Ainsi qu’il le rappelle [7], le sens que l’on donne à l’industrie a été profondément marqué par deux dérivations sémantiques : d’une part, l’industrialisme, introduit par l’historien Thomas Carlyle dans les années 1830 (et, il l’omet, par l’économiste Saint-Simon dès 1823 [8], nous y reviendrons), pour indiquer l’avènement d’un nouvel ordre sociétal fondé sur la production mécanique organisée et, d’autre part, le concept de Révolution industrielle, d’abord essentiellement perçu comme des changements techniques dans la production. Dès les années 1830 pourtant, l’idée que c’est la Révolution industrielle qui détermine le nouvel ordre sociétal s’impose avec John Wade [9] (1833), Alphonse de Lamartine [10] (1836), Jean-Adolphe Blanqui [11] (1837), Friedrich Engels [12] (1845), John Stuart Mill (1848) [13], etc. Pour compléter, nous ajouterions bien sûr Natalis Briavoinne qui s’inscrit dès 1839, et avec une précision exemplaire, dans cette logique [14].

Ainsi, Williams montre-t-il que, d’emblée, et dès son apparition, deux sens se développent autour de l’idée de Révolution industrielle et que, même s’ils se recouvrent parfois, ils ont survécu jusqu’à nos jours. Le premier est celui d’une série d’innovations, d’inventions ou d’évolutions dans les techniques – dans le système technicien, comme aurait dit Jacques Ellul [15], ou dans le système technique aurait préféré Bertrand Gille [16]. Ces innovations justifient le fait que l’on pourrait, dans ce cas précis, parler de Première, Deuxième, voire de Troisième Révolution industrielle si on se limite à regarder ce système ou ce sous-système voué à la technique. Le second sens, beaucoup plus large, est celui d’un changement social, voire sociétal, historique et spécifique, qui institue l’industrialisme ou le capitalisme industriel.

1.2. Vers une lecture systémique de la Révolution industrielle

C’est ici d’ailleurs que Claude-Henri de Rouvroy, comte de Saint-Simon, joue véritablement un rôle pionnier par sa lecture politique et sociale. En effet, dès 1823-1824, le philosophe et économiste écrit dans Catéchisme des industriels que : l’époque actuelle est une époque de transition. Il émet alors une remarquable considération de l’avenir :

Les industriels, écrit-il, se constitueront première classe de la société ; les industriels les plus importants se chargeront gratuitement de diriger l’administration de la fortune publique ; ce sont eux qui feront la loi, ce sont eux qui fixeront le rang que les autres classes occuperont entre elles ; ils accorderont à chacune d’elles une importance proportionnée aux services que chacune d’elles rendra à l’industrie ; tel sera inévitablement le résultat final de la révolution actuelle ; et quand ce résultat sera obtenu, la tranquillité sera complètement assurée, la prospérité publique marchera avec toute la rapidité possible, et la société jouira de tout le bonheur individuel et collectif auquel la nature humaine pourrait prétendre.

Voilà notre opinion sur l’avenir des industriels et sur celui de la société. (…) [17].

Véritable théoricien du changement social, Saint-Simon argumente ensuite son analyse en rappelant que, historiquement, la classe industrielle n’a cessé de prendre de l’importance sur les autres, que les hommes tendent vers l’établissement d’un ordre social piloté par la classe occupée des travaux utiles, que la société se composant d’individus, le développement de l’intelligence sociale ne peut être que celui de l’intelligence individuelle sur une plus grande échelle, et enfin, que grâce à l’accroissement de l’éducation, les industriels les plus importants étant ceux qui font preuve de la plus grande capacité en administration, ce sont eux qui, en définitive, seront nécessairement chargés de la direction des intérêts sociaux [18].

Ainsi, l’économiste français vient-il compléter la démonstration de Williams, sur les deux niveaux de la mutation, mais aussi sur l’ampleur du changement de société qui fait passer l’humanité du régime qu’il qualifie de féodalo-militaire, au nouveau système d’industriel, avec entre les deux, un système intermédiaire, de passage ou de transition. Comme l’écrit Pierre Musso, Saint-Simon est ainsi le premier à analyser la Révolution (française) en termes systémiques, cherchant à définir ce qu’est le changement social qui était l’enjeu même de la Révolution. Le changement de système n’ayant pas été réalisé à ce moment-là, il est formulé comme objet d’analyse par Saint-Simon [19]. C’est à Etienne Bonnot de Condillac, et à son Traité des systèmes (1749), qu’il empruntera cette notion et sa définition [20].

1.3. Ruptures et continuités

La Révolution industrielle, même si elle trouve son origine dans les transformations de la technique, les dépasse en instaurant, puis en généralisant le système industriel, dont Adam Smith a bien décrit les mécanismes dès 1776 [21]. On dénommera bientôt son produit, le capitalisme, terme popularisé en France par Pierre Leroux (1848), Louis Auguste Blanqui (1869) et puis progressivement par les marxistes, à la suite de Friedrich Engels puis de Karl Marx [22]. Comme l’a enseigné Fernand Braudel, le capitalisme dépasse lui aussi la sphère économique : la pire des erreurs, écrivait l’historien français, c’est encore de soutenir que le capitalisme est « un système économique », sans plus, alors qu’il vit de l’ordre social (…) [23]. Ainsi, le capitalisme étend son emprise sur un système plus large que l’économique et qui couvre au moins les champs du social, de l’idéologique, du politique, de l’éthique [24]. Les deux dérivations sémantiques que nous avons identifiées persistent dans des décennies de débats entre historiens et économistes, dont notamment Patrick Verley a largement rendu compte [25].

Même si le capitalisme ne naît pas avec la Révolution industrielle, c’est à ce moment que, comme l’industrie, il devient civilisation. C’est en cela que, comme l’indique Ronald Hartwell, de tous les changements historiques, la Révolution industrielle est une des grandes ruptures en histoire ; il n’est pas impossible en fait d’affirmer que cela a été la plus importante [26]. Arnold Toynbee le confirme encore en 1976-1977 : lorsqu’il évoque cette Révolution technologique et économique : quiconque jette un regard sur ses origines doit admettre que la révolution industrielle a renversé le rapport entre l’Homme et la biosphère [27]. On sait que Pierre Chaunu et François Caron ont nuancé cette idée de rupture en soulignant certaines continuités et en mettant en évidence l’accomplissement que constitue la mutation, le concept de révolution gardant son sens compte tenu des accélérations statistiques qu’il reflète, notamment en termes d’innovations scientifiques et techniques [28]. Pour ces historiens, la société industrielle ne s’est pas construite contre la société moderne : elle a été enfantée par elle. (…) la société industrielle est née d’un projet collectif, à dimension nationale, puis internationale, qui est apparue à l’époque moderne [29]. Ainsi, l’industriel entrepreneur et l’artisan innovateur apparaissent-ils comme des héritiers [30]. Loin de l’idée que l’invention ait été confiée pendant cette époque à des praticiens incultes et pratiquement illettrés, Caron et Chaunu – et en particulier ce dernier -, rappellent que l’innovation ne pousse que sur le terreau des cerveaux, dès le plus jeune âge malaxés, câblés, rompus à l’abstraction par un couplage neuronique multiple et réussi [31].

Ainsi, les progrès et les innovations techniques se succèdent de manière continue alors que les révolutions industrielles sont de vraies et rares mutations, sinon des ruptures. En 1956, Pierre Lebrun, historien et économiste de l’Université de Liège, demandait que l’on réserve l’appellation de Révolution industrielle à des phénomènes inscrits dans la longue durée, constituant de véritables changements de civilisation, des ruptures de rythme majeures vers un mouvement fortement accéléré, ainsi que des mutations totales, étendues à toutes les sphères de la société. Pour l’historien liégeois, les soi-disant révolutions successives des XIXème et XXème siècles doivent être envisagées comme le produit de l’évolution rapide qu’a engendrée cette rupture originelle, méritant seule le nom de révolution [32]. Près de trente ans plus tard, Pierre Lebrun précisera, avec Marinette Bruwier, Jan Dhondt et Georges Hansotte, qu’il semble inutile et dangereux de galvauder le terme de Révolution industrielle. Nous préférons le réserver au changement de civilisation qui s’est effectué dans nos pays de 1700 à 1850 environ. Les confusions et les extensions indues sont ainsi évitées ; les effets de l’accélération du rythme économique qu’entraîna la seule révolution industrielle sont mieux mis en lumière dans les « renouveaux » techniques qui se succèdent après elle (…) ; enfin le terme ainsi réservé a l’avantage de désigner le « cœur » d’une des grandes transformations économiques de l’humanité, d’un de ses grands changements de civilisation [33]. Ainsi, Pierre Lebrun se fondait-il explicitement sur l’analyse du philosophe Louis Althusser. L’auteur de Lire le Capital (1968 et 1969) considérait en effet que le mode de production capitaliste se caractérise par « une révolution ininterrompue dans les moyens de production », avant tout dans les instruments de production » [34]. C’est en se fondant sur la même veine de pensée, celle d’Etienne Balibar, que l’Académicien liégeois voyait la Révolution industrielle comme la structure originale d’un changement de structure. Balibar avait en effet considéré que l’intelligence du passage ou de la transition d’un mode de production à un autre ne peut donc jamais apparaître comme un hiatus irrationnel entre deux « périodes » qui sont soumises au fonctionnement d’une structure, c’est-à-dire qui ont leur concept spécifié. La transition ne peut pas être un moment, si bref soit-il, de déstructuration. Elle est elle-même un mouvement soumis à une structure qu’il faut découvrir. (…) Les périodes de transition sont donc caractérisées, en même temps que par les formes de la non-correspondance, par la coexistence de plusieurs modes de production. Ainsi la manufacture n’est pas seulement en continuité, du point de vue de la nature de ses forces productives, avec le métier, mais elle suppose sa permanence dans certaines branches de production et même elle le développe à côté d’elle [35].

Le mot transition, plusieurs fois utilisé, signifie le passage d’un régime à un autre, ou d’un ordre de choses à un autre [36]. Dans un modèle de changement systémique, il s’agit de la période pendant laquelle un système déstructuré et en rupture de sens voit les transformations se réaliser dans l’ensemble de ses sous-systèmes, jusqu’à provoquer la mutation de l’ensemble du système lui-même. Si le regard n’est que technique, il contribue à supprimer le sens. Car tout, dans le développement technique, est moyen, et uniquement moyen, et les finalités ont pratiquement disparu [37].

Comme d’autres modèles de transformation ou de transition, celui-ci devrait continuer à nous inspirer en tant que grille de lecture des mutations en cours.

(à suivre)

Philippe Destatte

https://twitter.com/PhD2050

[1] De quoi l’innovation est-elle le nom ? La conversation scientifique, sur France Culture, avec Vincent Bontemps (LARSIM-CEA), 28 novembre 2015. http://www.franceculture.fr/emission-la-conversation-scientifique-de-quoi-l-innovation-est-elle-le-nom-2015-10-03 – Vincent Karim BONTEMPS, What does Innovation stand for? Review of a watchword in research policies, Journal of Innovation Economics & Management 2014/3 (n° 15), p. 39-57.

[2] Jean BAUDRILLARD, L’an 2000 ne passera pas, dans Traverses, n° 33-34, 1995. – Harmut ROSA, L’accélération, Une critique sociale du temps, Théorie critique, p. 330, Paris, La Découverte, 2010. – Bruno CAZIN, Corps et âme !, dans Pierre GIORGINI, La transition fulgurante, Vers un bouleversement systémique du monde ?, p. 303, Montrouge, Bayard, 2014.

[3] John M. ROBERTS & Odd A. WESTAD, Histoire du monde, vol. 3, L’âge des révolutions, p. 395, Paris, Perrin, 2016.

[4] Philippe DESTATTE, Révolutions et transitions industrielles dans le Cœur du Hainaut (XIX-XXIèmes siècles), Conférence faite dans le cadre de l’Extension de l’UMONS, Cycle Révolutions, 9 novembre 2015. Ce texte constitue la mise au net, développée, de l’introduction de la conférence.

[5] Etienne HELIN, La Révolution industrielle : les mots ont-ils précédé les réalités?, dans L’idée de révolution, Colloque organisé par le Centre d’Histoire des Idées de l’Université de Picardie et dans le cadre du CERIC – ENS Fontenay / Saint-Cloud, Septembre 1991.

[6] Julien VINCENT, Cycle ou catastrophe ? L’invention de la « Révolution industrielle » en Grande-Bretagne, 1884-1914, dans Jean-Philippe GENÊT et François-Joseph RUGGIU dir., Les idées passent-elles la Manche ?, Savoirs, représentations, pratiques (France-Angleterre, X-XXème siècle), p. 66, Paris, Presses de l’Université Paris-Sorbonne, 2007.

[7] The sense of industry as an institution was radically affected, from the period of its main early uses, by two further derivations: industrialism, introduced by Carlyle in the 1830s to indicate a new order of society based on organized mechanical production, and the phrase Industrial revolution, which is now so central a term. Industrial revolution is especially difficult to trace. It is usually recorded as first used by Arnold Toynbee, in lectures given 1881. (…) Most of the early uses referred to technical changes in production – a common latter meaning of industrial revolution itself – and this was still the primary sense as late as « Grande Révolution industrielle » (1827). The key transition, in the developed sense of revolution as instituting a new order of society, was in the 1830s, notably in Lamartine : « the 1789 du commerce et de l’industrie », which he described as the real revolution. Wade (History of the Middle and Working Classes, 1833) wrote in similar terms of « this extraordinary revolution ». This sense of a major social change, amounting to a new order of life, was contemporary with Carlyle’s related sense of industrialism, and was a definition dependent on a distinguishable body of thinking, in English as well as in French, from the 1790s. The idea of a new social order based on major industrial change was clear in Southey and Owen, between 1811 and 1818, and was implicit as early as Blake in the early 1790s and Wordsworth at the turn of the century. In the 1840s, in both English and French (« a complete industrial revolution », Mill, Principles of Political Economy, III, xvii; 1848 – revised to « a sort of industrial revolution »; ‘l’ère des révolutions industrielles », Guibert 1847) the phrase become more common. (…) Blanqui, Engels – in German… (…) It is interesting that it has survived in two distinct (though overlapping) senses: on the series of technical inventions (from which we can speak of Second or Third Industrial Revolution); and of a wider but also more historically specific social change – the institution of industrialism or industrial capitalism. Raymond WILLIAMS, Keywords, A vocabulary of Culture and Society, p. 166-167, Oxford, Oxford University Press, Rev. 1983 (1976).

[8] Alain REY dir., Dictionnaire historique de la langue française, t. 2, p. 1824, Paris, Le Robert, 2006. – Henri de SAINT-SIMON, Deuxième appendice sur le libéralisme et l’industrialisme, dans Oeuvres, vol. 8, p. 178, Paris, Dentu, 1875. Nous invitons tous les industriels qui sont zélés pour le bien public et qui connaissent les rapports existants entre les intérêts généraux de la société et ceux de l’industrie, à ne plus souffrir plus longtemps qu’on les désigne par le nom de libéraux, nous les invitons d’arborer un nouveau drapeau et d’inscrire sur leur bannière la devise : Industrialisme.

[9] In this way, the progress of manufactures led to a salutary revolution in the manners of the great landowners, and through them to the subordinate ranks of the community. » John WADE, History of the Middle and Working Classes, with a Popular Exposition of the Economical and Political Principles which have influenced the Past and Present Condition of the Industrious Orders also an Appendix of Prices, Rates of Wages, Population, Poor-Rates, Mortality, Marriages, Crimes, Schools, Education, Occupations, and other statistical information, illustrative of the former and present state of society and of the agricultural, commercial, and manufacturing classes, p. 20, London, Effingham Wilson, 1835.

[10] « Les principes absolus, les conséquences inflexibles, sont du domaine de la théorie. Les vérités expérimentales et les applications progressives sont le devoir et l’œuvre du législateur. Les préopinans peuvent donc se tranquilliser. Sans doute c’est une grande lutte que celle de deux intérêts aussi immenses, le monopole et la liberté. Je ne le nie pas ; c’est une révolution tout entière, c’est le 1789 du commerce et de l’industrie. Mais c’est une révolution dont votre main tient les rênes, c’est une révolution dont vos lumières et votre sagesse peuvent modérer la marche, tempérer l’excès, graduer les résultats, et qui, grâce à ces tempérens (sic) législatifs, au lieu des perturbations et des ruines que toute révolution sème autour d’elle, ne produira, si elle est comprise et acceptée par vous, que l’égalité des industries et la prospérité sans bornes de tous les intérêts. » Alphonse de LAMARTINE, Sur la liberté du commerce, (14 avril 1836), dans Discours prononcés à la Chambre par M. de Lamartine, député du Nord, 1835-1836, p. 66-67, Paris, Librairie de Charles Gosselin et Cie, 1836.

[11] Tandis que la Révolution française faisait de grandes expériences sociales sur un volcan, l’Angleterre commençait les siennes sur le terrain de l’industrie. La fin du XVIIIème siècle y était signalée par des découvertes admirables, destinées à changer la face du monde et à accroître de manière inespérée la puissance de leurs inventeurs. Les conditions du travail subissaient la plus profonde modification qu’elles aient éprouvées depuis l’origine des sociétés. Deux machines, désormais immortelles, la machine à vapeur et la machine à filer, bouleversaient le vieux système commercial et faisaient naître presque au même moment des produits matériels et des questions sociales, inconnus à nos pères. Les petits travailleurs allaient devenir tributaires des gros capitalistes ; le chariot remplaçait le rouet, et le cylindre à vapeur succédait aux manèges. (…) A peine éclose du cerveau de ces deux hommes de génie, Watt et Arkwright, la révolution industrielle se mit en possession de l’Angleterre. Adolphe BLANQUI, Histoire de l’économie politique en Europe depuis les Anciens jusqu’à nos jours, suivie d’une bibliographie raisonnée des principaux ouvrages d’économie politique, t. 2, p. 207-209, Paris, Guillaumin, 1837.

[12] Engels écrit en 1845 : L’histoire de la classe ouvrière en Angleterre commence dans la seconde moitié du siècle passé, avec l’invention de la machine à vapeur et des machines destinées au travail du coton. On sait que ces inventions déclenchèrent une révolution industrielle  qui, simultanément, transforma la société bourgeoise dans son ensemble et dont on commence seulement maintenant à saisir l’importance dans l’histoire du monde.

L’Angleterre est la terre classique de cette révolution qui fut d’autant plus puissante qu’elle s’est faite plus silencieusement. C’est pourquoi l’Angleterre est aussi la terre d’élection où se développe son résultat essentiel, le prolétariat. C’est seulement en Angleterre que le prolétariat peut être étudié dans tous ses tenants et ses aboutissants.

Pour le moment, nous n’avons pas à nous préoccuper ici de l’histoire de cette révolution, de son immense importance pour le présent et l’avenir. Cette étude, il faut la réserver à un travail ultérieur plus vaste. Provisoirement, nous devons nous limiter aux quelques renseignements nécessaires à l’intelligence des faits qui vont suivre, à l’intelligence de la situation actuelle des prolétaires anglais. F. ENGELS, La situation de la classe laborieuse en Angleterre (1845), p. 24, Paris, Ed. sociales, 1960.

[13] A country which produces for a larger market than its own, can introduce a more extended division of labor, can make greater use of machinery, and is more likely to make inventions and improvements in the processes of production. Whatever causes a greater quantity of anything to be produced in the same place, tends to the general increase of the productive powers of the world. There is another consideration, principally applicable to an early stage of the industrial advancement. A people may be in a quiescent, indolent, uncultivated state, with few wants and wishes, all their tastes being either fully satisfied or entirely undeveloped, and they may fail to put forth the whole of their productive energies for want of any sufficient object of desire. The opening of a foreign trade, by making them acquainted with new objects, or tempting them by the easier acquisition of things which they had not previously thought attainable, sometimes works a complete industrial revolution in a country whose resources were previously undeveloped for want of energy and ambition in the people, inducing those who were satisfied with scanty comforts and little work, to work harder for the gratification of their new tastes, and even to save, and accumulate capital, for the still more complete satisfaction of those tastes at a future time. John Stuart MILL, Principles of Political Economy, with some of their Applications to Social Philosophy, vol. 2, p. 121-122, Boston, Charles C. Little & James Brown, 1848.

[14] Dans la seconde moitié du siècle dernier, une marche plus rapide fut imprimée à l’esprit humain ; les connaissances reçurent une direction tout à la fois plus vive et plus pratique. Phénomène remarquable ! A l’époque même où toutes les classes et presque tous les peuples en Europe se précipitaient avec furie les uns contre les autres, accumulant d’immenses efforts pour s’entre-détruire, partout en même temps on se montra saisi d’un plus grand désir d’améliorer. Cette passion prit alors un si grand empire parmi les hommes; elle les doua de ressources si fécondes, qu’une guerre de vingt-cinq ans, accompagnée de convulsions intérieures ne put arrêter le progrès dans toutes les branches de l’organisation matérielle de la société. C’est qu’au milieu de cet immense désordre, la sphère du travail s’agrandissait ; les moyens d’exécution allaient en se multipliant et en se simplifiant chaque jour davantage. L’on vit en conséquence la population s’accroître par la diminution des chances de la mortalité. Les trésors que la terre renferment furent mieux et plus abondamment exploités ; l’homme produisit et consomma davantage; il devint plus riche. Tous ces changements constituent la révolution industrielle. Natalis BRIAVOINNE, De l’industrie en Belgique, t. 1, p. 185-186, Bruxelles, E. Dubois, 1839.

[15] Jacques ELLUL, Le Système technicien, Paris, Calman-Levy, 1977. – Le Cherche Midi, 2012.

[16] Toutes les techniques sont, à des degrés divers, dépendantes les unes des autres, et il faut nécessairement entre elles une certaine cohérence : cet ensemble de cohérences aux différents niveaux de toutes les structures de tous les ensembles et de toutes les filières compose ce que l’on peut appeler un système technique. Bertrand GILLE, Histoire des techniques, p. 19, Paris, Gallimard, 1978. – Bertrand GILLE, La notion de « système technique », Essai d’épistémologie technique, dans Culture technique, Paris, CNRS, 1979, 1-8.

[17] Catéchisme des industriels, dans Oeuvres…, vol. 8, p. 41-42. – Sur ces aspects, voir Pierre MUSSO, Saint-Simon, L’industrialisme contre l’Etat, La Tour d’Aigues, L’Aube, 2010. – Ghita IONESCU, La pensée politique de Saint-Simon, Textes précédés d’une introduction, Paris, Aubier-Montaigne, 1979. – The Political Thought of Saint-Simon, Oxford University Press, 1976.

[18] Ibidem, p. 43-44.

[19] P. MUSSO, Saint-Simon, l’industrialisme contre l’Etat…, p. 20.

[20] Ibidem, p. 20-21. Un système n’est autre chose que la disposition des différentes parties d’un art ou d’une science dans un ordre où elles se soutiennent toutes mutuellement et où les dernières s’expliquent par les premières. Celles qui rendent raison des autres s’appellent principes, et le système est d’autant plus parfait que les principes sont en plus petit nombre : il est de même à souhaiter qu’on les réduise à un seul. CONDILLAC, Traité des Systèmes, p. 1 et 2, La Haye, Neaulme, 1749. (Google Books)

[21] Adam SMITH, An Inquiry into the Nature and Causes of the Wealth of Nations (1776), p. 48-49, New-York, The Modern Library, 1937. – Sur la Révolution industrielle des XVIII et XIXèmes siècles, voir Ph. DESTATTE, La Révolution industrielle, une accélération de l’esprit humain, dans Anne STAQUET éd., XIXème siècle : quand l’éclectisme devient un art, coll. Approches, p. 7-24, Mons, Editions de l’Université de Mons, 2013.

[22] Alain REY, Dictionnaire historique…, vol. 1, p. 614-615.

[23] Fernand BRAUDEL, Civilisation matérielle, économie et capitalisme, XV-XVIIIème siècle, t. 3, p. 540, Paris, Armand Colin, 1979.

[24] Michel BEAUD, Histoire du capitalisme, 1500-2010, p. 17, Paris, Seuil, 2010.

[25] Patrick VERLEY, L’échelle du monde, Essai sur l’industrialisation de l’Occident, Paris, Gallimard, 2013.

[26] Ronald Max HARTWELL, The Causes of the Industrial Revolution, An Essay in Methodology, in The Economic History Review, vol. 18, 1, p. 164-182, August 1965.

[27] Arnold TOYNBEE, La Grande aventure de l’humanité (Mankind and Mother Earth, A Narrative history of the world, Oxford University Press, 1976), p. 532, Paris-Bruxelles, Elsevier, 1977.

[28] François CARON, Le résistible déclin des sociétés industrielles, p. 13, Paris, Perrin, 1985. Préface de Pierre Chaunu.

[29] Ibidem, p. 21 et 33.

[30] Ibidem, p. 33.

[31] Ibidem, p. 31 pour Caron et 16 pour la formule lyrique de Chaunu.

[32] Pierre LEBRUN, Ashton (T. S.), La Révolution industrielle, 1760-1830, dans Revue belge de Philologie et d’Histoire, t. 34, fasc. 3, 1956. p. 813-817, p. 814.

[33] Pierre LEBRUN, Marinette BRUWIER, Jan DHONDT, Georges HANSOTTE, Essai sur la Révolution industrielle…, p. 28, n° 2 . – Notons que, par la périodisation longue qu’il décrit et le fait plonger jusqu’au cœur du XVIème siècle pour l’émergence du capitalisme, sinon à la fin du néolithique pour les tours de main dans la métallurgie, Pierre Lebrun pourrait argumenter l’idée d’accomplissement de François Caron. D’autres aspects sont davantage divergents que convergents.

[34] Ibidem. (L. ALTHUSSER, 1969, p. 15.)

[35] Etienne BALIBAR, Eléments pour une théorie du passage, dans Louis ALTHUSSER et Etienne BALIBAR, Lire le Capital, II, p. 178, 224-225, Paris, Maspero, 1969.

[36] Maurice LACHÂTRE, Dictionnaire français illustré, p. 1453, Paris, Librairie du Progrès, 1890. – Alain REY, Dictionnaire historique…, t.3, p. 3893-3894.

[37] Jacques Ellul à Radio-Canada en 1979. J. ELLUL, Ellul par lui-même, Paris, La Table ronde, 2008.

Hour-en-Famenne, 30 décembre 2014

Depuis quelques mois l’idée de Nouvelle Économie, d’Économie digitale, d’Économie numérique, revient au devant de la scène politico-médiatique. Tantôt encensée comme « la » nouvelle réponse à la pseudo-crise conjoncturelle, tantôt base d’une nouvelle révolution industrielle en construction, fondée sur l’internet des objets et l’imprimante 3D, tantôt enfin fustigée comme écran qui aurait empêché depuis vingt ans la nécessaire réindustrialisation de l’Europe ou de la France. On y reviendra sous peu dans la deuxième partie de mon analyse sur Le Nouveau Paradigme industriel. En attendant, je ne résiste pas à vous rappeler un texte d’avril 2002, écrit dans le cadre de l’analyse des tendances de la Mission Prospective Wallonie 21. Réminiscence d’hiver…

Namur, le 15 avril 2002

En 1982, dans Megatrends, le prospectiviste américain John Naisbitt indiquait que deux économies se juxta­posaient alors aux États-Unis : l’une en plein essor, l’autre en plein déclin, selon qu’elles s’appliquaient aux industries naissantes ou aux activités déclinantes [1]. L’éco­nomiste américain soulignait que, à côté de l’industrie pyramidale des secteurs traditionnels, se développait une économie informatique, incompatible avec une hiérar­chisation poussée, qui bâtissait son développement sur un modèle résillaire, un processus en réseau [2]. Quinze ans plus tard, Derrick de Kerckove, professeur à l’Université de Toronto, analysant l’intelligence des réseaux, y décelait l’économie connectée [3].

1. L’économie des réseaux

On sait intuitivement que l’on s’inscrit dans cette configuration de la transition entre économies et sociétés d’hier et d’aujourd’hui, mais la mutation reste chaotique, connaît des phases qui laissent encore dubitatifs tant les économistes, que les historiens et les prospectivistes [4]. Depuis l’analyse de John Naisbitt basée sur la technologie des semi-conducteurs, avec les itérations successives de la puce-mémoire et du micropro­cesseur, l’économie est confrontée à la poussée des réseaux : ils comportent eux-mêmes la dimension technologique et permettent d’engager un processus de réorga­nisation sociale. Ce processus, incarné par le Silicon Valley system, repose sur la réorganisation et la réorientation tant des personnes que des technologies en les finançant avec du capital-risque, pour fournir de nouvelles réponses aux problèmes réels liés à l’innovation et à la production industrielles [5].

Le système économique qui se met en place par l’intermédiaire de la Révolution cognitive est généralement qualifié de Nouvelle Économie, d’Économie numérique, voire de net-économie, de e-economie ou d’économie de réseaux (network economy). On retrouve dans ces deux derniers concepts l’influence des nouvelles technologiques de l’information qui sont, de fait, à l’origine du nouveau type de société [6]. Quel que soit l’impact de ces technologies, le nouveau système économique ne saurait toutefois pas se limiter au secteur de l’informatique et de ses produits dérivés. D’abord parce que d’autres technologies poussent la Révolution cognitive, comme notamment la biologie moléculaire, les nanotechnologies ou les nouveaux matériaux : ces technologies irriguent également des secteurs de la science dont les savoir-faire doivent encore émerger. Ensuite, parce que d’autres secteurs plus anciens de l’économie ont été redynamisés par la mutation en cours : les services ainsi que des technologies telles l’édition, la sidérurgie ou l’aéronautique. Enfin, parce que cette Nouvelle Économie recouvre aussi l’apparition de ce que Pierre Jacquet appelle de nouveaux paradigmes économiques [7]. Or, comme le suggère justement le directeur adjoint de l’Institut français des Relations internationales, ces paradigmes n’appa­raissent pas encore clairement en 2001, pas plus que les bénéfices en termes de productivité issus de la diffusion des TIC dans l’économie [8]. A ce paradoxe de la productivité, Pierre Jacquet ajoute celui de l’analyste : On manque encore singulièrement de recul pour apporter des réponses défi­nitives aux questions qui se posent : après tout, si l’on attend des TIC un effet de long terme sur la croissance, ce n’est que sur le long terme que l’on pourra vérifier cette intuition [9].

Ce que Robert J. Gordon appelle le miracle macroéconomique américain de 1995-2000 [10] – une croissance annuelle de la productivité horaire de l’ordre de 3 % alors qu’elle avait fortement chuté (de 2,6 % en moyenne de 1950 à 1972 à 1,1 % en moyenne de 1972 à 1995 [11] a été considéré comme la première réponse tangible de la Nouvelle Économie à ce qu’on a nommé « le paradoxe Solow ». Le Prix Nobel d’économie Robert Solow avait en effet considéré en 1987 que l’on pouvait constater l’ère de l’ordinateur partout, sauf dans les statistiques de productivité [12]. Robert J. Gordon émet, lui aussi, de sérieux doutes sur la corrélation directe entre cette croissance de productivité et les technologies de l’information, allant jusqu’à contester les promesses de mutations économiques structurantes prêtées à ces technologies, et donc le concept même de Nouvelle Économie. Il faut du reste relever que les modifications qui ont touché les statistiques des comptes nationaux américains n’ont pas apporté de la clarté au débat [13].

Le paradoxe de Solow peut toutefois être dépassé si on prend en compte deux facteurs essentiels de la mise en place de tout nouveau système techno-économique [14]. Le premier est la lenteur du processus entre la mise au point d’une invention par un technicien, la décision majeure de l’entrepreneur de l’implanter avec succès dans une entreprise et la généralisation du nouveau procédé. Des compa­raisons éclairantes ont été faites à ce sujet, notamment entre la dynamo et l’ordi­nateur [15]. Nous ne mesurons donc pas encore les effets de la Révolution cognitive, ni le temps nécessaire à la mutation de la société, même si on constate une accélération de la pénétration des technologies dans les ménages. Ainsi, comme l’a montré Michael Cox, Chief Economist à la Réserve fédérale de Dallas, en moins de dix ans, internet a atteint un taux de pénétration de près de 30 % tandis que l’ordinateur individuel a mis vingt ans pour atteindre ce niveau, le téléphone quarante ans et l’automobile soixante [16].

Le deuxième facteur nous conduit à considérer, avec Pierre Jacquet, que dans ce contexte, l’informatisation est une condition nécessaire mais pas une condition suffi­sante de décollage de la productivité de l’entreprise ou du pays. Les ressources humaines, tout comme la réorganisation des méthodes de management, doivent en effet nécessairement accompagner le processus d’implantation [17]. Ainsi, l’E-conomy Project de l’Université de Californie a mis en évidence les potentiels d’accroissement de la productivité liés à l’internet, soulignant qu’ils s’exercent de manières diverses mais se renforcent mutuellement :

– une réduction significative des coûts de nombreuses transactions nécessaires à la production et à la distribution des biens et des services;

– un accroissement de l’efficience de la gestion, particulièrement en rendant les entre­prises capables des gérer leurs fournisseurs plus efficacement et de communiquer plus aisément à l’intérieur des entreprises et avec les clients et partenaires;

– un développement de la concurrence, rendant les prix plus transparents, et élargis­sant les marchés pour les clients et les vendeurs;

– un accroissement de l’efficacité du marketing et de la fixation des prix;

– un élargissement du choix du consommateur, de ses avantages et de sa satisfaction dans de nombreux domaines [18].

 2. Une notion en devenir mais aussi un changement de paradigme

La Nouvelle Economie voit donc le réseau constituer l’entreprise, ce qui, pour Gregg Edwards et David Pearce Snyder, constitue un changement de paradigme. En fait, le réseau mis en place par la Nouvelle Entreprise articule une collaboration étroite entre les services internes, les fournisseurs et les consommateurs [19]. Une enquête menée parmi 77 entreprises françaises en 2000 a d’ailleurs montré que l’internet améliore et diminue le coût des échanges d’informations en produisant des gains de productivité entre clients, fournisseurs et consommateurs. Pour 80 % des entreprises françaises interrogées, l’internet constitue la principale tendance favorable à leur dévelop­pement [20].

 Diapositive1

Cette analyse rejoint celle de Philippe Lemoine, PDG de Sigma Banque et de Laser, qui voit la Nouvelle Économie comme une notion en devenir :

La Nouvelle Économie, c’est l’informatisation de l’échange, par opposition à une ancienne économie où domine encore le modèle stratégique impliqué par l’informa­tisation de la production et de la gestion. […] Quel que chose de neuf est en train d’apparaître. La nouvelle économie n’est pas née de la Bourse et son destin dépasse les courbes du Nasdaq. Ce qui compte c’est que les économies occidentales dégagent à nouveau des capacités de croissance. Les marchés valorisent enfin autre chose que la productivité-spectacle. La technologie transforme l’échange et l’heure est à la créativité et à la recherche de nouvelles sources de richesse [21].

Dans un article du 17 novembre 1997, le rédacteur en chef de Business Week, Stephen B. Shepard, s’interrogeait sur ce que recouvrait le terme de Nouvelle Économie. Il y voyait deux tendances lourdes qui se faisaient sentir depuis plusieurs années :

– la globalisation des affaires, c’est-à-dire l’introduction du capitalisme dans toutes les parties du monde – en ce compris les anciens pays communistes – dans ce qu’il comporte d’ouverture aux forces du marché, de liberté de commerce et de déré­glementation très large;

– la révolution dans la technologie de l’information, non seulement au travers des outils (télécopieurs, téléphones cellulaires, ordinateurs personnels, modems, internet, etc.), mais aussi par la création de nouvelles entreprises et de nouvelles industries liées à la technologie numérique (messagerie, échange de données, textes, photos, multimédia etc.).

Pour Stephen B. Shepard, ces deux fortes tendances sapent l’ordre ancien, forçant le monde des affaires à se restructurer [22]. C’est dans cette conclusion qu’apparaît l’élé­ment majeur d’une réflexion sur la Nouvelle Économie : les technologies en elles-mêmes, constituant bien des outils, sont la condition nécessaire mais non suffisante de la dynamique. Ainsi, il apparaît que, pour chaque dollar qu’elle dépense dans un inves­tissement informatique ou lié aux technologies de l’information, une entreprise doit investir dix dollars pour réorganiser ses systèmes informatif, productif et social afin d’utiliser la technologie au mieux [23].

Les pouvoirs publics américains ont été rapides à réagir à cette évolution. Un premier rapport intitulé The Emerging Digital Economy, publié en avril 1998, montre l’ampleur du mouvement économique induit par les technologies de l’information. Il indique aussi la nécessité d’une alliance entre le secteur privé et les gouvernements afin de mettre en place un cadre porteur favorisant la croissance : ce cadre porteur doit intégrer le commerce électronique, le développement de moyens adéquats pour garantir un environnement numérique sécurisé et non bureaucratique, ainsi que la formation des ressources humaines adéquates parmi les étudiants et parmi les travailleurs [24]. Un second rapport est publié en juin 1999. Le secrétaire d’État américain au Commerce, William M. Daley, y répète la nécessité d’associer dans un même effort les pouvoirs publics et le secteur privé – monde des affaires, organisations sans but lucratif, institutions académiques – pour identifier les moyens requis pour mieux appréhender l’émergence de l’économie numérique. Ce même rapport estime que, en 2006, presque la moitié de la force de travail des États-Unis sera employée par les industries qui sont soit productrices majeures soit utilisatrices intensives des produits et des services des technologies de l’information [25].

D’autres modèles que le modèle américain sont mis en évidence pour illustrer la Nouvelle Economie. Le cas de la Finlande est intéressant, car européen. Sur un plan mondial, ce pays compte, en effet, le plus grand nombre d’utilisateurs des nouvelles technologies de l’information dans la vie quotidienne. Il semble que l’introduction des technologies sans fil et à très haut débit y constitue l’un des moteurs prochains de développement des TIC dont on sait déjà la vigueur symbolisée par le Groupe NOKIA [26]. Du reste, l’Europe semble avoir su tirer le meilleur de l’expérience amé­ricaine en matière de déréglementation dans le domaine des technologies de l’infor­mation, au point de se situer dans une meilleure logique que les USA pour gérer son développement économique en cette matière [27].

Les questions subsistent concernant l’évolution de la Nouvelle Economie, et particu­lièrement ses orientations futures fortement liées aux capacités technologiques elles-mêmes et à leur diffusion dans la société : l’un des facteurs clés actuel est la capacité de mise en place plus ou moins rapide de plates-formes performantes entre les divers outils entre l’internet, la téléphonie mobile, l’ordinateur, l’audiovisuel, la télévision numérique et les producteurs de contenu [28].

Selon les pays, le secteur des nouvelles technologies représente entre 4 et 8 % de l’économie [29], mais le futur de la Nouvelle Économie touche, en première instance, le secteur des services qui, lui-même, représente quelque 75 % de l’économie des pays développés [30]. L’Union européenne en a conscience et le Conseil européen qui s’est tenu à Lisbonne les 23 et 24 mars 2000 a ouvert la voie à une action concertée dans ce domaine [31], bien au delà de l’ébranlement qu’a pu provoquer l’éclatement de la bulle dot com dans les marchés boursiers au tournant de 2000 et de 2001 [32]. De même, lors de sa réunion de Paris des 16 et 17 mai 2001, le Conseil de l’OCDE au niveau ministériel a fait siens les axes définis par les conférences du Programme sur l’avenir concernant sur les transitions du XXIème siècle. En s’interrogeant sur la question de savoir si la Nouvelle Économie constituait un mythe ou une réalité, l’OCDE a, elle aussi, souligné que si les technologies de la communication et de l’information jouent un rôle important dans la croissance, le capital humain y est déterminant :

Plus que jamais, la valorisation du capital humain et l’adaptation aux besoins nouveaux des entreprises sont des facteurs importants de la croissance. Les pays Membres ont beaucoup à faire pour instaurer une éducation de base solide et une interaction plus étroite entre l’enseignement et les exigences d’une économie fondée sur le savoir [33].

Au delà de son expansion, la Nouvelle Economie est remarquable dans la mesure où elle constitue une économie de l’immatériel surtout liée au fait que c’est la matière grise connectée qui devient la valeur et donc le premier facteur de production [34]. Comme le soulignent John Zysman et Steven Weber, les changements identifiés ont la capacité de modifier radicalement la configuration profonde et l’organisation de la vie sociale ainsi que politique, et nous sommes seulement en train de commencer à étudier le grand début de cette mutation [35].

Quatre scénarios ont été élaborés par Peter Schwartz, prospectiviste américain de renom né en Allemagne, concernant l’avenir de la Nouvelle Economie [36]:

‑ Le premier scénario, intitulé Nouvelle Économie, dessine un monde dans lequel l’édu­cation est au premier rang; les travailleurs intellectuels y ont un haut degré de créativité, le travail est basé sur une réseau étendu faisant appel à des compétences élevées, les marchés de distribution des biens, de l’éducation, du travail et des finances sont électroniques, les technologies de la connaissance sont en progrès, le capital immatériel a une très grande valeur de reconnaissance individuelle.

‑ Le deuxième scénario est incrémental : c’est celui des transformations mondiales plus modestes qui permettent peut-être d’aller vers une Nouvelle Économie à un rythme lent. C’est un monde qui ressemble à celui d’aujourd’hui pour longtemps, avec une forte disparité d’entreprises gagnantes et de perdantes.

‑ Le troisième scénario est celui dans lequel la Nouvelle Économie est une illusion, avec une fracture selon les proportions un tiers – deux tiers entre la catégorie de ceux qui, jusqu’ici, ont avancé dans la nouvelle voie mais ne parviennent ni à s’éten­dre et ni à se renouveler pas et la catégorie majoritaire qui reste dans l’ancienne configuration économique.

‑ Le quatrième et dernier scénario est plus explicite, puisqu’il est intitulé The Crash. C’est le scénario d’Icare : on vole trop haut, on s’enflamme et on s’écrase. Les mar­chés s’effondrent et le consommateur est la victime. La technologie est devenue un grand battage publicitaire mais ne s’est pas avérée aussi productive qu’on ne l’avait espéré.

Dans un article de juillet 1997 ‑ The Long Boom : A History of the Future, 1980-2020, qui a eu un impact important aux Etats-Unis, Peter Schwartz et Peter Leyden, souli­gnent que deux tendances lourdes (Megatrends) sont porteuses du changement de civilisation escompté : la mutation technologique fondamentale, bien sûr, mais aussi l’ethos de l’ouverture, c’est-à-dire l’implacable processus de globalisation, l’élargis­sement des économies nationales et l’intégration des marchés [37].

3. Des balises pour l’âge de l’accès

Sous l’intitulé de L’âge de l’accès, Jeremy Rifkin, a analysé La révolution de la nouvelle économie et a dressé un réquisitoire contre l’extension à la sphère culturelle de l’économie en réseau :

L’absorption de la sphère culturelle par la sphère marchande reflète un boulever­sement fondamental des relations humaines. Les conséquences de ce boulever­sement sur l’avenir de nos sociétés ont de quoi nous laisser perplexes. […] Mais, quand la sphère marchande commence à empiéter sur la sphère culturelle […], elle menace de détruire les fondements mêmes sur lesquels s’étaient construites les relations marchantes [38].

Abordant successivement les questions de propriété intellectuelle, de droits culturels, d’identités, d’organisation des nouveaux loisirs et d’accès aux relations humains, le président de la Foundation on Economic Trends tente d’anticiper la grande transfor­mation que va imprimer les réseaux, non seulement sur les entreprises mais aussi sur les gens et leurs comportements tant collectif que personnel.

On ne saurait faire l’économie de cette réflexion, de ce développement potentiel et de l’importance des menaces qu’ils contiennent. On reste inquiet lorsque, dans le même registre, Jacques Attali souligne la nécessité pour les entreprises d’imposer aux consommateurs une vision du futur dans laquelle le consommateur universel pourra se reconnaître. Toutefois, l’élément majeur de la mutation en cours est peut-être contenu dans l’information que nous livre l’auteur du Dictionnaire du XXIème siècle lorsqu’il estime que, presque aucune entreprise, telle qu’elle existe aujourd’hui, ne traversera le siècle prochain. La seule entreprise du Dow Jones Index de la fin du XIXème siècle qui ait survécut au XXème est Général Electric, qui – selon Jacques Attali – a entre-temps complètement changé de métier [39].

Chacun avait déjà compris que le monde de l’entreprise, largement interpellé par les changements – risques et occasions – de la Nouvelle Économie, échapperait difficilement aux transformations annoncées, constatées ou anticipées.

Philippe Destatte

https://twitter.com/PhD2050

[1] John NAISBITT, Les dix commandements de l’avenir, p. 113, Paris-Montréal, Sand-Primeur, 1982.

[2] John NAISBITT, op. cit., p. 268-271

[3] Derrick de KERCKOVE, L’intelligence des réseaux, p. 213sv, Paris, Odile Jacobs, 1997.

[4] Alan S. BLINDER, The Internet the New Economy, Policy Brief 60, Washington, The Brookings Institution, Juin 2000. http://www.brook.edu/comm/plicybriefs/pb060/pb60.htm – 31/12/01.– Alan S. BLINDER, The Speed Limit, Fact and Fancy in the Growth Debate, dans The American Prospect, Vol. 8, 34, Septembre-octobre 1997.

http://www.prospect.org/print/V8/34/blinder-a.html. – 28/01/02. – La Nouvelle économie : mythe ou réalité ? Rapport final sur le projet de l’OCDE consacré à la croissance, Réunion du Conseil de l’OCDE au niveau ministériel, 2001, p. 9, Paris, OCDE, 2001. – Michel GODET, Nouvelles croissance ou vieilles lunes ? dans Futuribles, 257, Octobre 2000, p. 67-80.

[5] John ZYSMAN, Steven WEBER, Governance and Politics of the Internet Economy, Historical Transformation or Ordinany Politics with a New Vocabulary? (31 mai 2001), International Encyclopedia of Social & Behavioral Sciences, Oxford, 2001.

http://e-conomy.berkeley.edu – 31.01.01.

[6] Voir aussi le désormais classique Carl SHAPIRO & Hal R. VARIAN, Information Rules, A Strategic Guide to the Network Economy, Harvard, Harvard Business School Press,1998. Traduction : Économie de l’Information, Bruxelles, De Boeck, 1999.

[7] Pierre JACQUET, Nouvelle économie : du virtuel au réel…, dans Thierry de MONTBRIAL et Pierre JACQUET, Rapport annuel mondial sur le système économique et les stratégies. 27-28, Paris, Dunod-IFRI, 2000.

[8] Voir Michel DRANCOURT, Informatique et productivité, dans Futuribles, 254, Juin 2000, p. 73-78. – Gilbert CETTE, Jacques MAIRESSE, Yusuf KOCOGLU, L’impact des TIC sur la croissance, Les technologies de l’information et de la communication en France : diffusion et contribution à la croissance économique, dans Futuribles, 259, Décembre 2000, p. 43-53.

[9] Ibidem.

[10] Robert J. GORDON, Technology and Economic Performance in the American Economy, Version of paper prepared for the Council for Foreign Relations, Forthcoming NBER working paper, p. 3, Avril 2001. – Robert J. Gordon est professeur au Département d’Economie de la Northwestern University, Evanston (Illinois). Voir aussi R. GORDON, Does the New Economy measure up to the Great Innovations of the Past?, dans Journal of Economics, vol. 14, n°4, Automne 2000, p. 49-74.

http://faculty-web.at.nwu.edu/economics/gordon/research.html.- 30/12/01.

[11] Philippe LEMOINE, Qu’est-ce que la nouvelle économie ?, dans Yves MICHAUD dir., Université de tous les savoirs, vol.3, Qu’est-ce que la société ?, p. 669, Paris, Odile Jacobs, 2000.

[12] We can see the computer age everywhere but in the productivity statistics. Jack E. TRIPLETT, The Solow Computer Paradox: What do Computers do to Productivity ? in Canadian Journal of Economics, 32,2, Avril 1999, p. 309-334.

[13] Angus Maddison note qu’en 1993 la méthode traditionnelle de mesure du PIB a été modifiée avec la présentation de deux nouvelles mesures : a) une mesure basée sur un changement des pondérations tous les cinq ans (méthode utilisée à l’époque dans la plupart des pays de l’UE) ; b) un indice en chaîne dont les pondérations changent tous les ans (méthode adoptée officiellement par les seuls Pays-Bas à l’époque). L’indice segmenté sur cinq ans produit le taux de croissance le plus élevé […]. Depuis lors, les statistiques des comptes nationaux des États-Unis ont encore été modifiés d’une façon qui fait apparaître une croissance plus rapide et un niveau plus élevé du PIB. Même avec les mesures révisées, on constate un ralentissement marqué de la productivité entre 1973 et 1995 mais, pour la période 1995-98, on note une accélération à des taux qui ne sont pas inférieurs de beaucoup à ceux de l’âge d’or [1950-73]. Pendant la période 1973-95, la productivité de la main-d’œuvre a progressé au rythme de 1,4 pour cent et, en 1995-98, au rythme de 2,5 pour cent. Cette récente accélération est en grande partie attribuable au poids accru de la « nouvelle » économie. Angus MADDISON, L’économie mondiale : une perspective millénaire, coll. Études du Centre de Développement, p. 147, Paris, OCDE, 2001. – American Productivity, Measuring the new economy, dans The Economist, 9 août 2001. http://www.economist.com. 12/03/02.

[14] Voir une analyse complète de cette question dans Pierre JACQUET, Nouvelle économie…, p. 40-41.

[15] Paul A. DAVID & Gavin WRIGHT, General Purpose Technologies and Surges in Productivity: Historical Reflections on the Future of the ICT Revolution, presented to the International Symposium on Economic Challenges of the 21st Century in Historical Perspective, Oxford, 2-4 juillet 1999. –
http://www-econ.stanford.edu/faculty/workp/swp99026.html – 31/12/01. Paul A. Gavin David et Gavin Wright sont chercheurs aux All Souls College & Stanford Uniiversity. – voir aussi Paul DAVID, The Dynamo and the Computer : A Historical Perspective on the Modern Productivity Paradox, in The American Economic Review, Vol. 80, n°2, 1990, p. 355-361. – Michel DIDIER, Nouveau cycle et nouvelle croissance économique, dans Yves MICHAUD dir., Université de tous les savoirs, vol.3, Qu’est-ce que la société ?, p. 628-632, Paris, Odile Jacobs, 2000.

[16] Laurent MODIANO, Les entreprises françaises dans les années 2000, Les tendances, les enjeux et les stratégies, dans Futuribles, Décembre 2001, p. 22.

[17] Pierre JACQUET, op. cit., p. 41.

[18] Robert E. LITAN & Alice M. RIVLIN, The Economy and the Internet : What Lies Ahead, Conference Report, p. 3, in Berkeley Roundtable on the International Economy, Décembre 2000.

http://www.brook.edu/comm/conferencereport/cr04htm – 31/12/01. Voir aussi The E-conomy Project, Economy Project Working Papers,

http://e-economy.berkeley.edu/publications/publications.html. – 31/12/01.

[19] Gregg EDWARDS & David PEARCE SNYDER, High Tech, Free Trade and a century of Progress, Human Enterprise in the Wired Global Village, p. 12, Annual Conference of the World Future Society, FutureScope 2001, Exploring the 21st Century, Minneapolis, 30 juillet 2001. – voir aussi : André-Yves PORTNOFF et Xavier DALLOZ, L’e-novation des entreprises, dans Futuribles, n°266, Juillet-août 2001, p. 45-49. – Thomas W. MALONE et Robert J. LAUBACHER, Vers de nouvelles formes d’entreprises, L’avènement de l’économie des entrepreneurs internautes, dans Futuribles, Juin 1999, p. 5-32.

([20]) Laurent MODIANO, Les entreprises françaises dans les années 2000…, p. 20-22.

([21]) Philippe LEMOINE, Qu’est-ce que la nouvelle économie ?, p. 672-673 et 676-677. – voir aussi : Michel GODET, Nouvelle croissance ou vieilles lunes ?, p. 70-71. – Voir aussi Philippe LEMOINE, Naissance d’une nouvelle économie ? Sept thèses sur l’économie de marché à l’âge du commerce électronique, dans La nouvelle économie et ses paradoxes, Cahier LaSer n°3, p. 167-178, Paris, Laser, 2000.

([22]) Stephen B. SHEPARD, The New Economy: what it really means, dans Business Week, 17 novembre 1997.

http://www.businessweek.com/1997/46/b3553084.htm. – 31/12/01.

Voir aussi Evan F. KOENING, What’s New About the New Economy? Some Lessons from the Current Expansion, in The Southwest Economy, Issue 4, Juillet-août 1998. – http://csus.edu/indiv/j/jensena/sfp/wnane.htm. – 31/12/01.

Voir aussi Kevin KELLY, New Rules for the New Economy, Twelve dependables principles for thriving in a turbulent world, in Wired, 5 septembre 1997 – http://www.wired.com/wired/archive/5.0/newrules_pr.html – 31/12/01. – voir aussi la définition donnée par le Comité économique de la coopération Asie-Pacifique en octobre 2001 :

The new Economy is an economic paradigm. It is distinguished by the combination of structural policies and networked information and communication technologies. This mix increases the value of information available to individuals, firms, markets and governments, allowing each to act more efficiently, raising the return to knowledge skills, and demanding flexibility. The resulting transformation of activities yields higher overall productivity and economic well-being. The New Economy and APEC, Asia-Pacific Economic Cooperation, APEC Economic Committee, Octobre 2001, p. 11.

http://www.iie.com/apec/apec-report.htm 04/03/02. (Institute for International Economics.

([23]) Eryk BRYNJOLSSEN et Lauren HITT, Beyond Computation, in Journal of Economic perspectives, 2001 (forthcoming) cité par John ZYSMAN et Steven WEBER, Governance and Politics of the Internet Economy…, p. 9. – Voir aussi Réunion du Conseil de l’OCDE au niveau ministériel, Synthèse, Paris, 16-17 mai 2001, p. 18, Paris, OCDE, 2001.

[24] Lynn MARGHERIO dir., The Emerging Digital Economy, p. 2sv, Washington, US Department of Commerce, 15 avril 1998.

http://www.ecommerce.gov/dancA.htm – 31/12/01.

[25] David HENRY ea, The Emerging Digital Economy II, Washington, US Department of Commerce, Juin 1999.

[26] Erkki ORMALA, Intervention à la conférence The Digital Economy in International Perspective : Common Construction or Regional Rivalry, Washinton DC, 27 mai 1999, The University of California E-conomy Project.

http://e-economy.berkeley.edu/publications/wp/summary.html. – 31/12/01. – Erkki Ormala est directeur de la Technologie chez Nokia Coropration.

[27] Axel ZERDICK, Intervention à la conférence The Digital Economy in International Perspective : Common Construction or Regional Rivalry, Washinton DC, 27 mai 1999, The University of California E-conomy Project.

http://e-economy.berkeley.edu/publications/wp/summary.html. – 31/12/01. – Axel Zerdick est professeur d’économie et de communication à la Freie Universität Berlin.

[28] Gérard MOATTI, Nouvelle économie, Du boom à la crise, dans Thierry de MONTBRIAL et Pierre JACQUET, Rapport annuel mondial sur le Système économique et les Stratégies (Ramses), p. 278-279, Paris, Dunod, 2001.

[29] Michel DIDIER, Nouveau cycle et nouvelle croissance économique…, p. 632.

[30] Pierre JACQUET, Nouvelle économie : du virtuel au réel…, p. 40.

[31] eEurope 2002, Une société de l’information pour tous, Projet de plan d’action préparé par le Commission européenne en vue du Conseil européen de Feira, 19-20 juin 2000, p. 5-21.

http://europa.eu.int/comm/information_society/eeurope/documentation/index_fr.htm. 10/01/02.

[32] Don’t say « new economy », dans The Economist, 4 janvier 2001. http://www.economist.com. 12/03/04.

[33] Réunion du Conseil de l’OCDE au niveau ministériel, Synthèse, Paris, 16 -17 mai 2001, p. 19, Paris, OCDE, 2001.

[34] Ron WOOD, Collaborative E-commerce / Pervasive Computing : 21st Century Business Models, Annual Conference of the World Future Society, FutureScope 2001, Exploring the 21st Century, Minneapolis, 30 juillet 2001. – Ron Wood, responsable du développement de l’e-commerce chez IBM à Poughkeepsie (New Jersey)

[35] John ZYSMAN et Steven WEBER, Governance and Politics of the Internet Economy…, p. 20.

[36] Peter SCHWARTZ, The Future of the New Economy, in Red Herring, July 2000, dans Millenium Project, 2001 State of the Future, International Economics and Wealth, p. 4-5. –
http://www.geocities.com~acunu//millenium/econscen.html. – Peter Schwartz est co-fondateur et président de Global Business Network.

[37] Peter SCHWARTZ et Peter LEYDEN, The Long Boom : A History of the Future, 1980-2020, dans Wired, 5 juillet 1997, p. 1.
http://www.wired.com/wired/5.07/longboom_pr.html.

[38] Jeremy RIFKIN, L’âge de l’accès, La révolution de la nouvelle économie, p. 20, Paris, La Découverte, 2000.

[39] Jacques ATTALI, Dictionnaire du XXIème siècle, p. 127, Paris, Fayard, 1998.